Prologue
Il y a longtemps dans un royaume nommé Resregis, vivait un roi dont le nom avait été oublié et qui n’avait eu que des filles avec sa reine. Un jour, qu’il eut parmi ses amantes une jeune duchesse dont le mari la délaissée, il en eut un fils. Cela étant le duc dont le nom avait été consumé par l’histoire, avait fini par l’apprendre. Il naquit alors en son âme un bien sombre projet, il souhaitait la vengeance, alors, il voulut faire tuer cet enfant. Cependant, c’était sans compter sur la ruse de la mère qui l’avait apprise, elle l’avait confié à un magicien de passage, parait-il, qu’il était enfant d’un démon et d’un esprit. Enfin, nul ne savait où commençait la légende et là où s’arrêtait la vérité.

La nuit de leur fuite, ils furent poursuivis par les chevaliers aux ordres du duc. Le magicien qui se nommait Horacétius avec le bébé dans les bras trottait dans la forêt. Lorsque surgir des hommes de derrières les arbres hurlant leurs colères agitant des lames et des lances dans le but de percer les jambes de la jument, des flèches enflammées se fichaient dans les arbres, mais elles l’avaient toutes raté.

La brave jument qui se nommait Courage, certainement en hommage à sa capacité de résilience face à l’adversité, en effet, elle n’avait jamais abandonné son maître. Le jeune enfant qui se nommait Léandre pleurait toutes les larmes de son corps. Le magicien savait qu’il devait mettre un terme à cette poursuite avant que ses assaillants ne lui fassent du tort, mais il ne voulait pas se résoudre à utiliser cette magie qui lui permettrait de s’en sortir.

Une flèche passa près de la jambe de Courage. La jument rata une foulée et manqua de tomber. La distance maigre qui la séparait de ses poursuivants se réduisait de plus en plus. Il savait que cet enfant allait changer la face du monde, afin de créer la nation de paix et d’harmonie dont les dieux avaient rêvé alors il se résigna à utiliser un de ses sorts. Il fit usage de sa magie, alors ceux qui furent juste derrière lui furent instantanément réduits en cendres, la forêt s’embrasa. Ceux qui étaient plus loin se firent renverser par leurs chevaux hennissants. Courage qui était une jument habituée à voir son maître à l’œuvre, ne paniqua pas, elle savait qu’il ne lui laisserait rien ne lui arriver.

Ce fut donc ainsi que Léandre fut sauvé d’une mort certaine.

Le magicien l’avait emmené vivre dans une région forestière, non loin d’un petit village quasi exclusivement peuplé de bucherons. Horacétius n’avait guère caché à Léandre l’étrange histoire autour de sa naissance. Il lui cacha cependant le fait qu’il était peut-être l’élue d’une étrange prophétie. Il lui dirait probablement plus tard quand l’heure sera venue pour l’instant, il voulait qu’il savoure l’innocence de sa jeunesse et qu’il ne devient pas orgueilleux ou vantard, en se pensant au-dessus des autres.

Chapitre 1 : Théodore
Naissance d’un chevalier « Blanc »

Narrateur : Théodore

Il y a longtemps à l’époque où j’étais encore jeune, avant d’arriver à la cour du roi Léandre, telle était ma vie, enfin, je vais vous expliquer… Ce qui annonçait déjà ce que j’allais devenir.

J’étais le dernier enfant de ma famille, enfin, un troisième fils, la cinquième roue du carrosse en somme. Mon père ne savait guère à quelle carrière me destiner. Mon frère ainé était l’héritier de la couronne, son destin était logique, maudit droit d’aînesse. Mon cadet lui avait été destiné à une carrière militaire, mon père ce grand guerrier, voulait après tout, un autre fils qui soit le plus grand des chevaliers. Pourquoi ne pourrais-je pas être un guerrier moi aussi ? Quant à moi, en ce temps-là on avait songé à faire de moi un prêtre, pour le dieu Logos, celui de la sagesse. Quand avais-je déjà fait preuve de sagesse ? Je me le demandais bien, un gamin impulsif et bagarreur, j’étais.

Cependant, déjà à cette époque nul ne croyait que j’allais réussir quoique ce soit dans cette carrière. Je dois admettre qu’avec le recul, ils n’avaient point tort. En ces temps comme aujourd’hui d’ailleurs, j’étais déjà fasciné par les chevaliers de mon père. Je voulais être l’un des leurs… Je ne le pouvais pas… Mon père, me voulait mort, je lui étais inutile, il me l’avait bien fait comprendre.

Le prêtre qui me servait de professeur que je crois bien se nommait « Père » Léon, s’était efforcé de m’enseigner, l’écriture, la lecture et bien entendue la matière la plus importante de toutes les matières : la théologie… En toute honnêteté, je n’arrivais pas à m’intéresser tant que ça aux enseignements de mon maître. Ce n’était pas pour moi, je n’étais pas un intellectuel. À la seule exception peut-être de la littérature. Celle-ci me permettait de me délecter à loisir des nombreuses légendes retranscrites dans les moindres détails. Ma préférée portait sur des chevaliers qui s’étaient unis autour d’un souverain noble et juste, afin de chercher le cadeau des dieux.

À l’époque j’adorais cette légende. Je l’admets, j’espérais secrètement que j’allais être le grand monarque d’une incroyable épopée. Je n’aurais jamais cru que cela allait arriver d’une façon si surprenante. Quelle naïveté qu’était la mienne !

Mon maître était lassé de ma préférence pour la chevalerie à mon futur dans la religion. Il avait donc décidé de m’emmener dans un monastère afin de m’aider à en embrasser la foi pour Logos. Mon père, Aster, lui qui voulait tant se débarrasser de moi, ne fut pas difficile à convaincre. Une dizaine de chevaliers pour nous escorter là-bas avait été mandé par celui-ci, il voulait sûrement se donner bonne conscience.

Nous devions être à mi-chemin de notre destination, quand une troupe de bandit surgit de nulle part. Elle massacra la troupe de chevaliers qui était chargé de me protéger en un éclair, je n’avais même pas eu le temps de m’en rendre compte. Le prêtre aussi fut tué en essayant de gagner du temps pour me permettre de fuir. Je courais dans la forêt, les gredins avaient abattu mon cheval d’une flèche, j’avais eu de la chance de ne pas avoir fini écraser sous celui-ci quand il a chuté. Je finis par arriver à un lac, je n’avais aucun moyen de le contourner. Alors je me vis dans l’obligation de le traverser à la nage. Je retirai mes bottes en un mouvement et me jeta à l’eau. J’avais appris à nager avec mon grand frère, enfin, disons qu’il m’avait appris à la dure. Les remontrances avaient plus comme les flèches.

Oh tiens, à ce sujet d’ailleurs, je n’eus même pas le loisir de faire plus de dix mètres qu’un des brigands me tira dessus. Je pris un projectile en pleine épaule… Je commençai à me noyer. Pourquoi avait-il fallu qu’elle se plante pile dans l’articulation ? Je crus que cela serait la dernière fois que je ferais quelque chose, que tous mes rêves de grandeurs seraient brisés. Jusqu’à ce qu’un esprit m’enlaça dans ses bras et m’entraina au fond du lac. Ma blessure et le manque d’air fit que je m’évanouis.

Lorsque je fus réveillé et remis, l’esprit qui se nommait Myriam m’expliqua que lorsque j’étais entré en contact avec le lac, son domaine, elle avait senti que j’aurais un rôle à jouer dans une grande prophétie. Elle souhaitait me préparer à cette glorieuse destinée.

Le voilà, le destin dont j’ai tant rêvé ! Enfin, peut-être pourrais-je être mon souverain de légende ?! Peut-être est-ce cette ambition démesurée qui m’a conduit à ma perte ?


















Chapitre 1 : « Alexandre »
La sagesse du souverain guerrier
Narrateur : Alexandre

Je suis le plus grand souverain guerrier que ses terres n’aient jamais porté, sans vouloir me vanter, enfin, j’exagérais un peu, si je voulais être parfaitement honnête avec vous. J’avais de quoi me féliciter un peu, mes fils et mes filles ont fait de superbes mariages, je suis un père comblé, et mon royaume a porté ses meilleurs éléments en plein de terre et royaume différents. Il ne me restait plus que ma dernière fille, Gwendoline, elle venait à peine de célébrer son septième anniversaire, mon enfant chérie, ma plus belle fille, enfin, toutes mes filles étaient mes plus belles filles, mais celle-là plus que les autres.

Elle était un véritable rayon de soleil aux jolis cheveux blonds et des splendides yeux noisette. Cette enfant était un véritable trésor, je l’aimais beaucoup, je n’avais jamais eu une fille si jolie. Non seulement ça, mais elle était si gentille, si douce, et si forte. Nous avions d’ailleurs tous deux en communs nos yeux marron un peu banal, mais magnifiques. J’espérais vainement, peut-être que sa beauté lui permettrait d’épouser le légendaire fondateur de Paxiam.

Pour être honnête, j’espérais secrètement que ce légendaire souverain arriverait de mon vivant. Pour un roi qui avait fait de la guerre sa vie, ironiquement, je n’avais toujours aspiré qu’a une chose, la paix. Cela étant, je n’avais jamais eu occasions de me battre pour celle-ci, les désavantages des petits royaumes qui intéressent beaucoup de monde et qui en plus semblent facile à conquérir. Cependant, si la prophétie légendaire se réalisait alors je n’aurais plus jamais à en souffrir.

Quand bien même, je savais que je me faisais vieux et que j’avais perdue de ma force et de ma vigueur et qu’un jour je ne pourrais plus me battre, j’allais m’entrainer comme à mon habitude. Je décidai aujourd’hui de travailler le tir à l’arc. Quand bien même je préférais le maniement de l’épée cela serait toujours utile que de savoir comment combattre les archers ennemis ou même pouvoirs utiliser cette unité aux maximums de leurs potentiels. Avec peu, on peut faire beaucoup, cela m’a toujours semblé être une excellente maxime. Je n’étais guère habile ne sachant comment atteindre le centre de la cible, pourtant je ferais tout pour ne pas la manquer. Ma fille, qui avait certainement dû échapper à la surveillance de sa mère et de ses nourrices, était venue se réfugier sur le terrain d’entrainement.

Elle me demanda, « Que faites-vous père ? »

Je répondis, « Je m’entraine mon enfant.

- A quoi, père ? Puis-je essayer ?

- Ah si seulement tu avais été un garçon, je t’aurais bien montré, mais je crains que ta mère risque de se mettre légèrement en colère. (Je le savais, j’avais déjà essayé.) J’ai cependant pour toi une arme digne d’une future reine ! »

Je sortis ma dague de mon fourreau et lui donna en lui disant, « Voici ton cadeau à l’avance ! Elle te permettra de te protéger, des personnes qui pourraient vouloir te faire du mal.

- Merci, père ! »

Une des nourrices arriva avec ma femme, je lui fis signe de cacher la lame, je lui donnerais plus tard un fourreau cela serait plus simple pour la transporter. Elle la fit disparaître en un éclair. Sa mère la réprimanda pour être partie sans surveillance. Mon épouse me disait que je ne devrais pas montrer ce genre de choses à notre fille. Je lui présentai donc des excuses.

J’espérais néanmoins qu’elle conserverait cet esprit rebelle. Il fallait bien des individus à l’âme malicieuse pour réjouir le monde. Après tous les bonnes personnes savent apprécier les gens avec de l’esprit. J’ose d’ailleurs espérer que l’élu de la prophétie partagera ce goût-là. Je ferais tout pour aider cet être, s’il apparaissait de mon vivant.
























Chapitre 1 : « Charles »
Naissance d’un souverain au cœur de « pierre »
Narrateur : Charles

Ma famille n’était pas à l’époque composée des meilleurs souverains que l’on puisse rêver d’avoir pour chef. Mon père, le roi en dehors de tous bons sens consacra tous son temps à festoyer avec les membres de sa cours. Mes frères étaient bâtis de mêmes, c’est un miracle que je n’ai pas fini comme eux. Il faut croire que j’étais fait dans un bois différent ou alors, c’étaient les évènements qui m’avaient fait ainsi.

Il faut dire qu’à la suite de plusieurs sécheresses, la faim commença à gronder parmi la population. Le souci aurait pu être anecdotique, si mon père avait fait à l’époque ce qui aurait été nécessaire… Oh oui, plutôt que d’ouvrir les réserves de nourritures, il décida de continuer à faire l’aveugle et fit la fête de plus belle. La colère augmenta, lui l’ignora, jusqu’à ce qu’elle ne le soit plus et qu’elle vienne se rappeler à lui.

Au moment où une révolte paysanne éclata, du haut de mes douze ans, un mal mystérieux me frappa. La maladie, pourquoi maintenant ? La mort me guettait, je ne voulais pas mourir. Mon père, Claude envoya d’abords mes frères se chargeaient de mater ces insurrections. Ils revinrent tous dans des cercueils, cela commençait à sentir le sapin. J’étais, le seul héritier maintenant, et j’avais moi-même un pied dans la tombe, bientôt deux. Comme à l’époque j’étais encore beaucoup trop jeune et malade pour me rendre là-bas, le roi décida de diriger l’offensive lui-même. Il y laissa la vie, je n’eus guère le temps de le pleurer. Papa, mes frères tant de malheurs en si peu de temps, mais je savais une chose, je connaissais l’erreur à ne pas reproduire. Il fallait que je règne que j’eusse déjà à lui succéder.

Ce fut un couronnement bref, en petit comité, nul n’avait le goût à la fête. La fin était proche… Qui survivrait ? Pas moi, ma santé vacillait et si je m’en tirais vivant, cela serait un miracle et ne se ferait certainement pas sans séquelle. Cependant il y avait des affaires plus importantes que celle-ci, qui était en cours.

Les paysans s’apprêtaient à envahir les greniers où avaient été stockés toutes les ressources du royaume. J’avais la clé, je m’en saisis et décida de m’y rendre seul. Non, je ne pouvais pas les blâmer, ils avaient faim, il y avait de quoi les nourrir, pourquoi les en priver ?

J’avais dû mal à marcher, je m’aidais donc d’un bâton, j’étais mort, un mort-vivant. Je parvins jusqu’aux portes, pendant que les paysans tâchaient de les défoncer. Elles étaient en vieux bois de chêne mélangé à de l’essence d’olivier, pour un résultat plutôt solide, les voles devaient être rares. Les verrous étaient en acier trempé, une vieille pince de forgeron ne suffirait pas à les faire sauter, ou quoi que ce soit d’ailleurs autre que les clefs ou leurs doubles.

Je leur criai donc, « J’ai les clefs, braves gens ! Nulle inquiétude à avoir ! »

Ils crièrent de joie devant la bonne nouvelle ! Ces paysans étaient rachitiques la famine avait fait bien des ravages. Ils y avaient des femmes et des enfants qui ressemblaient à des squelettes marchant. Je serais un souverain digne de ce nom, je ne laisserais plus mon peuple souffrir impunément. Mon père, mes frères, comment avaient-ils pu ? Pourquoi ? Ils ne pouvaient pas dire qu’ils ne le savaient pas… J’étais en colère.

Je rentrai la clé dans l’énorme verrou, la fit tourner, entendant un clic, je le poussai de mes doigts fins et fragiles le faisant tomber au sol. Je demandai à la population de m’aider à pousser ces énormes portes. Ils se précipitèrent dans le grenier, afin de s’emparer de toute la nourriture présente.

Un de mes vassaux arriva et me cria, « Votre majesté ! Vous ne devriez pas rester là dans votre état ! »

Je lui répondis calmement, « Ne vous inquiétais pas… Je voulais seulement remplir mon devoir à l’égard de mon peuple. Pouvez-vous me laisser seul s’il vous plait ? (Je craignais une chose, si l’on me démasquait peut-être bien qu’ils se vengeraient sur moi. Oui, j’avais peur d’eux…)

- Vos désirs sont des ordres, mon roi ! »

Une jeune enfant s’approcha de moi avec une pièce dont la face représentait mon cher défunt père. Elle me demanda si j’étais la personne qui était représenté sur la pièce. Je lui répondis que non, que c’était mon père, j’étais un idiot, je venais incognito et je dévoilais déjà mon identité.

Elle écarquilla grands les yeux et s’exclama, « On m’a dit que la personne présente sur la pièce était le souverain de nos terres ! Vous devez donc être un prince !

- Oui et lorsque je serais le roi, (Enfin, je l’étais déjà, mais je n’arrivais pas à le réaliser encore.) je vous protégerai de toutes catastrophes ! Comme je vous offre l’accès en ce jour à la nourriture entreposait dans ce grenier. »

L’enfant se trouva impressionnée par mon discours. Étais-je déjà un souverain digne de ce nom ? C’était ridicule…

Je devins un roi plus aimé et plus généreux que mon père, oui, il faut dire que ce n’était pas compliqué. Cependant, malgré le fait que j’eusse guéri de cette maladie. Elle laissa des séquelles de telle sorte que j’avais toujours une stature fine, maladive ainsi que de nombreuses faiblesses musculaire, qui avait sacrément amoché mes capacités combatives, cependant ça ne m’empêcherait pas de me battre. Je n’étais pas du genre à abandonner.


























Chapitre 1 : Léandre
Devenir un noble souverain

Narrateur : Léandre

Malgré mon affreux passé, dont je n’ai pu pas moi-même vous conter les âpres à cause de mon bien trop jeune âge, je n’en ai eu aucun souvenir. Cependant, Horacétius, mon père qui m’a si bien élevé ne m’en avait rien caché. La raison pour laquelle on devait se terrer dans ce village, il ne me l’avait tu. Cela étant, il m’avait donné toute l’éducation nécessaire à un futur souverain. Être roi ? Était-ce quelque chose de bien ? Je m’ennuyais dans ce petit coin. Les amourettes d’adolescents m’avaient lassé, maintenant que j’avais vingt-cinq ans. Cela serait-il distrayant ? Dans les livres, il y avait deux genres de souverains, l’horrible tyran qui se repaissait du sang de son peuple, qui vivait de leur sueur pour s’amuser en toute impunité, ou le noble souverain qui sacrifiait sa vie et son temps pour le bonheur de ses sujets. Si je devais être un monarque quel genre serais-je ?

Un jour, Horacétius couru jusqu’à moi pendant que je me reposais sous un arbre. Je posais mon regard sur lui, confus et étonné. Lui qui était si calme d’habitude, et qui refusait qu’on se presse et pouvait entretenir toute une thèse à ce sujet, le voir dans cet état d’empressement me faisait penser que quelque chose d’anormal s’était produit.

Il me dit essoufflé, « J’ai une grande nouvelle à t’annoncer ! »

Je le dévisageai et demandai, « Que se passe-t-il, Horacétius ?

- Votre père, le roi… Est mort. Nous n’avons plus besoin de nous cacher ici. (Il me paraissait presque enthousiaste à cela. Mon père est-il un sale type ? Je ne le connaissais pas, je n’en savais rien.)

- Qu’allons-nous donc faire désormais ? (J’étais perdu, je n’avais jamais quitté le village à plus de quelques pas.)

- Il est temps que nous retournons dans le monde des vivants, Léandre. Il est temps que tu règnes…

- Le monde des vivants ? Cet endroit n’est pas encore mort à ce point-là, Horacétius…

- Je t’aurais crue plus heureux de quitter ce village ! », s’exclama-t-il.

« Ce n’est pas tant que je n’ai pas envie de partir, mais devenir roi m’inquiète un peu. Je… À dire vrai, je n’aimerais pas occuper cette fonction. », répondis-je peiné.

« L’heure est venue que je te révèle un petit secret, tu es destiné à devenir le souverain de Paxiam d’après une ancienne prophétie, tu dois bâtir un royaume de paix éternelle, où tout le monde pourra vivre heureux sur des milliards de générations jusqu’à la fin des temps. », m’annonçait-il si calmement.

Cette révélation me clouait sur place, n’ayant jamais cru être le héros d’une noble prophétie. Je pouvais toujours refuser mon destin, ce destin qui m’était promis, me contenter d’amourettes champêtres, de me marier à une de ces filles de paysans ou de bûcherons, de me fonder une petite famille dans mon coin sylvestre.

Cependant bâtir un royaume de paix éternelle était quelque peu tentant… Mes inclinations généreuses allaient-elles me conduire à ma propre perte ? Sacrifier mon bonheur et ma liberté pour les obligations et le devoir ? J’étais prêt à le faire, je finirai bien par me convaincre de la bonne nature de ce choix.

Je répondis à Horacétius, « Très bien. J’irais avec toi. »

Je me redressai sur mes jambes comme prêt à partir. Mon père avait l’air décontenancé par mon si soudain changement d’avis, ou peut-être s’inquiétait-il de ma bien trop longue réflexion ? Il finit par soulever sa grande robe de mage, sermonnant comme à son habitude la jeunesse bien trop pressée selon lui.

Cependant pressé ou pas, la jeunesse devra encore attendre avant d’être roi. La raison était bien sotte un esprit, celui du futur royaume plus précisément devait se manifester dans la grande salle du trône, et là alors je serais officiellement déclaré élu de la prophétie. Horacétius aura-t-il donc tort ou raison ?

Je n’étais pas foncièrement ravie dans les deux cas, cependant il faudrait s’en contenter, car c’était les deux seules possibilités qui s’offraient à moi. Nous finîmes par arriver à destination en ayant évité tous les ennemis sur la route grâce à la magie de mon père adoptif.

Pour le couronnement d’un nouveau souverain, ils avaient laissé l’accès libre à la salle du trône à tous ceux qui souhaitaient tenter leur chance. Je pus donc rentrer sans souci. Cette prophétie devait être quelque chose d’important pour tout ce beau monde. Être un héros, cela inspirait tellement de gens ou plutôt c’était eux qui inspiraient tant de personnes à croire à un avenir meilleur. Cela devait être un lourd poids à porter, autant d’attente, sur deux seuls épaules, je n’enviais pas ces gens, en toute humilité, je préférai rester dans une vie humble.

C’était une salle énorme, elle n’avait pas un décor parmi les plus luxueux, cependant, elle avait mal gré tout une certaine forme de noblesse qui montrait la puissance de ces terres. Il y avait de quoi tenir une armée dedans et vu la foule, il valait mieux. C’était encore une de ses vieilles pièces castrales, sobres, des tapisseries qui narraient l’histoire du royaume et quelques légendes peut-être. Les armoiries du souverain, une couronne et un dragon, cela annonçait une dynastie guerrière. J’attendais patiemment mon tour avec Horacétius. Je vis bien des gens échouer, un de ceux-là portait une capuche qui lui couvrait entièrement le visage. Il vint à côté de moi, il avait l’air de pester vis-à-vis de son échec. Cela n’augurait rien de bon à mon sens.

Mon tour vint enfin. Je m’agenouillai devant le trône, alors un esprit apparu devant moi. Une belle rousse, une chevelure de feu ardent, mais pas un brasier de l’enfer, un qui repose plutôt dans l’âtre et qui réchauffe pendant les douces soirées d’hiver où la neige et le froid grondent au-dehors. Ses yeux étaient des nuages de tendresses, mais je sentais bien sa puissance, jamais, jamais je n’aurais sous-estimé, cet esprit. Après tout, ils sont les messagers des dieux, immortels, un peu moins fort, certes, mais tout de même.

Celle-ci lança donc au public, « Je me nomme Argine. Je suis l’esprit qui représente le futur royaume de Paxiam. (Elle s’adressa en suite à moi.) Tu es l’élu qui unira tous les royaumes, tous les peuples en un grand État, dont la paix éternelle sera garantie par les dieux. »

Sa voix résonna en écho dans toute la salle, tout le public présent s’agenouilla devant moi excepté le type encapuchonné qui sortit de la pièce d’un pas vif. Je fus en conséquence couronné roi du royaume de mon père défunt, Resregis c’était le nom de mes terres. C’était donc ça ma seule cérémonie ? C’était bien simple, enfin, le peuple m’avait reconnu et c’était le b.a.-ba du bon souverain. Mériterais-je pourtant ce privilège ?

