Je revois l’insouciance de ces derniers mois à tes côtés. Un mois avant que tu partes, tu te couchais encore à moitié de travers sur ton siège préféré, pas gêné par le rebord pointu d’une boîte oubliée. La semaine d’avant, tu rentrais dans le coffret à médicaments, comme attiré par les espaces les plus exigus de notre grand appartement. Au début du mois de mai, à ton habitude, tu t’installais prêt de moi pour rester devant la télévision, posé aux côtés de ton frère.
Aujourd’hui, j’ai récupéré un grand panier chez Papa et Maman. Ils ne s’en servent pas, car leurs chats à eux ne vont pas dedans. Quand je l’ai posé dans le salon, ton frère Sun y a tout de suite trouvé une place très confortable. Le panier paraît géant. Sun a tellement d’espace à l’intérieur… Si tu étais encore là, je suis sûre que tu pourrais t’allonger de tout ton long dedans ! Vous seriez bien, tout près de nous, collés comme vous aimiez l’être. Tu sais, Sun te cherche encore un peu, comme nous. Avec ton père, on en a perdu des animaux. A chaque fois, malgré la douleur, on trouvait une façon de rebondir. Les bases du trampoline doivent être abimées, dorénavant. Je pourrais mettre ça sur le compte de la fatigue, mais la vérité est toute autre, Sköll. La vérité, c’est que tu étais spécial. Dans cette petite famille, tu t’es rendu indispensable. Un pot de colle, une réserve à tendresse, un joueur effréné, un frère, un fils pour nous. Je parcours mes fichiers photos et ta frimousse apparaît partout. Je ne pouvais pas lire un livre sans que tu viennes me tenir compagnie – ou pire – voler la vedette du roman. Nous avons mille et un souvenirs avec toi, ma crevette. Ne plus pouvoir en créer dix mille autres multiplie par dix mille notre chagrin. Avec ton papa, on a discuté d’une nouvelle adoption. Tu sais, avant toi, on avait déjà trois chats. C’est le chiffre qui nous correspond au quotidien. Pourtant, nous en sommes incapables. Il n’y a aucun chat qui puisse prendre ta place. Nous ne voulons adopter personne, ce troisième chat qui manque tant à notre foyer, c’est toi – et aucun autre. On t’a tant aimé, et tu nous l’a tant rendu.
J’ai cherché les histoires qui appelleraient les mots, comme pour mon premier roman. Des aventures qui s’écriraient d’elles-mêmes. Aujourd’hui, je constate que ce que j’écris le plus facilement correspond à ce que je ressens. Tu vois, ces quatre cent mots écrits pour toi, ils sortent comme coulent mes larmes. Avec simplicité et sincérité.
Je ne cesserai jamais de t’aimer.
Tu me manques, ma crevette.
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Commentaires (2)
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J'ai fini par adresser quelques mots à mon petit Sköll, parti il y a un peu plus d'un mois.
Et là, ce n'est plus de l'inspiration. C'est juste de la thérapie. Le besoin de poser des mots sur des émotions.