Le personnage d'Emilia appartient à mon histoire « ZEN » mais il n'est pas nécessaire d'avoir lu les précédents textes pour lire celui-ci.

*= aux États-Unis le « 12th grade » correspond à l’année de terminale en France.
**= JATC pour Just Around the Corner. Une journée organisée pour mettre en avant les options d’études les plus proches en fonction du lycée accueilli.

En douzième année*, Emilia, comme ses camarades, participe régulièrement aux portes ouvertes des universités. A cette occasion, la danseuse et comédienne en herbe découvre la GIPA. L’institut détient un stand tout en longueur lors de la journée « Atlanta : le futur est à deux pas ». L’intitulé américain de cette organisation est « JATC »**
Sa meilleure amie l’incite à y glaner des informations, un prospectus, au mieux. Emilia se cache derrière sa frange brune. Un homme est agenouillé, dos à la longue table. Ses mains farfouillent l’intérieur d’un carton, vraisemblablement mal rangé. Elle toussote. L’idée d’interrompre la tâche de cet homme la tourmente. Mais, celle qu’il réalise qu’une ombre patiente derrière lui en silence, tout autant. 

— Oh, pardon ! Bonjour ! Je peux te renseigner sur la GIPA ? 

La foudre vient de s’abattre dans ce hall déjà trop lumineux. Il a l’océan Indien à la place des yeux. Son large sourire dévoile ses nombreuses ridules : diable, Emilia trouve ça charmant. Elle hoche la tête, muette, la bouche ouverte : elle est ridicule.

— Je suis Gordon Tinsley, un ancien élève. J’ai trente-cinq ans maintenant et chaque année je viens témoigner sur mon parcours au sein de l’institut, pour guider de futurs étudiants. 

L’homme est grand dans les 2 sens du terme. Grand comme : “elle a mal au cou quand elle le regarde”. Mais aussi “grand”, comme les enfants l’entendent. C’est un adulte de dix-sept ans de plus qu’elle. Pourtant, en un instant, elle a envie d’être le centre de son univers. Le besoin de le connaitre remonte dans ses veines. En apnée depuis trente secondes, elle pourrait manquer d’oxygène. Quand elle reprend son souffle, le parfum de Gordon lui parvient aux narines. Quelqu’un vient d’installer un tambour dans sa poitrine. 

— Est-ce que tu veux lire notre flyer, ou plutôt que je te montre quelques photos ? 

Elle doit répondre, bon sang, l’ancien étudiant ne sera plus souriant aussi longtemps si elle l’abandonne à son monologue ! 

— Je… Je veux bien voir les photos. 

Est-ce que les dents de Gordon détiennent une carrière dans le mannequinat ? La dentition d’Emilia n’aurait pas l’idée de se montrer de la sorte. Il s’éloigne pour attraper la tablette posée plus loin. Juste le temps pour elle de reluquer — juste un brin — son corps fin. Le t-shirt blanc épouse à la perfection le contour de ses bras. 

— Alors, donne-moi un moment, ça doit être dans les dossiers normalement…

Ses sourcils se tordent tandis qu’il recherche la présentation voulue. Même son expression concentrée fait craquer la lycéenne. 

— Tu serais intéressée pour rejoindre l’institut pour une modalité en particulier ? Management de stars, chanson, composition, écriture, acting, chorégraphie…

Il meuble, voilà ce qu’il fait. Il ne trouve pas ce vilain fichier. 

— Je n’ai pas encore de projet concret en tête. Je danse depuis que j’ai quatre ans, et depuis le lycée j’ai commencé le théâtre. Ca me plaît vraiment, çe m’aide à être un peu moins timide. 

Le regard de Gordon quitte l’écran lumineux pour atterir dans celui d’Emilia. Vient-elle de se mordre la lèvre, sérieusement ? Côté discrétion et originalité, on repassera. Seulement, l’ex-étudiant semble trouver ça amusant. 

— Je te comprends. À ton âge, mon avenir passait après la moindre occasion de beer pong

Elle rigole. La franchise qui teinte cet éclat le rend d’autant plus bruyant. Pourtant, autour d’eux, elle croit percevoir un total silence. Comme s’ils se trouvaient dans une bulle isolante. 

