An unexpected visitor
07 octobre
- Maman ?
Le silence répondit au petit Notot dans son lit. Le son monté de sa gorge n'avait pas été plus puissant que le souffle du vent hors de la maison, et les syllabes ayant franchi ses lèvres n'avaient été qu'à peine articulées. Personne ne l'avait entendu. Dans l'obscurité de sa chambre, les ombres prirent vie peu à peu. L'une se faufilait sous la garde-robe, une autre s'infiltrait par la fenêtre. Parmi le ballet de ces formes incertaines qui se mouvaient hypnotiquement dans l'espace clos, le petit Notot était persuadé qu'il y en avait une autre. Plus vraie, plus dense, plus concrète. Ses contours étaient plus nets, et sa forme ne changeait pas. Il en était certain.
Cette ombre était à l'origine du grincement qui avait crevé le mutisme de la nuit.
Un tremblement saisit le petit enfant au creux de son lit. Venait-il bien d'entendre une planche craquer au-dessus de lui ? Y avait-il un de ces monstres échappés des histoires qu'on lui racontait, là, dans sa maison ? L'étage n'abritait pourtant personne : c'était un grenier à moitié encombré par les réserves de grains que la famille conservait pour les jours plus durs, et par les souvenirs de famille vaguement précieux.
Mais alors, ce bruit ?
- Maman...
La voix tremblante du petit Notot ne parvint toujours pas à atteindre le seuil de la porte de sa chambre. La couverture remontée jusqu'à son menton, l'enfant commença à scruter les recoins ténébreux de la pièce sans y trouver le moindre détail suspect. Grincement. En haut. Pourquoi ses parents n'entendaient-ils pas ?
Au bout de minutes interminables, le petit Notot prit une décision. Il était vraisemblablement le seul à percevoir les bruits qui émanaient du grenier, alors c'était à lui que revenait la tâche de s'assurer que tout allait bien. Parce que oui, tout allait forcément bien, il fallait qu'il parvienne à s'en convaincre, sinon jamais il ne sortirait un pied de ses draps.
Ses orteils se glissèrent timidement, mais avec tout le courage possible, dans ses chaussons. Le plancher émit un craquement lent tandis que le petit Notot se levait. Sur la commode au coin du lit, l'enfant trouva la chandelle que son père avait éteinte le soir même. Il s'en saisit et tenta d'allumer la mèche dans les braises qui persistaient dans l'âtre de sa chambre. Les morceaux de charbon rougeoyants étaient rares et se dissimulaient sous une épaisse couche de cendres. Rester ainsi accroupi en attendant que la bougie veuille bien produire une flamme conféra au petit Notot la sensation glaciale d'être vulnérable. Comme si quelque chose le guettait...
La lueur d'une petite flamme au sommet de la chandelle fut synonyme de soulagement. La lumière avait toujours fait reculer les ténèbres. Toujours. Elle chasserait les monstres. Peut-être. Armé de tout ce courage nouvellement retrouvé, l'enfant poussa la porte de sa chambre, dont le grincement lugubre parut assourdissant au milieu de la nuit silencieuse, et il s'aventura dans le couloir.
Le bois craquait par instants, l'odeur caractéristique de la vieille résine émanait des murs et flottait dans l'air humide, les rainures du bois dessinaient mille et un regards parmi les ombres... Le petit Notot avançait à pas lents, les oreilles tendues. Jamais la bâtisse de ses parents ne lui avait semblé aussi grande. Dans le noir, le bout du couloir disparaissait en une bouche béante, dans laquelle les reflets de la Lune sur le bois formaient de longues dents pâles. Le silence était si pesant que, de cette cavité, l'enfant avait l'impression d'entendre monter un son vide, caverneux, un son que seuls les pièges des profondeurs peuvent produire.
Il n'était pas trop tard pour faire demi-tour.
- M... Maman ? Pa... pa ?
A la pauvre voix tremblante à peine audible, seul le même silence lourd accepta de répondre. L'enfant aurait aimé ne pas se sentir si impuissant. Il n'y avait pourtant rien de plus facile que d'appeler à l'aide, si ? Mais cette satanée boule qui lui obstruait la gorge au moindre appel... Le petit Notot ravala les larmes qui venaient piquer le bord de ses yeux. Il était grand, à présent, il avait déjà sept ans. Il devait se montrer plus courageux que ça.