Après tout, j’étais désormais un roi chargé d’une mission divine, puisse l’avenir se montrait clément avec moi. Je n’étais pourtant pas aux combles du bonheur…

Fin de la partie 1































Chapitre 2 : « Alexandre » Organiser un mariage royal
Narrateur : Alexandre
Un jour où Gwendoline était partie battre la campagne à cheval avec ses gardes, j’appris la grande nouvelle que le souverain légendaire de Paxiam avait enfin était trouvé. Je fus tellement ravie que je lui envoyais un prompt message, assurant toute mon amitié et mon soutien à son entreprise, ainsi que mon intention de lui présenter ma fille quand bien même, elle avait vingt-cinq ans déjà. C’était bien sûr pour un mariage futur, ces vingt ans d’attentes n’avaient pas réduit mes espoirs, mais les avaient au contraire renforcés. Je n’avais qu’une hâte rencontrer ce jeune homme, il devait être un saint, si les dieux l’avaient choisi. Que sa lumière nous guide comme le ferait Ludie, la créatrice de la lueur qui nous éclaire.
Je finis par recevoir une réponse qui confirmait ses intentions de rencontrer mon enfant, probablement dans le courant du mois de novembre. Trois petits mois d’attentes, ce n’était pas grand-chose et cela me permettrait de préparer son arrivée. Il me faudrait désormais expliquer la situation à Gwendoline, en espérant qu’elle le prenne bien. J’avais toujours été bien trop gentil avec elle, c’est normal, je l’aimais, c’était ma petite fille, enfin, une grande petite fille maintenant. Je devenais gâteux, déjà. À mes soixante-dix ans… La vieillesse se rappelait à moi.
Quand je lui eus tout expliqué, Gwendoline fut surprise par la vitesse à laquelle cette rencontre avait été organisée. 
Elle me dit tout étonnée, « Donc, je vais rencontrer le nouveau souverain de Resregis, Léandre, c’est cela ? J’espère que ce n’est pas un vieux croulant. »
Je répondis mi-amusé, mi-fâché, « Allons donc Gwendoline… Il n’a pas plus de vingt-cinq ans, vous êtes dans la même tranche d’âge.
- Très bien. Quand viendra-t-il ? (Elle paraissait offensée, vexée, plein de mots de frustrations en somme.)
- Dans le courant du mois de novembre. (Son expression me montrait qu’elle n’avait pas spécialement envie de le rencontrer.)
- Soit ! Je tâcherai d’être prête d’ici là. »
Ce fameux temps finit par bientôt arriver, je me promenais à cheval, le jour où cette rencontre était prévue. J’avais besoin de me détendre et de réfléchir seul, et pour cela rien de mieux que lancer sa monture dans des champs remplis de perce-neige et de fleurs de givres, le nuit était gelé et le matin frais et éclaircis par de maigre rayon de lumières tendres, le soleil timide propre à l’hiver. Ah, la vieillesse me rendait mièvre. J’avais laissé ma fille seule pour lui laisser le temps de s’habiller et de réfléchir à cette rencontre. Cependant je m’inquiétais un peu, ce jeune homme qui venait de devenir roi, réussirait-il à porter le poids d’une pareille couronne ? Il n’était pas, disons un être ayant grandi dans ce genre de sphère. Les rumeurs sur les origines de sa naissance, m’était arrivé aux oreilles. C’était sans importances, si les dieux avaient confiance en lui, alors, moi aussi je lui accorderais. Je ferais de mon mieux en tant que seigneur de guerre pour l’aider et le conseiller dans ce domaine dont je maitrisais l’art à la lettre.
Malgré tous ces sujets d’inquiétudes, je fus ravi de voir le mois de novembre, lui qui s’était paré de tous ses atours, les belles grâces de l’hiver. Je m’étais installé dans les jardins qui était dans la cour intérieure du péristyle. Quel bon lieu pour attendre, une visite si importante. La neige commençait à tomber en douce cascade dans les jardins sur mes bras, voilà quelque chose qui me semblait être un régal offert par une divinité ou un esprit hivernal. Elle aiguillait les fleurs hivernales, ces petits êtres vaillants qui naissaient de l’âpre et de la difficulté. Un messager me rejoint m’informant que le souverain était arrivé, je me précipitai à l’entrée pour l’accueillir, brisant le calme apparent d’une saison où la nature semble se reposer.
Sa majesté se tenait là, il avait l’air d’être quelqu’un de tellement humble ce qui n’était pas pour me déplaire. Il était beau comme un dieu, des yeux vert émeraude, d’une douceur qui ferait rougir de honte un nuage. Un port de tête altier, qui paraissait plus fier qu’orgueilleux, mais humble à la fois, une taille moyenne, qui ne venait en rien réduire la grandeur de son âme qui transperçait dans son regard. Je me pris d’une grande affection pour ce jeune homme qui me sembla être quelqu’un de bien.
Il me salua en ces termes, « Votre seigneurie, j’ai… Je suis ravie du soutien que vous apportez à mon royaume. Je suis fière d’avoir l’honneur de pouvoir rencontrer votre fille. »
J’étais quelque peu décontenancé par une telle phrase, c’était nous qui devrions être honorés de sa présence en tant qu’élu des dieux et non l’inverse. J’avais presque l’impression qu’il ne se rendait pas compte de son statut. Était-ce de l’humilité ? Était-ce de l’ignorance ? Les deux ?
Je lui répondis troublé, « Non, votre majesté, c’est moi qui suis honoré devant une telle présence. »
Il eut l’air lassé avant de répliquer, « Avons-nous fini avec les formalités ? (Il était un peu agacé.) Il me tarde de discuter de projet de paix et de fédérations avec vous. »
Les derniers mots qu’ils avaient prononcés, il l’avait fait avec un si grand sourire, un telle tendresse dans la voie. Oui, définitivement, il voulait bien paix et fédération. Je le fis donc rentrer rassuré pour sûr au moins il savait ce qu’il voulait.

Chapitre 2 : « Léandre »
 Rencontrer la femme de sa vie

Narrateur : Léandre

De ce voyage, j’étais plutôt ravie. Cela faisait du bien d’avoir l’occasion de visiter un peu les autres terres. Mon royaume, et celui de Tolma, une petite terre, un peu rocailleuse, mais en allant pour visiter le château, je vis que les paysans étaient résilients et avaient réussi à tirer de leur champ, blés, orges et grains de toutes sortes. Leurs bêtes mangeaient la luzerne des jachères, les grains me parurent déterminés en fonction de ce qui poussait le mieux dans ce sol, de sorte qu’ils arrivaient toujours à avoir de bonnes récoltes.

Le château de ce souverain était dur, castral, prêts pour se défendre en cas de guerre, on voyait bien que c’était un seigneur guerrier, que les batailles étaient communes entre ce royaume et les autres. Je pouvais parfaitement concevoir, que leur roi, s’il était une bonne âme, puisse vouloir rejoindre notre alliance qui n’aspirait qu’à la paix entre tous.

Mon hôte le seigneur Alexandre me paraissait être une noble âme, il connaissait les codes du bout des doigts, j’ai eu l’occasion de le voir, lors de notre premier échange, malgré le fait qu’il était un chef de guerre. Il semblerait que l’habit ne fasse pas le moine, ou tout du moins que sa réputation était certainement largement exagérée. Il était de grande stature, un air noble, le vieux lion au crépuscule de sa vie, s’apprêtant à donner le pouvoir à un plus jeune lion. Il s’était montré très poli avec moi, il devait tenir à ce que ce mariage est lieu.

Au détour d’un couloir, je croisai une jeune fille tout à fait charmante. Pas tout à fait mon style, mais enfin, c’est arrangé, c’est ainsi. Peut-être bien que nos personnalités seraient plus compatibles ? Il fallait l’espérer.

Alexandre lui lança alors, « Allons donc Gwendoline, tu ne viens pas dire bonjour à notre invité ?! »

La fameuse Gwendoline répondit, « Je suis désolé père… Je ne savais pas que cette personne était le souverain Léandre. »

Je répondis gentiment, « Je suis ravie de faire votre rencontre Gwen… »

Elle eut l’air vexé par le surnom que je lui avais donné. Je m’excusai promptement auprès de cette charmante jeune femme aux belles boucles blondes. Elle méritait mieux que quelqu’un qui ne saurait pas l’aimer comme il se doit.

Elle me railla, « Vous vous tenez comme un valet, vous n’avez guère de prestance dans vos manières. »

Son père s’apprêta à la réprimander pour son comportement désagréable.

Je le retins et lança à Gwendoline, « Je ne fais peut-être pas preuve de noblesse d’apparat, mais je serais assurément faire preuve de noblesse de cœur. Si vous acceptez bien entendu ce genre de noblesse, Gwen.

- Gwen ? (Elle était en colère, elle ferait honte aux furies.) Personne n’avait encore jamais osé m’appeler comme ça ! Vous ferez bien d’améliorer vos manières si vous voulez mon cœur ! »

Elle partit l’air de me lancer un défi. Au fait avec ses critiques sur ma tenue on croirait entendre Horacétius, d’ailleurs en mon absence, il régentait le royaume. Cela ne serait pas des noces de tout repos, songeais-je. En attendant le banquet du soir, je pouvais me reposer dans ma chambre. Le voyage avait été long pour le moins, et on s’était pressé comme des citrons, et j’étais complètement vidé de toute énergie maintenant.

Argine m’apparut alors, elle me dit l’air agacé, « J’ai vu ce qui s’est passé avec cette femme tout à l’heure. Je crains que vous ayez fait forte impression. »

Je répondis, « Je suis désolé, Argine… Je n’aurais pas dû la surnommer, Gwen.

- Si vous écoutez mes conseils, je pense que je peux vous aider à arranger la situation. (Elle s’assit sur une chaise, et me toisait comme une grande dame.)

- Vous n’arrangerez rien… Je crains que cette jeune femme et moi ne formerons un couple qui ne sera pas des plus joyeux. Cela serait certainement mieux, si nous nous connaissions depuis plusieurs années. Je ne veux pas la forcer à ce mariage. (J’étais abattu et je contemplais le plafond depuis mon lit.)

- Quel noble cœur Léandre ! Mais vous devez donner un héritier à la couronne ! (Aille, voilà une vérité qui blesse.)

- Ne me rappelez pas mon devoir, Argine ! Je donnerais un héritier à cette maudite couronne ! », criais-je énervé.

Gwendoline rentra dans la chambre à ce moment-là, peut-être que son père l’avait envoyé s’excuser, ça me faisait une belle jambe tiens. Elle s’agenouilla devant l’esprit qu’elle nommait la noble Argine dès qu’elle l’a vu, quant à moi, je n’eus pas le droit à ce privilège. Elle me tendit une boite en me disant que son père lui avait dit de me l’offrir pour se faire pardonner. Gwen voulut partir, mais je la retins pour lui offrir une broche que Horacétius m’avait donné enfant, il m’avait toujours dit qu’il l’avait enchanté pour me protéger. J’avais décidé de tenter quelques choses après tout, fortes fortuna juvat1.

Elle accepta ce cadeau avec plaisir. J’eus l’impression que quelque chose de mauvais m’espionnait, là, tapis dans l’ombre. Argine sembla le sentir aussi, elle eut l’air inquiète. Il y avait un mauvais évènement qui s’apprêtait à se produire. Je défaillis alors, assailli par des forces obscures qui essayaient de me dévorer. Mon âme semblait tout droit se détacher de mon corps et se rendre au royaume des morts.

J’entendis Argine crier à Gwen, « La broche redonne le lui ! Elle le protège de Nécronion ! »

Gwendoline répondit, « A vos ordres, grande Argine ! »

Dès que la broche retrouva sa place originale, c’est-à-dire sur ma poitrine du côté du cœur, la présence maléfique disparue… Si j’avais bien entendu celle-ci se nommait Nécronion. Mon père et ma conseillère m’avaient caché bien des secrets à mon égard, il me faudra les interroger à mon retour.

Je me relevai en ouvrant les yeux, je vis que Argine et Gwen étaient penchées sur moi. J’avais dû leur faire peur, si je m’en référais à leur expression.

Je demandai à l’esprit, « Que s’est-il passé ? »

Elle eut l’air d’hésiter avant de dire, « Nécronion a essayé de dévorer ton âme… Ton ami magicien Horacétius a pris de bien noble et sage précautions à ton égard, Léandre. »

Gwendoline s’exclama, « Qui pourrait bien vouloir s’opposer à la volonté des dieux ?!

- Le dieu des morts, bien sûr. La guerre entre les différents royaumes lui permet d’accroitre ses légions plus rapidement. Les esprits qui ont suivi ses volontés déviantes sont devenues des démons… Enfin, c’est ainsi qu’on les appelle, ils ne sont pas d’une autre nature, seulement à un autre service. », expliqua-t-elle en ayant une expression résignée.

Je m’exclamai emporté par la rage, « Donc ce fameux Nécronion et ses hordes de démons sont à ma poursuite ! Personne n’a trouvé bon de me prévenir ! Ni vous Argine qui êtes censés m’épauler, ni Horacétius mon père adoptif ! »

Je quittai ma chambre précipitamment. Je n’avais pour l’instant franchement pas envie de les voir. Comment osaient-ils me cacher des informations si capitales !? J’arrivais sur la muraille du château, je me mis sur un créneau, mes jambes se balançant dans le vide, je me demandais bien que faire pour affronter un dieu. J’aurais dû rester dans le village, envoyer paître Horacétius… C’est bien trop de responsabilité pour moi.

Alexandre me demanda, « N’avez-vous pas peur de tomber ? »

Je répondis à peine surpris, « Non… (C’était la vérité.) Est-ce que vous avez déjà eu l’impression de vous battre pour rien contre un ennemi invincible ? »

Il sauta pour s’assoir sur un des créneaux à mes côtés, avant de répliquer, « Oui, ça m’arrive souvent, cependant si je n’avais pas su faire face, je ne serais pas le souverain guerrier si redouté que je suis aujourd’hui. (Il était définitivement une bonne personne, je ne m’étais pas trompé.)

- Comme votre fille Gwen l’a si bien dit, je ne suis qu’un valet dans mon comportement, je ne suis pas digne d’être roi… (Je le pensais sincèrement.)

- Si les dieux vous ont choisi, c’est pour une bonne raison ! (Il était agacé par mon découragement.) Qu’importe ce que peut dire Gwendoline ! (Il reprit un air plus doux.) D’ailleurs je trouve ça marrant que vous l’appelez Gwen même enfant, je n’ai jamais pu l’appeler ainsi, elle se vexait toujours… (Je retins un petit rire.)

- Pour sûr, elle a du caractère ! »

Gwendoline finit par arriver et poser ses bras sur un des créneaux. Quel étrange réunion !

Elle me dit après avoir fait cela « Vous êtes là, Léandre ! En train de faire la conversation à mon père… »

Je répondis profondément désolé, « Oui, je crains de m’être légèrement emporté tout à l’heure.

- Non, vous avez eu raison de vous mettre en colère contre Argine et Horacétius. Ils auraient dû vous prévenir au sujet de Nécronion, votre vie est en jeu. (Elle me parut être pleine de probité.)

- Merci de votre compréhension, Gwendoline.

- Plus de Gwen ? Ça va presque me manquer. »

La situation était meilleure désormais entre moi et ma future femme les liens d’une solide amitié c’était dès à présent tisser, peut-être que dans le fond, je commençais à l’apprécier de plus en tant qu’amie ? Si j’avais su que deux semaines plus tard nous serions mariés. L’amour viendrait plus tard ? Ou peut-être jamais ? Pour la légende fondatrice, un beau mariage d’amour serait bien plus beau. Faisons, comme si c’était le cas. UN BEAU MARIAGE D’AMOUR, rentre-toi ça dans le crâne.



























Chapitre 2 « Charles »
Noble souverain inquiet de l’avenir 

Narrateur : Charles

J’avais entendu une rumeur qui annonçait que l’élu de la prophétie était enfin advenu. Je pensais que c’était n’importe quoi, ça faisait plus de cent-ans qu’on l’attendait, je ne l’espérais pas de mon vivant, je ne l’espérais plus tout court d’ailleurs. Qu’importe cela rendait mon peuple content, et ça suffisait pour me satisfaire. Il ne me fallait pourtant être gagné par la ferveur populaire, un cœur de pierre, pour avoir un esprit raisonné, apte à gouverner, voilà ma philosophie de vie. Je finis rapidement par recevoir un message officiel, qui confirmait cette rumeur pas si ridicule finalement. Il m’invitait à me joindre à sa grande alliance nommée royaume de Paxiam, il ne perdait pas de temps, ce Léandre, dis donc. Cependant, je ne faisais pas encore confiance à ce nouveau souverain, il ne fallait pas que je mette mon royaume et donc mon peuple en danger avec une mauvaise alliance. Je déclinai donc poliment son invitation tout en assurant mes plus sincères désirs de conserver la paix entre nous. Soyons prudents, qui sait quel était son égo après tout, ceux qui se croient élus des dieux, se pensent invincibles et cela les rend audacieux…

Il dut bien s’écouler trois mois, après que j’eus reçu cette missive, puisque je n’avais rien eu depuis, je l’avais un peu oublié. Tout du moins, avant que j’apprenne qu’il avait épousé Gwendoline de Tolma. Je connaissais son père, Alexandre, il était un noble et dur en tant que souverain, il ne s'associerait pas avec un bouffon. S’il faisait confiance à ce jeune roi qu’était Léandre, peut-être devrais-je l’imiter ? Je reconsidérai donc son invitation.

Il accepta donc que l’on se rencontrât dans la forêt de Tefnouet. La légende disait qu’en son centre se trouvait un lac où habitait l’esprit Myriam. Cet endroit était à mi-chemin entre nos deux royaumes, ça me semblait être le terrain le plus neutre que l’on puisse trouver sans risquer de trop s’exposer. En fait, ça n’appartenait officiellement à personne, les nations craignaient bien trop d’offenser un esprit.

Je n’étais pas confiant malgré tout quant aux résultats de notre rencontre. Qui sait ce qu’il allait advenir après cet événement… ? Ma vie m’avait appris qu’il fallait se méfier des gens bien intentionnés, il cachait souvent des secrets sombres ou n’étaient pas ce qu’ils prétendaient être. Il était peut-être seulement, je veux dire, je n’avais moi-même que vingt-cinq ans et un air plutôt rachitique qui faisait que les gens avaient tendance à me sous-estimer, enfin, je… Je pensais peut-être bien à mal, tiens.

Le jour de la rencontre finit par arriver, au premier mois du printemps. Les bois de Tefnouet était bien sombre, parfois égaillé par un chant d’oiseau, une douce mésange, un petit passereau ou parfois plus excentrique un chardonneret. De temps à autre un petit écureuil traversait la route avec une petite noisette ou autre noix, ils recomposaient leur réserve pour l’hiver prochain et pourtant nous n’étions qu’au printemps.

L’obscurité ambiante faisait que moi et ma rencontre étions plongées dans une sorte de semi-obscurité, nous nous faisions face avec nos escortes derrière nous. Il fut rapidement rejoint par son magicien nommé Horacétius, enfin, c’est ce que j’ai cru entendre quand il lui avait dit quelque chose à l’oreille et qui lui avait répondu en murmurant.

Je fis donc une révérence et une présentation que je voulus courte. Je ne prendrais pas la peine de retranscrire à l’écrit les formalités d’une conversation dictée par les codes, mais plutôt celle attaquant le vif du sujet.

Léandre finit donc par dire, « Vous vouliez me voir pour discuter de notre future alliance n’est-ce pas ? »

Je répondis avec prudence, « Bien entendue. Je ne souhaite qu’avoir confiance en vous puisque que vous êtes l’élu des dieux, cependant je l’admets que la paix éternelle me séduit beaucoup.

- Et moi puis-je avoir confiance en vous, Roi Charles ? (Son ton impérieux et tendre à la fois me surprirent.)

- Les actes valent mieux que les mots. (Je m’agenouillai.) Je vous aiderais du mieux que je peux à administrer votre royaume. »

Horacétius répondit, « Nous vous savons gré de votre sollicitude ! Maintenant nous avons d’autres affaires plus importants à régler, Léandre. »

Léandre dit comme soumis et résignait, « Oui, je sais que nous devons partir, une fois l’histoire réglée, j’allais justement y venir. »

Après des adieux polis, nous nous quittâmes en de très bons termes en espérant que ma contribution puisse ouvrir la voie vers un avenir meilleur. Cependant, je sentais, je ne le sais pourquoi que ce magicien avait une grande emprise sur Léandre, et peut-être n’était-il pas si bien intentionné ?








Chapitre 2 : « Théodore »
 Trouver sa place 

Narrateur : Théodore

Je dois bien l’admettre par honnêteté intellectuelle, j’enrageais du fond de mon cœur de n’avoir pas été choisie pour être l’élu de Paxiam. J’étais déjà jaloux du nouveau souverain Léandre. Était-ce tous simplement mon égo qui m’aveuglait ? Je n’en étais pas certain… Ou mon désir de trouver ma place ? Peut-être était-ce là une hypothèse plus véridique que l’autre. Ah, mon père m’avait bien noirci l’âme en me donnant l’impression que je n’avais aucune valeur et ça Myriam n’aurait jamais pu le défaire même avec tout l’amour du monde. Je me réfugiais dans mes fantaisies, les plus fantasmagoriques, et je m’y accrochai trop. N’importe, j’avais été élevé par un esprit et j’étais un mortel, je connaissais affaire divine comme affaire humaine, n’étais-je donc point le parfait candidat ?

Pour me sortir de mes songes douloureux, ma mère adoptive me dit, alors, « Ne te tracasse donc pas pour si peu. Être souverain de Paxiam n’a jamais été ton destin. Ce n’est pas pour ça que je t’ai appris les arts de la guerre et du raffinement. Je considérais que tu serais un parfait bras droit pour l’élu de la prophétie. »

En colère, je lui criai, « Si tu savais que je n’étais pas destiné à devenir le souverain de Paxiam ! Pourquoi m’avoir fait croire que je pouvais être autre chose que ce que vous attendiez de moi ? (J’étais furieux, j’étais peut-être un peu déraisonnable.)

- Je ne t’ai jamais dit que tu étais destiné à être l’élu ! Tu as laissé ton orgueil t’aveugler ! »

Je partis consumé par la rage. Je mettais mis en tête une chose, leur prouver à tous qu’ils avaient tort de faire confiance à ce Léandre. Oh oui, défier les dieux, j’étais plutôt prétentieux. Je ruminai mes pensées sombres en passant entre les arbres de la forêt de Tefnouet. Je voulais leur montrer qu’il n’était pas l’élu, qu’il n’en était pas capable. Je voulais le tuer par jalousie. Je me préparais correctement pendant plusieurs jours à accomplir cette tâche en observant, en espionnant le château et les alentours à partir du village qui se trouvait juste à côté, j’étais minutieux dans ma folie. Je n’aurais jamais dû faire ça…

J’appris que Léandre aimait se promener seul dans ses jardins en soirée. Cela faisait de lui une cible parfaite. Il y avait quelques arbres et buissons, notamment un près des murs qui me permettrait d’accéder aux jardins sans le moindre problème. Je comprenais pourquoi il y venait, il y avait quelques choses de doux dans l’organisation des parterres et des fleurs. Quelque chose qui ne cherchait pas le raffinement, mais le naturel. Cependant, le soir venu de commettre mon forfait j’eus bien du mal à m’y résoudre. Peut-être une ombre stupide d’un remords ? Je bus un verre ou deux à la taverne, voire la bouteille de vin entière, peut-être même un peu plus, afin de me donner du courage. Je finis enfin par réussir à me rendre dans ces maudits jardins. Je glissai un peu de l’arbre, mais par chance, je tombai dans un buisson épais et plutôt moelleux, ce fut plus de peur que de mal. J’y trouvai rapidement ma proie. J’essayai de l’achever d’un coup de lame dans le dos, cependant il réussit à m’esquiver, il m’avait peut-être vu venir qui sait. Il me fit un doux sourire, chose qui me semblait surprenante.

Il me lança, « Tu sais, tu m’as l’air plus agile que tes prédécesseurs. Malgré tout, tu n’aurais peut-être pas dû boire autant ! Ça te ralentit ! (Je puais tant que ça la piquette ?)


- Ça tombe bien ! Je préfère les combats à la loyale. », affirmai-je et c’était vrai, en temps normal, quand la colère ne me prenait pas le meilleur de moi-même.

Je me jetai sur lui, il bloqua mon épée avec la sienne.

Il me demanda, « Pourquoi fais-tu ça ?

- Qu’est-ce que ça peut te foutre ?! », hurlais-je.

Je dois bien l’admettre ce n’était pas ni le vocabulaire, ni le comportement d’un noble chevalier.

« Tu sembles avoir un grief contre moi… Et j’aimerais savoir pourquoi je dois mourir selon toi ? (Il avait l’air si gentil, en prononçant ces mots, qu’il me faisait mal. J’aurais préféré qu’il m’insulte, qu’il soit en colère ou quoique ce soit d’autres sauf ça.)

