Lire ce texte avant. Ce texte appartient à ma trame “ZEN”.
[...]On se retrouve tous les deux, seuls dans l’ascenseur.
Il a choisi de prendre le petit. Des brancardiers arrivaient avec un patient en lit, et il a su comment réagir pour ne pas les gêner. Même dans ces instants de détresse, Zoran fait passer les autres avant lui. Ça me touche et, quelque part, je suis heureux que nous nous tenions dans le plus petit des ascenseurs. Le plus vieux aussi : le roulement du mécanisme produit un bruit strident, loin de me rassurer. Heureusement, je flotte. Je l’observe. Il se noie. Sa main, agitée, masse son trapèze. Les tremblements de son menton trahissent ses sanglots. Je me sens bête. Je me sens triste de le voir aussi affecté.
Le moteur ou le vérin — ou que sais-je, je ne suis pas ascensoriste — vient de m’arracher les oreilles. Celles de Zoran, du moins, qui les couvre comme il peut. La lumière de sécurité s’est allumée pour remplacer l’éclairage standard de la cabine. Une ambiance tamisée et un ascenseur arrêté ? Je ne pouvais pas rêver plus intime que ça. Pourquoi faut-il que je sois un esprit quand les évènements s’alignent en ma faveur ?! Maudites injustices.
Zoran apprécie beaucoup moins la blague. Il harcèle tous les boutons de l’ascenseur jusqu’à ce qu’une voix lui réponde.
— Service EV 24/24, j’écoute.
— Oui, Monsieur, je suis coincé dans l’ascenseur !
Des sons de microphones mal réglés traversent l’habitacle.
— L’équipe technique de l’hôpital est avertie. La réparation sera effective rapidement.
— Merci Monsieur.
La communication se coupe. Zoran s’effondre et s’adosse au fond du cube froid. Je m’installe à ses côtés. Il ne peut ni me voir ni m’entendre, mais je sens que toutes ses pensées me sont adressées.
— Nico, putain…
Il pleure de plus belle, la tête baissée sur ses genoux repliés.
— Je suis mort d’inquiétude…
Je sens qu’il a besoin de parler, mais personne n’est là pour l’écouter. C’est là ce qui l’aide à se confier, j’imagine.
— Toi, t’es mort de solitude ? Qu’est-ce qui t’est arrivé ? Comment est-ce que j’ai pu manquer ça ? Pourquoi je n’ai pas vu que ça n’allait pas ?
Je lui réponds, en m’imaginant qu’une partie de lui m’entendra.
— Tu ne pouvais pas savoir. Tu n’as rien à te…
— Qu’est-ce que je vais faire ? Comment je vais annoncer à ta mère que son fils est parti ? Qu’il a décidé lui-même d’en finir ? Comment réagiront tes soeurs ?
Évidemment il me coupe la parole puisqu’il ne m’écoute —ne m’entend — pas. Les questions qui fâchent se succèdent et le regret habite mon corps sans matière. A défaut de cellules, je me compose dorénavant de remords. Un peu tard, pour un mort.
— Je m’imagine pas vivre dans cet appartement si tu n’y es pas. Tu donnes de la vie à cet endroit. Tes rires, tes plaintes, tes coups de colère sur les jeux vidéos… Ta table de chevet inchangée… J’te jure, je peux pas m’imaginer la vider. Me fait pas ça, je t’en prie.
Ses pleurs s’accentuent et sa prononciation se mue en un nouveau dialecte — que je ne parle pas, à l’instar du langage médical —.
— J’sais pas comment ni pourquoi, t’es devenu si essentiel à ma vie… Je m’en veux Nico… Je suis désolé.
Mon colocataire sort son téléphone de sa poche. Il essuie de son avant-bras nu les larmes et la morve qui lui humidifient le visage. Dorénavant ce cocktail ragoûtant luit sur ses poils clairs. Ses doigts fins le mènent jusqu’à sa galerie, où il fait défiler des photos de nous. Sur certaines, il se tient derrière la caméra. Il s’attarde davantage sur celles-là. Son regard plonge brusquement sur mon sourire figé. Mais il fait un plat. Ça lui fait si mal aux yeux qu’ils coulent de nouveau. C’est même pas mon meilleur profil.
— Je te pardonne, lui dis-je.
Le Mississippi n’a qu’à bien se tenir : Zoran concurrence le plus grand fleuve des États-Unis à la seule force de ses glandes lacrymales.
— Il n’y a qu’un motif à cette histoire Zozo. C’est moi, seulement moi. Ton colocataire égoïste. C’est pas que j’ai pas su trouver de raison de vivre. C’est que j’en ai trouvé une de mourir.
Writober 2025
- 1 - Summer — (La JENA de Nico et Emilia)
- 2 - Roommates — (Pas facile d'être colocs)
- 3 - Misunderstandings — (La biche, le loup et l'agneau)
- 4 - One night stand — (Liste d'envies)
- 6 - Parenthood — (Le pavé de Rosa)
- 7 - Exes to lovers
- 8 - Time Travel AU — (Nouvelle chance)
- 9 - Love at first sight — (Il était grand)
- 10 - Heavy angst — (Achluophobie)
- 12 - Fake dating — (Juste un service)
- 13 - Demon x angel — (Discours de soûl)
- 14 - Fast paced — (Le silence)
- 15 - Movie Inspired — (Des bips après la boulette)
- 16 - Friends with benefits — (Un service d'ami)
- 17 - Office — (Suzie est normande)
- 18 - Mythology — (Drôle de réécriture)
- 19 - Omegaverse — (L'instinct fraternel)
- 20 - Stuck in an elevator — (Confessions)
- 24 - Memory loss — (Submersible)
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Commentaires (2)
J'AVAIS PAS VU CE TEXTE
MON COEUR AAAAAH
Je crois que c'est la suite de textes que je préfère (déjà parce que j'adore les univers alternatifs), ils sont tellement révélateurs du pauvre Zoran, c'est fort. La dernière phrase est hyper poignante. Tu brises mon coeur Zukki.
Très contente que tu aies aimé cette suite de textes !
Et désolée pour ton petit cœur ><
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(Puis de toute façon on est en Novembre et je poste des écrits pour un challenge d'Octobre, donc à ce stade là, j'fais un peu ce que je veux !)