— Comment tu t’appelles, déjà ? 

— Emilia. Pardon, je ne vous l’avais pas…

— « Vous » ? Wow, je vais arrêter de donner mon âge pendant les forums. Je t’en prie Emilia, tutoie-moi. 

Elle pourrait exaucer toutes ses prières. L’amour au premier regard, le voila. Non seulement Gordon est séduisant, mais en plus l’alchimie entre eux est enivrante. Ils finissent par regarder ensemble les photos de présentation préparées par l’institut. Il partage ses anecdotes, lors de ses études là-bas, et Emilia n’en manque pas une miette. Seulement, elle vient de mettre quelqu’un aux oubliettes. Robb. Son petit copain. Il n’est pas venu à la « JATC » car son université de prédilection se trouve à Indianapolis. Ce n’est pas sa faute : qui peut prévoir une passion aussi atomique ? 

A dix-huit heures, la journée « Atlanta : le futur est à deux pas » prend fin. Gordon a ramassé toutes ses affaires avec l’aide des deux professeurs présents. Il a promis à Emilia de la retrouver devant. Elle l’attend patiemment : le ciel s’est couvert et son coupe-vent est resté chez ses parents. Il sort toujours dans son t-shirt blanc uniquement. Finalement, elle se dit qu’elle n’est pas à plaindre, avec son cache-cœur à manches longues. 

— Excuse-moi si je t’ai fait attendre. 

Elle se frotte les mains pour les réchauffer.

— Atlanta quand tu t’y mets ! Tu veux qu’on aille dans ma voiture pour se réchauffer ? 

Les joues d’Emilia virent au rouge. 

— Oh, je ne veux pas te forcer, il ne faut pas que ça te paraisse bizarre ou mal intentionné de ma part. Pas du tout, c’est juste que je vois que tu trembles un peu.

— Ça ne me fera pas de mal, et puis, ça sera plus confortable pour discuter. 

La lycéenne et l’ex-étudiant s’installent dans l’habitacle. Ils découvrent une toute nouvelle proximité. Le vaste hall du bâtiment, bondé de gens, les privait de cette sensation d’intimité. Maintenant qu’elle est là, palpable, entre eux, un nouveau jeu peut débuter. Ils bavardent. Ils se posent des questions personnelles et se taquinent. Leurs lèvres sont scellées en des sourires ou des rires de plus en plus intenses. 

— Tu me fais trop rire ! S’exclame Gordon. 

— En fait, tu adores te moquer de moi, nuance ! 

L’air de rien, il vient de retrousser ses lèvres — comme on le ferait pour mettre du baume —. Ses yeux bleus se posent une seconde sur celles d’Emilia. L’attraction, à ce stade, ne peut plus être niée. Ils ne se sont pas parlé de leur situation amoureuse. Elle a un copain, Robb. Il a une copine, Mary. Mais aujourd’hui, c’est comme si ces deux noms n’avaient jamais existé dans leurs vies. 

Gordon et Emilia s’embrassent.
Les personnes qui passent sur le parking doivent trouver ça gênant. Elle lui donne l’adresse de ses parents : ça tombe bien, ils sont absents. Et juste comme ça, en une soirée, elle goûte à l’infidélité.

VIP depuis le 14/03/2020
Zukki le 11 Oct 2025 à 23h25
Avec ce thème, j'avais trop moyen d'écrire quelque chose de vraiment beau, romantique, sans accroc. Mais ça aurait été trop facile, donc j'ai décidé de pimenter les premières relations amoureuses d'Emilia avec un brin de drama sur ce coup de foudre. :DDDD

9/31

Commentaires (2)

Avatar de Milou
VIP depuis le 02/01/2023
Milou le 12 Oct 2025 à 13h40
MONSIEUR GORDON C'EST PAS BIEN CE QUE VOUS FAITES

Ton texte est très bien écrit mais les personnages (surtout Gordon), je les regarde comme ça
Avatar de Zukki
VIP depuis le 14/03/2020
Zukki le 12 Oct 2025 à 14h40
Le plaisir de te faire apprécier (note le sarcasme) des personnages !

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