/!\ Ce texte appartient à mon histoire ZEN. :)
Les traits émaciés de son père, à la fin de sa vie, se dessinent dans son esprit. Rien d’étonnant en tombant sur la « parentalité » comme thème, pour ce travail de fin de trimestre. Monsieur Henderson a divisé la promotion en cinq groupes distincts. Nico se retrouve séparé d’Emilia et de Zoran. L'ombre de son professeur plane sur cette décision, il n’en doute pas. Voila qu’il doit partager son obscure vision des choses à Henry et Louise, entre autres. La discrétion de Caleb et Samantha convient à l’Italien. Moins il entend ses camarades, mieux il se porte. La présence d’Henry représente un défi tenace. Celui-ci n’a, visiblement, jamais été doté à la naissance de filtre entre son cerveau et sa langue. Élu — par miracle — délégué de la classe, Henry se positionne toujours à la tête des projets communs.
— Les gars, pour obtenir les grâces de Monsieur Henderson, il faut qu’on cite un maximum d’œuvres qui représentent des parents.
Les trois autres hochent la tête, Nico n’a même pas écouté. Henry parcourt son recueil d’œuvres du XXᵉ siècle, fier de mener la danse.
— Dans “Les Trois Âges de la femme” de Klimt, on peut mentionner “Mère et enfant”. Regardez !
Il approche la page concernée de leurs regards approbateurs.
— La proximité entre la mère et son enfant est touchante, les fleurs parsemées dans sa chevelure sont un rappel évident à la nature. Voila notre premier point : la parentalité, comme un état naturel. Nous pourrions trouver une œuvre similaire avec des figures animalières.
Louise salue une idée brillante, et prend pour mission personnelle de dénicher une telle peinture.
— Samantha, il faudrait que tu trouves une pièce de théâtre dans laquellle le lien mère-fils est exploité. Ca te va ?
— Pas de problème.
Elle entame des recherches avancées sur son ordinateur. Nico toise Henry du regard. Il refuse de se soumettre aux visions artistiques d’une personne. D’ailleurs, il déteste l’idée que ce travail de fin de trimestre soit un projet de groupe. Du coin de l’œil, il espionne le travail d’Emilia et Zoran. En osmose avec June, Miranda et Ben, les cinq étudiants ont l’air de s’amuser.
— Nico, tu pourrais te charger de travailler sur la parentalité dans la culture ? Les différences de représentations entre l’Italie et les États-Unis par exemple.
Henry aime rappeler à Nico son statut d’émigrant. Ce dernier a plutôt envie de prétexter un mal de ventre éminent, et de s’enfuir en courant. Quitter cette salle trop bruyante aux discussions inintéressantes. Ce premier trimestre s’achève et Nico se demande pourquoi et comment il a atteri là. Ce n’est pas ce qu’il imaginait de la GIPA.
Le soir-même, Emilia rentre à l’appartement avec Nico et Zoran. Le Serbe et elle doivent poursuivre ensemble leurs recherches. Le groupe travaille sur « la temporalité ». Face à la mine éteinte de leur ami isolé, le duo d’étudiants se montre inquiet. Emilia connaît le tempérament d’Henry. Elle s’imagine comme il doit être compliqué pour Nico de le supporter.
— Est-ce que tu as besoin d’aide pour avancer sur ta partie du travail ?
— J’en sais rien. La partie théorique me semble barbante et accessible. C’est la seconde partie du projet que j’appréhende.
Monsieur Henderson réclame à chaque groupe de mettre en parallèle ses perceptions personnelles avec les œuvres présentées, dans le plus de domaines artistiques possibles.
— Tu n’es pas obligé de parler de ton père, commente Zoran.
— Pour la sélection musicale, Henry a choisi “Beautiful Boy” de John Lennon. Il est ravi de son choix : la voix de Lennon est posée comme celle d’un père, il s’adresse directement à son fils Sean, les répétitions rappellent les mots que les parents prononcent à l’infini pendant l’éducation...
— Nico, calme-toi. C’est un bon choix, vous allez parler de la fierté d’un père pour son fils et de ses mises en garde. L’important, c’est que ce projet soit une réussite et te permette de sortir du trimestre avec une moyenne correcte.
L’Italien a l’estomac noué. « La fierté d’un père pour son fils », ça ne lui parle pas. L’ex-chef de la famille Cafarelli n’a jamais démontré que de la déception pour son fils, là où chaque action de ses filles — la grande, comme la petite — lui semblait divine.
— Arrête de faire ton ronchon, commande Emilia. Grâce à Henry, tu vas peut-être remonter dans l’estime de M. Henderson.
— S’il y a bien quelque chose dont je me fiche, c’est l’avis de ce drogué à mon sujet.
Zoran retient Emilia, qui s’apprêtait à riposter.
— On va te laisser, on a un thème à creuser aussi.
L’Américaine s’éloigne pour se plonger dans ses investigations.
— Tu sais ce que je ferais à ta place, Nico ?
Si l’Italien est imperméable aux réprimandes d’Emilia, l’avis de Zoran détient une valeur importante à ses yeux.
— Je t’écoute.
— Je demanderai à une de tes sœurs de me parler de ses parents. Vous avez été élevés par les mêmes personnes, mais vous l’avez sûrement vécu différemment.
Nico envisage cette démarche. Tandis qu’il se plonge dans des réflexions profondes, Zoran lui tapote sur l’épaule et rejoint sa camarade. Est-ce que le Serbe le moins tactile des États-Unis vient de lui témoigner son soutien ? Cette information pourrait bien lui donner l’élan nécessaire pour réussir.
