Dwindling road
09 octobre



Debout au bord de la route, le pouce levé, je regarde les voitures passer. Aucune ne s'arrête. Evidemment. Pas de surprise là-dedans, en vrai. Qui prend encore des gens en stop, à l'heure actuelle ? Avec les meurtres, les tordus, les viols, les kidnappings, les playlists douteuses, les alcooliques, les TDS, les enfants en fugue... C'est risqué, c'est clair. Mais bon, je tente, on ne sait jamais.

C'est pas tout près, le Costa Rica. Une frontière ou deux à passer, encore, ça dépendra de par où je passe. Il paraît que le bateau est un moyen de transport sympa...

Je suis là depuis trop longtemps, à marcher à reculons pour voir arriver les gens, avec leurs têtes anonymes. Je me dis que c'est trop tard, que c'est tant pis. Et puisque c'est ainsi, je laisse tomber le stop. Peut-être que ça donnera quelque chose quand j'atteindrai une plus grande ville, comme Medellin. Et alors ce serait cool, quand même, que quelqu'un accepte de me transporter jusqu'à un port ou jusqu'à une douane.

Je marche. La route est caillouteuse, pas très droite, mais elle est suffisamment nette pour que les voitures roulent loin de moi. C'est bruyant et ça pue, comme l'asphalte au soleil, quoi. C'est pas terrible, heureusement que j'ai pris mon bob préféré parce que, sinon, bonjour l'insolation. Je sors ma gourde de mon sac à dos, je bois en continuant à marcher. Un peu d'eau coule sur mon menton, mais ça fait du bien, alors je ne l'essuie pas. Et je marche.

Pour être honnête, jusque là, ça semble facile, de se passer du stop. La route est longue mais, comme c'est toujours tout droit, même si j'ai l'impression de pas avancer, je sais où je vais. Sauf que j'arrive à cet endroit, là. Un carrefour de mes deux. Je pourrais trouver ça joli, si j'étais sur un scooter et que ma seule préoccupation était de visiter la Colombie. Or, mon objectif, c'est ce pays qui est encore loin d'une longueur de Panama, à moins que je me décide à nager dans la Mer des Antilles, ou dans l'Océan Pacifique, au choix (parce que je commence à me dire que, le bateau, ce sera compliqué).

Un carrefour, donc. Un croisement entre cinq chemins, cinq bras qui me narguent en se balançant dans tous les sens. Je mets de côté le morceau d'où je viens, évidemment, et celui qui arrive sur ma gauche, aussi, puisqu'il a l'air de revenir sur mes pas. Mais les trois autres sont plausibles. Je fixe le centre du carrefour, là où je voudrais qu'un panneau apparaisse, là où il y en aurait un, d'ailleurs, si j'étais dans un coin un peu moins paumé, là où les routes se dispersent. Mon moral est en baisse et ma colère monte en flèche. Qui est le con qui a oublié ce foutu panneau ?

Les voitures roulent, les gens savent où ils vont. Moi pas. Je maudis le panneau inexistant, mais, si j'étais un peu de bonne foi, je me rendrais bien compte que, même sur un panneau, rien ne m'indiquerait par où est le Costa Rica. C'est trop loin, encore. Je soupire de rage : ça se disperse sur les routes, ça se disperse dans ma tête, plus rien ne se rassemble. Je laisse tomber mon sac sur l'accotement poussiéreux, et moi avec. Autant me poser là le temps de redescendre en pression, c'est pas comme si j'avais un plan pour cette nuit, de toute façon.

Je suis assise sur mon sac, le menton dans une main, pensive. Je fixe l'horizon que les trois routes touchent, là-bas, au loin. Je me dis que c'est quand même très con d'être partie sans carte et d'avoir oublié mon chargeur de téléphone dans le dernier hôtel.

Et là, alors que des kidnappeurs se baladent dans ce monde, alors que des gens écoutent encore du Justin Bieber dans leur voiture, alors que les gens ne prennent plus la peine de lire les panneaux en carton avec des noms de destination, alors que j'ai abandonné le stop, une voiture ralentit devant moi et klaxonne.

VIP depuis le 02/01/2023
Milou le 09 Oct 2025 à 19h59
La vérité, c'est que je suis pas sûre de ma traduction de ce prompt. Mébon, on est là, on a un texte, c'est trop tard maintenant. D'ailleurs j'ai pondu un texte en lien avec aucun projet, au moins ça limite les risques :')

Commentaires (2)

Avatar de Zukki
VIP depuis le 14/03/2020
Zukki le 09 Oct 2025 à 22h18
"si j'étais un peu de bonne foi, je me rendrait bien compte que, même sur un panneau, rien ne m'indiquerait par où est le Costa Rica" C'est très juste !

J'avoue que pendant une majeure partie du texte je me disais : "oh bah, c'est qui qui parle? Alice?"
Finalement, c'est personne, mais le texte est encore une fois tellement bien amené ! C'est tout ce que j'aime (♥ même si je sais pas non plus si ça respecte dwindling road, on s'en fiche huhuhu ♥)
Avatar de Milou
VIP depuis le 02/01/2023
Milou le 09 Oct 2025 à 23h12
Franchement j'ai eu cette illumination après avoir écrit qu'il faudrait un panneau. Je me suis dit "Mais vas-y doit y avoir plus de 1000km avant le Costa Rica, ça va pas être écrit sur un panneau"

Et en soi, cette voix-ci pourrait être un mix entre Alice et Ignas. J'ai laissé parler, peut-être qu'ils sont venus chuchoter tous les deux pendant que j'écrivais

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