A tâtons, ses petits pieds esquissèrent un pas. Puis un autre. Les planches grinçantes ne l'inquiétaient plus. Non, ce qui le préoccupait se trouvait au-dessus, dans une autre forme de grincement. Le sol du grenier avait encore craqué. L'enfant atteignit les escaliers, ceux qui montaient jusqu'à l'endroit mystérieux. Des escaliers raides, dont chaque marche était recouverte d'une épaisse couche de poussière. Le petit Notot monta. La chandelle tendue devant lui comme un ultime bouclier pouvant le protéger du premier danger venu, il tourna la grosse poignée en métal et poussa la porte...
Un courant d'air froid s'engouffra par cette nouvelle ouverture, charriant avec lui les effluves du tissu rongé et des objets tombés dans l'oubli. Rien ne semblait montrer signe de vie. Jusqu'à un nouveau craquement.
Cette fois, la plainte du bois était celle d'un pas fait par quelqu'un de lourd. Aucun doute n'était permis. Le petit Notot fit volte-face. Derrière lui grinça encore une planche. Demi-tour. Les pas se succédèrent, de plus en plus rapides, de moins en moins discrets. Et l'enfant, tournant sur lui-même, ne parvint pas à apercevoir quoi que ce soit. Les bruits lui semblaient venir de partout. Lorsqu'ils étaient derrière lui, ils repartaient déjà. Les bruits se rapprochèrent. Vite. Trop vite. Et le coeur du petit Notot battait fort. Trop fort. Il avait envie de crier, mais sa voix n'existait plus. Muet de terreur, il effectua un ultime mouvement pour se défendre, échapper à l'intrus qui fonçait sur lui. Dans sa précipitation, il agita sa chandelle, qui s'éteignit en une fraction de seconde.
Le noir engloutit le grenier, et le petit Notot avec lui.
Des pas s'approchaient encore, et l'enfant se laissa tomber au sol, roula en boule, sentit les larmes dévaler ses joues. Une planche craqua juste sous son pied. Un souffle chaud lui passa sur le visage. Un gémissement de peur s'échappa de sa bouche. Une masse puissante le frôla.
Les craquements retentirent plus bas, plus loin. Moins fort. Rapides, toujours, mais bientôt plus dans la maison. Le petit Notot se redressa tant bien que mal, les jambes chancelantes, les doigts tremblants. Dans ses mains, la chandelle lui servait d'ancrage dans la réalité. Ses pleurs se tarirent, ses sanglots se firent plus ténus, et il se tourna vers la porte du grenier, grande ouverte sur la nuit noire. Il fallait partir d'ici et retrouver le couvert protecteur de ses draps.
L'enfant tendit une main devant lui, dans l'espoir de toucher un mur pour se guider. Le contact rugueux du bois sous ses doigts lui parut salvateur. Dans un sanglot, le petit Notot prit une inspiration saccadée. Et tandis qu'il descendait les marches raides avec autant de précautions que possible, il s'arrêtait par moments pour écouter la nuit. Plus aucun bruit ne remuait la bâtisse.
L'enfant se dirigea au toucher vers sa chambre. Mais, alors qu'il s'approchait du but, ses doigts accrochèrent quelque chose d'étrange. C'était quelque chose de doux, coincé entre deux planches. Quelque chose aux aspects de cheveux épais, comme ceux de la poupée qui l'attendait dans sa chambre. Le petit Notot s'en saisit et reprit son chemin dans le noir.
Arrivé dans sa chambre, il s'approcha de l'âtre, y souffla de profondes expirations, aussi profondes que son petit corps le lui permettait. Quelques braises se ravivèrent, éclairant d'une lueur sanglante le visage du petit Notot. Devant ses yeux, à la lumière du feu, l'enfant tendit ses doigts, entre lesquels était enfermée la chose qui l'avait intrigué. Il l'examina avec une curiosité qui effaçait lentement la terreur.
Entre ses doigts, le petit Notot tenait une touffe de poils gris.
Writober 2024
- 1 - Secret life of pets
- 2 - Morning ritual
- 3 - Public transport
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- 5 - An unexpected visitor
- 6 - Explore a new city
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Commentaires (3)
Franchement, je me suis sentie mal pendant tout le texte (dis toi que je l'ai lu dans une salle de radio faiblement éclairée, de nuit dans un hôpital xD) QUEL CAUCHEMAR C'est vraiment bien écrit, on est dedans (et on s'imagine le pire) ;-; ...J'ai besoin d'un câlin je crois x'D
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