Holiday tradition
25 octobre
Alexis était assise sur la terrasse, en train de savourer un déjeuner copieux bien mérité après son jogging matinal. Elle devina l'arrivée d'Erwin bien avant de voir sa tête ensommeillée apparaître dans l'encadrement de la porte. Ce n'était pas bien difficile : le bruit de ses pantoufles qui glissaient sur le sol lorsqu'il ne levait pas ses pieds manquait cruellement de discrétion. Le demi-dieu finit par atteindre la chaise libre à côté d'Alexis et il s'y installa dans une posture semi-comateuse. La fille d'Arès eut envie de le taquiner lorsqu'elle porta innocemment sa tasse de thé à ses lèvres.
- Hm ? Bien dormi ?
Erwin émit une sorte de grognement et attrapa la main libre d'Alexis pour y déposer un bisou fatigué.
- Au top, ouai.
L'ironie fit sourire Alexis, et ce bonheur sur son visage parvint à chasser doucement la brume qui persistait dans la tête d'Erwin. S'il y avait bien une chose que le sang-mêlé ne parvenait pas à faire, c'était se réveiller aux aurores comme le faisait la fille d'Arès. Et en pleine forme, en plus ! Lorsqu'elle se levait pour aller courir, Erwin poussait inlassablement le même soupir dramatique. Lui était capable de se discipliner un peu lorsqu'il était à la Nouvelle-Athènes et qu'il fallait se tenir à une certaine hygiène de vie. Mais là, en vacances... C'était tout bonnement inconcevable.
Le déjeuner se déroula dans une bonne humeur estivale que ponctuait le chant de la mer, au loin. Les voix d'Erwin et Alexis habillèrent le vent encore bien après que les assiettes et les tasses furent vides. C'était le genre de matinées lors desquelles le temps n'existe plus. Puis une voix s'ajouta au duo, depuis l'allée qui menait à la terrasse.
- Haaa ils sont là, mes poussins !
La voix d'Iris. Erwin tourna un regard brillant vers sa mère. Voyant qu'elle portait encore une valise plus grande qu'elle, il s'empressa de se lever pour aller l'aider. Alexis les regarda avec une pointe de mélancolie dans la bouche. Iris embrassa bruyamment le front de son fils en le forçant à se pencher vers elle et en lui écrasant les joues. Puis elle se dirigea vers Alexis pour déposer un bisou tout aussi bruyant mais bien plus doux sur son front à elle. La fille d'Arès ferma brièvement les yeux pour profiter de ce contact.
- Alors, maman, comment c'était, la Colombie ?
Les mots d'Erwin tirèrent Alexis de ses pensées. Elle posa son menton sur ses mains pour écouter Iris raconter ses vacances.
- Incroyable, mon loup, tu devrais y aller un jour ! Regarde ça !
Iris s'affairait à montrer des photos sur son téléphone tandis que son fils lui préparait un verre de jus d'orange. Jamais de café ni de thé pour Iris, Alexis le savait maintenant. La mère d'Erwin n'aimait rien tant que le jus de fruit pour entamer sa journée. La sang-mêlé sourit en la voyant manquer de renverser le verre que lui tendait Erwin. A voir ces deux-là, Alexis ne se demandait plus d'où le demi-dieu tirait son énergie et son côté bavard : Iris ne s'arrêtait jamais. A grands renforts de gestes et d'expressions dont elle seule avait le secret, elle expliquait, les yeux étincelants, ce qu'elle avait découvert en Colombie durant ses vacances.
- Et je ne suis évidemment pas revenue les mains vides ! ajouta-t-elle avec un clin d'oeil.
Erwin se pencha vers l'oreille d'Alexis.
- Maman rapporte toujours un souvenir de ses voyages depuis mes 5 ans, chuchota-t-il.
- Voilà pour toi, mon trésor ! Bon, tu es grand, j'espère que ça t'ira quand même, enchaîna Iris en sortant quelque chose de sa valise.
Erwin attrapa le tissu que lui tendait sa mère. Il le déplia et découvrit un magnifique poncho rayé aux couleurs chaudes. Iris ne lui laissa pas le temps de l'essayer ni de la remercier, elle ne tenait pas en place.
- J'en ai pris un pour moi aussi, et un pour toi, Alexis ! Ce sont des ruanas ! Je les ai achetés à une petite artisane qui les tissait en direct, c'était fabuleux ! J'en ai profité pour lui demander si elle pouvait tisser vos noms dessus, mais je vous laisserai les trouver. Ce sera votre petit jeu de la journée.
Alexis et Erwin rirent de bon coeur en envisageant déjà leur occupation du jour. Avec un peu de chance, la Colombienne qui s'était chargée de tisser leurs noms sur les ruanas n'avait pas fait trop d'efforts de subtilité et ils trouveraient vite la réponse à cette énigme. Iris avait en tout cas l'air très fière d'elle et de son idée.
- Erwin, finit-elle par demander, est-ce que tu voudrais bien aider ta vieille mère à rentrer ses affaires maintenant que les souvenirs ont été distribués ?
- Ma "vieille" mère... T'es pas si vieille, maman.
- C'est pas la question, mon chat, je ne rajeunis pas.
Erwin leva les yeux au ciel par principe et se saisit à nouveau de la valise pour aller la ranger. Il ne manqua pas de faire claquer un bisou sur chaque joue de sa "vieille" maman avant de disparaître à l'intérieur de la maison. Iris gloussa de plaisir et le regarda se diriger vers l'étage. Lorsqu'enfin elle ne put plus distinguer le moindre centimètre de son fils, elle se tourna vers Alexis et s'assit sur la chaise en face d'elle.
- Alexis...