- … Tu veux savoirs, hein ? Je pensais que j’étais digne de fonder le royaume de Paxiam ! »

Je lui inflige une légère entaille à l’épaule alors que je lui visais le cœur. L’alcool qui diminuait ma précision ou ma détermination qui me lâchait ?

Je continuais sur ma lancée, « Je croyais que le fait d’avoir le soutien d’un esprit, me permettrait de prouver à cette maudite Argine que j’étais digne d’accomplir cette foutue prophétie ! »

J’abattis ma lame contre la sienne comme on donnerait des coups de marteau. La colère me faisait verser des larmes. Cet homme-là était pugnace, il ne renonçait pas. Et bon sang, le regard vert émeraude qu’il avait, était en-plein de pitié pour moi. Je ne sais pas pourquoi cela me plongeait dans une rage folle, peut-être que c’était parce que dans le fond, j’avais compris qu’il avait les qualités d’un grand roi ?

Je frappai si fort avec mon épée que je finis par briser la lame de Léandre ainsi que la mienne. Tous deux nous fûmes chanceux qu’aucun éclat n’ait atterri sur nous. Cependant, prit dans toute mon ire2, je n’en pris pas même compte et je me lançai sur lui. Je voulus l’étrangler, mais il ne se laissa pas faire. Il me colla un coup de poing dans le visage. Tout l’alcool que j’avais bu ne me permit pas d’encaisser le coup comme il se doit. Je tombai sur le côté avec le nez en sang.

Léandre se releva et me dit, « Avons-nous fini ? »
Cela sonnait presque comme quelque chose qui ne m’était pas particulièrement adressée. J’essayai de me relever, mais je chancelai trop pour réussir à me tenir debout sur mes deux jambes.

Il continua alors, « C’est bon, je crois que… Qu’importe… Comment ça va ?

- Pourquoi ça n’irait pas ?! », crachais-je plein de haine.

Ce fut ce moment-là que je choisis pour vomir, aille, aille, j’étais un minable, un alcoolique et un raté, mon père avait raison. Je ne me sentis jamais aussi ridicule.

Léandre me dévisagea avant de s’exclamer, « Quel égo ! (Il me parut lasser par mon comportement.) De toute manière, malgré tes légères intentions meurtrières, je n’ai pas l’envie de te punir alors… Va-t’en ! »

J’essayai désespérément de reprendre mon souffle, et de ne pas m’évanouir devant lui. Je m’en serais trouvé honteux après ça, il était un si grand homme contrairement à moi. Je le menaçais de mon épée tremblante, me demandant bien, pourquoi je tremblais autant, ça ne pouvait pas être l’alcool, non ? 

Léandre avait un regard tellement dépité et tout autant que l’était le poids de ces mots quand il les prononça, « Je pensais que tu étais différant de ces autres assassins, cependant il semblerait que j’ai eu tort. Alors dis-moi, pourquoi trembles-tu tant au moment de porter le coup de final ? Aurais-tu donc peur ? (Il tuait ma détermination, il était bien trop bon, bien trop bon.)

- Moi ! Avoir peur de toi ? Non… Je n’ai pas peur de toi ! Je… Tu… Moi, je n’ai aucun grand rôle à jouer dans le destin de ce monde, je l’admets je ne suis qu’un jaloux. Je ne mérite pas votre pitié. (Je m’agenouillai devant lui.) Tu es le roi ! Mon roi ! Notre roi ! Et je ne le remettrais plus jamais en doute ! »

Puis il fallut que je m’évanouisse à ce moment-là, il devait penser que j’étais fou. Ensuite ce qui se produisit, je n’en eus pas la moindre idée. Je me réveillai dans un lit, ce n’était pas là où j’avais défailli. Je cherchais où j’étais, dans un grand lieu en tout cas, tout était confortable et les plafonds étaient peints. Je sortis afin de trouver, quel était ce lieu, lorsque je surpris une conversation entre Léandre, Myriam et un esprit qui je l’appris plus tard se nommait Argine. Le souverain semblait incliner à suivre les conseils de ma mère qui l’incitait à faire de moi un de ses chevaliers. Quant à l’autre, elle lui conseillait plutôt de se débarrasser de moi, car elle sentait que je n’avais que trop déjà le cœur corrompu. Ironiquement, au regard de mon implication dans une tentative de meurtre, elle me semblait être la plus sensée du lot.

Je fis savoir ma présence en protestant vivement contre ces allégations, il fallait bien me défendre après tout, je… Je ne me pensai pas si mauvais après tout. Ainsi Argine, abandonna le débat en voyant qu’elle n’arrivait pas à dissuader Léandre et je devins un des chevaliers de celui-ci, voire le meilleur.
Fin de la partie 2










Chapitre 3 : « Léandre »
 Réunir une élite de chevalier 
Narrateur : Léandre

Je n’avais réuni dès le départ que deux royaumes sous mon égide, celui d’Alexandre par le mariage et le second, celui de Charles par alliance. Cependant malgré ces deux puissants alliés nuls autres personnes n’avaient souhaité se joindre à nous. Entre autres ces deux individus, c’était ajouté à cela une âme errante nommé Théodore, il était un de mes meilleurs amis et surtout chevaliers. Il prenait à cœur de nous donner bonne réputation en venant en aide à tous ceux qu’il croisait en parcourant les routes et villages de notre royaume, depuis deux mois qu’il était là. Hum… Cela me donnait une idée.

Je décidai donc pour résoudre ce problème, de proposer aux royaumes qui refusaient de s’allier à moi de m’envoyer un chevalier qui représenteraient leur royaume et leur contribution à la paix demander par les dieux. Afin qu’ils prouvent qu’ils ne s’opposent pas aux volontés divines. Les chevaliers qu’ils m’enverront ne pourront et ne devront qu’uniquement accomplir des missions qui contribueront à la réalisation de la mission divine, ils ne pourraient mener aucunes guerres en mon nom et ils ne pourront jamais se joindre à mon armée. Je songeai à envoyer mes trois alliés chez trois candidats qui seraient disposés à envoyer un de leurs chevaliers pour soutenir notre cause. C’était un début, c’était les seuls qui s’étaient montré positif à cette initiative. Les autres viendront sûrement en voyant notre efficacité. Moi, je ne pouvais pas me rendre chez eux, car j’avais des affaires importantes à régler. En effet, je n’aurais jamais cru qu’il y avait tant à faire, assurer ma légitimité, redresser les finances, nommer des ministres, gérer mes vassaux… Je croyais devenir fou avec toutes ses occupations. J’espérais simplement que mes envoyés seraient capables de choisir le plus valeureux de chaque royaume.

Après que j’eus envoyé mes alliés en mission, je pus enfin me consacrer à autre chose. Pourquoi fallut-il que ce soit ce moment-là qu’eut choisi Argine pour me faire part de son trouble concernant mon meilleur chevalier ?

Je lui répondis, « Ne t’inquiète pas, je fais confiance à Théodore. »

Elle me dit lassée, « Ce n’est pas lui le problème… Nécronion est la raison de mon trouble, il t’a attaqué avant même que tu ne succèdes dans notre entreprise, il a essayé de tuer après trois mois de règne. Je crains qu’il n’essaye d’autres approches. (Elle était très inquiète, mais j’avais confiance en moi et en nos dieux.)

-Nous l’arrêterons qu’importent ses actes ! (Je fis un geste du bras comme pour signifier que la discussion était close.)

- Le chevalier qui a essayé de te tuer… Je le crains, soit le plus corruptible d’entre nous. J’ai peur pour l’état de son esprit si Nécronion le cible. »

Elle disparut sur ces mots, elle avait bien senti que je ne voulais pas discuter. Cela me laissa songeur, dans le fonds, je doutais qu’il puisse être aussi fragile et manipulable, mais ça, seul l’avenir nous le dira. Je m’apprêtais à gérer de plus importantes affaires quand on m’annonça que Horacétius avait disparu. Je fus effondré en apprenant cette nouvelle. Il était mon père, il était un soutien, un allié, un être de confiance. Où a-t-il bien pu partir sans me le dire ? Je me sentais tellement trahi et abandonné… Je perçus alors une présence la même que celle qui m’avait déjà attaquée… Nécronion… Tu n’auras pas mon cœur ! Tu n’auras pas mon esprit ! Il a dû voir que mon âme était solide et que je n’étais pas encore brisé alors il disparut. Je devais me murer, je devais tout cacher, chacune de mes faiblesses, pour ne rien laisser voir, pour qu’il ne puisse pas briser ma motivation, ma force, ma morale et qu’il ruine tout ce que j’avais bâti. Quel poids sur mes épaules ! Cependant, j’avais confiance dans les dieux.
Chapitre 3 : « Charles »
Celui que l’on nommera le chevalier du peuple

Narrateur : Charles

J’étais parti du château de Léandre vers les Terres Du Nord pour rencontrer les chevaliers qu’ils étaient prêts à nous donner. Enfin à nous donner… C’était grandement exagéré, ils étaient prêts à nous en concéder un. Mon bon allié avait été surpris que je me sois proposé pour aller le chercher, rien de surprenant là-dedans, ça me donnait une excuse pour enfin faire quelque chose d’utile et qu’on me lâche la grappe. Je ne savais pas où se trouver le château du souverain de ces lieux, à vrai dire, il déplaçait souvent sa cours, et je n’avais pas pris d’escortes ou de guides n’en n’ayant pas voulu, ils n’avaient pas insisté, ils connaissaient ma froideur, ils savaient que la pitié, je ne connaissais pas et que je les aurais chassés, s’ils avaient osé me contrarier.

Sur mon chemin de solitude et d’errance, je croisais une famille de paysans alors je leur demandai ma route, il pourrait au moins m’indiquer la ville la plus proche ou là où résidait leur seigneur. À la place, ils me confièrent leurs plus jeunes fils en me disant qu’il était certes un peu simplet, mais qu’il connaissait toutes les routes du pays. Je me méfiais un peu, tout de même, disons que la révolte paysanne de mon enfance m’avait marqué aux fers blancs. Cependant, c’était cela ou errer au hasard. Je pris donc la compagnie du jeune paysan qui me servira de guide. Une petite tête blonde, qui se tenait devant, et qui sautillait gaiment tout en me guidant sur la route. Il ne m’avait pas tellement fait de question, il m’avait simplement demandé ma destination et était parti avec moi, comme s’il me faisait confiance et pour un adulte, qui était une masse de muscle à faire rougir de honte à Hercule, je le trouvais plutôt confiant. Enfin, j’étais tout maigrelet moi, il me casserait en deux, s’il le voulait. Il n’avait rien à craindre de ma personne, mais tout de même.

Je lui demandai, afin de tuer le temps, « Quel est ton nom ? »

Il me répondit tout enthousiaste, « Je suis Grégoire ! 

- Bien, si tu réussis à me mener là-bas sans embûches, je te donnerais deux-trois sous.

- Mon seigneur est généreux. (Il le disait avec un sourire nigaud, je commençais à comprendre les parents.)

- Ce n’est pas non plus comme si je manquais d’argent ! (J’avais prononcé ça sur le ton de la plaisanterie avant de redevenir sérieux.) Enfin, je ne suis pas aveugle non plus, je sais que vous ferez beaucoup pour l’argent que vous n’avez pas. (Il n’avait rien demandé avant que je n’en fasse la proposition et cela m’inquiétait, il avait sûrement une idée derrière la tête.)

- Je ne suis pas avide, je me contente de peu. (Il eut l’air vexé parce que je venais de sous-entendre.) Cependant, j’aimerais pouvoir me nourrir en vivant seulement de promenade. »

Il lui donnait un tel air ingénu, que je me demandais s’il était sincère ou un excellent acteur. Si je voulais découvrir ses objectifs réels, il me fallait me montrer un peu plus finaud. Je me méfiais, peut-être à tort, peut-être que par probité, il avait simplement eu honte de me demander un salaire. J’étais divisé entre deux opinions. Grégoire me regardait un peu étrangement, l’air de se demander pourquoi je ne répondais pas.

Je dis un peu amusé par ses propos, « J’entends… Je comprends pourquoi votre famille m’avait dit que vous étiez un simplet, quoique j’aurais plutôt tendance à dire optimiste et rêveur. (Je le pensais, s’il était honnête dans ses paroles.)

- … Je ne suis pas… Laissez tomber, je vous mènerais là-bas. »

Il avait eu l’air vexé par notre petit échange. Grégoire avait cessé de sautiller, et marchait comme un nostalgique en mal de la vie. Tant et si bien qu’il n’y eut pas d’autres conversations entre nous jusqu’à l’attaque des bandits. Nous arrivions dans cette dite forêt, lorsque des manants de la pire espèces, nous attaquèrent. Ils sortirent du côté du bois, alors que nous arrivions face aux premiers arbres, cela effraya mon cheval et me fit tomber à terre. Je chutais de telle sorte à ce que je me brisai une cheville. Je ne pus plus me relever et uniquement contempler les évènements. Mon compagnon de voyage, jouait des poings, contre eux, il aurait pu s’enfuir pourtant, et cela me prouvait que non seulement, il n’était pas de leur côté et qu’il ne m’avait pas attiré ici dans l’objectif d’une embuscade, mais qu’en plus de cela, il avait un grand courage. Il prit un coup d’épée dans le bras, en la bloquant pour protéger sa poitrine, bien qu’il fût fort, il ne pouvait rien contre quatre hommes armés jusqu’aux dents, malgré la surprenante pugnacité de Grégoire, il n’en fallut pas longs temps avant qu’ils nous détroussent, ils le firent après l’avoir assommé du plat d’une de leurs lames. Lorsqu’un de ses bandits s’approcha de moi, pour me prendre mon cheval et ce qu’il transportait. J’essayai de me défendre avec mon épée, mais en ne pouvant pas me relever sur mes deux jambes, je n’eus pour seul succès que de me prendre un coup de poing dans la tête qui me brisa le nez et qui me laissa un peu sonner.

Une fois un peu remis, je rampais vers Grégoire afin de vérifier s’il allait bien. Il avait pris un sacré coups, mais il était en meilleur état que moi qui ne pouvais plus marcher. Enfin, il avait un bras qui saignait, cependant, c’était le seul qui pouvait encore tenir debout, il pouvait partir et me laisser mourir là. La pensée me dévorait, m’effrayait, et me consumait de l’intérieur. Pitié, ne m’abandonne pas ! Je sais que tu n’as plus aucun intérêt à m’aider, mais ne me laisse pas ! Il finit par reprendre connaissance, quand je lui fis signe que je n’arrivais pas à me relever, il me remit sur mes jambes et à cause de ma cheville, il dût me soutenir sur ses épaules. Je fus surpris par cela, j’avais pensé qu’il m’aurait abandonné. J’ai osé penser ça…

Il me proposa alors, « Je crois que si on ne trouve pas un moyen de te soigner, on va avoir des problèmes… (Quelle évidence !) Je crois qu’on devrait se diriger vers un village.

- Oui… En connais-tu un pas trop loin ? », répondis-je troublé par sa gentillesse.

- Bien sûr, j’en connais même un avec une sorcière qui pourra soigner votre jambe. »

Nous nous mîmes donc en route vers ce fameux bourg. Tout en espérant que nous ne fassions aucune autre mauvaise rencontres en cours de routes. Grégoire, tu es un saint, tu me portes à la force de tes bras, j’ai l’impression d’être une croix qu’un martyr porterait vers le lieu de son supplice, et que celui-ci était le village. Tu me redonnes un peu foi en l’humanité, merci.











Chapitre 1 : « Argine »
 Nécronion, dieu de la mort 
Narratrice : Argine

Je sentis encore et encore la présence de Nécronion autour de Léandre, il était tel un prédateur tapit dans l’obscurité attendant sa proie. Je ne le supportais plus, je me devais de prendre les devants en allant moi-même parler à cette vermine. Cela faisait des lustres que je n’avais pas vue ce dieu fourbe. Il était un dragon dont la chair se putréfiait, enfin, il prenait cette forme, qu’il prétendait véritable, pour nous impressionner si vous voulez mon avis. Il me regardait de ses yeux mauvais cherchant ainsi à me faire chanceler. Il n’y réussit point, c’était un bouffon pour moi. Non seulement, il avait la chair en décomposition et en plus l’odeur de la mort qui allait avec. Quelle horreur !

Il me demanda alors, « Pourquoi es-tu là, jeune esprit ? »

Je lui répondis agacé, « Laisse l’élu tranquille !

- Je ne lui ai rien fait, je me contente d’observer les habitants du château. Je n’ai nulles intentions hostiles à son égard.

- Alors, je te demanderais d’arrêter de les espionner ! (Je le défiais du regard et il me le rendait avec ses yeux verts de reptiles.)

- Pourquoi ? Que crains-tu ? Je ne peux répandre plus de conflits qu’il n’y en a entre Théodore et Léandre à cause de toi. (Je le savais… Je le savais… Il allait tenter quelque chose.)

-… Cet homme est jaloux et pernicieux, il ne peut que lui nuire. », répliquais-je lassée.

« Il est comme tous les humains, Argine. », Il eut l’air triste en prononçant ces mots avant de continuer avec une expression de dépit profond, « Je suis étonné que tu ne le saches pas depuis le temps… (Je ne l’ignorais pas, je croyais encore en eux, c’était tout.) Si tu crains cependant que je puisse altérer son âme sache que je ne peux pas créer de la corruption dans celle-ci. Je ne fais qu’exploiter ce qui est déjà présent. (Il eut un sourire horrible qui me laissa entrevoir ses os à travers sa bouche.)

-…Laisse le tranquille, je te l’ordonne aux noms de mon amitié avec l’esprit Myriam ! »

Nécronion émit un son guttural semblable à un rire, difficile à dire tant il était distordu par l’amas de chair pétrifié qui l’émettait. Lorsqu’il eut fini, il se remit face à moi d’un geste si brut que l’on vit ses os.

Il me déclara solennellement, « Je suis un dieu, tu crois pouvoir me donner des ordres. Je ferais ce qui me plaît Argine ! Je t’invite à faire en sorte de rependre l’ordre parmi tes soldats, la tâche m’en sera moins aisé. Si tu tiens tant à les sauver, je te respecte pour ça sache-le. Tu as des convictions. »

Il disparut sur ces mots, il ne me laissa même pas le temps de répliquer. Je songeai que je me devais d’avertir Théodore quant aux menaces de Nécronion. Des temps sombres allaient s’annoncer. Je craignais d’avoir provoqué une plus grande catastrophe encore avec cette conversation. N’importe, je refusais de le laisser gagner, Léandre, il est l’élu, il réussira. Il le doit ! Il le doit !


Chapitre 1 : « Grégoire »
 Prouver sa valeur

Narrateur : Grégoire

Pour me sortir de la banalité de ma vie, je me retrouvais accompagné d’un noble seigneur dans mes péripéties enfin… La version correcte serait plutôt, je dois guider un chevalier jusqu’au château des Terres Du Nord. Rectificatif, pour l’instant, je devais l’emmener au village le plus proche pour guérir sa cheville. Tous ces bandits, c’était navrant, mais faut dire que le roi s’en fichait bien de notre sort, on pouvait tous crever la bouche à l’air qu’il continuerait à faire mumuse avec sa cours pendant qu’il envoyait ses chevaliers, massacrer la population. Cela m’agaçait, enfin, il fallait essayer de ne pas trop y penser. Pendant le trajet, je sifflotais, car je m’ennuyais, je n’avais jamais été un grand penseur.

Le seigneur qui m’accompagnait dont j’avais d’ailleurs oublié de demander le nom, me demanda gentiment, « Tu peux arrêter de siffler, s’il te plaît…

-Je viens de penser, vous vous appelez comment au fait ? », demandais-je en ignorant son souhait.

« Charles… (Il m’avait répondu avec un air parfaitement consterné.)

- Oh, c’est un bien joli nom, ne vous inquiétez pas mon seigneur Charles, mon amie va bien vous soigner. (Je me rendais compte que je devais avoir l’air d’être un sot en disant ça.)

- Je l’espère… », dit-il résigné.

Il avait un air si sinistre que j’aimerais bien savoir ce qu’il avait en tête parfois. Il était un homme avec un corps frêle voir même chétif, j’aurais cru pouvoir le briser en le serrant dans mes bras pour le porter, mais ce ne fut pas le cas. Peut-être que je l’avais sous-estimé ou que j’étais plus délicat que je ne le pensais ? Ses cheveux bruns tombaient sur son visage pâlit par la souffrance, pourtant il ne criait pas, ne se plaignait pas et ne disait rien. Quel courage ! Je ne le pourrais pas… Il avait des yeux de la même couleur que sa chevelure, qui me regardait avec une grande apathie et une certaine insensibilité, pourtant au fond, tout au fond cachait dans les profondeurs de son iris, une grande sympathie et gentillesse reposait. J’entendais déjà la voix de mes parents et de mes frères et sœurs qui me disaient, arrête simplet, arrête simplet… Ah penser, ce n’était pas mon fort, il fallait que je me concentre sur le chemin, plutôt. On réussit enfin à sortir de cette maudite forêt, le village n’était plus qu’à un kilomètre. Cependant, je commençais à fatiguer, à force de transporter Charles, il n’était pas lourd, mais il n’arrivait pas à se soutenir lui-même, j’étais obligé de porter tout son poids sur mon dos.

On s’arrêta dans un coin, le temps que je me reposasse. Mon partenaire regardait dans le vide comme s’il était absent, ce qui m’inquiétait un peu.

Je lui demandai, « Tout va-bien ? »

Il me répondit un peu apathique, « Oui, je m’inquiète seulement un peu par rapport à cette blessure.

- Rassure-toi ! (Je lui donnais le plus grand des sourires en prononçant ces mots.) Elle te guérira sans souci et tu n’auras aucune séquelle.

- J’espère que tu dis vrai. (Il me paraissait encore plus absent.)

- C’était donc ça votre sujet d’inquiétude ! Cela ne mérite vraiment pas un air aussi sinistre. (Je le pensais sincèrement, j’espérais provoquer une réaction, chez lui.)

-… »

Il avait un regard d’autant plus sombre, cependant il n’était pas dirigé vers moi par chance, il me faisait peur comme ça.

Je ne comprenais vraiment pas les sentiments qui habitait l’âme de cet homme. Ceci étant ce n’étaient pas mes affaires, après tout. S’il ne voulait pas partager ses secrets avec un inconnu, je pouvais comprendre, c’était même normal. N’importe, je m’étais assez reposé, je trouvai enfin en moi la force d’affronter le chemin qui me restait à parcourir pour rejoindre le village.

Lorsque nous arrivâmes tous deux là-bas devant l’échoppe de magie de mon amie Miel. Il y avait des chevaliers qui menaçaient de détruire sa boutique, si elle refusait de les accompagner pour les aider à affronter un dragon, encore ces monstres. Elle protestait en disant qu’elle n’était qu’une soigneuse, qu’elle ne connaissait pas de magie offensive, qu’elle serait inutile pour le tuer ou le restreindre.

Charles les héla, « Ô grand seigneurs laissaient donc cette jeune femme, je crains qu’elle ne veuille pas vous accompagner.

- Mêle-toi de ce qui te regarde, petit seigneur », répondit l’un d’entre eux.

Je songeai qu’ils avaient dû l’identifier grâce à ses vêtements. Ces types m’énervaient.

« Sans vouloir vous déranger, il semblerait que vous avez oublié votre politesse à l’égard de vos sujets, car vous leur devez la protection. (Bien envoyé Charles !)

- Tss… Tais-toi donc ! », Il le jeta au sol d’un coup de pied.

Ils partirent après avoir menacé Miel de revenir plus tard tout saccager, si elle refusait de les aider et qu’ils reviendraient s’informait de sa décision dans la journée.

Je la rassurai, « Ne t’inquiète pas, on va trouver une solution. »

Miel répondit, « Sûrement. Que puis-je faire pour vous aider ? (Elle était toujours très professionnelle.)

- Je crains de mettre blesser plutôt gravement à la cheville. », signala- Charles.

- Je peux vous arranger ça. » Elle prononçait ses mots avec une certaine tristesse.

Ces maudits chevaliers, ils se croyaient tous puissants dans les Terres Du Nord, car le roi les laissait faire tous ce qu’ils voulaient. Ils allaient tous détruire, rien que d’y songer, j’enrageais déjà. Il fallait que quelqu’un les fasse payer pour leur apprendre leur place.




