Précision : les prénoms des personnages sont des prénoms norvégiens et suédois. Ils se prononcent respectivement “yohaneu” (Johanne) et “yonass” (Jonas) si on en croit la VO et la VF (mais bon c'est subtil comme langue).
Réécriture de Home for Christmas (Hjem til jul) une série norvégienne en trois saisons. Je l’avais dévorée après les fêtes !
Contexte de réécriture (ET SPOIL DE LA SÉRIE !) — Dans la série Johanne est une éternelle célibataire et elle cherche l’amour pour Noël (je vous fait un raccourci mais en gros voila). Depuis son apparition dans la série je suis de la team Jonas : un suédois qui est beaucoup plus jeune qu’elle mais qui est absolument adorable. Vraiment. ET GENRE... (faut que j’essaie de contenir ma frustration, mais même après deux mois la blessure reste intacte omg)...elle finit par le choisir à la fin de la saison 2 (je suis super heureuse). SAUT DE JOIE DANS L’APPART ♥ Et je commence, pressée, la saison 3. ET LA ???? Ils nous font un vieux “5 ans plus tard...” ET JONAS ET ELLE ONT ROMPU ?? (là je suis déjà en PLS) donc on revoit deux trois scènes heureuses de leur couple dans l’épisode 1, et la raison de leur rupture (c’est éclaté au sol comme raison) ET BASTA. (vous sentez ma colère?)... Et voila que la saison 3 repart sur une autre recherche de l’amour pour Noël......... Et, j’avoue, le gars qu’elle finit par choisir c’est pas un mauvais bougre. MAIS JONAS QUOI. Les scénaristes ne nous ont PRESQUE RIEN montré de leur idylle alors que pendant 2 saisons je n’ai attendu QUE CA !!!! (estimation de niveau de frustration : 540%, état critique)
Est-ce que ce concours a vu le jour à cause de cette injustice ? C’est fort possible. Trêve de blabla, je vous propose donc ma réécriture de la série, on rembobine, et on vit les scènes qu’on aurait dû vivre, merci !
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Johanne rentre dans la chambre du patient alité. Son meilleur ami veille à son chevet, les coudes posés sur ses genoux. Elle les salue et se passe du gel hydroalcoolique sur les mains.
— Bonjour Johanne.
Son regard croise celui de Jonas. Ce qui devait être un croisement se fige : la voilà en arrêt sur image. L’infirmière se retrouve incapable d’abandonner les iris noisette de son ami. « Noisette », elle ne le détermine même pas. C’est un marron clair, une couleur qui l’attire. Le temps s’arrête aussi pour ses réflexions. Quand Johanne actionne finalement ses paupières, elle sourit bêtement. Noisette, noix, qu’importe : quel que soit le fruit à coque, elle est prête à le croquer. Lui reviennent en mémoire les agréables moments partagés avec Jonas. Son professionnalisme s’échappe par la porte de la chambre 205.
— Comment tu vas ? lui demande le Suédois.
— Bien, et toi ?
— Ca va. Je suis content de te voir.
Elle fond sur place. Jonas a un cœur tellement grand. Il s’inquiète pour son meilleur ami hospitalisé sans en oublier les joies que procurent d’autres personnes. Capable de vivre avec sincérité mille émotions en une matinée.
— Je vais devoir changer sa perfusion, tu veux bien sortir quelques minutes ?
— Bien-sûr. Je te laisse travailler, je vais me chercher un café. On se voit peut-être plus tard.
— Avec plaisir.
Elle lui sourit, les joues rouges.
Le patient, encore inconscient, a les paupières closes. Néanmoins, Johanne a appris pendant sa formation d’infirmière que le cerveau humain capte des informations, même dans le coma. Les sons et les odeurs restent traités par la mémoire. Le patient de la 205 se souviendra-t-il d’un court silence, ce matin du vendredi 20 décembre 2019 ?
— Ma collègue de la nuit m’a signalé que votre perfusion était probablement bouchée, vous l’avez depuis bientôt 72 heures donc il est préférable qu’on en mette une nouvelle. Je vous positionne un garrot autour du bras.
De la même façon, elle décrit le moindre de ses faits et gestes. En moins de cinq minutes, le cathéter est en place dans une veine métacarpienne dorsale.
— Voilà, je vous laisse tranquille pour ce matin.
Elle quitte la chambre et referme la porte. Jonas est adossé au mur du couloir, deux mètres plus loin. Un peu de fumée s’échappe de son gobelet en plastique. Comme à son habitude, il offre à Johanne un sourire authentique.