Rosa Cafarelli, vingt-huit ans, s’est installée à Orsogna pour ne pas s’éloigner de sa chère mère. Entre deux cours de danse dispensés dans son école, ouverte depuis deux mille dix-neuf, elle prend le temps d’aider son petit frère.
« Pas facile de traiter de la parentalité sans être parent soi-même. Tu pourrais déjà mentionner ce prisme qui est le tien : celui de l’enfant. Le passé de Papa et Maman paraît tel un monstre mystique dont on doit taire le nom. Je me rappelle avoir eu cette impression à la cérémonie. Quand des amies de Papa, que nous n’avions jamais vu, ont évoqué dans des discours émouvants leurs souvenirs avec lui en France et aux Pays-Bas. Quand, au moment du diaporama, j’ai découvert son ancien style vestimentaire.
La parentalité, ça tient aussi dans ce sacrifice : une nouvelle vie démarre, tournée vers les bambins qui crient dans la maison et qui leur en font voir de toutes les couleurs. Maman s’endormait au moindre instant de répit, durant ta première année de vie. Papa me grondait si j’essayais de la réveiller pour jouer avec elle. Pendant qu’elle somnolait, il veillait sur toi. La parentalité désirée conduit à répandre plus d’amour qu’on en a pour soi. Maman aimait profondément Papa, et elle a multiplié cette affection par trois : pour toi, Julia et moi. Je crois que ce qu’ils préféraient, c’était de nous voir tous les trois ensemble. Observer la fratrie qu’ils avaient bâtie et éduquée. Ça n’a pas toujours été parfait, mais je sais qu’ils ont essayé. Ils n’ont pas pu tout faire, alors ils ont fait le mieux. Quand Papa est tombé malade, il m’a confié sa crainte d’altérer les souvenirs de lui dans la tête de Julia. Elle avait à peine six ans quand il a commencé à perdre tous ses kilos. Lui, souhaitait qu’elle se rappelle d’un père solide, peut-être ferme, mais suffisamment fort pour la protéger de tous les dangers. Son ego se fissurait sur ce point. Cette incapacité, nouvelle, à se positionner comme un bouclier autour de nous. Tout à coup, c’est nous qui faisions tout pour maintenir sa santé, quoique fragile. Non, la parentalité n’a rien de facile. Et, pourtant, j’imagine cette position comme la plus belle qui soit. Une responsabilité accablante, oui. Un gouffre pour l’énergie et l’argent, oui. Mais, surtout, le rôle d’un guide. Un éclaireur sur un chemin que l’enfant finira par choisir. Jusqu’à ce qu’il lâche cette main qui l’a accompagnée jusqu’ici. Jusqu’à ce qu’il allume sa propre bougie, pour avancer.
La parentalité, c’est passer des dizaines d’années dans des pièces bruyantes et mal rangées. Puis, du jour au lendemain, vivre dans un espace trop grand et silencieux. C’est prier pour que ceux qu’on a élevés trouvent un peu de temps pour passer, le temps d'un dîner. C’est voir un morceau de soi s’éloigner. C’est ressentir en permanence une inquiétude irrépressible. C’est accepter que dans la vie, certaines situations restent imprévisibles.
C’est un fardeau autant qu’un cadeau. Je sais qu’il ne te l’a jamais formulé, mais Papa, même fatigué, espérait que tu trouverais ta voie. Il avait cessé de t’imaginer reprendre la tête de l’entreprise familiale. Il m’a simplement dit une phrase bête comme : “j’aimerais qu’il aille travailler avec le sourire”. Lui, l’a perdu en perdant la vie. Mais s’il a bien gardé quelque chose, c’est cette “parentalité”. Même enterré, même s’il l’est depuis des années, il est et sera à jamais notre Papa. La parentalité, c’est une forme d’éternité. »
Rosa conclut son texte par des émoticônes gênées.
« Oups, je ne pensais pas t’envoyer un tel pavé ! J’espère que ça va t’aider. Moi, écrire tout ça m’a fait pleurer. J’ai hâte qu’on se retrouve pour les fêtes de fin d’année. Je t’embrasse frangin. Prends soin de toi.
— Ta grande sœur qui t’aime ! »
Writober 2025
- 1 - Summer — (La JENA de Nico et Emilia)
- 2 - Roommates — (Pas facile d'être colocs)
- 3 - Misunderstandings — (La biche, le loup et l'agneau)
- 4 - One night stand — (Liste d'envies)
- 6 - Parenthood — (Le pavé de Rosa)
- 7 - Exes to lovers
- 8 - Time Travel AU — (Nouvelle chance)
- 9 - Love at first sight — (Il était grand)
- 10 - Heavy angst — (Achluophobie)
- 12 - Fake dating — (Juste un service)
- 13 - Demon x angel — (Discours de soûl)
- 14 - Fast paced — (Le silence)
- 15 - Movie Inspired — (Des bips après la boulette)
- 16 - Friends with benefits — (Un service d'ami)
- 17 - Office — (Suzie est normande)
- 18 - Mythology — (Drôle de réécriture)
- 19 - Omegaverse — (L'instinct fraternel)
- 20 - Stuck in an elevator — (Confessions)
- 24 - Memory loss — (Submersible)
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Commentaires (4)
Très beau texte ! Il est trop tard pour construire un commentaire plus complet, mais c'est vraiment profond comme thème et comme écrit :3
Merci beaucoup
De rien
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