♥ (Lire ce texte avant, c'est mieux. Cet extrait appartient à ma trame "ZEN") ♥
Odetta Cafarelli sort de la chambre, suivie par ses deux filles, Rosa et Ivana. Elles sont arrivées deux jours après l’incident. Un terme étrange pour définir une tentative de suicide. Les trois Italiennes portent sur leur visage le paradoxe du survivant. Nico est vivant. Un soulagement titanesque a assailli tous ses proches à cette nouvelle. Mais, une douleur persiste encore en chacun d’eux : ce jeune homme, qu’ils aiment, a tenté de mettre fin à ses jours. La culpabilité se mêle aux craintes. Le réconfort, aux remords.
— Tu peux aller le voir, il est réveillé.
L’accent d’Odetta séduit Zoran, mais pas autant que l’idée de voir Nico avec les yeux ouverts. Le Serbe sent son cœur s’accélérer tandis que l’information s’imprègne dans sa tête.
— Merci Odetta. Vous êtes sûre que vous ne voulez pas rester à ses côtés ?
Elle fronce les sourcils, balbutie. Rosa, sa fille aînée, traduit. Lorsque la mère comprend, elle saisit les mains du jeune homme.
— Tu mérites un moment seul avec lui.
Ces mots-là sont prononcés avec simplicité. Odetta n’y place aucun sous-entendu. Zoran plisse les lèvres pour contenir ses sanglots et hoche la tête en guise de remerciement.
Son bras retrouve le poids de la porte, son épaisseur. La clenche un peu dure. L’odeur de la chambre d’hôpital. Les mêmes murs crème qui l’entourent depuis des jours, à chaque visite. Aujourd’hui, son regard éclipse tous ces détails. Un élément retient son attention. Un visage, éveillé. Fatigué, diminué, mais éveillé. Zoran se contient de fondre en larmes. Il a tant prié pour cet instant qu’il ne parvient pas encore à saisir s’il est bien réel. Il s’assoit au bord du lit et attrape la main de son colocataire. Un cathéter scotché sur le dos, cette main lui semble plus fine que d’ordinaire. Le médecin a dit que la convalescence de Nico avait pu lui causer une perte importante de masse musculaire. Il pourra remarcher, néanmoins il faudra être prudent. «Il faudra l’entourer. Ne pas trop le laisser seul.» Zoran savait que ce conseil-ci ne concernait pas le risque de chute ou de vertige.
Il n’ose pas affronter les joues creusées de Nico, ses cernes, l’absence de sourire. Alors, il se lance dans son discours, la tête baissée, sans lâcher cette main froide et frêle.
— J’ai beaucoup de choses à te dire. J’ai eu le temps d’y réfléchir, pendant que tu dormais. On a tous pensé que tu ne te réveillerais jamais, et cette idée m’a mis face à la réalité.
Il marque une pause. Essuie une larme coriace.
— La vérité, Nico, c’est que je suis terrifié à l’idée de vivre dans un monde sans toi. Tu fais partie de mon quotidien. T’es la lumière dont j’ai besoin. J’étais prêt à donner le soleil pour qu’on te récupère. Avec tout ça, j’ai découvert que… Que tu avais une place spéciale pour moi. J’ai regardé l’année écoulée avec une autre perspective.
Les mots forment un nœud dans sa gorge.
— Tu sais bien que, d’habitude, je ne suis pas le plus expressif. Je prends sur moi. Tu n’as peut-être pas envie d’entendre ça aujourd’hui, Nico, mais tu es plus qu’un ami…
Il pose sa main gauche sur ses tempes, de sorte à camoufler son visage.
— J’ai des sentiments pour toi.
Zoran referme davantage sa main sur celle du patient alité. Il perçoit un mouvement. Une fuite. L’Italien se libère de son contact.
— Merci.
Sa voix paraît lointaine. Parler est encore douloureux à ce stade.
— Tu t’appelles comment déjà ?
Les yeux bleus de Zoran ondulent sur le visage de Nico, à la recherche d’un rictus. Un signe, un tremblement. La preuve que cette question n’est qu’une blague.
— Tu plaisantes Nico, arrête. C’est pas marrant.
Mais, dans l’expression du patient, Zoran ne perçoit aucun changement. Son ami semble mal à l’aise, gêné.
— Je suis désolé, j’ai oublié, prononce-t-il.
Zoran se lève et sort de la chambre en furie, abandonnant un Nico déboussolé, seul, sur son lit.