Chapitre 4 : « Charles »
Affronter le dragon et la fureur des chevaliers

Narrateur : Charles

La magicienne Miel me remit sur pied rapidement avec sa magie, peu aurait été capable de faire ce qu’elle avait fait. Les gens des environs avaient bien de la chance de l’avoir pour les soigner. Je me faisais bien du souci pour cette pauvre femme se faire torturer ainsi par ces immondes vermines qui osaient se faire nommer chevaliers. Ils n’avaient rien de tout cela, protéger le peuple, ça ne voulait rien dire pour eux, ils préféraient piller et voler sembleraient-ils et menacer de pauvres gens. D’ailleurs, ils avaient mentionné un dragon ? Ces créatures sont pacifiques, qu’est-ce que c’est que cette histoire-là ?

Je lui demandai inquiet, « Ils vont revenir, n’est-ce pas ? »

Elle répondit, « Oui. (Elle regarda ailleurs.) Vous n’êtes pas d’ici non ? (C’est vrai que dans mon royaume, on avait un accent plutôt prononcé.)

- En effet, je viens de Cyaneus. (Elle parut surprise, c’est vrai que les Terres Du Nord, n’étaient pas frontalières.) … Est-ce là un comportement qui fait légion parmi les chevaliers de ce royaume ?

- Malheureusement, ils ne sont bons qu’à tout détruire. », dit-elle avec tristesse.

Elle était presque à deux doigts de pleurer. J’étais écœuré, écœuré, je ne trouvais pas d’autres mots, ce n’était pas que je n’en connaissais pas, c’est qu’ils ne venaient pas, ils n’y en avaient aucun qui me semblait approprier à la situation. Je songeai qu’il me fallait être encore un meilleur souverain à l’avenir, un grand roi, pour que mon peuple n’ait plus jamais à souffrir. Ce souverain par contre, ne me semblait guère méritant de son titre.

Grégoire arriva alors, il semblait énervé, il me dévisagea avec mépris et je me demandai bien ce que j’avais pu lui faire.

Il articula cette phrase avec un ton désagréable « Laisse tomber Miel, il ne peut pas comprendre notre souffrance. (Hum… Quelque chose d’infortuné a dû se produire.)

- Je ne peux peut-être pas comprendre, mais j’ai des yeux, et je vois bien que leur comportement est inadmissible. », répondis-je avec ironie.

« Même si vous n’êtes pas d’ici, je suis sûr que vous êtes comme eux ! (Il s’agitait en tous sens et parlait fort.) Que vous vous moquez de la souffrance de votre population ! Que vous les ferait souffrir avec joie parce qu’ils ne peuvent pas payer l’impôt comme ma famille ! », répondit-il haineux.

Il s’effondra en pleurs incontrôlables devant moi. Il semblerait que ces événements avaient réveillé en lui de bien mauvais souvenirs et je ne pouvais simplement pas l’en blâmer. Miel me supplia de lui pardonner son insolence, c’était mal me connaître que de croire que je lui en voulais pour cela, sa réaction était parfaitement compréhensible.

Je pris donc la parole, il me fallait répondre, sinon cela voulait dire que dans un sens, je confirmai ses propos, « Jamais, je ne prendrais joie à faire souffrir qui que ce soit. La raison en est toute simple. (Je ne crois pas en avoir beaucoup parlé depuis que cette tragédie était arrivée.) Connais-tu la révolte paysanne qui a eu lieu au royaume de Cyaneus ? (Il me sembla que non à son expression surpris.) La famille royale a entièrement péri, sauf, celui que la population nommera Charles Le Juste. Enfin, moi, je le nommerais plutôt Charles Le Triste, car crois-moi avoir perdu mon père, le roi et tous mes frères si jeune laissent un arrière-goût de solitude et de tristesse dans une si frêle et juvénile vie. »

Un lourd silence s’abattit dans la pièce, et je craignais dans être le responsable. Je prenais un risque en révélant mon identité à ces deux-là. Il ne restait plus qu’à attendre la réaction une fois la stupeur passée.

Grégoire finit alors par articuler, « Vous êtes un roi ? Un roi… Un roi…

- En effet. (Je songeai que cette confirmation était du plus mauvais effet.) Ne tire pas cet air paniqué, je n’ai aucune mauvaise intention à ton égard.

- Pourquoi ne pas l’avoir dit avant ?! (Hum… Était-il idiot ? À me balader seul, ou même avec une compagnie qui ne saurait pas défendre ma vie, j’étais plus en sécurité, en étant un anonyme.)

- Ce qui est dingue c’est que vous me croyez comme ça alors que je pourrais totalement vous mentir… (J’admirai sa naïveté.) Enfin, je dis la vérité, mais tout de même.

- Seigneur Dieu ! », cria-t-il.

Il me serra dans ses bras, je fus étonnée par cette réaction. Il passait d’une émotion à l’autre, ce jeune homme.

Il m’expliqua ensuite ceci, « Cela signifie donc que vous êtes au service de l’élu, n’est-ce pas ? (Je ne vois pas le rapport avec ma position. Quel était ce genre de raisonnement ?)

- Oui, mais je ne comprends pas comment vous en êtes arrivé à cette conclusion ? (Il ne s’expliqua pas.) Cependant je ne vois toujours pas le rapport avec cette étreinte », répondis-je confus.

« Vous allez pouvoir nous sauver de cette immonde vermine qui nous sert de roi ! Si vous parlez de notre sort à votre ami l’élu ! », cria-t-il de joie.

C’était si naïf même Léandre n’avait pas tant de pouvoir sur les autres nations. Je me sentais mal pour eux, pour ce peuple qui semblait souffrir tellement, il y avait définitivement de mauvaises personnes dans ce monde. Mon suzerain avait pour but de donner la paix éternelle, mais que prévoyait-il de faire contre ces démons, contre les mauvais souverains ou souveraines ? Il me faudrait lui poser la question. J’ai toujours essayé d’avoir un cœur aussi dur que la pierre, mais il semblerait que j’avais échoué sur ce plan-là, je ne pouvais qu’empathiser avec eux. Je ne pouvais pas m’empêcher d’éprouver de la sympathie pour son sort.

J’eus alors une idée que je m’empressais de lui proposer, « On m’a envoyé ici pour récupérer le meilleur chevalier du royaume, mais de ce que je constate, il n’y a nul vrai chevalier en ces terres ! (Ils me dévisagèrent tous deux se demandant bien où je voulais en venir.) Cependant, toi, Grégoire, je pense que tu feras un chevalier digne de ce nom, tu en as le cœur et l’honneur.

- Merci, votre majesté. », répondit-il en s’inclinant respectueusement, ce qui me mit mal à l’aise pour une raison quelconque.

Miel lança alors, « Je sais que vous avez déjà un magicien à la cour royale, mais je pense que je pourrais l’assister en m’occupant de soigner les blessés, ma spécialité ! »

Je n’eus pas le temps de répondre, que des cris de panique se firent entendre à l’extérieur. Nous nous précipitâmes dehors et nous vîmes un affreux dragon qui détruisait le village avec ses flammes. Cela devrait être la créature dont parlaient les chevaliers tout à l’heure.
Il fallait que nous l’arrêtions avant qu’il n’y ait des blessés. Saisissant ma lame, je me jetais dans le combat avec ardeur. La furieuse bête me regarda avec un air mauvais et manqua de m’abattre d’un coup de patte. Je vis Miel protéger des gens avec sa magie pendant que Grégoire faisait évacuer le village. Parfait ! On s’occupait des habitants ce qui me laissait le champ libre pour l’affronter.

Le monstre brûla une maison avec son souffle, il balançait la tête de tout côté, comme s’il cherchait quelque chose. Je m’inquiétais un peu de sa venue ici, les dragons étaient rares et plutôt pacifiques, il a forcément dû se passer quelque chose. Ses pensées me dévoraient de l’intérieur alors la bête en profita pour essayer de m’écraser.

Miel utilisa sa magie pour me protéger en générant un bouclier.

Elle me lança, « Fait gaffe ! Concentre-toi ou le dragon te tuera ! »

Je ne comprenais vraiment pas la raison de sa présence ici, cependant j’allais malgré tout l’affronter pour protéger les habitants de ce village. Il fallait faire quelque chose et je songeais que les fameux chevaliers de tout à l’heure ne devaient pas être étrangers à cet évènement. Une enfant s’était retrouvée piégé dans une des maisons enflammée par le souffle du dragon.

Miel était trop occupé à soigner les blessés pour leur permettre de s’enfuir. Grégoire était introuvable, il devait sûrement être avec les habitants qui avait quitté les lieux. Il ne restait que moi pour la sauver. Qu’importe la présence du dragon ou des flammes, je me lançais à la rescousse de cette fille. Les planches en feu m’avaient brulé les épaules en me tombant dessus, mais l’enfant était saine et sauve pour le moment. Je réussis à la sortir de la maison de justesse. Je repris mon souffle en laissant la gamine partir pour rejoindre Miel et le reste des blessés.

Lorsque le dragon voulut nous attaquer, Grégoire s’interposa entre nous et la bête, il avait dû revenir après qu’il eut mis les habitants en sécurité.

Alors celle-ci arrêta son attaque ce qui nous surprit et s’exclama, « Cela fait longtemps que je n’avais pas vue d’humains altruistes ! »

Sa voix rocailleuse résonnait dans l’air comme un écho, me laissant interdit, ne sachant quoi répondre. Grégoire aussi resta silencieux.

Le dragon continua, « Vous pensiez que les nôtres étaient stupides et étaient des êtres dénués de la maîtrise du langage ? Vous les humains, vous êtes si prétentieux. (Il referma ses ailes.) Cependant, vous me semblez être de bonnes personnes, alors je vous demanderais de transmettre un message aux chevaliers de ce royaume. Dites-leur de me laisser vivre, ma retraite tranquille dans cette forêt et il n’y aura pas d’accidents et de conflits. »

La majestueuse créature s’envola alors, laissant le village ravagé par ses flammes. Je songeai que ces gens étaient vraiment des dangers pour les autres, il faudra leur faire payer. Cela d’ailleurs ne tarda pas à arriver.

Les chevaliers cruels me tardèrent pas à revenir après tout, ils l’avaient annoncé tout à l’heure ; ils regardèrent de toutes parts le village en ruine, leur expression me disait qu’ils auraient aimé le faire eux-mêmes, si Miel avait refusé de les suivre. Ils portèrent ensuite leurs attentions sur nous.

Celui qui semblait être le chef nous lança, « Vous semblez avoir croisé le dragon ! Et vous savez quoi ? Tout ça aurait pu être évité si cette magicienne nous avait accompagnés !

- Ah ouais ! Je vous l’ai déjà dit, je ne connais que de la magie de soins et défensives ! Je suis une soigneuse pas une guerrière ! », répondit-Miel furieuse.

J’ajoutais, « En plus, le dragon nous a dit que c’était de votre faute, s’il a attaqué le village ! Il aimerait que vous lui laissiez la forêt et je veux bien croire qu’il tiendra sa promesse, ce sont des créatures pacifiques. »

« Vous êtes des alliés de ce monstre, c’est ça ? Je vous aurais ! Je vais vous passez au fil de mon épée ! », hurla le chevalier.

Je n’eus pas le temps de dégainer ma lame que Miel avait déjà utilisé sa magie pour générer un bouclier. L’épée de mon adversaire ricocha contre celui-ci et moi, je m’apprêtais à contre attaquer. Je frappai alors ce chevalier de ma lame, le poussant ainsi à terre. Ses alliés se lancèrent donc contre mes deux alliés. Grégoire était en difficulté, mais il se battait ardemment contre eux. La magicienne utilisait sa capacité à générer des boucliers pour se protéger et essayer de les désarmer.

Leur chef que j’avais vaincu avait récupéré sa lame, et me défiait avec celle-ci.

Je lui lançais, « Quel est ton nom ? »

Il me répondit, « Je me nomme Perceval. Et toi prétentieux ?

- Charles le Juste ! (Enfin de compte, ça confirmait son qualificatif.) Perceval, je ne souhaite pas me disputer avec vous, je pense qu’il serait mieux pour nous de faire la paix.

- Charles le Juste ? (Il parut un peu effrayé.) En effet, vous êtes un roi et moi qu’un chevalier, je ne peux pas me permettre de vous défier… »

Il déposa les armes et les autres firent de même. Non, mais sans rire pourquoi tout le monde me croyait aussi facilement ? Peut-être que Grégoire n’était pas du tout une exception dans ce royaume finalement. Enfin, c’était un chevalier peut-être qu’il avait vu un de mes portraits ou quelque chose comme ça et quand j’ai prononcé mon nom, il a fait le rapprochement. N’importe tout était bien qui finit bien.

Le roi, Edward Des Terres Du Nord n’approuva pas du tout ce comportement quand je pus enfin le rencontre.

Il s’était exclamé, « Quoi ? Un paysan en tant que chevalier pour nous représenter ! Ne voyez-vous pas parmi les miens, un homme digne !

- Non. », répliquais-je avec fermeté.

« Mais bien sûr que si ! Vous voulez m’humilier ! (Il me dévisageait courroucé.) Après tout, pendant que je m’occupe de mon bon plaisir, il gère toutes mes affaires ces chevaliers et seigneurs ! Ils doivent être bons.

- Excusez-moi, votre majesté, mais vous avez entendu Grégoire et l’histoire qu’il a racontée, je crois que vous faite erreur.

- N’importe, je vous le laisse ce paysan, il rendra bien à la cour de ce bouffon de Léandre, un autre hurluberlu qui vient de chez les traines-misères. »

Ainsi s’acheva, mon aventure dans Les Terres Du Nord. Je revenais donc accompagné par Miel et Grégoire, après que le roi est approuvé celui-ci comme représentant pour ces terres. Je savais cependant, qu’il fallait que je parle à Léandre de cet homme afin qu’il réfléchisse à qui il souhaitait s’allier à l’avenir.

Chapitre 1 : « Horacétius »
« Corrompu » par les ténèbres
Narrateur : Horcétius

Moi, Horacétius le plus grand mage que la terre n’ait jamais porté, je me tenais à l’orée des ténèbres. En tant qu’être né d’un esprit et d’un démon, je voyais ce que beaucoup ne pouvaient pas ne serait-ce qu’entrapercevoir. Cette même obscurité menaçait mon cœur aujourd’hui, elle était aussi sombre que la nuit la plus ténébreuse. Ah, ils voulaient dévorer mon âme, car pour le bien de tous, j’étais prêt à quelques extrêmes. Il ne me fallait pas céder à cela. Moi et ma jument Courage étions partis du château de Léandre sans un mot, son grand projet ne pouvait pas être corrompu par le mal, non la vérité est que… Je suis désolé Léandre, mais je t’ai utilisé. J’avais cependant quelque chose encore à accomplir, il était temps de mettre la seconde partie de mon plan en route. Les ténèbres me contemplaient et moi, j’allais les utiliser pour ramener la lumière.

J’arrivais devant un temple abandonné dans la forêt. Les Hommes semblaient délaisser de plus en plus leurs dieux. Les plantes avaient envahi les pierres à l’extérieur comme à l’intérieur, des lierres qui se poussaient à travers les aspérités de la roche, et qui bientôt fendrait les roches et les tiendraient seulement de leur bras végétal. L’autel était cependant encore en l’état, laissez quasiment indemne, à peine quelques petits lichens avaient couvert un peu de sa surface. Ce qui relevait du miracle, les statues avaient été brisées ou alors on avait souillé leur superbe visage aux biseaux, ce lieu avait donc été passé à sac par des impies blasphémateurs et auteur de sacrilège. Dans leur folie, ils avaient malgré tout épargné l’autel dont j’avais tant besoin. Je fis quelques pas dans le temple de Ludie, déesse de la lumière. Je touchai de mes mains délicates l’objet de mes convoitises, dommage que l’obscurité qui m’entourait l’entachait, les ténèbres commencèrent à attaquer la pureté divine qui était le sien.

Derrière moi apparu alors une femme, la noble déesse vint à moi, sentant son domaine corrompu, je souriais, voilà parfaitement la personne que je voulais voir, Ludie. Je lui fis face, elle avait de magnifiques yeux dorés perçant comme ceux de l’aigle en ayant les cheveux longs couleur or qui tombait en délicates cascades sur ses épaules. Elle portait une tenue de combattante, car la lumière s’impose en étant guerrière. Elle me toisait de son fier regard. Elle aurait pu me griller sur place si elle l’avait voulu, mais elle voulait peut-être converser ? Ce qui était mon but. D’ailleurs, j’étais peu amateur de grillade, les brûlures mettaient un temps longs à guérir.

Je lui demandai, « Ludie, pouvons-nous parler ?

- Horacétius… (Elle prononçait mon nom avec une telle gravité, que j’en fus impressionné. Cela faisait longtemps après tout.) Je suis désolée à cause de nous… Votre existence est corrompue.

- Vous n’avez pas à vous excusez pour ça, vous n’êtes pas responsable. C’était mon choix, et je m’y tiens depuis cent ans et qu’importe si ma vie il en coûte. (Je le pensai sincèrement.)

- Vous êtes si courageux. Cependant pourquoi n’êtes-vous pas au côté de Léandre ? », demanda-t-elle en me toisant.

Ses yeux dorés me contemplaient attendant ma réponse. Mon cœur méditait les mots à employer, mais je savais déjà ce que je voulais dire, seulement je n’avais pas les termes appropriés. La déesse s’impatientait devant mon inaction et je savais que je me devais de bientôt lui répondre au risque d’affronter son courroux.

Je répondis sûr de moi, « Je crains que les ténèbres qui m’entourent puissent corrompre son cœur, et je voudrais éviter cette situation.

- Tu parles ! C’est toi le traitre, Horacétius ?! Il est temps pour toi de payer pour tes crimes ! », cria-t-elle en m’accusant injustement.

J’utilisais ma magie pour me protéger cependant, elle ne saurait tenir longtemps face aux courroux d’une déesse. Pour me sauver, arriva rapidement le dieu Nécronion, mon allié de l’ombre pour une fois, il avait pris sa forme humaine. Ça pourrait vous sembler étrange mais ce n’était pas un homme sombre et effrayant, a contrario c’était un petit enfant aux airs innocents. Pendant que la déesse et lui s’affrontaient non seulement physiquement, mais aussi verbalement, je ne demandais pas mon reste et je m’enfuis. Je sais ce que vous pensez… Mais je ne suis pas traître. Je veux dire toutes mes actions ont pour but de sauver ce monde. Vous verrez bien en quoi plus tard. Il me fallait me cacher désormais et attendre une nouvelle opportunité pour accomplir la suite de mon plan.
















Chapitre 3 : « Alexandre »
 Au passé, au présent et à l’avenir
Narrateur : Alexandre

J’étais partie pour Les Terres Du Sud, enfin, elles avaient un nom, mais comme pour Les Terres Du Nord, tout le monde les appelés ainsi, ils n’y avaient guère plus que les locaux qui les appelaient autrement. C’était un territoire plutôt désertique et les habitants étaient d’un tempérament plutôt accueillant, il y avait deux royaumes là-bas, le plus grand nous avait accordé de l’attention, et peut-être que cela encouragerait les autres à se joindre à nous ou au moins son voisin, surtout que la paix semblait être revenu entre eux. Le souverain souhaitait nous confier son fils ainé, afin que nous le formions aux arts guerriers plus en profondeurs ainsi que pour lui apprendre à servir une noble cause. Mon fils ainé, George gardait mon royaume Tolma pour moi, il était un bon régent et il fallait après tout le préparer à régner, je me faisais vieux. Ma santé était encore bonne pour le moment, mais combien de temps cela durerait ?

Je devais bien l’admettre celui qu’on voulait me confier ferait un bon chevalier, il était serviable et bien intentionné, ce cher Ali. Seulement, il travaillait bien trop pour son propre bien. Je le voyais bien, chaque jour, il gagnait de plus en plus de cernes, chaque jour, il me paraissait plus maigre, il allait se tuer par l’effort. Peut-être bien que c’était moi qui imaginais des choses ? Je faisais poireauter ma prise de décision en conséquence, je ne voulais pas l’accabler de plus de choses que nécessaire, malheureusement je ne trouvais personne en ce lieu digne de servir le roi Léandre pour le remplacer. Ses frères étaient des personnes certes travailleuses, mais ils n’étaient pas vraiment altruistes et ils essayeraient de tirer des bénéfices autres que moraux d’une entreprise si noble. Les autres chevaliers n’étaient pas différents d’eux. Il ne restait plus que la proposition initiale, mais je ne voulais pas le recruter, car il me rappelait quelqu’un dans sa personnalité, quelqu’un que j’avais perdu il y a longtemps pour des raisons similaires à celles que je redoutais en voyant qu’il manifestait les mêmes défauts.

D’ailleurs, le prince Ali vint me trouvait, il était un beau prince à la peau basanée, et il me regardait de façon courroucée de ces yeux couleurs or.

Il m’avait trouvé à la sortie de ma chambre, je voulais prendre l’air avant d’aller me coucher.

Ali me demanda avec mépris, « Quand vous allez-vous vous décidez ?

- Je comprends ta colère, elle est justifiée mais… (Je pris sur moi avant d’articuler ces mots.) Tu as le cœur pur Ali et tu es un bon combattant, seulement, tu travailles trop et je crains pour ta santé. (J’essayai de sonner le moins vexant possible, cela devait être étrange pour lui de s’entendre être reproché de travailler trop.) En conséquence, je ne pense pas qu’il soit bon pour toi de te recruter, je ne voudrais pas t'appesantir de plus de responsabilité.

- Je n’entends3 pas ! Vous n’êtes qu’un sale hypocrite ! N’allait pas me faire croire que vous n’avez pas travaillé pour en arriver là ! Que vous n’avez pas travaillé toute votre vie pour la survie de votre royaume ! (C’est vrai qu’il n’avait pas tort.)

- Je sais que j’ai l’air d’être un travailleur, mais je ne l’ai jamais fait au détriment de ma santé. Tu me rappelles une de mes connaissances, et je ne souhaite pas tu connaisses le même sort qu’elle.

- Ah ouais et que lui est-il arrivé ? (Il me toisait agacé, mais après tout, je le faisais attendre depuis une semaine, un refus ou un accord.)

- Il est mort. », dis-je sur un ton direct.

Il y eut un lourd silence après ça, je devais sûrement tirer une tête de dix pieds de longs. Après tout, je n’avais pas perdu n’importe qui et n’importe comment. Il y a des choses dont on ne se remet pas. J’avais fait mon deuil, seulement, son souvenir me serait à jamais douloureux. Le prince me dévisageait, dans ses yeux dorés se dessinaient une certaine tristesse, mais son visage montrait quant à lui une certaine colère.

Il prit son courage à deux mains et demanda, « Que s’est-il passé ? »

Cette fois-là, je déglutis, les mots restaient dans ma bouche ma langue était pâteuse. Je m’étouffais moi-même avec mes propres paroles. Il me regardait étrangement.

Je finis par articuler, « Il s’est tué, il s’est tué à cause de l’excès de travail. 

- Très bien, sache que je ne suis pas de cet acabit ! (Il avait un regard fier et je compris qu’ils étaient différents l’un de l’autre.) Je pourrais m’offenser de l’affront que vous venez de me faire en refusant mon aide, cependant j’en toucherais plutôt mots à votre suzerain. »

Il tourna les talons, la colère habitait désormais son regard qui était autrefois si tendre. Cependant, il ignorait que c’était mon frère que j’avais perdu alors que je n’avais que dix ans. Je ne m’en étais jamais remis, c’était impossible, pas avec une mort pareille, une mort évitable… Je ne pouvais simplement pas l’écrire ni vous la raconter tant elle m’affectait, elle m’avait toujours dévoré, je redoutais qu’un autre s’inflige le même sort. Je ne savais pas qu’elle serait les conséquences de ma désobéissance, mais je ne les redoutais pas. Léandre s’il avait des reproches à me faire, je les comprendrais et je m’expliquerais… Il avisera en conséquence et je savais qu’il était juste et que je ne subirai pas une punition excessive.

Je n’avais eu de pensées aussi sombre que celles de cette dernière semaine, j’avais souvent l’impression de voir mon frère en Ali et je cauchemardai de plus en plus sur la mort de mon feu parent. C’était oppressant, je ferais n’importe quoi pour y échapper.





















Chapitre 1 : « Ali » 
Colère infortunée

Narrateur : Ali

Ce noble seigneur Alexandre était connu à travers tous les royaumes sous le surnom du Lion et il semblerait qu’il ne m’ait pas jugé digne de lui. C’était offensant, d’autant plus pour une raison tout à fait absurde qui plus est, j’avais d’ailleurs envoyé un message à ce sujet à Léandre, il méritait de savoir ce que ses agents faisaient en son nom.