L’infirmière dépose sur son chariot le garrot utilisé et termine de taper à l’ordinateur les derniers relevés concernant le patient.
— Alors, comment est le travail à l’approche de Noël, pas trop dur ?
Les questions de Jonas traduisent tout l’intérêt qu’il porte aux autres. Johanne adore cela chez lui.
— Nous avons plusieurs cas difficiles, et il nous est parfois délicat de traiter avec les familles en ces périodes si spéciales.
— Oui, j’imagine.
— Heureusement, quelques fois, les proches des patients sont simplement des personnes compréhensives et particulièrement attachantes.
Elle se risque à plonger encore une fois dans cet océan de noisettes caramélisées. Cela lui donne une furieuse envie de brioche et de pâte à tartiner... Elle doute que l’hôpital ait prévu un tel menu à la cafeteria.
— Si jamais tu as envie de relâcher la pression de tes journées de boulot infernales, n’hésite pas à m’appeler. De toute façon, je suis dans le coin, dit-il en montrant du menton la porte 205.
— Avec plaisir, merci Jonas.
Puis elle retourne à ses prochaines missions, surveillée au bout du couloir par l’infirmière en chef.
Les collègues de Johanne arrivent pour la relève du soir. Elles se changent ensemble dans le vestiaire en effectuant leurs transmissions.
— Le patient de la 207 a été muté à Trondheim, sa famille pourra lui rendre visite plus facilement là-bas.
— Et le patient de la 205, du mieux ?
— Toujours dans le coma. J’ai changé la perfusion. Les filles ont remarqué que ses constantes restaient stables, même pendant la toilette. Pas d’agitation, bonne fréquence respiratoire et il n’est plus que sous 3 litres d’oxygène.
— Super. Tu as prévu quoi pour ce soir Johanne, tu vas voir tes neveux et nièces ? C’est le spectacle de l’école ?
Johanne, en soutien-gorge au milieu du vestiaire, se frappe le front les yeux écarquillés.
— Merde, merde, merde ! Mais oui, c’est ce soir ! Quelle tante pourrie je fais !
Elle enfile à la hâte son pull épais et son jean. Le bonnet bien fixé sur la tête, elle achève ses discussions avec ses collègues et quitte le vestiaire en trombes. Dans le couloir, la silhouette élancée de Jonas se dirige vers la machine à café.
Elle s’octroie cet instant d’observation, comme une souris invisible qui surveille un morceau de fromage.
— Jonas !
Mais elle n’a pas parlé assez fort, la silhouette du Suédois disparaît déjà à l’angle d’un autre couloir. Enfin, Johanne, tu ne vas tout de même pas courir après un étudiant d’à peine vingt ans ? Tu es une femme mûre maintenant.
Son corps demeure figé, telle une plante verte au beau milieu du deuxième étage de l’hôpital. Elle s’attarde sur les décorations de Noël répandues dans le service. Libres, elles brillent et apportent aux couloirs ternes des nuances de couleurs vives. Les lutins succèdent aux pères Noël miniatures ainsi qu’aux guirlandes dorées.
Elle est indécise. Cet adjectif semble résumer son existence d’éternelle célibataire.
Finalement frustrée du temps qu’elle a laissé s’écouler, elle emprunte sa trajectoire habituelle pour récupérer sa voiture sur le parking. Une fois protégée du vent dans l’habitacle, elle téléphone à Jonas.
— Hey, je... C’était seulement pour te dire que je suis partie de l’hôpital, j’ai vu que tu y étais encore, désolée. J’aurai adoré passer un peu plus de temps avec toi, mais le spectacle de mes neveux et nièces a lieu dans une demi-heure...
Elle perçoit au téléphone le son d’une porte qui se referme. Le bruit du vent prend le relais.
— A quoi ressemble ta voiture déjà ?
Automatiquement Johanne se redresse, telle un suricate aux aguets.
— Et bien... C’est une voiture grise, de modèle...
— Ah, je t’ai repéré, ne bouge pas !
Jonas est éclairé par les phares du véhicule. Son bonnet bien enfoncé sur son crâne rond, il ne semble pas souffrir du froid norvégien. Il tape deux coups au carreau côté conducteur, Johanne descend donc sa fenêtre.
— Est-ce qu’il y aurait assez de sièges à ce super spectacle pour que je me joigne à toi ? propose Jonas.
Le visage de Johanne s’illumine, comme si elle prenait à son tour deux feux de croisement dans les yeux. Elle hoche la tête.
