C'est mieux d'avoir lu ce texte avant. On est (encore) dans la trame de mon histoire ZEN !

Fin du mois de février.

— Très bien, je sais combien vous aimez partir en week-end en avance, donc nous allons en rester là. Nous nous reverrons mardi pour parler de votre grand projet. Le semestre de printemps est plus dense que celui d’hiver en termes de charge de travail, alors restez concentrés.

— Merci Madame Torres, bon week-end alors ! S’exclame Henry, le délégué. 

— Nous aurons un intervenant, Monsieur Tinsley, ce jour-là. Je compte sur vous. 

Le sang d’Emilia se glace. 

— Bon retour à tous, bon week-end et à la semaine prochaine !

Les étudiants saluent la professeure et s’empressent de quitter la salle. 

— Mademoiselle Bennett, vous comptez faire des heures supplémentaires ? 

Emilia n’a, en effet, pas bougé de sa chaise. Un nœud dans sa gorge fait dérailler sa voix. 

— Quand vous dites « Monsieur Tinsley », est-ce qu’il s’agit de Gordon Tinsley, ancien élève ici ? 

— Oui, tout à fait ! Vous le connaissez ? 

— Brièvement. 

Elle le connaît en fait plus qu’il ne le faudrait. Connaître. Un drôle de verbe. Les courbes du corps de Gordon sont encore gravées dans la mémoire d’Emilia.

— Il était présent au forum des universités de mon lycée. C’est lui qui m’a présenté la GIPA.

— Gordon est très investi dans cette mission, c’est un excellent élément. Je suis contente de savoir que vous comptez parmi nous grâce à lui. Mardi sera l’occasion parfaite pour vous revoir et faire le point sur votre parcours ! 

Emilia reste imperméable à l’enthousiasme de Madame Torres. Machinalement, ses pas la mènent en dehors de la pièce. Les deux femmes se saluent et se souhaitent de passer un agréable week-end. Emilia perçoit déjà l’amertume du sien. Elle va ruminer. Ses insomnies la guettent déjà. Revoir Gordon figure numéro un dans sa liste des choses à éviter. 

Devant l’établissement, elle tombe sur Zoran et Nico. Ils hésitent entre aller en ville ou rentrer à Buford. 

— Si vous comptez sortir ce soir, je suis de la partie. 

— Vraiment ? 

— Je crois que j’aurai bien besoin d’une bière ou d’un martini. 

Nico apprécie la suggestion, et leur programme de la soirée se dessine en un claquement de doigts. Atlanta regorge de lieux insolites où passer un bon moment, notamment un vendredi soir. Dénué d’originalité, le trio s’arrête à l’angle d'une rue dans un bar. Le vent frais de février les conduit à choisir la table la plus loin possible de l’entrée. Les courants d’air, vaut mieux les éviter. Zoran sort tout juste d’un rhume et Nico s’est à peine habillé ce matin. Un t-shirt, un jean et son sac à dos. Il semble qu’il ait confondu février avec juillet.

Zoran s’eclipse aux toilettes. 

—Nico, est-ce que je peux te parler de quelque chose ?

— Vas-y. 

— Mardi, la personne dont Madame Torres a parlé… 

— Oui ? 

— Je le connais. Et… nous avons eu une… aventure ensemble. 

L’italien se montre un peu plus attentif. 

— C'est-à-dire ? 

— Je l’ai rencontré quand j’étais au lycée. J’ai trompé mon copain de l’époque avec lui.

Nico avale de travers sa gorgée. L’image si naïve et pure d’Emilia fond sous ses yeux, révélant toute la subtilité de l’innocence. Elle s’inquiète de ce qu’il pense. Du jugement qui tombera sur elle quand il saura. 

— Il a dix-sept de plus que moi. Après trois semaines de cachotteries, de rencontres en douce, j’ai décidé d’arrêter de lui répondre. Ça n’était pas sain et j’ai brisé le cœur de mon ex-copain. 

— Tu étais un peu plus jeune et crédule, tu cherchais une expérience inédite et tu l’as eu. Quel est le problème ? 

— J’ai fini par le bloquer, car il me harcelait de messages. Il me disait combien il pensait à moi, enfin, tu vois. Ce genre de choses.

Son ami hoche la tête. Sa surprise ne lui suffit pas. Il souhaiterait saisir le fond de sa pensée : où veut-elle l’emmener ? 