Cependant, j’étais perturbé par ses propos, il s’inquiétait pour ma vie, mais j’aimais pourtant ce que je faisais… Certes, je m’épuisai un peu à la tâche parfois, mais j’avais mes limites, et des gens pour m’épauler. La personne que je lui rappelais devait être quelqu’un de cher pour lui. C’était sans importance, non je me mentais à moi-même ça m’affectait. J’étais consumé par ma propre ire, il m’avait blessé parce que dans le fond, je savais qu’il n’avait pas tort, je m’épuisais dans mon travail par ennui de mon existence. Ma jeune épouse, Delila vint me trouver. On s’était mariée, il y a un an, on avait deux années d’écart, seulement. Elle était belle comme le jour, délicate comme une fleur, mais attention aux épines de la rose, les infortunés, inattentif si piques. Elle s’inquiétait pour moi, il était tard, et je n’étais toujours pas venu me coucher, ainsi je lui racontais tous ce qui s’était passé. Je savais qu’elle était de bons conseils.

Elle me répondit doucement, « Tu devrais peut-être essayer de le comprendre. Il est âgé, la vie a dû lui être dur parfois. Il a peut-être ses raisons. »

Ses yeux doux me contemplaient, elle avait toujours été empathique c’est pour cela que je l’aimais. Elle avait les lèvres rouges et la peau plus noirs que l’onyx, elle était d’une beauté divine. Je me demandai encore comment elle pouvait aimer un misérable comme moi. Un impulsif de la pire espèce, et qui en plus passait sa vie à travailler et travailler en ayant si peu de temps à lui consacrer sinon parfois quelques-unes de ses soirées.

Je soupirai en disant, « Très bien, j’irais lui parler demain. »

Elle m’embrassa sur les lèvres délicatement, je lui rendis son baiser. La lune était belle ce soir et l’air était romantique. Ces deux choses ne pouvaient que contempler deux être s’aimaient dans la forme la plus brute de l’amour. Après ça, je me réveillai en pleine nuit tourmenté par quelque chose, une sorte d’instinct qui me disait que quelque chose de sombre allait se produire. Je me rendis sur les remparts. La lune éclairait le lac et le faisait miroiter, c’était magnifique, un petit miroir argenté entouré de sables. J’aimais mes terres, elles étaient superbes.

J’entendis alors du bruit, venant de mon côté droit, je pensais d’abord que c’était un animal. Les oiseaux de nuit venaient souvent se poser sur les remparts, c’était un observatoire pratique pour repérer leur proie. Je m’aperçus rapidement que le bruit ne pouvait venir que d’un être humain. Je m’approchais lentement et vis Alexandre assit sur un des créneaux, les jambes ballantes dans le vide, avec un regard absent comme un miroir qui ne fait que rendre la lumière.

Je lui lançai inquiet, « Que faites-vous ici ? »

Il me répondit morne, « Je contemple le monde d’en bas depuis le haut avant de le rejoindre. »

Je fis mine de ne pas comprendre son allusion et continuai, « Vous savez… Je me demande, la personne dont vous parliez tout à l’heure… C’était quelqu’un d’important pour vous ? (Je me sentais gêné, je me tenais derrière lui, prêt à le retenir, s’il tentait de se laisser tomber.)

- Oui, c’était mon frère… Mon grand frère… (Il me paraissait si écrasé, si triste, et non plus fier, comme lorsque nous nous étions rencontre, il y a une semaine.)

- Que lui est-il arrivé ? (Delila, tu avais raison, c’était son expérience qui avait parlé tout à l’heure.)

-… (Ses silences m’effrayaient.) C’est compliqué, je n’ai jamais vraiment su, mais il s’épuisait à la tâche pour se montrer en digne héritier de la couronne. (Je faisais de même.) Seulement, père, un jour… (Il souffla, je sentais bien que continuer lui était difficile.) Ils se disputèrent violemment et… Je ne sus pas bien ce qu’ils s’étaient dit, mais mon frère se tua et me laissa un mot qui me souhaitait bonne chance pour mon futur règne. »

Il éclata en sanglot, je pris alors conscience d’une chose, c’était que je ne savais pas non plus comment je réagirais, si mon père venait à me rejeter, alors que j’avais tout donné pour lui. Toute la raison de mon travail ardu se verrait partir en lambeau et ça, je ne l’accepterais pas. Je comprenais maintenant mieux pourquoi, il s’inquiétait pour moi, il avait dû noter les similarités, après tout, on n’oublie pas une histoire pareille. Merci Delila, tu donnes toujours de si bon conseil. Je le comprenais bien mieux, mais je voulais une seule chose qu’il se rassure, je… J’avais je le crois bien tant d’autres raisons de vivre, notamment ma femme, et parfois mes frères.

Je répondis avec tendresse, « Je tâcherais de ne pas connaître, le même sort, je vous le garantis. Je refuse que mes frères et mon épouse souffrent par ma faute. »

Il me fit un sourire triste et il avait un air nostalgique. Je décidai de rester un temps avec lui à contempler les étoiles, car je craignais pour lui. La nuit et la lune étaient toujours aussi belles. Peut-être qu’elles lui évoqueraient de plus heureux souvenirs, peut-être des bons moments avec son frère ?

























Chapitre 4 : « Léandre »
À la croisée des chemins

Narrateur : Léandre

J’avais reçu une lettre provenant tout droit des Terres Du Sud, je ne savais guère quoi répondre. Ali De Sahra, écrivait pour se plaindre d’Alexandre. Pourtant celui-ci était d’un âge certain, il frisait les soixante-dix ans maintenant, il devait si connaître, son refus devait être justifié. Tss… Je pouvais cependant comprendre, les impressions de ce jeune homme, j’étais dans une situation délicate. Il me fallait envoyer une lettre à mon émissaire, mais que dire, je suppose qu’il me fallait lui demander des explications, les raisons pour lesquels, il ne voulait pas le recruter, quelques choses dans ce genre-là. Je n’arrivais pas à formuler les mots sur le papier, donc je décidai d’aller promener afin d’avoir les idées claires.

J’avais réussi à m’éclipser dehors, en échappant à mes gardes, je gambadai donc sur les routes et à travers champs, autour du château. Cela me rappelait le passé, quand je vivais encore dans mon village de bûcheron, parfois Horacétius me laissait courir jusqu’aux champs, du village, qui se trouvait à moins d’un kilomètre. C’était le bon temps, un temps avec moins d’obligations, un temps où je pouvais être seul, et errer librement. Les blés blonds qui levaient leur tête vers le soleil avec grande insolence, montrant leurs épis à la face du monde, défiant avec fierté la mort, avec l’air de crier à celle-ci, Nous sommes vivants ! Nous grandissons ! Cela m’emplissait de nostalgie, je touchai ces céréales du bout de mes doigts en promenant, parfois, j’étais en retard pour mes leçons, alors Horacétius venait me chercher et me sermonnait à propos de ma mauvaise conduite et l’importance de la ponctualité. Alors, il me ramenait à la maison, en m’expliquant, comment pousser ces petites plantes si nourrissantes, leurs importances et l’art de leur plantation.

Sur un des petits chemins qui reliaient les champs entre eux, je croisai un petit garçon à l’air angélique, je n’y prêtais guère attention, cela devait être un enfant d’un de ses paysans qui travaillait non loin du château et qui avait échappé à la surveillance de ses parents.

Il me demanda, « Que fait de beau le grand roi, l’élu, en une si belle journée ?

- Je songe à l’avenir. », répondis-je interpellé.

Comment pouvait-il savoir cela ? Certes, je ne devais pas être un illustre inconnu, mais à part la noblesse et les autres souverains peu pouvaient se vanter de connaître mon visage.

« J’espère que vous songez à la grandeur du royaume, roi Léandre. »

Il y avait quelque chose qui clochait avec cet enfant, il ne me semblait pas être ce qu’il prétendait être.

Je lançai une question, « Je me demande bien ce qui fait la grandeur d’un royaume ?

- Sa capacité à accumuler des richesses, du pouvoir et du prestige. (Non, rien de tout ça, ce n’était que des vanités.)

- Non, je ne pense pas à quoi bon… Si c’est pour que ses habitants soient malheureux. Je préfère voir le sourire des gens plutôt que l’or dérobé à mes ennemis. (Je n’avais même pas dit ces mots avec des grands airs, je les pensais sérieusement.) Mais je suppose que vous qui n’êtes pas un enfant, ni même un humain, vous le comprenez bien, n’est-ce pas ? »

L’enfant sourit affichant un côté moqueur, il était guilleret. Il avait un beau regard sur ce visage qui me paraissait si innocent, mais l’était-il vraiment ?

Il me répondit, « En effet… Ce discours, je l’ai déjà beaucoup trop entendu pour le croire. Sais-tu à qui tu parles l’humain ?

- Non, mais je sens que vous allez bientôt me le dire. (Il ricana, et ses yeux verts, me parurent similaire à ceux d’un reptile.)

-Je peux même vous le montrer. », dit-il avec fierté.

Une aura de ténèbres familière l’entourait alors qu’il montrait ses yeux de dragons qui me faisait face. 

J’articulai, « Nécronion…

- Lui-même pour vous servir. (Les mots étaient sortis avec tendresse, il n’y avait aucune intention malicieuse derrière.)

- Que me veux-tu ?

- Discutez avec toi, mais tu m’as déjà dit ce que je voulais savoir. Si tu tiens vraiment au bonheur de ton peuple alors écoute-moi. »

Je ne savais pas s’il était bien sage de suivre son ordre, mais il avait dit quelque chose qui m’intéressait. Je sentais le poids de ses yeux verts qui attendaient une réponse et mon approbation. Je lui accordais d’un signe de tête.

Il continua ses propos, « Tu ne penses tout de même pas que les dieux sont pétris de bonnes intentions à l’égard des humains. (Je n’affirmai ni n’infirmai cette proposition.) Leurs temples n’ont pas été désertés pour rien, par le passé… Puis, ils ont eu l’idée de cette petite prophétie… Dont tu es l’élu, l’effet fut immédiat, les fidèles revinrent. (Si Horacétius avait été là, je lui aurais demandé, s’il avait été témoin de ce temps-là.) Cependant, crois-moi, si après que tu as accompli ton rôle, ils se détournent d’eux, alors…

- Alors, les dieux pourraient faire du tort à ce monde… », répondis-je inerte.

« Oui, malheureusement… », ses mots avaient été prononcés avec tant de gravité.

Il disparut, me laissant en proie à une intense réflexion. Je ne savais pas s’il mentait ou s’il disait la vérité. Cherchait-il à m’éloigner des dieux dont j’étais l’élu ? Cela serait à son avantage. N’importe, je décidai d’ignorer ses paroles, elles étaient sûrement pernicieuses. Je vis alors, Théodore s’entrainer en contre-bas dans une plaine couverte de coquelicot, belle petite fleur rouge, aux pétales délicats. Il n’était pas encore parti, car le voyage était long et il requérait beaucoup de préparation. Je suppose que cela était une des pauses qu’il s’accordait au milieu de ses préparatifs. Je voulus le rejoindre, car me défouler dans un duel amical, me permettrait de ne plus penser à tous ses problèmes qui me tombaient dessus récemment, cependant je remarquai une fille qui l’observait cachée dans un buisson, ce qui m’interrompit dans mon élan. Je me rapprochais alors, afin de voir de quoi il en retournait.

Elle dut me remarquer, car elle sortit de sa cachette, je m’aperçus alors que c’était une jeune femme. Elle avait la taille fine, les yeux marron comme le chocolat, les cheveux roux en bataille. Elle se tenait d’une manière qui semblait indiquer qu’elle ne venait pas d’une famille noble, mais plutôt de la paysannerie, mais au regard de sa tenue, d’une famille, un peu plus aisée que les autres.

Elle me demanda, « Je vais être puni, c’est ça ?

- Pourquoi ? (Elle se sentait coupable de quelque chose à l’évidence.) Enfin, je veux dire que faisiez-vous ?

- J’espionnais l’entrainement de messire Théodore… C’est ma seule occasion de pouvoir admirer un homme si formidable. (Elle rougissait en prononçant ces mots, quelque chose me disait que ce n’était pas que de l’admiration pieuse.)

- Allez lui parler, je suis sûr qu’il sera ravi. (En tout cas, bien plus que de se faire espionner de la sorte.)

- Mais une paysanne et un chevalier qui converse de façon… (Elle rougissait, oui bonjour l’esprit mal placé d’ailleurs.) Disons que ça ne se fait pas.

- Espionner les gens depuis un buisson non plus. (La jeune fille parut dérangée.)

- C’est vrai, mais… Je suis timide.

- Je peux peut-être vous aider. (Je voulais régler cette histoire, c’était ma bouée de sauvetage, pour échapper à mes problèmes au moins temporairement.)

- C’est-à-dire ? (Elle me dévisageait avec inquiétude, elle devait se méfier de moi.)

- Je vous présente à Théodore et je lui demande de venir vous parler. C’est simple non ? 

- Très bien, faisons ça ! », cria-t-elle enthousiaste.

J’interrompis son entrainement, ce qui sembla l’agacer. Je lui parlais donc de la jeune fille qui l’espionnait. Il grogna comme un chien énervé et ne me répondit point, cependant il se dirigea malgré tout vers la femme. La situation ne semblait pas être à son goût, mais il se débrouillera bien comme un grand. S’il ne voulait pas la voir, si les sentiments n’étaient pas réciproques, il lui dirait, n’est-ce pas ?

J’entendais leur petite discussion depuis en bas, et elle semblait essayer de le faire rire, en lui racontant sa vie et l’absurdité de la situation. Je pensai qu’ils formeraient un couple plutôt mignon, je voulais bien jouer le dieu de l’amour pour eux, où plutôt le messager d’Aimée, la déesse de l’amour.

Enfin, assez batifolé, il me fallait maintenant, donnez une réponse à la lettre d’Ali, après tout, cela faisait trois jours voire plus qu’il attendait ma réaction à ce message.


















Chapitre 4 : « Alexandre »
La femme araignée

Narrateur : Alexandre

Enfin de compte, nous avions lui et moi trouver un arrangement, il avait une bonne âme, une âme droite alors, j’avais enfin accepté, qu’il se joigne à nous, dans notre sorte de table ronde pour la paix. Nous avions d’ailleurs écrit une lettre à Léandre pour l’en informer et le rassurer en disant que nous avions réglé l’affaire nous-mêmes. À dire vrai, la confession que je lui avais faite, il y a deux jours, m’avait fait réaliser que je le jugeai trop durement en voulant le protéger. Nous avions préparé notre départ pendant trois jours d’affilée, traverser le désert serait une mission complexe, la chaleur était abattante, le risque de se perdre était important, et de mourir de soif aussi. Rien de bien plaisant, comme en sort en soi. Avant que nous puissions partir pour retrouver Léandre, Omar, le roi des Terres Du Sud souhaitait nous confier une mission.

Nous rendîmes donc tous dans la salle du trône. Il l’avait fait construire dans une grotte en profondeur pour s’abriter de la chaleur accablante. Il y avait une petite source d’eau à l’intérieur, alors pour montrer leur puissance, ils avaient voulu la dompter, ainsi, ils avaient creusé deux bassins à côté du trône et ils l’utilisaient pour les alimenter. Cependant, ils avaient été rusés, l’eau venait de derrière le siège du pouvoir, dans leur grande technique, ils prenaient ce même objet afin de cacher, celle-ci et donnait l’impression que les vasques se remplissaient seules. Un peu comme si leur souverain contrôlait l’eau. En parlant de celui-ci, il avait une posture noble, mais le trouble pouvait se lire sur son visage. Quelque chose de grave avait dû se produire et cela m’inquiétait d’autant plus, car il n’était pas homme à s’inquiéter pour rien. Il avait des yeux bleus perçants qui surmontaient un visage sévère à la peau matifiée par le soleil. Ses cheveux bruns tombaient sur sa face, un peu en bataille, il avait toujours l’air d’avoir fourni un grand effort, je ne savais pas si c’était de l’apparat pour se donner un air travailleur ou si c’était la réalité. Cependant, je pouvais concevoir pourquoi ils le nommaient la Panthère Du Désert, il avait l’air d’être fait tout en muscle et d’être rapide comme l’éclair. Je n’aurai pas envie de l’affronter dans un combat singulier et je plaignais ses ennemis ou ses partenaires d’entrainement.

Il déclara en nous voyant arriver, « J’ai besoin de votre aide pour éliminer un monstre qui ravage nos terres. Je pense qu’un soutien extérieur ne serait pas de refus et montrerait votre désir d’allier nos deux royaumes.

- Quel genre de monstre dois-je affronter ? », répondis-je avec sérieux.

« Les survivants disent avoir rencontré une femme araignée. (Il fit une pause et l’horreur même pouvait se lire sur son visage.) Ils ont dit… Qu’elle mangeait des Hommes.

- … Je l’affronterais, s’il le faut… », dis-je un peu secoué par cette révélation.

J’étais troublé par l’entente de cette chose terrible, un monstre anthropophage4, il était définitivement extrêmement dangereux, il fallait l’éliminer avant qu’il ne mange des enfants, des innocents, des êtres sans-défenses. Quelle horreur ! Rien que d’y penser, je m’effrayais seule, de ne pas réussir à le vaincre.

Ali s’exclama, « Je lui viendrai en aide, mon père ! Il ne peut pas affronter une créature pareille tout seul !

- Non, je te l’interdis mon fils. », répliqua-t-il furieux.

« Pourquoi ? Cela me donnerait une occasion de faire mes preuves. (Ils se défiaient tous deux du regard.)

- J’en ai décidé ainsi, voilà la seule raison légitime. », dit-il en nous faisant signe de partir.

La réunion s’acheva là, sur une ambiance maussade et de conflit. Le pauvre Ali semblait vouloir insulter son père de tous les mots, et parmi les plus cruels qu’il aurait pu avoir en tête. Cependant, il devait l’aimer assez ou le respecter suffisamment pour ne pas le faire. Il m’abandonna sans-même me dire quoique ce soit, tant il était courroucé. Un guide devait m’emmener dans la zone où était le monstre, c’était la seule aide qu’avait accepté de me donner le roi. J’avais presque l’impression qu’il m’envoyait dans une mission suicide, j’espérais me tromper. Peut-être sous-estimait-il la menace ?

J’avais récupéré mes affaires dans ma chambre mon armure et mon épée, et j’avais demandé qu’on aille transmettre au guide ce que nous avions préparé pour notre voyage retour afin de l’utiliser pour notre mission de chasse au monstre. Je descendais les marches en grès, afin de retrouver mon compagnon de route, j’étais soucieux, je n’étais plus exactement, de prime jeunesse, soixante-dix, enfin, bientôt, cela commençait à me faire un peu mal, de l’avouer, mais je n’étais pas non plus en état de courir comme un jeune homme. Je découvris alors mon guide en atteignant les bas des marches qui menait directement à la porte arrière par laquelle nous devions partir, il se cachait le visage et il avait un cheval qui était noir comme la nuit. Il tenait mon coursier, Myriade, de sa main gauche, je l’avais nommé ainsi, car sa robe grise pommelées donnait l’impression qu’il était couvert de petites étoiles.

Mon guide me tendit les rênes sans un mot. Je me demandais pourquoi il était si taciturne. Je me hasardai à lui demander son nom. Il ne répondit pas ou il m’ignora, je ne saurais pas dire.

Je lui dis tout de même, « Moi, je me nomme Alexandre. »

Il grommela, « Yanis.

- Où allons-nous ? (Il me regarda de travers, enfin, je le croyais, ses yeux, je les voyais à peine à travers les bandes de tissus, qui couvrait sa face.)

- Quelque part… » maugréa-t-il.

Je compris à sa réponse qu’il ne souhaitait pas continuer cette conversation. Sa voix me disait cependant quelque chose. Elle sonnait même contrefaite comme si elle se faisait plus grave qu’elle ne l’était réellement. Je me méfiais donc, s’il se sentait le besoin de se cacher. Cela expliquait aussi pourquoi il ne voulait pas me parler ou tout du moins qu’il essayait de réduire les échanges au strict minimum, il ne souhaitait pas que je m’en aperçoive, cependant soit qu’il était mauvais acteur, soit que j’eusse beaucoup de prescience, mais il n’avait pu me duper.

Le voyage se passait bien, le trajet avait été bon, nous avions réussi à éviter les tempêtes de sable, nous avions même trouvé une petite oasis sur le chemin après que nous nous étions égarés, car la route avait été abimée par le déplacement du sable. Fort heureusement, cela nous avait permis de nous réapprovisionner en eau, et de retrouver une autre voie qui avait été balisée afin de pouvoir nous rendre dans la ville que nous devions atteindre.

Myriade renâclait depuis que nous étions arrivés. Il devait sûrement sentir la menace. Il est vrai qu’il planait une aura mortifère autour de ce village. Mon guide interrogea les habitants qui me paraissaient exténués afin de savoir où vivait exactement ce monstre. Moi, de mon côté, je faisais boire nos chevaux qui en avaient grands besoins. Je contemplais le hameau, c’était un beau lieu, mais l’ambiance était morose. Les locaux avaient l’air de craindre quelque chose. Le vent projetait des grains de sables dans mes yeux, j’espérais que la créature vivait dans un lieu à l’abri du vent. Enfin, c’était un espoir de bien dans le mal, dans le fond mieux vaudrait qu’il n’y ait tout simplement pas de monstre. C’était un espoir vain et futile…

Yanis se dirigea vers moi et m’expliqua laconique, « Le monstre vit dans une caverne dans le canyon au milieu du désert.

- Très bien, nous irons là-bas, demain. », dis-je en imitant son langage bref.

- Pourquoi pas maintenant ? », répondit-il haineux.

- Yanis, je pense que Myriade a besoin de repos et votre cheval aussi.

- Très bien ! »

Il partit vert de rage, je ne m’en souciais cependant pas, j’étais plutôt préoccupé par ce monstre.

Le soir tombait, le crépuscule nous dardait de ses derniers rayons de soleils qui venait mourir dans l’horizon lointain, derrière les montagnes qui se perdaient dans le désert. Si j’avais été poète, j’aurais pu y donner des vers, composer quelques odes à la beauté crépusculaire magnifiée par le désert. Ah, mais moi, j’étais guerrier et je ne pouvais qu’apprécier sans pouvoir raconter, les mots bien arrangés me sont des domaines si étrangers. Enfin, cela ravissait une vieille âme comme la mienne et cela était suffisant, cela sera mon plaisir égoïste que je ne pourrai partager avec un autre, et je me sentais enorgueilli d’avoir le privilège de pouvoir contempler ce petit bout de crépuscule.

La nuit était fraiche, je n’arrivais pas à dormir, quelque chose me donnait du souci. Je sortis et je décidai d’aller voir mon cheval, Myriade, c’était un bel étalon et sa compagnie m’était cher et même s’il ne parlait pas, il était plus bavard que mon guide. Je saisis une étrille et commençais à retirer la poussière et le sable qui étaient pris dans ses poils. Il était nerveux et semblait agités comme s’il sentait une menace. J’essayai de le rassurer, mais rien ni faisait. Je ne savais plus quoi faire, cela devenait inquiétant même pour moi, c’est que cette brave bête, avait de meilleurs sens que moi, il devait voir ce que je ne voyais pas. J’entendis du bruit à l’extérieur de l’écurie sommaire de l’auberge de passage où nous étions logés.

Je me précipitais dehors et vis une femme à la peau noire couleur araignée et aux cheveux blancs pareilles aux files d’une toile de ces mêmes bêtes. Elle avait les yeux rouges, qu’elles avaient en huit exemplaires d’ailleurs, ce devait être elle, le monstre. Elle avait des mandibules aux commissures de ses lèvres, elle était terrifiante, un être tout droit sortie d’un de nos pires cauchemars. Je voyais mal dans la nuit, ainsi, je n’arrivais pas à voir s’il avait une paire ou deux de bras en plus.

Elle me regardait en disant, « Je voulais savoir à quoi ressemblait celui qu’ils ont envoyé pour me traquer et je tombe sur un vieillard. (Elle me toisait comme offensé.) Je dois admettre que je suis dégouté de devoir manger de la vieille carne !

- Je ne suis pas si vieux ! », répondis-je vexé.

« N’importe ! Si tu m’affrontes la vielle carne, tu vas finir comme les plus jeunes ! (Elle se vantait de ses crimes, mais avec une sorte de fausse vanité, qui me perturbait.)


- Quelque chose me dit que vous ne cherchez pas le combat… Je n’ai jamais entendu parler des vôtres, vous devez être rare. », dis-je en la narguant.

