Devoted companion
22 octobre
Ses pas crissaient sur les feuilles mortes ; son légèrement amorti par l'humidité qui gorgeait le sol en cette heure matinale. Des filets de brume glissaient, languissants, sur la mousse des arbres, serpentaient entre les troncs. La forêt dormait encore. Seul le craquement irrégulier des branches, comme un écho lointain, troublait le silence.
Elle tendait les oreilles. S'abreuvait de ces sensations terrifiantes et nouvelles. Le vent sur sa peau. La rosée à ses pieds. Les mouvements perceptibles au-delà du regard. La vie invisible. C'était dangereux. C'était grisant.
La fraîcheur de l'air l'obligeait à serrer contre elle les pans de sa couverture. Tout ce qu'elle avait songer à emporter, sachant que l'extérieur serait moins clément que le coeur de l'Académie. Son nez et ses joues arboraient une teinte rose qu'elle ne connaissait que lors des soirées d'hiver. Pourtant, elle se sentait à sa place.
Le vent agita les feuilles au-dessus d'elle et elle leva la tête pour mieux voir cette danse aux reflets d'ocre et de bronze. A cette vue, elle se sentait sereine, heureuse. Le nez en l'air, elle se laissa porter, suivit les mouvements des arbres, tourna sur elle-même, plongea dans les couleurs de l'automne qu'elle n'avait jamais vues si vives.
Son pied écrasa une branche. Et soudain, tout dans la forêt se tut. Le silence était si grand qu'on aurait dit que le monde venait de s'arrêter. Elle baissa les yeux et retint un cri de surprise.
Face à elle, se tenait, immobile, un être de deux fois sa taille. Il la surplombait de toute son élégance, la toisait de ses grands yeux doux et alertes. Sur sa tête poussaient deux excroissances qui évoquait les branches des arbres. Cerf. Le mot lui revint, avec hésitation, sorti d'un souvenir de lecture, mais prononcé par une fois inconnue.
- Tu es un cerf ?
Le dos de la créature frémit, l'animal se redressa et recula d'un pas. Il souffla par ses naseaux un nuage de vapeur indéchiffrable. Elle ne bougea pas. Le cerf recula encore, puis se décida à faire volte-face pour s'en retourner sous le couvert des broussailles. Juste avant que son pelage disparaisse entièrement parmi les feuilles, une voix sembla murmurer comme un courant d'air :
Peut-être bien...
Juste avant qu'une autre voix, bien réelle, bien moins douce, s'élève son tour dans le dos de la jeune fille.
- Notote ou Totemisée ?
***
- Donc c'est un cerf qui t'a fait comprendre que tu avais ta place ici... C'était le totem de qui ? Sambar ? Axis ? Chevreuil ?
Podengo ne semblait même pas envisager qu'il ne connaissait pas tous les Totemisés des bois, encore moins ceux des autres camps. Springer se retint de le lui faire remarquer, un sourire en coin fixé aux lèvres.
- Un cerf, oui, mais pas un totem. Un oeil-de-Sachem, un animal qui n'était lié à personne.
En entendant mentionner son rôle, Mistral interrompit sa Totemisée d'une patte insistante et d'un jappement heureux. Springer lui caressa le creux du crâne avec affection. Podengo adressa au chien un regard amusé avant de poser les yeux tout autour de lui. Pas de trace de Sirius. Le chiot qui lui servait de totem avait la fâcheuse tendance de disparaître à la moindre occasion. Bien qu'on lui ait assuré que tous les totems avaient cette manie, le nouveau Totemisé se sentait plus en confiance lorsqu'il avait son compagnon à l'oeil. D'un geste désinvolte que trahissait son regard inquisiteur, Podengo se gratta l'arrière de l'oreille.
- Pas mal, comme appel, commenta Springer.
Podengo reporta sur attention sur elle. Sa main toujours suspendue derrière sa tête, il se sentit un peu gêné d'être observé, et la sensation insidieuse d'avoir été pris en flagrant délit de sottise vint lui chatouiller les entrailles.
- Oh, heu. Oui, c'est pratique. D'habitude c'est discret...
- Ne t'en fais pas, ça l'est.
Springer émit un rire et ponctua son propos d'une petite tape amicale sur l'épaule de Podengo.
- On a tous été aussi protecteurs envers nos totems au début, le rassura-t-elle. Si tu n'avais pas eu l'air si inquiet en cherchant Sirius, je n'aurais pas compris que c'était ton geste d'appel.
- J'ai envie qu'il soit toujours près de moi, répondit Podengo d'un ton coupable. J'ai l'impression que c'est beaucoup de responsabilités qui me tombent dessus d'un coup. Je n'ai jamais dû m'occuper d'un être vivant !
- Comme nous tous.
Le sourire indulgeant de Springer remplit un peu plus le coeur de Podengo de chaleur.
- Et puis, tu verras, continua-t-elle. Les totems sont loin d'avoir autant besoin de notre protection qu'on ne le pense. Tu découvriras vite que Sirius se débrouille parfaitement tout seul, où qu'il soit quand il n'est pas là.
Comme pour ajouter son grain de sel à la discussion, un minuscule chien vint enfouir sa tête sous le bras de Podengo en jappant. A peine le Totemisé eut-il le temps ed ragir que le chiot se glissait déjà sur ses genoux pour lui lécher le visage et attraper, de ses crocs miniatures, les mèches de cheveux de son Totemisé, le tout dans un joyeux chaos de griffes et de bave.
- Et dans le doute, l'appel sera toujours un moyen de t'assurer que ton totem va bien. Ce qui est visiblement le cas de cette tornade sur pattes.
Podengo voulut répondre à Springer, une langue de canidé l'en empêcha d'un coup vif. Le Totemisé ne put s'empêcher de rire, combattant tant bien que mal son totem infernal. Lorsqu'il parvint enfin à canaliser le petit chien au creux de ses bras, Springer s'était levée, Mistral sur les talons, pour vaquer à d'autres occupations.
Writober 2025
- 1 - Ashes in the wind
- 2 - Escape the day
- 3 - Never say goodbye
- 4 - Take the pain
- 5 - Imaginary sunrise
- 6 - Run and hide
- 7 - Faded letters
- 8 - Dwindling road
- 9 - Feel the ache
- 10 - Misremembered kiss
- 11 - Believe your lies
- 12 - Confusion
- 13 - Bayonet
- 14 - Sacrifices
- 15 - Devoted companion
- 16 - Check back later
- 17 - Hurricanes
- 18 - Nothing to lose
- 19 - The price we pay
- 20 - Fog and rain
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