— Je me disais, juste pour mardi… Est-ce que tu accepterais d’être mon faux petit copain ? Ça m’enlèverait une sacrée épine du pied. Tu es beau, musclé et grand. S’il nous voit ensemble, il ne va rien essayer.

Nico reprend une lampée de boisson. 

— Hors de question.

— Quel est le sujet ?

Zoran reprend sa place entre ses amis. Il tente de reprendre le fil de la discussion, mais les deux autres se murent dans un silence de plomb.

— Ah, je suis revenu trop tôt, c’est perso ? 

— Emilia a besoin d’aide pour faire fuir un gros relou.

Le Serbe s’inquiète, il enquête auprès d’elle et va jusqu’à lui tirer les vers du nez. Elle cède et lui expose la situation. Zoran, dévoué, accepte de jouer le petit ami pour mardi. Nico n’apprécie pas plus cette idée-là que la première. 

Il déteste ces plans foireux. Emilia en est la spécialiste. Pourtant, il insiste auprès d’elle : « tu sais, on peut te protéger sans forcément faire semblant de sortir avec toi ». Lui connaît trop bien les situations de ce genre. Elles démarrent par une blague, un pari. Quelque chose de spontané, pas fait pour durer. Puis la réalité se confond avec le jeu, et les comédiens tombent vraiment amoureux.

Il regrette que Zoran ait accepté de jouer ce rôle. Il craint de perdre le contrôle. De péter un câble en les voyant main dans la main. De réaliser combien le Serbe en avait besoin. Combien il a fantasmé sur ce moment. 

(À suivre...)

VIP depuis le 14/03/2020
Zukki le 16 Oct 2025 à 18h56
(j'en connais une qui va continuer d'apprécier Emilia, LOL, ça va Milou ?)

12/31

Commentaires (4)

Avatar de Milou
VIP depuis le 02/01/2023
Milou le 16 Oct 2025 à 21h25
Je viens de lire la description avant le texte mdr je m'attends au pire

update post-lecture :

"Nico avale de travers sa gorgée. L’image si naïve et pure d’Emilia fond sous ses yeux, révélant toute la subtilité de l’innocence." J'ai particulièrement ri devant ce passage Nico a tellement une image de mec décomplexé dans ma tête que c'est drôle de le voir choqué par des histoires sexuelles (même pas détaillées). Je le vois suer des gouttes pour si peu krkrkrkr

"— Quel est le sujet ?
Zoran reprend sa place entre ses amis."
Oh non, bébou En si peu de mots il me fait déjà tellement de peine, y a trop de trucs qui se passent dans le dos de ce petit coeur de beurre ;;

"Elles démarrent par une blague, un pari. Quelque chose de spontané, pas fait pour durer. Puis la réalité se confond avec le jeu, et les comédiens tombent vraiment amoureux."

Je me sens jugée par Nico

Ok j'ai le coeur brisé pour Zoran parce que c'est que du faux qu'il utilise pour se consoler, et pour Nico qui kiffe Zoran et le voit se jeter sur l'occase. Y a que pour Emilia que j'ai pas le coeur en miettes, en effet. Je dirais même que je l'aurais laissée en plan mébon c'est pas moi sa pote :')
Avatar de Zukki
VIP depuis le 14/03/2020
Zukki le 17 Oct 2025 à 07h05
Tu as raison, il aurait été plus pertinent de ma part de le laisser nonchalant, pas impressionné xD ! Peut-être que cette innocence c'est aussi ce dont il s'attend de la fille dont Zoran est tombé amoureux ?

L'expression "cœur de beurre", je connais pas mais si Zozo veut un petit nom pour un RP Guerre des Clans il l'a trouvé

C'est ton cas avec Monsieur ? :0

xD
Avatar de Milou
VIP depuis le 02/01/2023
Milou le 17 Oct 2025 à 07h44
Oh moi je trouve que ça va bien comme réaction ! En fait c'est comme si Nico pensait inconsciemment être le "dépravé" du trio et s'apercevait d'un coup qu'en fait Emilia est pas loin derrière

Ah j'avoue que ça existe sans doute pas comme expression, mais j'ai une amie qui disait souvent ça, c'est resté :')

Oui huhu un petit fake dating dans la vraie vie !
Avatar de Zukki
VIP depuis le 14/03/2020
Zukki le 18 Oct 2025 à 16h39
Hahaha, mais c'est carrément ça

Elle est trop mignonne cette expression !

Ohhh mais trop marrant ! J'aurais pu t'interviewer pour ce texte n°12 alors xD

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