L’étudiant garde les lèvres étirées dans un indélébile sourire.
— Tu comptes rester dehors ? Monte, on va être en retard !
Alors, Jonas s’exécute et s’installe côté passager.
Johanne l’imite tandis qu’il met sa ceinture, puis elle enclenche la première.
— Le spectacle de Noël de l’école... répète Jonas en regardant le tableau de bord embué. J’espère que je suis prêt émotionnellement.
— Personne ne l’est jamais, répond Johanne en riant. Il y aura des chants approximatifs, un renne en carton et des enfants qui pleurent pour une raison ou une autre.
— Si c’est toi qui as fabriqué le renne, ça peut valoir le coup.
— J’aurai aimé, mais je suis une mauvaise tata : je n’ai rien fait du tout ! J’ai même failli oublier le spectacle pour tout te dire.
Jonas éclate de rire et assure à Johanne qu’elle se trompe – sur son statut de mauvaise tata –. Dehors, les lampadaires défilent comme des points d’exclamation jaunes dans la nuit bleue.
— Je te promets d’être un oncle très investi, pour rééquilibrer tes manquements.
Johanne le regarde brièvement, amusée, avant de reporter son attention sur la route.
— Ils vont t’adorer. Tu as exactement la tête du type qui applaudit trop fort et qui crie le nom des enfants qu’il vient voir !
Elle le connaît très bien, il en serait capable.
La voiture se gare devant l’école, déjà illuminée. Des parents emmitouflés se pressent vers l’entrée, programmes froissés à la main. Johanne coupe le moteur.
— Prêt pour la soirée de tes rêves ?
— Prêt, dit Jonas en ouvrant la portière. J’ai hâte.
Elle sourit encore et ils se fondent ensemble dans la chaleur et le vacarme, avec cette légère appréhension joyeuse qui précède les spectacles d’enfants.
La salle polyvalente déborde déjà. Des manteaux s’empilent sur le dossier des chaises, l’air sent le chocolat chaud et la transpiration. Sur scène, un rideau rouge laisse deviner les baskets des élèves dispersés.
— Mettons-nous ici, murmure Johanne.
Elle a repéré la touffe blonde de son grand-frère, au deuxième rang : plus que tout, elle veut l’éviter — en tout cas, elle ne veut pas imposer à Jonas une présence familiale dès maintenant.
Ils s’assoient donc plutôt à l’avant-dernier rang, où ils pourront critiquer sans se faire remarquer les piètres chorégraphies proposées ce soir.
Une enseignante tape dans ses mains et le brouhaha se tasse en un silence fragile. Le spectacle commence par les plus petits. Trois enfants restent figés comme des statues pendant que le quatrième chante beaucoup trop fort, convaincu d’être seul sur scène. Jonas applaudit avec un enthousiasme irréprochable. Johanne le surprend à hocher la tête au rythme d’une comptine absurde, comme s’il en comprenait chaque mot.
Puis viennent ses neveux et nièces. Elle se redresse aussitôt – c’est le retour du suricate – en faisant signe à Jonas que « c’est eux ». Une enfant perd son nez rouge de renne au milieu du numéro, provoquant des rires dans le public adulte tendu. Johanne rit, les mains jointes devant la bouche, les yeux brillants.
— Comment je fais pour retourner mon fauteuil façon The Voice puisqu’on est déjà de face ? chuchote Jonas.
— Le but est en fait de se retourner avant de saigner des oreilles, répond-elle sans hésiter.
Au dernier salut, la salle explose d’applaudissements trop longs, trop forts, exactement comme promis. À l’entracte, le frère de Johanne fend la foule, deux gobelets en carton à la main. Il s’arrête net en les voyant côte à côte.
— Tiens… lance-t-il en levant un sourcil. Je croyais que tu venais seule.
Johanne a à peine le temps d’ouvrir la bouche que Jonas se lève et tend la main.
— Jonas, enchanté. Je suis l’expert en applaudissements excessifs.
Le frère éclate de rire, mi-surpris, mi-curieux. Son regard passe de l’un à l’autre, s’attarde une seconde de trop sur leurs épaules presque collées.
— Eh bien, enchanté. Je vois que tu as trouvé un renfort pour survivre à ça.
— Un renfort volontaire, précise Johanne. Personne n’a été contraint.
La seconde partie du spectacle s’achève dans un chaos maîtrisé : une chanson trop ambitieuse, un enfant qui entre trop tôt, un autre qui oublie son rôle. Quand le rideau tombe enfin, tout le monde est debout, fatigué et heureux. Les vacances de Noël peuvent débuter.