Elle eut l’air de verser une larme ou deux, il semblerait que le sujet soit sensible. Cela me parut intéressant. Il fallait me renseigner, y avait-il plus de ces créatures ? Étaient-elles toutes aussi dangereuses ?

Elle répondit en me toisant, « Tu es d’une intelligence rare pour un humain. (Si je suis intelligent, ceux qu’elle a rencontré était vraiment le fond du panier, ou alors, elle n’avait jamais pris la peine de parler à qui que ce soit.) En effet, disons que… Je suis la dernière de mon espèce. Je… Je fais tout pour garantir notre survie en tant que dernière.

- Cela étant pourquoi avoir installé votre terrain de chasse aussi près des habitations… Vous vous douterez bien que votre voisinage ne leur serait pas plaisant. », conclus-je d’autant plus intrigué

Elle baissa les yeux et fit apparaître des pointes aux bouts de ses doigts semblable à des crochets d’araignées. Elle voulait se battre c’était certain. J’étais bien ennuyé, car je n’avais pas mon épée sur moi, elle était dans ma chambre, je n’avais pas spécialement prévu cela. Elle se jeta sur moi et je l’esquivais de justesse.

La femme araignée me lança, « Tu es bien conservé l’ancêtre ! Les ans n’ont pas atteint tes réflexes ! »

Je n’eus pas le temps de répondre qu’elle me prit de courts et me piqua avec ses crochets. Elle souriait vilement et je sentais bien que quelque chose de mauvais aller se produire. Une certaine paralysie me gagnait… Qu’elle soit maudite !!! Mes jambes me lâchèrent et je m’écroulais au sol. Je ne pouvais même plus me défendre, la femme araignée se rapprocha de moi. Son poison était redoutable, il n’avait même pas fallu une minute pour que la paralysie atteigne le bas de mon corps, et qu’elle se répande aux membres supérieurs. C’était une fin tragique de se voir mourir à petit feu ainsi, ou même pire encore se voir être mangé sans ne pouvoir rien faire.

Elle me dit avec tendresse, « Ne t’agite pas, tu vas rependre le poison encore plus vite dans ton organisme. (Elle s’apprêta à me piquer à nouveau avec ses doigts griffus.) Je vois à ton regard paniqué que tu te demandes ce que je vais te faire. Rassure-toi, c’est pour que ce soit moins douloureux. »

Rapidement, je ne sentis plus rien, plus de douleurs ou même d’agitations dans mon âme. Pourquoi ? Qu’allait-elle me faire ? N’étaient même plus des questions qui me traversaient l’esprit. Je commençai à tomber dans les bras de Morphée, quand je la vis, aller chercher mon cheval Myriade.

Dans le vague, je me vis entouré de tous ceux que j’aimai même mon défunt frère. Était-ce donc ça la mort ? L’éternelle paix et les amis et aimés retrouvés ? Trop beau pour être vrai, la réalité m’a rattrapée, je n’étais pas mort telle était la vérité. La mort n’était pas ainsi voilà tout. Gwendoline, j’espère que tu ne souffriras pas trop de la disparition de ton vieux père. La bête avait d’autres projets pour moi cependant, pour ne pas m’avoir achevé dans mon sommeil. J’ouvris les yeux, j’étais dans une grotte, en regardant l’extérieur j’en conclus qu’on devait être dans le désert qui entourait le village, probablement dans l’antre de la créature.

J’entendis alors une voix railleuse, « Tu es réveillé, vielle carne ? Il faut que tu boives, si tu veux vivre. »

Je l’admets que j’avais la langue pâteuse et que je ne pouvais guère plus articuler quoi que ce soit. Elle me donna de quoi boire comme je n’avais pas encore bien récupéré la mobilité de ma main et que je n’arrivais pas à saisir la gourde correctement, elle m’y aida. Je me relevais à peine tant mon corps me faisait souffrir, il faisait encore nuit, il ne s’était pas écoulé beaucoup de temps, songeai-je. Je regardai mon étrange hôtesse, en me demandant bien pourquoi, j’étais encore en vie.

Je l'interrogerai, « Quel est le but de tout ça ?

- Disons que… Tu me plais la vieille carne, tu es peut-être plus capable que ces jeunes. (Elle me regardait d’une façon qui ne me plaisait pas beaucoup.)

- Capable de ?, » répondis-je circonspect.

« C’est gênant à exposer, vous voyez en tant que dernière de mon espèce, j’aimerais mettre fin à ma solitude. Si vous voyez ce que je veux dire. (Elle rougissait. Oh non, pitié ! J’étais trop vieux, pour ces bêtises.)

- Je sais que l’amour n’a pas de prix, cependant ça n’est pas une raison pour le donner gratuitement. (J’étais aussi gênée qu’elle, mais pour une autre raison.)

- C’est vrai que l’on se connaît à peine. (Non, tu crois ? Comme si c’était le seul problème…) Moi, les humains me nomment Araignée de temps à autre, alors appelle-moi Arai. Et toi ?

- Alexandre… Vous avez quand même une drôle de manière d’amener les choses. », dis-je mal à l’aise.

Mon pauvre Alexandre dans quelle embrouille tu t’étais mis ? Enfin, d’un autre côté, cela veut dire que je plaisais encore du haut de mes soixante-ans dix ans, même si c’était à une femme araignée. Enfin, j’aurais bien voulu apprendre cela dans d’autres circonstances. Arai n’était pas si laide, je ne sais comment, mais elle avait rentré ses mandibules et cela lui donnait presque un visage mignon, enfin, avec quatre paires d’yeux rouges.

Je demandai inquiet, « Et si je refuse que va-t-il m’arriver ?

- Je te mangerais comme les autres. (Je pris une expression horrifiée.) Je plaisante, bien sûr, ils s’exagèrent au village… Je n’ai mangé que ceux qui essayaient de me tuer. »

Elle m’aurait donc dévoré si j’avais échoué à la combattre, ça ne me rassurait pas. J’étais dans une position délicate, c’était une agression vile et basse que je subissais, mais si je voulais m’en tirer, il fallait que je récupère la mobilité intégrale de mon corps, et qu’elle ne me paralyse pas à nouveau.

Arai continua, « Tu te demandes, pourquoi je ne t’ai pas encore mangé ? Je te l’ai dit, tu me plais bien, tu as l’air d’avoir plus de force de caractère que ces jeunes.

- N’importe… Arai, tes mots ne me séduisent pas… Je veux ma liberté autant que toi, tu veux briser ta solitude alors… Faisons ce que nous avons à faire. », dis-je désespéré.

Je baissai le regard en prononçant ses mots, mais je voulais bien l’aider et puis c’était ma seule échappatoire. Elle avait l’air ravie par la situation, moi j’espérais simplement ne pas être mangé quand j’aurais fini mes affaires.

Un certain temps après j’avais accomplis un devoir que certains nommeraient conjugal, moi je n’avais fait que le nécessaire pour survivre. Je n’osais pas prendre le congé, et me sauvait. Je sentais son souffle chaud contre moi, si j’essayais de partir la vilaine pourrait essayer de me dévorer pour se venger. De toute manière, je ne saurais pas où aller et je mourrai en me perdant dans le désert.

Je vis l’aube se dessinait par l’ouverture de la grotte. J’entendis du bruit contre la pierre, je vis alors la figure familière de mon guide armé d’un cimeterre. Il me fit un clin d’œil et je compris son intention. Je le retins de ma main avant qu’il ne la décapitât. Elle se jeta sur lui et retira le tissu qui masquait son visage, je fus choqué de découvrir que c’était Ali qui se trouvait sous ce masque. J’arrêtai Arai, il semblerait que l’histoire se compliquait.

Le prince s’exclama, « Pourquoi aides-tu ce monstre, Alexandre ? »

Je répondis à sa légitime question, « Pour… Je ne sais pas pourquoi, mais une raison inconnue me dit qu’elle mérite de vivre.

- Tss…J’ai parlé aux habitants et je le reconnais que toutes leurs allégations semblent être fondées sur du vide. Son anthropophagie n’est peut-être qu’une rumeur, après tout, mais dans le doute, mieux vaut prévenir que guérir. »

Arai ajouta, « J’admets n’avoir jamais démenti leur allégation afin de me protéger des habitants du village. C’est que je ne suis pas la dernière des araignées anthropomorphique pour rien. Je trouvai ça drôle aussi, qu’il puisse penser un truc pareil, c’est trop stupide.

- Très bien, je t’accorde la vie sauve. Mais, enfin que son devenu ceux qui ont disparu ? », demandais-je.

- Ils ont quitté le village de ce que j’ai compris, j’ai trouvé une mère qui recevait des lettres de son fils que l’on avait pensé mangé. », répondit Ali à mon interrogation.

- Si j’apprends Arai, que tu manges de l’humain, alors je viendrais m’occuper de ton cas moi-même.

- Pas de problèmes ! Nous ne vous reverrons pas de sitôt et c’est bien dommage. », répliqua-t-elle presque déçu.

Nous quittâmes tous deux la grotte qui lui servait de demeure, elle avait pris avec elle, mon cheval Myriade pour me transporter, j’avais donc bien vu avant de m’évanouir donc, et Ali lui chevauchait un cheval que j’appris plus tard se nommer Lune.

On s’apprêtait à rentrer afin de rendre compte de notre mission quand Ali me demanda, « Qu’as-tu fait avec cette femme ? »


Je compris la question implicite et répondis, « Mon devoir… (Ce n’était peut-être pas la meilleure réponse.)

- Je n’en demandai pas plus. Je respecte ta discrétion, si tu n’as pas envie d’en parler. », dit-il avec sympathie.

Ainsi, après cette aventure nous dûmes nous rendre tous deux, au château de Léandre. J’y déposai Ali, Léandre était ravi de le recevoir en plus de pouvoir lui expliquer tout ce qu’il avait à savoir, sur leur projet. Moi, j’avais bien d’autres affaires régler dans mon royaume, Tolma. Arai, je ne pourrai jamais l’oublier et je n’ai jamais compris pourquoi. Ce n’était pourtant pas quelque chose de très plaisant comme expérience, peut-être, est-ce son désir d’une présence ? Après tout, c’est la dernière de son espèce, ne pouvoir pas se confier à qui que ce soit qui puisse nous comprendre. Ne pouvoir le faire avec un autre soi, cela devait laisser un goût amer dans l’existence. J’avais peut-être un peu trop d’empathie.





Chapitre 2 : « Argine »
 Les malheurs de Théodore 
Narratrice : Argine

Les autres étaient déjà partis accomplir leurs missions au nom de Resregis, mais Théodore lui était encore là. Léandre lui avait tiré les oreilles à ce sujet et il s’apprêtait enfin à partir. Je me demandai bien pourquoi il avait tant tardé ? Peut-être allait-il enfin m’écouter ? J’avais bien essayé de le prévenir au sujet de Nécronion, mais l’imbécile m’avait toujours envoyé promener. Je crains qu’il me détestât. Il semblerait que quelque chose lui posait problème, mais têtu comme il était, il avait toujours refusé dans parler bien sûr. Je préférais largement Alexandre et Charles, eux au moins parlaient des interrogations et soucis qu’ils pouvaient avoir, directement ou par des lettres, ils ne gardaient pas tout pour eux. L’objet de mes préoccupations sellait son cheval quand je l’interpellais, il soufflait, il avait l’air agacé par ma présence. Heureusement, il n’osa pas me chasser.

Je l’avertis, « Je dois te parler de Nécronion.

- Allez-y ! », répondit-Théodore méprisant.

« Je me demande bien, pourquoi me haïs-tu autant ? (Il retourna s’occuper de sa monture.) Bah, n’importe, Nécronion cherche les âmes corruptibles et tu es jaloux de Léandre… N’ose pas prétendre le contraire ?

- Pour répondre à ta première question, je dirais que vous ne m’aimez guère non plus. (Il se tut quelques instants. Cherchait-il ses mots ?) Je l’admets, je suis un jaloux. Vous ne pouvez pas m’aider sur ça, hein ? (Cela me parut être un appel à l’aide de sa part et je me devais de le saisir.)

- Tu ne me poses pas sérieusement la question ? Je pense que tu es quelqu’un de valeur, Théodore. Je suis désolée pour toi si tu n’en as pas conscience. »

Il balbutia de vague remerciement, il regardait de toutes parts comme s’il cherchait quelques choses. Il voulait me parler, c’était évident. Je me souciais toujours des propos de Nécronion, je ne savais guère comment le protéger de ses mensonges, enfin, peut-être qu’il avait menti et qu’il ne lui avait jamais parlé avant. Je m’apprêtais à partir, de toute évidence, je le dérangeais plus qu’autres choses.

Théodore me demanda, « Pouvez-vous m’accompagner Argine ? J’aurais besoin de vos sages conseils…

- Pourquoi faire ? », répondis-je curieuse en revenant vers lui.

« Dois-je comprendre que vous ne m’aiderait pas ? (Il me regardait d’une façon plutôt haineuse. De toute évidence, il me méprisait, c’était personnel.)

- Je n’ai jamais dit que je refusais. Je demande seulement en quoi puis-je t’aider ? (Je commençai à m’inquiéter, qu’avait-il en tête ?)

- Je te confirais le secret sur la route. »

Il monta sur mon cheval, Frosthearted5, je n’avais jamais compris pourquoi il l’avait nommé ainsi. Son pelage ne rappelait ni la neige, ni le givre, et c’était une bonne jument. Je devrais un jour lui demander pourquoi elle se nommait ainsi. Il y avait sûrement une raison derrière un nom si peu banal. J’avais récupéré un cheval dans l’écurie pour l’accompagner, si je m’en fiais au nom inscrit sur la plaque devant la stalle6, il se nommait Papiliones7, je pensais que c’était parce qu’il avait une robe8 avec des couleurs variées, mais au motif symétrique comme les ailes d’un papillon.

Ce cheval ne piaffait point, quand bien même, il ne me connaissait pas. Il s’était laissé docilement monté et avait accepté sans grande protestation de me conduire au côté de Théodore et de sa jument.

Lorsque mon compagnon de voyage estima que nous nous étions assez éloignés du château, il me dit, « Sais-tu où nous nous rendons ?

- Non… Je suppose que c’est important. (J’admettais conseiller Léandre, mais je n’étais pas au fait de tout ce qui concernait les quêtes et les affaires humaines.)

- En effet, Léandre sans le savoir m’a demandé de me rendre sur mes terres natales, le royaume d’Asteri. (Il était troublé, et je pouvais comprendre que ça devait être une situation étrange pour lui.) Mon père risque de me reconnaître quand je me présenterai au roi.

- Tu es un fils du roi Aster ? », répondis-je troublé.

« Oui, le dernier enfant… (Myriam, tu me fais des secrets et je suis ta meilleure amie.) Te racontait comment j’ai rencontré ton amie pourrait être long. (Il se pinçait les lèvres.) Je crains seulement de les revoir après vingt ans d’absences. (Je comprenais son angoisse, cela ne serait pas facile, tout le monde avait dû le penser mort, depuis le temps.)

-… En effet, ils pourraient être choqués. Seulement je pense qu’ils seront ravis de te revoir malgré tout. », dis-je en souriant.

Théodore baisse le regard l’air songeur, je ne saurais décrire quel genre d’émotions le traversaient à ce moment-là son visage ne laissait rien transparaitre. Cependant, cette apparente ataraxie9 me semblait être fausse, au fond de lui quelque chose devait le troubler. Cet homme était bien trop fier pour reconnaître sa souffrance, rien que d’admettre sa jalousie avait dû lui coûter. Parfois, j’avais l’impression de mal le juger, on ne devient pas ainsi comme par magie, c’est le signe d’un passé troublé, d’une mauvaise enfance. Je voulais en savoir plus, je voulais sincèrement l’aider, pour son bien et celui des autres.

Je n’attendais rien de plus comme explication pour l’instant même si je serais présente pour le soutenir dès qu’il aurait besoin de moi.

Il me surprit alors avec ces mots, « J’ai toujours été un poids pour eux… Mon père… Non, c’est trop dur à dire. (Il versait des larmes, elles coulaient timidement, mais elles étaient sincères.)

- Théodore… Si, tu crois ne pas avoir de valeur à cause d’eux sache qu’ils avaient torts. Tu ne me crois peut-être pas quand je te le dis mais… (Les mots me restaient dans la gorge.)

- Argine, es-tu prête à entendre mon histoire ? (Bien sûr, mais il me paraissait souffrir de ces confidences à venir, et je ne voulais pas le perturbai plus que nécessaire.)

- Prends ton temps… Ne te force pas. », répondis-je avec tendresse.

Il me racontait10 donc ainsi sa vie d’avant puis comment il avait rencontré Myriam. Je le crains qu’il avait raison quand il disait que pour son père il était un poids. Cependant, peut-être bien que les années d’absences lui avait fait comprendre son importance. Après tout, on ne se rend compte de la valeur d’une chose que lorsqu’on l’a perdu. Je me leurrais peut-être bien aussi, peut-être que sa disparition avait arrangé Aster ? Seul l’avenir nous le dira.

























Chapitre 3 : « Théodore »
La voie du cœur

Narrateur : Théodore

Pour une raison que j’ignorais la présence d’Argine me rassurait. J’avais comme l’impression que des ténèbres m’entouraient comme une aura de malfaisance qui cherchait à me dévorer. J’espérais au fond de moi que la présence lumineuse d’un esprit puisse les chasser. Était-ce un songe vain ? S’ajoutait à cela mon inquiétude de retrouver ma famille, mon père ne m’aimait pas, ce n’était pas une surprise, mais j’avais peur de sa réaction en me voyant. Je ne voulais pas ruiner les projets de Léandre.

Je m’étais confié à Argine et je l’admets cela m’avait fait du bien. Le chevalier que mon père avait choisi de nous confier était mon frère, plus précisément celui du milieu. Il se nommait Antonin, il avait toujours été distant avec moi. Cela étant, c’était mieux que le mépris flagrant de mon ainé, Bohort. Il ne m’avait jamais aimé et toujours considéré comme inutile. Cela le rendait similaire à notre père Aster. Je l’admets volontiers, ils ne m’avaient jamais manqué. La seule chose que je lui devais, c’était de savoir nager… Hum… Peut-être que je me trompai à son sujet, enfin de compte.

Lorsque nous arrivâmes devant mon père Aster, je m’aperçus alors qu’il n’avait guère changé. Ses cheveux blonds similaire aux miens avaient légèrement grisonnés, ses yeux marron avaient un peu terni. Les ans l’avaient affecté comme nous tous mais d’une façon si légère. À ses côtés se tenaient Bohort, physiquement il avait pris de notre mère, les cheveux bruns et les yeux marron clair et un regard bien trop sévère pour un homme de trente-cinq ans.

Mon frère, Antonin se tenait là, il était blond lui aussi, il avait beau friser la trentaine et être plus vieux que moi, il avait encore l’air d’être un gamin. Je décidai de le considérer comme tel. Il me regardait étrangement comme s’il suspectait quelque chose. Je crains qu’il m’eût reconnu. N’importe, cela me prouvait au moins que tous ne m’avaient pas oublié et que celui qui m’avait reconnu était le moins terrible du lot.

Aster me regarda puis m’ignora avant de parler à Argine, « Je suis ravi de vous parler plutôt qu’à mon misérable de fils. »

Elle répondit, « Je trouve le ton plutôt déplacé si vous voulez mon avis. (Je voyais bien sa colère à son expression, cependant, moi, j’en avais eu l’habitude plus jeune et je ne savais toujours pas m’en énerver.) Je pense que je ne suis pas la personne qui doit donner son aval. On ne m’a pas confié cette mission. Théodore cependant en est le dépositaire. »

Elle disparut sur ces mots. Me voilà donc face à mon père, seul.

Il me regarda avec du mépris et me lança, « Très bien, je te laisse discuter avec ton frère, Antonin. J’ai des affaires plus importantes à régler que de me préoccuper de mes deux fils ratés. »

Nous quittâmes la pièce avec mes frères. Bohort passa son chemin avec une expression illisible, mais l’autre me serra dans ses bras au point de m’étrangler. Il répétait sans cesse à quel point je lui avais manqué. Je finis par le repousser délicatement gêné.

Je lui demandai, « Quel miracle s’est produit pour que tu m’apprécies autant ?

- Crois-le ou non, mais je ne t’ai jamais détesté, simplement, je pensais que tu étais bien trop occupé par tes études11.Je suis désolé que tu aies cru ça… »

Il baissait le regard honteux, il semblerait que je m’étais trompé sur son compte. Il ne m’avait jamais détesté et il ne m’avait jamais non plus ignoré par mépris. Quel idiot je fus !

Je lui lançai en souriant, « Non, tout va bien. Je suis content de l’apprendre ! Tu n’es pas comme Bohort ou notre père. (Il parut embêté par la mention du nom de mon autre frère.)

-Ça te surprendra peut-être, mais notre frère a beaucoup pleuré ta mort supposée. Je l’admets Aster, enfin je veux dire notre père, en a été ravi. (Cela se voyait à son visage, il avait honte du comportement de notre géniteur.)

- Tu ne l’aimes pas non plus à ce que je vois… Toi aussi alors… »

Il m’interrompit, « Aucun de nous trois ne l’apprécie, je le crois. Notre père finira seul je le crains. (Il haussait les épaules, cela ne semblait pas le toucher.) Tu devrais parler à Bohort cependant. Il joue les durs, mais il est ravi de te revoir. »

Il partit avec un sourire au coin des lèvres. Je n’allai pas tout de suite voir mon frère aîné. Je me rendis dans ma chambre afin de déposer mes affaires. Je pestai contre moi-même, mon père était un démon, il nous avait montés les uns contre les autres. Vous savez quoi, je n’avais même pas envie de parler à mon ainé ! Je n’avais rien à lui dire, je n’avais qu’une hâte m’en aller ! L’aura de ténèbres avait triplé en taille, mais je m’en foutais. Qu’est-ce que ça pouvait me faire ? Qu’elles m’engloutissent ! Au moins, j’étais désiré par quelque chose, même si c’était par le mal !

J’entendis alors une voix qui disait, « Prince Théodore, il semblerait que nuls ne reconnaissent ton talent.

- Tu mens qui que tu sois ! Argine, Léandre eux le voient ! », répondis-je avec assurance et colère.

« Tu crois qu’ils sont honnêtes avec toi ? Je veux dire tu es en tel manque d’affection que pour le peu qu’on te fasse un compliment, tu es prêt à aider. Admets-le ils pourraient tout à fait t’exploiter. (Je me pinçai les lèvres, la voix invisible n’avait pas tort.)

- Et toi, tu pourrais me mentir aussi ? Pourquoi serais-tu différent des autres ? Et qui es-tu d’abord ?

- Je suis Nécronion, le dieu de la mort ou le dieu des morts c’est comme tu veux. (Il prit la forme d’un enfant, gueule d’ange, mais esprit malicieux, il se trouvait sur mon lit.) C’est plutôt confortable ici. Oh, ne me regarde pas comme ça ! Je suis un dieu, je n’ai pas peur du ridicule.

- C’est sans importances… (Je haussais les épaules pour lui montrer mon manque d’attention quant à ce fait.) Que me veux-tu ?

- Je veux t’aider. (Il me donnait un sourire sincère, mais ces yeux de sauriens12, me dérangeait.) Tu n’es peut-être pas l’élu de ces dieux-là, mais tu pourrais être le mien ! Crois-moi ils ne sont pas comme tu le crois. Cependant moi aussi, j’ai besoin d’un représentant pour fédérer les gens à ma cause. »

Je m’apprêtais à lui répondre qu’il ferait bien d’aller se chercher un autre pigeon. Il me dit cependant que je pouvais ne pas donner mon refus ou mon accord tout de suite et qu’il me laissait le temps de réfléchir. Je trouvais cela étrange, pourtant je songeais malgré tout sérieusement à cette proposition. Après, tout peut-être que cela était ma voie ?


























Chapitre 2 : « Horacétius »
Les démons de Nécronion

Narrateur : Horacétius

Après la catastrophe au temple de Ludie, j’avais décidé de faire profil bas. Courage paissait dans un coin pendant que je me réchauffais auprès du feu. Les ténèbres m’entouraient toujours, sempiternelles compagnes que même la lumière des flammes ne saurait chasser. J’utilisais ma magie pour jouer avec le feu dans mes mains, je m’amusais à former des êtres humanoïdes. Je faisais danser dans mes paumes une figure de femme et d’homme. Un petit bal de braises, de fumer et de brasier, dont les couleurs qui se chevauchaient devenait rouge et orange et s’élevait dans le ciel jusqu’à mourir dans le bleu céleste. Ah, ce que je pouvais me montrer poète et ce que j’aimais ces petits bals de feu que je forgeais de mes mains dans l’âtre, comme un verrier qui crée la transparence et la fragilité d’un objet si magnifié à partir d’un être de destruction pur. Il n’y avait que moi et ma jument pour en profiter, mais parfois ne donnait des représentations que pour soi, et bien plus agréable que de s’angoisser en prestation et en opinion tierce, le stress se consumait ainsi comme mes petites figures de flammèches.

