“ La nuit, quand tu te lèves pour faire pipi, as-tu déjà croisé un fauve sur le palier ? ”
Quand j’étais petite, c’était ma hantise. le croiser tous les soirs, toutes les nuits, au moment de franchir ce dernier mètre qui me séparait des toilettes. Il était là, au-dessus de moi, son oeil jaune, immense, me fixant droit, sans ciller. Je ne pouvais m’empêcher de regarder ce qui me semblait être sa gueule ouverte sur un hurlement muet et pourtant lugubre. Gravir les marches pour aller me coucher me mettait inévitablement sur sa route, ou le mettait sur la mienne. Je ne pouvais pas y échapper. Même au creux du sommeil, là où les grincements du parquet - qu’il créait en marchant jusqu’à ma chambre, c’est sûr - se taisent, là où le monde disparaît... il était là. Venu me rendre visite dans mes songes. Je me souviens encore de lui, de la peur qui m’envahit, de son regard qui ne me laisse aucune chance, de ses crocs qui m’attrapent la jambe. Je me rappelle le carrelage froid sous mon corps. Je suis couchée sur le ventre. La force d’un ours me tracte en arrière. Je crie et je me souviens encore de cet instant où je me suis alors réveillée, la gorge obstruée par cet appel à l’aide qui débordait du rêve.
Passer devant lui était une épreuve. Quelles sont les chances d’une petite fille face à un loup ? Mais l’autre était encore plus féroce. Il me terrifiait davantage car il savait se cacher. Je ne le voyais pas le jour. C’était à croire que le soleil le faisait fuir. Etrange, pour lui, le roi des flammes... Peut-être attendait-il l’arrivée des ténèbres pour devenir le maître incontesté de la lumière. De jour, donc, il se dissimulait. Mais, la nuit, je le voyais plus clairement. Parce que je voyais au-delà. Au-delà de ces marches en bois craquantes qui s’enfonçaient dans le noir, juste avant d’atteindre la porte de la salle de bains. Je me souviens, la sensation est gravée en moi. Je marche sur la pointe des pieds pour ne pas l’attirer. J’arrive près de son repère. Sur ma droite s’ouvre un abîme d’une noirceur insondable. Qui pourtant s’éclaire peu à peu d’une lueur incandescente, un rougeoiement de braise ardente. Un signe de danger, l’avertissement juste avant. Il apparaît soudain, gueule ouverte sur une rangée de crocs dirigés vers moi.
Je passe la porte.
Jamais le dragon ne m’a attrapée. Ses flammes et sa colère m’ont fascinée pendant des années, mais jamais je n’ai cessé d’en avoir peur.
Jusqu’à ce que, comme le loup, il s’éteigne. Simplement.
Petits écrits
- 1 - Intro
- 2 - Allitération en P de Serian
- 3 - Bienvenue
- 4 - Le chant du sabre
- 5 - Foehn Nox - Animorphe et garde royal
- 6 - Ce que dit l'épée
- 7 - Flynn Scifo - Loup-garou (sur un malentendu...)
- 8 - Tes couleurs
- 9 - Les ailes de Moon
- 10 - As-tu déjà rencontré un fauve sur le palier ?
- 11 - Quelque chose arrive...
- 12 - On the road again
- 13 - Thalassophobie
- 14 - En douze temps
- 15 - A douze kilomètres de lui
- 16 - Carnet Réunion
- 17 - Elles
- 18 - Utérus
- 19 - Souvenirs à la belle étoile
- 20 - Perce-voir
- 21 - J'invoque l'air
- 22 - Monde s-colère
- 23 - Atelier d'écriture - Photo inconnue
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Commentaires (2)
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En réalité, ce texte n'est pas écrit dans mon carnet "d'adolescence", mais dans un nouveau carnet que j'ai inauguré lors d'un atelier d'écriture il y a une semaine.
L'activité consistait à écrire, à plusieurs, différentes questions inspirée d'un extrait de roman et du thème de l'animalité. Ensuite, il fallait choisir une question qui nous attirait pour y répondre en 20 minutes. Voilà donc comment je me suis retrouvée à écrire un texte sur les fauves rencontrés sur mon palier, quand j'étais petite et que je devais aller faire pipi la nuit.
En bonus, durant les 20 minutes d'écriture, l'animatrice nous a lu trois phrases du roman d'où venait l'extrait d'origine. Si on y arrivait, le but était d'intégrer ces phrases à notre texte. J'ai su en caler deux sur les trois, en les détournant légèrement.