La fille d'Arès tourna son attention vers Iris. Elle lui découvrit un visage changé, beaucoup plus calme et doux que la seconde qui précédait. Il en était de même pour le ton de sa voix. La mère exubérante d'Erwin lui parut soudain plus timide et incertaine. C'était une facette que la fille d'Arès ne connaissait pas et qui la surprit quelque peu. Iris la regardait, mais pas vraiment dans les yeux. Son regard avait quelque chose de fuyant ; elle conservait son assurance, mais il y avait dedans comme une légère fissure.
- Alexis, je ne sais pas si c'est trop tôt, si tu le prendras bien, mais sache que je n'ai pas l'intention de te blesser avec...
Ne trouvant pas le mot manquant à sa phrase, Iris se contenta de déposer sur la table une petite boîte en bois poli. Alexis mit une seconde, ou peut-être deux, à comprendre qu'il s'agissait d'un cadeau pour elle. Elle attendit un geste de tête d'Iris pour prendre la boîte et l'ouvrir.
- Je sais aussi que tu n'es pas très branchée bijoux, mais j'ai pensé à toi en voyant celui-là. Tu n'es pas obligée de le porter, bien sûr ! C'était avant tout un geste que je voulais faire pour toi, pour te dire que... que tu as un peu ma fille maintenant.
Les mots se bousculaient dans la tête et dans la gorge d'Alexis, tandis que ses yeux restaient rivés sur le contenu de la boîte. Dans ce petit écrin de bois, une magnifique bague, simple anneau d'une finesse surprenante mais orné d'une dizaine de petits éclats verts, accrochait les rayons du soleil. La fille d'Arès sentait une boule se former dans sa gorge. Elle ne parvenait pas à relever les yeux, à fixer Iris, qui ne sembla pas s'en formaliser.
- C'est de l'émeraude. La Colombie est un des pays où on en trouve. Tu ne crois peut-être pas aux propriétés des pierres, mais l'émeraude est la pierre d'amour. On dit qu'elle permet d'ouvrir le coeur pour recevoir tout type d'amour autour de soi : passion, amitié, amour familial...
Alexis commençait à voir trouble. Les mots d'Iris résonnaient dans ses oreilles et se gonflaient d'un sens qu'elle devinait déjà. La mère d'Erwin ne s'arrêta pas en si bon chemin, pas incommodée le moins du monde de faire la conversation pour deux.
- Je ne doute pas que tu reçoives déjà tout l'amour de mon grand dadet de fils. Mais si cette pierre peut te permettre de recevoir le mien...
Alexis ne parvint pas à retenir un sanglot. Elle se détesta instantanément de ne pas réussir à maîtriser ses émotions devant Iris. Elle se détesta de ne pas réussir à enfermer sa tristesse et ses souvenirs dans un coffre fort comme elle l'aurait souhaité. Elle se détesta de ne pas réussir à cadenasser ses sentiments devant une personne comme Iris alors qu'elle y parvenait devant la Colonie entière. Iris fit une pause. Alexis ne la regardait toujours pas, elle entendit seulement la chaise en face d'elle racler le sol.
- Ho, ma chérie...
Les bras chauds d'Iris se refermèrent doucement autour d'elle. Alexis ne résista pas à se laisser aller à cette étreinte maternelle qu'elle ne connaissait plus. Une larme lui échappa en silence. Puis une deuxième.
- Je sais que je ne ferai pas revenir tes mamans, ma puce. Et si tu savais comme je le regrette... Personne ne mérite de perdre ses parents... Mais si tu l'acceptes, je serai là pour toi comme je le suis pour Erwin. Je ne remplacerai jamais celles que tu as perdu, mais si tu as besoin de quoi que ce soit, je serai là.
Les mains d'Iris caressaient les cheveux d'Alexis comme n'importe quelle mère aurait pu le faire avec sa propre fille. La fille d'Arès ferma fort les yeux, s'obligea à ravaler ses larmes et à respirer. Hors de question que sa voix tremble au moment de prononcer les seuls mots cohérents qui lui venaient à l'esprit. Une inspiration. Expiration. Encore une inspiration. Expiration. A la troisième inspiration, Alexis avait de nouveau enfoui son chagrin dans les tréfonds de son coeur. Toujours enfermée dans les bras d'Iris, et sans chercher à s'en dégager, elle passa la bague fine à son doigt et contempla quelques secondes les minuscules émeraudes scintiller dans le soleil de Grèce.
- Merci beaucoup, Iris. Elle me plaît.
Alexis devina un sourire se dessiner sur le visage d'Iris. Sans relever la tête, elle se laissa aller une dernière fois au réconfort des bras d'une mère autour d'elle.
Writober 2024
- 1 - Secret life of pets
- 2 - Morning ritual
- 3 - Public transport
- 4 - Season
- 5 - An unexpected visitor
- 6 - Explore a new city
- 7 - Learning a new skill
- 8 - Something mundane
- 9 - Humor in the dark
- 10 - Favorite drink
- 11 - Textures
- 12 - 2 people in a tub
- 13 - Something you learned
- 14 - Water
- 15 - Watch the sunset
- 16 - Sit in nature
- 17 - Body image
- 18 - Monsters under the bed
- 19 - A movie that changed me
- 20 - Holiday tradition
- 21 - Best friend
- 22 - Letter to someone
- 23 - Hometown highlights
- 24 - Favorite food
- 25 - Big dreams
- 26 - Messy
- 27 - Big mistake, big...
- 28 - Gratitude
- 29 - Fears
- 30 - Growth
Du même auteur...
Commentaires (2)
Et la joueuse d'Alexis a aimé aussi alors je considère que c'est une réussite
Poster un commentaire
Vous devez être inscrit et connecté pour poster un commentaire.
Prompts (trouvé sur Pinterest)