Pour me sortir de ma rêverie un homme d’âge moyen me cria, « Vieux mage ! Aide-nous s’il te plait ! »

Comment ça vieux ? Certes, je frisais la centaine d’années, mais tout de même. Enfin, en plus comme je n’étais même pas un humain, j’étais totalement immortel, l’âge n’était qu’un nombre pour moi, il ne signifiait aucune approche d’une quelconque fin… Cela créait définitivement un immense fossé entre moi et l’humanité, un qui ne sera jamais comblé.

Je lançai à l’homme paniqué, « Que se passe-t-il et quel est ton nom ?

- Je suis Justinien… (Il était essoufflé et il était paniqué.) Le village est décimé par une étrange maladie. On m’a envoyé pour trouver un magicien. (Il était agité comme un pauvre diable, on aurait cru qu’il avait rencontré la mort en personne.)

- Si vous espériez trouver un magicien dans la forêt, on peut dire que vous avez vraiment eu de la chance de me tomber dessus. (J’étais étonné par ce que la destinée me réservait.)

- Alors, vous acceptez de nous aider ?

- Bien sûr, je n’ai aucune autre tâche à accomplir. Guidez-moi, Justinien jusqu’aux malades. »

L’homme m’emmena jusqu’à un village forestier. Ils avaient décidé de regrouper tous les habitants atteints dans un même lieu pour faciliter le travail du magicien ou de la magicienne qu’ils avaient envoyée Justinien allait chercher. Je décidai d’aller voir le premier cas déclaré, c’était après tout celui dont la maladie était le plus avancé et peut-être que cela me permettrait de mieux comprendre ce qu’elle était. Je fus surpris par ce que j’y découvris, une jeune femme, son corps comportait des traces de nécroses. Je tâchai d’identifier la source de l’infection, elle n’avait aucune blessure corporelle, la cause ne me semblait pas être externe. C’est comme si quelque chose la dévorait de l’intérieur. Je me concentrai et utiliser mes pouvoirs afin d’essayer de localiser la source du problème ou au moins quelque chose, une information, une donnée, n’importe quoi d’utile. Je sentais comme de la magie en elle et ce n’était pas la mienne. Je voulus m’en débarrasser qui sait ça pourrait peut-être la sauver, j’avais l’impression qu’elle n’était pas positive. Je n’arrivais pas à l’éliminer, et je sentis en luttant contre elle que la personne qui avait lancé ce sort, l’avait créé dans le but de tuer ces pauvres gens, sans leur laisser la moindre chance de survie. Ce n’était pas un banal sorcier qui était à l’œuvre c’était quelque chose d’autre.

Je demandai à Justinien, « Vous avez vu des personnes étranges autour du village ? »

Il répondit, « Non ! Vous pensez que c’est un dieu qui nous en veut ? (Ce n’était pas impossible, ils étaient capricieux ceux-là, sauf peut-être Nécronion bizarrement.)

-Faites-vous les sacrifices nécessaires auprès d’eux ? », dis-je en le dévisageant inquiet.

« Oh oui, bien sûr nous craignons trop leur colère. (L’homme avait l’air sincèrement terrifié.)

- Alors, ce n’est pas eux… Je pense plutôt à un démon… (Je savais que ce n’était pas une chose que feraient les dieux, ils ne se vengeaient pas pour rien, seul un esprit qui avait trahi pour ce dieu de la mort pourrait faire cela et pourtant, ce même dieu ne ferait jamais ça gratuitement de lui-même.)

- Eh bien, il y a deux mois nous avons récupéré une jeune femme dans la forêt. C’est la seule personne extérieure au village qui vient d’arriver récemment. (J’étais intrigué, ça ne coûtait rien de vérifier.) Nous l’avons installé dans la vieille cabane du chasseur défunt.

- Très bien, je vais lui parler. »

C’était peut-être une jeune femme qui avait fui un mariage malheureux ou des fiançailles non-consentis, mais la prudence voulait que je n’ignorasse pas l’option. Après tout, c’était la seule personne qui venait de s’installer dans ce petit hameau où tout le monde se connaissait. La cabane du chasseur était faite de bois qui avait légèrement pourri. La jeune femme m’invitait à l’intérieur, après que j’eus toqué. Elle portait une robe blanche avec des contours violets, elle semblait un peu précieuse dans sa façon d’agir. Elle ne semblait tout du moins pas être quelqu’un de banal. Elle ferma la porte derrière moi en ayant bien regardé qu’il n’y ait personne à ma suite. Je trouvais ces précautions bien étranges, et son sourire énigmatique ne m’aidait pas du tout à perdre cette impression.

Elle me toisa ensuite, « Que me veux-tu le sang-mêlé ?

- Démone, laisse ce village tranquille ! », répondis-je atterré par sa remarque déplacée.

« Je m’appelle Astute pas démone et deuxième tu crois pouvoir me donner des ordres Horacétius ! (J’avais une réputation décidément.)

- Que gagnes-tu à ça de toute manière ? Ce n’est pas non plus comme si c’était un village important.

- Le grand chef a dit de nous amuser un peu. Je fais mon travail, mon petit sang-mêlé. D’ailleurs choisis ton camp toi. Je ne t’aime guère. (Elle me foudroyait du regard.)

- Astute, mon camp est celui-ci de l’humanité. Ainsi, je ne peux pas te laisser faire du mal aux habitants !

- Tu me défies, Horacétius ! Je le savais, un mélangé, un croisement entre deux camps ça ne peut être qu’un traître ! Je vais t’anéantir, vermine ! »

J’esquivais une boule de feu et contre-attaquait avec une boule de glace. L’ardeur de ses flammes la fit instantanément fondre. Elle avait brûlé le bout de ses manches tant elle s’embrasait. Cette petite garce allait me le payer, non seulement elle m’insultait d’une façon si terrible, sur mes pauvres parents, un esprit et un démon, qui s’étaient tant aimés, mais aussi sur mes nobles allégeances et je ne pouvais pas laisser passer ça.

Je lançai avec ironie, « Il semblerait que la discussion se soit enflammée !

- En effet, elle va te brûler jusqu’à l’os ! »

J’esquivais un jet de flamme ardente, elle ne voulait décidément pas me faciliter la tâche. Il était temps de l’éteindre avant qu’elle ne déclenche un incendie. J’avais beau répliquer avec de l’eau ou de la glace soit elle la faisait s’évaporer soit elle fondait… C’était agaçant. Il était peut-être temps de faire pleuvoir en intérieur mon bon Horacétius. Cela me demanda un effort colossal, mais je réussis et la démone ne peut plus lancer son sort de feu. L’eau l’a transformé en une petite flamme qui mourrait en volute de fumée délicate.

Elle tira la langue et cracha ses mots, « Soit, tu as gagné Horacétius ! Je laisse ce village tranquille. Mais crois-moi j’en parlerais à Nécronion ! »

Je sentais déjà venir de sévère répercussion, mais qu’importe, j’avais sauvé ce village. J’étais plus inquiet de ses propos que du sort des villageois, ainsi Nécronion avait laissé ses fidèles se déchainer… Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier ? Cherche-t-il à endommager la réputation des autres dieux en les faisant passer pour responsables ? Peut-être quelque chose dont je n’avais même pas conscience ? Tout cela en tout cas n’annonçait rien de bon. Cependant, qu’importent les causes je me dresserais contre eux pour protéger l’humanité. Dieu de la mort, perdrais-tu le sens de la mort juste que tu as toujours eue ?


Chapitre 1 : « Antonin »
La nouvelle mission

Narrateur : Antonin

J’avais laissé Théodore en espérant qu’il réussisse à se réconcilier avec Bohort. Je le savais mon ainé, voulait sûrement lui parler, mais il avait trop honte ou il était trop timide pour le faire. Aster, enfin, notre père avait tout fait pour se débarrasser de moi son fils inutile, je comprenais la souffrance de Théodore. La raison ? Eh bien, je n’avais pas le cœur du guerrier qu’il aurait aimé que j’aie, alors il apprit à me détester. Après tout, je n’étais pas le parfait petit chevalier qu’il voulait faire de moi, je n’étais qu’un pauvre petit garçon sensible, qui était effrayé par ce monde de guerre et de violence. Pourquoi me rassurait quand on pouvait me rejeter ? Je me pose parfois encore cette question.

Ce qui m’étonnait le plus avec Théodore c’est qu’il l’appelait toujours père et pourtant c’est bien celui d’entre nous qu’il l’avait le moins bien connus. Peut-être était-ce pour ça ? Il semblerait qu’Aster comptait beaucoup pour lui. S’il savait qu’essayer de gagner son approbation lui coûterait bien plus qu’elle ne lui apporterait. Il le comprendra bien vite en lui parlant un peu plus.

Je me promenais dans les couloirs du château quand je tombai sur l’homme sinistre qui occupait mes pensées actuelles, celui qui avait ruiné nos vies. Il me toisait, il avait l’air d’avoir besoin de mon aide. Ses yeux marron avaient une façon d’être qui me montraient qu’il était soucieux. J’hésitai à l’écouter, mais je sentais bien qu’il allait trouver un stratagème pour m’obliger à faire ce qu’il voulait. Alors à quoi bon s’embêter ?

Aster m’affirma, « Alors, tu t’es réconcilié avec ton frère.

- Oui, bien sûr… Votre majesté n’est pas satisfaite ? (Il eut un sourire désagréable.)

- Non, mon fils. (C’était prévisible.) J’ai une mission à vous confier pour lui montrer tes compétences. Fais-moi honneur, pour une fois !

- Très bien, mon seigneur ! Quelle sera notre quête ? (Voilà, ma chance de lui échapper, je priais que le seigneur Léandre soit plus agréable que lui.)

- As-tu entendu parler de la légende des Hérauts De L’enfer ? (Je tremblais déjà, je ne la connaissais que trop bien.) Je veux que vous vous débarrassiez de ces individus… »

Il tourna les talons me laissant en proie à une grande panique. Je baissai le regard songeant, les Hérauts De L’enfer… Les Hérauts De L’enfer… Nous sommes condamnés… La panique me dévorait. Comme un golem qui n’avait reçu aucun ordre, j’errais et je finis fatalement par me diriger vers les jardins. Mon frère Bohort me héla me demandant de venir voir quelque chose. Il y avait comme un terrier auprès d’un arbre, un chêne dont les racines étaient entremêlées. Je me baissai pour regarder ce que cela était et il en sortit subitement une tête aux longues oreilles. Je tombai sur le derrière sur le coup de la surprise. Le lapin finit par sortir entièrement de sa demeure et je me sentis alors bête d’avoir eu peur d’un lapin adulte certes, mais un lapin tout de même.

Bohort riait à gorge déployée, je m’empourprais à cause de la honte. La petite bête bondissait vers moi et semblait prendre plaisir à profiter de mon trouble. Je devais m’imaginer des choses...

Mon frère me lança « Ne me dis pas que tu as peur des lapins ?

- Je ne te le dirais pas », répondis-je, agacé.

« Enfin, tu tirais une de drôle de tête avant que je ne te distraie avec ce lapinou. C’est Théodore qui t’a dit des méchancetés ? (Il me donnait le plus aimable et tendre des sourires.)

- Non, c’est Aster, enfin, je veux dire notre père, il m’envoie ou plutôt moi et Théodore tuer Les Hérauts De L’enfer.

- Il a perdu l’esprit… (Il parut ailleurs en disant ça.) Il veut faire une pierre deux coups en se débarrassant de vous deux… Merdes ! Ils vont vous occire pour sûr ! Qu’il soit maudit ! (Il me prit dans ses bras.)

- Théodore me protègera… Et j’ai appris quelques sorts de soin par-ci par-là, je devrais pouvoir l’aider. (Je m’échappais de son étreinte fraternelle.)

- Tu es fou ! Ce n’est pas si simple ! Tu as oublié mon frère ! S’ils ont obtenu ce nom-là ce n’est pas pour rien ! (Il était inquiet pour moi et il ne me rassurait pas du tout ainsi.)

- Je sais… Ils ont dévasté des villages entiers. Ils sont deux, des jumeaux, il paraît. (J’avais peur, j’étais terrorisé, mais, je pensai que cela serait une bonne occasion pour débarrasser le monde de ces deux monstres.) Cependant, Théo et moi nous réussirons, il le faut. Aster ne nous laisse pas le choix.

- Alors profite de tes derniers jours sur terre comme eux profite de leurs premiers jours. », dit-il en pointant, des lapereaux qui étaient sortis du terrier et bondissaient de partout.

Bohort en attrapa un puis me le donna à caresser. La petite bête aux longues oreilles tremblait dans mes bras, mais bientôt je la rassurais avec la tendresse de mon âme et de mon caractère. J’eus alors envie de lui trouver un nom, mais je ne savais pas comment la nommer. Elle avait des taches noires et blanches qui la faisait ressembler à un damier. Je crois que je venais de trouver son nom. Je n’eus pas le temps d’y penser plus qu’elle s’échappa de mes mains au moment où Théodore arriva. Il était de mauvaise humeur cassant ce moment poétique. Je me demandai bien ce qui avait pu lui arriver.

Je pris mon courage à deux mains et lui expliquai la mission que notre père nous avait confiée. Il ignorait qui était ces deux hommes alors je lui expliquais cela en tremblant.

Il me toisait en disant cela, « Et personne ne leur a donnait la chasse avant ?

- Non… Enfin, peut-être que certains ont essayé de résister, mais ils se sont fait massacrer. (J’étais intimidé par sa présence plus que par l’idée de notre mission future.)

- N’importe, voilà, une excellente occasion de nous débarrasser d’eux et d’accomplir une mission qui donnera un peu plus de paix dans ce monde.

- Oui... », dis-je apeuré.

« Théodore, mon frère, je crois qu’Antonin, n’est pas aussi confiant que toi à ce sujet. », s’exclama Bohort.

« Depuis quand tu te soucies autant de ta famille ?! », répliqua Théodore en colère.

- Du temps a passé, mon frère, beaucoup de temps… Dix-sept ans, ce n’est pas rien. J’ai changé depuis, voilà tout. Cependant, je puis comprendre que nous soyons presque des étranges pour toi maintenant et que tu n’es pas les meilleurs souvenirs possibles de nous. Seulement, profite du fait que le destin, nous fasse recroiser ta route pour renouer avec nous. Au moins avec nous deux, père, lui n’a jamais changé… (J’étais touché par ses paroles, et je remarquai que Théodore le fut aussi.)

- Tu as raison, pardonne-moi et Antonin, je te le jure, je ne laisserai rien de mal t’arriver ! », s’exclama Théodore emplie de confiance.

Il semblait certain de notre victoire et pressé de se mettre en route. J’avais pourtant été celui qui avait été entrainé aux arts de la guerre par la volonté de notre père et c’était pourtant lui le véritable guerrier. Il aurait rendu fière notre géniteur si nos rôles avaient été inversés. Tout comme Aster chaque ennemi qu’il rencontrait sur la route était anéanti en un éclair par lui seul. S’il avait été mal intentionné comme Les Hérauts De L’enfer alors il aurait sûrement fait plus de dégâts qu’eux. J’étais enfin confiant dans notre triomphe, mais d’un autre côté, j’étais inquiété par ses tendances à la violence plus que par une résolution pacifique.
















Chapitre 4 : « Théodore »
Le chevalier blanc au cœur noir

Narrateur : Théodore

Je songeais à ma mission du plus profond de mon être afin de ne pas repenser à la proposition de Nécronion. Ce qui s’était passé avec mes frères dans le jardin, ne m’avait qu’à peine distrait, bien que cela m’avait mis un peu de baume au cœur sur mon passé. Je supposai que tout le monde pouvait changer, pour le peu qu’il le voulait. Aster était prétentieux pour se rendre compte du monstre narcissique qu’il était et de la souffrance qu’il infligeait autour de lui. Préoccupé par ses tourments, je restais silencieux pendant une grande partie du trajet.

Antonin finit par me dire lassé, « Tu es bien taciturne, Théodore !

-Je n’ai simplement rien à dire… (Je refusai de le regarder en répondant à sa question, car je ne voulais pas qu’il vît l’inquiétude qui m’habitait.)

- Comment as-tu rencontré le roi Léandre ? Comment as-tu survécu pendant ces dix-sept ans de séparations ? (Il semblait décidé à ne pas me laisser tranquille. Il voulait vraiment connaître ce qui s’était passé pendant toutes mes années d’absences. En une autre période, j’aurais été ravi de l'intérêt qu’il me portât.)

- Tu veux vraiment que je te raconte cette histoire ? (J’essayai d’éviter la conversation pourtant je pouvais lire dans le regard d’Antonin que lui voulait l’entendre.)

- Si cela te dérange, je te présente mes excuses… (Son regard affichait un air de peur et je compris que j’avais peut-être dit ça plus durement que je ne le pensais.)

- Disons que ça n’a pas toujours été glorieux. (Je riais en songeant à toutes les bêtises que j’avais faites par le passé.)

- Bah… Tu faisais bien des misères à ton professeur ça ne peut pas être pire. Je veux dire, une fois tu t’es déguisé en monstre pour lui faire peur, et il a manqué de chuter dans les escaliers. (Je rougissais de honte, Antonin pouvait se révéler avoir l’esprit plutôt aiguisé.)

- C’est vrai, Myriam je lui en fais voir de toutes les couleurs. Je me rappelle une fois, elle m’avait demandé d’entretenir les fleurs de son jardin pendant son absence. Les pauvres plantes n’ont pas tenu le choc… (Je riais de bon cœur.)

- Tu n’as pas vraiment la main verte. Au fait, qui est Myriam ? (Il avait un grand sourire sur les lèvres.)

- Un esprit. Attends, je te raconte grand frère ! », dis-je enthousiaste.

Je lui narrais donc ma rencontre avec Myriam et celle avec Léandre, mais vous les connaissez déjà. Antonin était ravi par la bonne qualité de mes récits et moi-même je n’avais jamais été aussi heureux. Je songeai alors que je n’avais plus aucune raison dans vouloir à mes frères. Avant mon départ, Bohort et moi avions eu une conversation. Il nous fallait l’avoir, mais je n’en avais pas l’envie, heureusement qu’il ne voulait pas lui aussi s’en dédouaner. J’ai ainsi pu entendre ses excuses, il n’a jamais essayé de se dédouaner de ses actes, il les a tous assumés. Les brimades, le fait qu’il ne m’ait jamais protégé de la colère de notre père, et tant d’autres choses. Je lui accordais donc mon pardon, il le méritait amplement. J’ai bien vu par deux fois qu’ils se souciaient sincèrement de ses frères. Mon cœur au moins avait été allégé d’un poids, finalement ce voyage avait été plutôt productif sur un plan personnel, au moins, j’étais réconcilié avec mes frères.



Les Hérauts De L’enfer, personne ne semblait connaître leurs noms véritables et tout un tas de rumeurs circulaient sur eux. Ils avaient l’air d’être des hommes effrayants, cependant leur orgueil les perdra. Ils avaient laissé une adresse à laquelle on pouvait venir les défier librement. Je me demandai bien quel était leur intérêt à cela. Peut-être était-ce l’amour du risque ? Le désir de trouver un rival à leur hauteur ? Un ego surdimensionné ? Tant de question, dont je n’aurais peut-être jamais les réponses.

Je contemplais la ville où se trouvait ce lieu. Planetis, l’Astre Errant, car elle rassemblait là, tous les gens importants qui avaient été chassés des autres royaumes ou villes. Les exilés, les rejetés, tous y étaient les bienvenus. C’était un hameau fait pour moi, songeais-je. Elle était magnifique, un beffroi la surplombait et seule l’aiguille de la cathédrale rivalisait avec sa hauteur. C’était une ville importante et je ne comprenais pas pourquoi des bandits de grands chemins s’installeraient là. Enfin, après tout l’Astre Errant comme on la surnommait parfois, était un refuge pour les exclus, peut-être bien qu’ils profitassent indûment de sa générosité. Une fois à l’intérieur, au vu de l’agitation en ville, je songeais qu’il préparait la foire13.Peut-être bien que ces Hérauts de L’Enfer profiteraient de l’occasion pour commettre des vols. Après tout, c’était un des plus grands marchés et fêtes du royaume, on y trouvait de tout, des marchands de tissus, de bijoux, de verrerie. Des fermiers qui viennent vendre le surplus de leur récolte, des négociants qui viennent acheter de nouveaux produits pour commercer ailleurs, et des saltimbanques en tous genres qui cherchaient à gagner leur vie en montant quelques spectacles improvisés sur le lieu des festivités.

La nuit approchait et nous nous trouvâmes une auberge où passer la nuit. Le lieu était vétuste, mais cela me convenait bien. Un petit lit, un peu confortable, un matelas qui avait bien vécu, pourtant qui se montrait encore vaillant et utile. Un petit oreiller fort confortable seul luxe de cette chambrée, il était fourré avec des plumes d’oies, et rien qu’avec cela, je savais que j’allais passer une bonne nuit. Il ne me restait plus qu’à tester la literie.

Aussitôt dit, aussitôt fait, je songeais à un plan d’attaque couché sur mon lit jusqu’à ce que je reçoive une missive. Elle venait de Léandre, il me demandait comment je me portais. Argine lui avait raconté ce qui s’était produit au château et il voulait savoir quoi penser de la situation, il voulait savoir comment je l’avais vécu et ainsi prendre une décision. Il était trop gentil voilà tout. Il me portait aussi un message de la part d’Isabelle. Il avait tenu à me présenter cette jeune femme après l’avoir rencontré dans un buisson en train de m’espionner. J’avais l’impression qu’il essayait de me caser avec elle. Elle était jolie et gentille, mais elle ne m’intéressait pas. Je répondis donc de façon concise au message de Léandre, tout en l’ignorant elle dans ma réponse.

J’allais dormir, les étoiles et la lune étaient clairs dans le ciel. Il était venu le temps, des créatures de la nuit, des chouettes des clochers, et leur petit cri strident et leur plumage blanchis qui brillaient parfois sous le regard lumineux et argenté de la lune, astre de tous les mystères qui parfois sourit et parfois se noircit par la mélancolie, cette humeur noire. Ah décidément, l’heure de ces petits rapaces et des petits êtres nocturnes n’étaient pas le temps des êtres solaire comme moi. Il était temps de se reposer et d’attendre, notre astre brûlant et chaleureux, le soleil, notre maître.

Je sombrai dans la dimension des rêves, cependant les abysses me saisirent de leurs mains gelées m’entrainant dans l’obscurité. Froids, si froids, j’avais si froids. J’étais dans un monde de permagel, mes membres se couvraient peu à peu de givres, au point où je ne pus bientôt plus me mouvoir. Quel funeste trépas ! Une petite mort, qu’on savait venir, qu’on sentait nous toucher de ces petits doigts gelés qui nous paralysait, jusqu’à nous voler, nous arracher, la moindre chaleur de la vie, nous laissant en un cadavre froid, bleuit et dur comme la glace qu’était l’esprit de la mort, elle-même. Aster, mon père me regardait me figer dans le gel. Je le suppliai de m’aider, j’en pleurais, mais il me tourna le dos quand le givre atteignit mon visage. Il m’avait encore abandonné, mais on l’avait toujours fait. Je mourrai de froid au milieu de cœur d’hiver. Oui, c’était leur faute, ce qui arrivait, leur âme remplie de froideur me tuait à petit feu de leur baiser froid comme des glaçons et de leur mot glacé comme la bise.

Je me réveillai alors haletant, suant et j’avais froid. Quel étrange rêve, songeais-je. L’aube pointa le bout de son nez et pourtant ce rêve me hantait encore, il semblerait que la pauvre naissance de la lumière n’était assez forte pour dissiper ces intenses ténèbres qui voulaient encore me saisir de leurs bras funèbres. Cela me laissait tout troublé, n’importe, c’était n’importe quoi, je n’allais pas me laisser perturber par des visions oniriques stupides et minables.