Dehors, la nuit a repris ses droits. Le froid pince les joues, le ciel est sombre et parsemé d’étoiles. Le frère de Johanne les salue, accompagné de ses enfants. Ils semblent heureux de voir leur tante. Sa nièce est charmée par le visage angélique de Jonas — qui pourrait lui en vouloir ? — puis la famille s’éloigne en leur souhaitant une bonne soirée.
Jonas et Johanne marchent jusqu’à la voiture encore enveloppés par l’écho des voix enfantines.
— Merci d’être venu.
— Merci de m’avoir accepté comme accompagnateur, répond Jonas.
Ils s’installent dans la voiture. Un silence ambigu comble l’habitacle quelques secondes.
— Est-ce que tu veux manger quelque chose ? propose Jonas.
Les iris noisette qui observent Johanne avec intérêt offrent déjà une partie de la réponse.
— Honnêtement ? J’ai vraiment très envie de Nutella.
Il rigole et décrit un stand de gaufres et de crêpes installé sur le marché de Noël. Le vendredi soir, les boutiques restent ouvertes jusqu’à 23 heures. Ils ont le temps d’y faire un tour.
Pendant le trajet en voiture, Jonas décrit sans demi-mesure ses instants préférés du spectacle. Leurs discussions sont si fluides que, déjà, Johanne se gare près de la place de la ville. Elle n’a pas vu le temps passer.
Ils sortent de la voiture et sont aussitôt happés par l’odeur sucrée du marché. Des guirlandes traversent la place et le Père Noël accueille des enfants sur ses genoux.
— Voilà le temple, annonce Jonas en désignant le stand de crêpes.
Johanne commande sans hésiter : une crêpe généreuse en Nutella. Le vendeur étale la pâte, la retourne d’un geste sûr.
Ils attendent côte à côte, trop proches pour que ce soit vraiment nécessaire, pas assez pour que ce soit innocent. Jonas glisse les mains dans les poches de son manteau, mais ses épaules penchent vers Johanne.
La crêpe est encore brûlante, malgré la serviette placée en dessous. Johanne risque un croc — un peu trop chaud, mais elle ne pouvait attendre davantage — et ferme les yeux une seconde.
— C’est exactement ce que je voulais, murmure-t-elle.
Un trait de chocolat s’échappe dangereusement sur le bord de ses lèvres — cette crêpe est décidément très bien garnie —. Jonas le remarque, hésite, puis tend le pouce en souriant.
— Là.
Son geste est lent, presque cérémonieux. Il goute le Nutella et approuve la béatitude qu’apporte un tel taux de glucose. Quand il relève les yeux, elle le regarde déjà. Longtemps. Trop longtemps pour que ce soit un hasard. Autour d’eux, le marché continue de vivre — des rires, un air de musique, le prix des crêpes annoncé à tue-tête — mais quelque chose s’est resserré, comme si l’espace n’appartenait plus qu’à eux.
— Tu sais, dit-il doucement, je crois que cette soirée vient de passer dans mon top cinq personnel. Ça me fait du bien de sortir de la chambre 205.
— Seulement top cinq ? répond-elle, faussement indignée.
Il rit, mais son regard ne s’échappe pas. Il se rapproche encore.
— D’accord. Top trois.
Johanne n’ajoute rien. Elle se contente de poser sa main sur la manche de son manteau, comme pour vérifier que Jonas est bien là, face à elle*. Le froid pique, la crêpe refroidit, et l’instant devient trop évident pour être ignoré.
C’est elle qui réduit la dernière distance.
Le baiser est simple, sans empressement, un peu hésitant au début puis plus sûr. Le Nutella ajoute un goût sucré aux lèvres de chacun. Quand ils se séparent, leurs sourires se ressemblent. Comme s’ils étaient tous les deux illuminés par les phares de trente voitures.
— C’est ma partie préférée du spectacle, souffle Jonas.
— C’est toi, ma partie préférée, répond Johanne.
Ils s’enlacent.
(*) : Oui parce que dans la saison 1 Jonas est parti faire ses études loin, donc ça a été difficile pour Johanne.
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(regardez bébou-Jonas le sourire de fou qu'il a non mais ohhhh)
(la photo que j'aurai aimé mettre en couverture, mais je vais pas créer un "livre" par texte sinon Wyv va se retrouver inondé de sous-dossiers huhuhuhuhu)