— Tout va bien Zoran ? tente de l’intercepter Rosa.
Mais il part et disparaît à l’angle du couloir.
•
Il scrute la danse des arbres au travers des fenêtres.
— Je te prends un café au distributeur ?
— Ne gaspille pas ton change.
Zoran dépose sur la table quelques dollars, elle les utilise. L’appareil fait apparaître un gobelet en carton. Ses mécanismes s’enclenchent et emplissent l’espace par leurs sons robotiques. Une boisson noire s’écoule lentement dans le récipient blanc. Le Serbe y voit le cerveau de Nico. Rempli par de la merde. Saturé d’oubli.
— Ok. Maintenant que je t’ai payé un café, est-ce que tu veux me parler de ce qui ne va pas ?
Hormis le fait que ton petit frère soit hospitalisé pour une tentative de suicide, tu veux dire ?. Il devient sarcastique. Nico a déteint sur lui tout à coup. Comme si l’idée de sa disparition impliquait que son caractère de cochon trouve un nouvel hôte.
— Il ne se souvient pas de moi, prononce-t-il.
Sa voie s’enraye.
— Comment ça ? C’est impossible, s’étonne Rosa.
— Je me suis livré à lui et à la fin, il m’a simplement dit « Merci »… Puis il m’a demandé mon prénom.
L’Italienne frotte le bras de Zoran. Elle ignore que le contact physique le répugne, et lui ne le montre pas. Il réchauffe ses longs doigts autour du café chaud, mais aucune chaleur ne parvient à son thorax.
— Ce n’est peut-être qu’une question de temps, avant que ses souvenirs reviennent. Il revient de loin, il faut que tu te montres patient.
Le Serbe aspire une gorgée et se brûle la langue.
— Tu sais, je suis très heureuse d’avoir fait ta rencontre. Les circonstances sont atroces, mais mettre un visage sur un nom a été important pour moi. Je crois que je comprends un peu plus mon frère, maintenant que je te connais.
— Ah, tant mieux alors.
Rosa sourit. Ses pommettes arrondies la rajeunissent.
— Je n’ai pas à dire quoi que ce soit à sa place. Néanmoins, juste pendant ce laps de temps où sa mémoire demeure floue, promets-moi de ne pas douter de lui. Ne doute pas de l’importance que tu as dans sa vie.
— Comment ne pas douter alors que mon prénom est devenu submersible ? Il a coulé au fond de sa tête, comme s’il n’avait jamais existé.
— Emporté par la houle de l’oubli. L’image est belle, et ce qui est encore plus beau avec la houle : c’est qu’elle finit par ramener les trésors à la surface. Il se souviendra, crois-moi.
Il se pince les lèvres, essuie trois larmes véloces. Merde, elle sait trouver les mots : elle a vraiment l’étoffe d’une grande sœur. Zoran regretterait presque d’être fils unique.
— Je ne suis pas le seul à avoir une âme poétique. Merci Rosa.
— C’est en partie comme ça que Nico t’a décrit. Un cocktail T.N.T.
— Tequila N’ Tonic ?
— Taulard Nébuleux et Troublant.
Difficile de savoir en cet instant si ce qu'il ressent pour l’Italien s’appelle de l’amour ou de la haine. Quoi qu’il en soit, ce surnom secret lui fait décrocher un sourire.
Writober 2025
- 1 - Summer — (La JENA de Nico et Emilia)
- 2 - Roommates — (Pas facile d'être colocs)
- 3 - Misunderstandings — (La biche, le loup et l'agneau)
- 4 - One night stand — (Liste d'envies)
- 6 - Parenthood — (Le pavé de Rosa)
- 7 - Exes to lovers
- 8 - Time Travel AU — (Nouvelle chance)
- 9 - Love at first sight — (Il était grand)
- 10 - Heavy angst — (Achluophobie)
- 12 - Fake dating — (Juste un service)
- 13 - Demon x angel — (Discours de soûl)
- 14 - Fast paced — (Le silence)
- 15 - Movie Inspired — (Des bips après la boulette)
- 16 - Friends with benefits — (Un service d'ami)
- 17 - Office — (Suzie est normande)
- 18 - Mythology — (Drôle de réécriture)
- 19 - Omegaverse — (L'instinct fraternel)
- 20 - Stuck in an elevator — (Confessions)
- 24 - Memory loss — (Submersible)
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