Antonin qui s’inquiétait pour moi me harcela de question, mais je refusais de parler de mes tracas. Il était intelligent, il avait dû voir à mon visage que je n’étais pas dans le meilleur de tous les états en sortant de ma chambre. Pourtant, je réussis à le convaincre que tout allait bien et que c’était seulement la fatigue du voyage et qu’il ferait bien de se concentrer à nouveau sur la mission. Il était naïf le pauvre, ou alors m’avait-il dupé en voyant clair dans mon jeu ? Savait-il que je refuserai de lui parler prétextant des excuses fallacieuses ? Attendait-il un moment où je voudrais bien lui parler ?

N’importe, nous arrivâmes donc enfin devant leur demeure pour les défier. Elle était une maison toute simple, ils avaient l’air d’être des individus plutôt humbles quand on voyait l’apparence de leur logis. Ils avaient pillé et pillé, sous le titre des Hérauts De L’enfer et pourtant cela ne se reflétait pas du tout dans leur possession. Guère de grandes façades, point de colonnades, ou d’autres choses qui leur donnerait des airs de grands seigneurs. Le seul luxe notoire était la présence de fenêtre vitré, le verre, était cher et avoir dix fenêtres sur une face de la maison montrait bien qu’ils avaient de l’argent. Peut-être n’avaient-ils pas le goût de l’architecture ?

Nous ne pûmes entrer, mais en expliquant à leur serviteur la raison de notre venue, il avait accepté d’aller voir ce qu’ils pensaient de notre proposition. Nous n’eûmes pas à attendre longtemps avant d’obtenir la réponse de la part de leur employé, les jumeaux acceptaient de nous affronter.

Le rendez-vous était donné au crépuscule à l’extérieur des remparts, c’était pour aujourd’hui même. Antonin m’annonça qu’il allait prier pour notre réussite à la cathédrale dédiée au dieu Logos. La sagesse ? Pff, quel genre de force nous accorderait-il dans une bataille ? Il faudrait plutôt qu’il aille prier la déesse de la guerre, Sota, pour qu’elle nous donne la puissance du guerrier. J’entendis dire que la foire avait enfin ouverte alors je m’y rendis. Qui sait peut-être bien que j’y trouverais des articles intéressants ?

Cela n’était pas un marché banal décidément, il y avait des troupes de théâtres des rues qui jouaient des farces. Des magiciens qui vendaient de la magie et sûrement autant de charlatans. Des marchands d’étoffes, d’animaux de fermes ou autres produits, j’entendis même une rumeur que pour la fin de la foire serait jouée ce que l’on appelle un mystère14. Cela devait sûrement être une ville de grande importance, encore plus tout du moins que ce que sa réputation laissée penser. Ils avaient décidément de l’argent pour se permettre d’organiser tout ça. J’espérais que lorsque Léandre aurait enfin accompli la prophétie toutes les villes auraient autant de fleurs, de fêtes, d’amusements que celles-ci. J’errais avec joie dans un lieu qui me semblait être un petit paradis sur terre.

Je vis alors un marchand qui avait l’air d’être menacé par un homme à la chevelure rousse flamboyante. Je m’approchais donc pour voir de quoi il en retournait.

L’homme roux lança, « Allez l’argent, le marchand !

- Tss… J’ai beau savoir que vous êtes un de ces Hérauts De L’enfer, ça ne vous donne pas le droit d’extorquer des pauvres vendeurs ! », protesta-t-il.

Tiens, tiens voilà quelque chose d’intéressant. Il était temps d’intervenir.

Je lançai à l’homme, « Laisse donc ce négociant tranquille !

- Alors, le blanc-bec on veut jouer les héros ?! »

Il sortit sa lame et me dévisageait avec colère. Je fis de même. L’homme qui se trouvait en face de moi en outre sa magnifique chevelure rousse avait les yeux marron comme l’ambre. Il devait sûrement autrefois être un beau jeune homme, on pouvait en voir le vestige dans l’harmonie de ses traits. Cependant, son visage comportait les cicatrices de ses combats passés ainsi que les marques anciennes du passage de la petite vérole15. Cela lui donnait un visage à peine humain et son regard ne l’était guère plus, car il me regardait comme un chien enragé. Je ne reculerai pourtant pas, il ne m’effrayait pas, il n’était qu’un être humain. Il était plutôt baraqué cela dit et moi, sans être un gringalet, je n’étais pas aussi massif. Je craignais un mauvais coup.

Il me chargea avec sa lame comme un bœuf, il avait l’air confiant en une victoire aisée. Dans un certain orgueil, je voulais lui montrer qu’il avait tort et je m’efforçai à tenir ma position pour lui montrer ma force. Son élan et ma résistance entraina notre chute à tous deux. Je lui collais mon poing dans la face en profitant de sa confusion, ce qui le fit basculer sur le côté. Il crachotait du sang et avait le nez qui coulait de ce même liquide rouge. Notre combat ressemblait plus à une baston de rue qu’à un duel digne d’un chevalier. Au bout d’un moment mon frère Antonin et une autre tête rousse débarquèrent. Mon frère me releva et le nouvel arrivant fit de même avec mon adversaire.

L’autre homme roux devait sûrement être le frère du premier, ils avaient le même visage sauf que le second n’avait pas toutes ces cicatrices et il était un peu moins bâti comme un géant de conte pour enfant. Il était aussi un peu plus beau, puisque moins défiguré.

Il lança au premier, « Relève-toi ! Allez Rolan ! »

Le dit Rolan répondit, « Je fais de mon mieux Richard ! »

Antonin sentait tout comme moi qu’il n’avait pas l’intention de se rendre. Mon frère avait rappliqué quand il avait entendu parler de l’affrontement sur la foire avec un des Hérauts De L’Enfer, il savait que c’était moi seul qui aurais pu faire une chose pareille. Je m’étais déjà fait une réputation incroyable auprès de lui. Les deux hommes s’appétaient à contre-attaquer. Rolan celui contre lequel je mettais battu en premier, se jetait sur moi. Il semblait vouloir en finir, c’était personnel, il devait être fâché que j’ai osé remettre en question son régime de terreur, en protégeant ce marchand.
Je parais de ma lame son premier coup. Elles se heurtaient, se croisaient et s’esquivaient, mais elles n’arrivaient jamais à atteindre leur cible. Nous étions tous deux de trop bons bretteurs pour nous atteindre.

Rolan me complimenta, « Tu es fort ! Quel est ton nom ?

- Théodore, rentre-toi ça dans le crâne !, » répondis-je avec fierté.

« Tu es prétentieux… (Touché !) Cela dit, ton ami ne tardera pas à tomber face à mon frère. Alors, face à nous deux, tu n’auras aucune chance. », dit-il en riant.

Je tournai alors le regard vers Antonin, il était dans une position défensive. Il ne prenait guère l’initiative et semblait sur le point de défaillir. Ce Rolan ne mentait pas, mon frère était dans une position fâcheuse. Quand bien même ce Richard était un moins bon épéiste que son coéquipier, les affronter ensembles pourrait être dur. Je devais pourtant porter secours à mon allié. Lui, qui me parut être un épéiste minable et incapable de se défendre, il me semblait être paralysé par la peur. Quel lâche ! L’ombre de Nécronion, l’aura de ténèbres était revenue pour me tenter, sa voix se fit entendre dans ma tête.

Elle me disait, « Je peux t’accorder la force nécessaire pour te débarrasser de ces deux-là. »

Je pensais, « Pour qui tu te prends ! Je ne suis pas corruptible ainsi. (Je l’attirai je voulais une affaire qui me soit bénéfique à moi comme à lui.)

- Jeune chevalier, je suis désolé de t’avoir offensé. (Sa voix prenait des accents de sincérité qui me donnait confiance en lui. Je parai un coup de Roland, qui avait failli m’atteindre.) Je ne songeais qu’à te montrer l’étendue de mes capacités afin que tu voies ce que tu gagnerais à travailler à mes côtés.

- Tu cherchais à te jouer de moi, mais tu ne m’auras pas. (Pourtant, je n’avais pas prononcé cette phrase avec l’assurance que j’aurais voulue. Hum, j’étais trop intéressé et pas assez talentueux eux jeux des négoces, puis ce duel contre cet homme ne m’aidait pas à me concentrer sur ça non plus.)

- Certes, mais pense à ta situation… (Oui, j’y pense, j’ai failli me faire trancher à l’instant, par l’épée de ce brigand.) Je pourrais te donner la force nécessaire pour te permettre de sauver ton frère. (Voilà que tu y viens, enfin.) Eh, quand bien-même, tu ne l’aimerais pas, tu les vaincrais si rapidement que tu te ferais une réputation. »

Cela ne me semblait pas enfin de compte être une mauvaise idée, la partie réputation m’intéressait surtout, cela serait bénéfique à la construction de notre empire, enfin, alliance d’après Léandre. Si je ne pouvais être l’élu alors, au moins on me donnerait autant de mérite et prestige que lui, j’avais bien l’intention de marquer l’Histoire avec mon existence. J’acceptais la proposition de ce dieu déchu et haïs par ses pairs, après tout rien ne semblait indiquer que c’était un piège. Le pouvoir alors coula dans mes veines, j’avais l’impression de pouvoir conquérir le monde.

Je décidai alors de provoquer ces deux idiots. S’ils pouvaient m’attaquer tous deux en même temps il me retirerait une sacrée épine du pied. Je ferais une pierre deux coups, peut-être bien que je fusse un peu trop prétentieux et que le pouvoir m’était monté à la tête.

Je leur lançai, « Allons, donc tous deux ! Prenez un adversaire à votre taille ! Je vous défie. »

Richard répondit enjoué, « Je suis ravie d’entendre ça ! Rolan a toujours les meilleurs bretteurs. »

Ils se jetèrent tous deux sur moi dans l’espoir dans finir. J’esquivais Rolan et frappa Richard dans le dos, il tomba au sol couvert de sang. Son frère avait l’air furieux et il se montra imprudent. Je le fis tomber à terre et je lui plaquais la pointe de ma lame sur sa gorge. Il était dans une situation délicate, la garde qui avait sûrement été appelée par les marchands et les personnes présente sur la place du marché, l’arrêta lui et son frère, l’affaire était enfin réglée.

Je sentis alors la force accordée par Nécronion me quitter. Je perdis alors connaissance et je sombrais dans l’abime du monde des rêves. À nouveau, je me gelais, mais je ne ressentais pas la même panique qu’avant. Ce froid m’était devenu familiers. C’était mon domaine, la froideur cruelle de la mort, ma funeste alliée.





















Chapitre 3 : « Horacétius »
Le cœur de Nécronion

Narrateur : Horacétius

Après ce qui s’était produit au village, je décidai de me rendre auprès de Nécronion. Je bouillais de colère, il fallait que j’obtienne des explications. Autrefois, avant qu’il ne s’oppose aux autres dieux on lui rendait un culte. Les adeptes pensaient qu’en priant le dieu de la mort, leur vie serait plus longue. Cependant, cela était faux, il était rigoureux, quand la fin était là, elle venait qu’on lui vouait un culte ou pas. Ainsi, on l’avait abandonné, on avait abattu tous ces temples, de nos jours, il ne lui en restait plus qu’un, il était à l’abandon, mais je savais que je pourrais lui parler là-bas. Ne serait-ce que donner de l’attention, à son autel, le surprendrait assez pour le faire venir.

L’endroit ressemblait plus à l’intérieur d’une salle du trône qu’à un lieu de culte. Il était cependant envahi de toile d’araignée et de poussière. Il n’y avait aucune statue contrairement aux habitudes et aux usages. Je ne saurais pas dire, si c’était parce qu’il n’y avait jamais eu ou parce qu’elles avaient entièrement été brisées ou volées. Il y avait cependant quelques vieilles tapisseries qui représentaient Nécronion sous diverses formes, son horrible apparence de dragon nécrosé qu’il ne montrait que quand il s’agit d’effrayer ses ennemis, et la seconde celle avec des yeux verts dignes des écailles d’un serpent, décidément, il tenait plus du reptile que de l’homme. Je m’approchai de l’autel, il était fendu et j’espérai que cela fonctionnerait malgré tout. Pour prier un dieu, il fallait qu’il soit en parfait état ou au moins que sa structure principale soit intacte. Peut-être bien que ne serait-ce que m’entendre prier son nom lui suffirait à venir.

Les ténèbres qui m’entouraient et qui étaient miennes vibraient au rythme de mon cœur. L’inquiétude me saisissait de façon poignante. La présence de mortifère de Nécronion se faisait sentir dans mon dos.

Il me demanda ennuyé, « Que me veux-tu Horacétius ?

- Nécronion… (Les mots me restaient en travers de la gorge.) Pourquoi as-tu demandé à tes démons de faire le mal ?

- Je leur ai dit de faire ce qu’ils voulaient, ils ont fait leurs choix. La mort est au-dessus du bien et du mal, elle saisit tout le monde à égalité, nul ne lui échappe dans le royaume des mortels. »

Je me tournai vers lui, il était assis sur une pierre taillée comme un trône. On aurait dit un enfant roi, ou alors les enfants que l’on pensait être l’incarnation d’un dieu. Nécronion se tenait nonchalamment, il me contemplait avec ses pupilles toutes reptiliennes. Il ne montrait que rarement ses traits plus draconiques quand il apparaissait sous la forme d’un enfant innocent. Cela me montrait qu’il était en colère et qu’il aurait pu apparaître sous sa forme de saurien16 nécrosé rien que pour m’effrayer. Il voulait me mettre mal à l’aise à l’évidence, c’est pour cela qu’il avait choisi cette incarnation.

Je posais cette question qui me tourmentait depuis longtemps, « De quel côté es-tu ?

- Et toi alors ? Parfois, tu œuvres à réaliser le plan des autres dieux parfois le mien. Alors, il est temps de faire ton choix. (Il avait un sourire mesquin et désagréable.) Je ne te le demanderais qu’une seule fois.

- Je te l’ai déjà dit, je suis du côté de l’humanité. (Je le toisai avec grande conviction.)

- C’est drôle… (Il gloussait en réponse à ma question.) C’est le mensonge que tu te donnes, pour te leurrer avec des buts nobles, mais la vérité est là, les ténèbres qui t’entourent ne révèlent que la noirceur de ton cœur. Tu n’œuvres qu’à ton meilleur intérêt. (Il sonnait comme un sermon, comme une vile prêche qu’il donnait sur ma nature, je n’appréciais pas cela et pourtant j’avais une impression tenace de vérité.)

- Tu mens… Tu mens toujours… Tu manipules… Tu triches avec la réalité… Quel est ton plan Nécronion ? », j’articulais ces propos terrorisés par sa puissance écrasante.

J’étais perturbé, il me regardait furieux, ses dents étaient celles d’un dragon, sa peau commençait à se nécroser. Il ressemblait plus à démon qu’à un enfant. Je tremblai de peur malgré moi.

Il me répondit dédaigneux, « Rien que tu ne puisses empêcher. Je crois que j’ai déjà trouvé mon élu. (Il souffla et me regarda avec malice et cruauté.) Cependant, il est temps pour toi de montrer ton vrai visage au monde entier.

- Que veux-tu dire ? »

J’étais paralysé par la terreur, je savais que quelque chose de mauvais aller se produire. C’était bien la première fois que je me retrouvais dans cet état. Nécronion me plaqua au sol avant même que je n’eusse le temps de faire quoique ce soit.

Il me lança, « J’ose espérer que mes invités pointeront le bout de leurs nez. Cela serait vraiment offensant, s’il ne venait pas. »

Une voix connue s’éleva alors, « Que veux-tu donc me montrer Nécronion ?

- Ludie… » articulais-je surpris en essayant de me tourner vers elle.

Il m’explosa la tête contre le sol en pierre en criant, « Tais-toi donc insolent ! Tu parleras quand on te le demandera. »

Mon nez s’était brisé, le sang se déversait dans ma bouche et je manquai de m’étouffer moi-même. La déesse avait un regard réprobateur à l’égard de son confrère. Je ne pouvais pas voir le visage de Nécronion, mais je supposais qu’il devait avoir un grand sourire.

Il lui répondit, « Patience Ludie, attendons les autres invités. »

Printemps, divinité dont le nom est éponyme à sa fonction apparue. C’était un renard roux dont les pattes étaient couvertes de fleurs des champs qui ne naissaient qu’aux printemps. C’était une entité dont j’appréciais la compagnie. Elle était délicate comme le printemps, elle jonchait tous les chemins où elle passait de fleurs printanières si jolies qu’elles ne pouvaient que rendre heureux.

Elle s’exclama, « Mon pauvre Horacétius !!! »

L’Hiver qui était un renard polaire apparu lui aussi, il était un peu plus froid qu’elle, il avait un pelage blanc couvert de flocons de neige, il se montrait distant et froid, mais quand on le connaissait bien, il était doux et amical, j’aimais souvent parler avec lui de sujets philosophiques. Il couvrait le sol d’une délicate surface de givre partout où il posait ses pattes.

Il demanda, « Pourquoi Horacétius est plaqué au sol ? »

Automne était là aussi. Il était un cervidé avec des feuilles de vignes dans les bois. Du quatuor des divinités des saisons, il était assurément le plus grand et aussi le plus mystérieux. Il avait un pelage de la même couleur que les feuilles marron mordorés qui tombaient des arbres, une fois venue la saison où tout se préparait au rude hiver. Il était calme et posé, parfois il me prenait de promener avec lui dans les forêts où il m’apprenait à écouter la nature et les animaux.

Il lui répondit, « Hiver, je me demande surtout pourquoi Nécronion s’en prend à notre ami ? »

Été, lui était une cigale qui parlait avec ses ailes, je ne savais comment elle pouvait réussi à émettre des sons humains, ainsi, je suppose que c’est ce que l’on appelle le mystère de la divinité. C’était assurément celle qui avait l’apparence la plus banale et la plus extravagante à la fois, c’était le seul insecte parmi les quatre. Il était aussi le plus chaleureux de tous, partout où il passait, il faisait entendre son chant et il avait grande joie à me donner des concertos privés à chacune de mes visites.

Il lança, « Il a peut-être bien quelques secrets. »

Mes amis, les divinités des saisons étaient donc venues pour assister à ma chute, et comme de bons amis, ils se souciaient de mon sort. J’étais heureux d’avoir une pareille preuve d’amitié, mais j’aurais aimé l’avoir dans d’autres circonstances.

Nécronion demanda surpris, « Est-ce là dont tous les dieux qui se soucient d’Horacétius ? »

Ludie répondit, « Nul ne l’aimait… Il n’est guère qu’ami avec ces quatre-là. (Pourtant, toi aussi, tu es venu. Parfois, je me demande si tu te rappelles notre passé ensemble.)

- En même temps, qui aime les traitres ? (Il me regardait dédaigneux et en ricanant.) Non, crois-moi, il ne travaillait pas pour moi, pas plus qu’il ne travaillait pour toi. Il ne se bat que pour lui !

- Je me bats pour l’humanité ! », répondis-je courroucé par ces accusations frauduleuses.

« Menteur !!! », hurla Nécronion.

Il me compressa tellement la gorge que je ne pouvais guère plus respirer. Les ténèbres qui étaient miennes profitèrent de cet instant de faiblesse pour me consumer. C’était comme un millier d’agonies, une chose qui étouffait toute la lumière d’un être, sa raison même de vivre, c’était comme devenir une coquille vide. J’étais comme les enfants, j’avais peur de l’obscurité. J’en pleurais, je voulais crier et supplier Nécronion, mais je ne pouvais pas. Le sang qui coulait dans ma gorge m’empêchait de parler et m’étouffait. Cette souffrance me sembla être éternelle comme l’était ma vie.

Ludie s’exclama, « Arrête Nécronion ! »

Il me laissa reprendre mon souffle, c’était comme si j’essayais de manger après une période de jeûne prolongé. C’était précipité et chaotique.

Nécronion lança à l’assemblée, « Vous l’avez tous vu ! Son cœur est noirci par l’obscurité, c’est la preuve de la duplicité de sa nature. Il est temps qu’il reçoive son juste châtiment. N’êtes-vous pas d’accord ? »

Un lourd silence s’abattit sur les autres. Tous semblaient afficher une expression de dépit ou de dégout sauf Été, mais lire les expressions d’une cigale semblait complexe. Ils ne savaient pas quoi dire et cela ne me semblait pas être bon signe. J’avais l’impression qu’il réfléchissait à un cruel châtiment.

Nécronion constata alors, « Il semblerait que nul ne soit prêt à le châtier. Très bien, alors je le ferais moi-même. (Il fit apparaître des chaînes et me lia les poignets, il les fit tendre de telle sorte à m’écarteler.) Horacétius, je te condamne à la corruption de ton corps pour l’éternité, chaque fois que tu utiliseras ta magie cela sera comme mourir. Chaque fois, que tu proféreras un mensonge cela sera pour toi comme souffrir le martyr. Tu porteras à jamais ces souffrances pour témoigner de la duplicité de ton âme. Nul plus jamais ne sera dupé par ton hypocrisie et tes dissimulations. »

Nécronion me lâchait et il arborait un sourire mauvais. Je l’ignorais cependant je me remettais debout et je chancelais un peu. Je repris mon souffle, dévisagea toute l’assemblée qui était choquée par les derniers évènements. Cependant, malgré tout, je ne pris pas en compte ses avertissements. J’utilisais un sort pour guérir mon nez brisé. Il n’avait pas menti, c’était comme mourir. À cause des épreuves subit et cette dernière souffrance, j’en perdis connaissance.

Fin de la partie 3











Chapitre 1 : « Nécronion »
Le début de la corruption

Narrateur : Nécronion

Horacétius avait eu ce qu’il avait mérité, une punition pour ses trahisons et ses mensonges. Qu’il puisse mourir serait pour lui un trop beau cadeau. Que chaque jour de son immortelle vie soit une terrible agonie était la punition parfaite. Je laissai Ludie ramassait son corps inconscient, elle l’avait aimé par le passé, peut-être bien qu’il avait encore un peu de valeur pour elle. Ce n’était pas important pour moi, je l’avais puni et j’estimai avoir réglé mes affaires avec lui. Cependant, j’avais d’autres problèmes à résoudre que celui-ci.

Mon poulain Théodore était dans le coma suite à l’usage de mes pouvoirs pour se débarrasser de ces bandits. Il avait été ramené au château de Léandre et tout le monde s’inquiétait pour lui. Qu’il en avait de la chance, s’il venait à m’arriver malheur, personne ne s’en soucierait. Bon, enfin, j’étais un dieu, donc peu de choses pourraient m’arriver, mais c’était pour le principe.

J’étais venu pour l’aider à se sortir de cette embrouille, ah mon petit Théo que tu en as de la chance. Cependant, Léandre était dans la chambre à ses côtés, je ne pouvais donc pas intervenir, il ne fallait pas je révèle mon implication, sinon, il pourrait essayer de l’éloigner de moi. Je restai donc tapi dans l’ombre, la mort ne surgit-elle pas là où on l’attend le moins ? Je me demandai bien ce qu’il pouvait avoir à lui dire. Il sembla chercher ses mots, cela ne devait pas être quelque chose de facile à avouer. Ces humains sont si compliqués… Un problème ? Pff, rien de plus aisé, une solution, voilà tout ce qu’il faut et si celle-ci et de parler pourquoi en faire un autre problème ? Ils devraient le savoir mieux que tout autre chose, leur temps est limité, et pourtant, ce sont eux qui le gaspillent le plus en futilité et en problème auto-crée. Tss… Enfin, je suis un hypocrite…J’ai toujours fuis mes problèmes.

Il énonça sur un ton accusateur, « Théodore, qu’as-tu fait ? Argine m’a dit que cela ne pouvait-être que les conséquences d’avoir emprunté la puissance d’un être divin ! (Il eut l’air désespéré ensuite.) Fais-moi un signe, je t’en prie. »

Cet appel au signe, j’étais bien tenté d’y répondre après tout il l’avait si gentiment demandé. Il continua de supplier, prier, vouloir ce signe… Très bien, mon Léandre… Si tu le souhaitais alors, tu l’auras. Il y avait une chaise, une petite table d’angle avec une carafe de vin. Je me posai sur le siège et me servit un verre.

Ensuite, je lui lançai, « Alors, on attend un signe ? Jeune souverain Léandre. »

Il se tourna vers moi et eut l’air terrifié.

Je continuai mes piques, « Après tout, tu l’as demandé grande majesté. Tu voulais un signe qui t’apporterais une réponse. Je suis le signe et ta réponse.

- ??? C’est toi qui l’as mis dans cet état ?! (Il avait les yeux ouverts grands comme des soucoupes tant il était surpris.)

-N'exagérons rien… (J’étais un peu gêné, ce n’était ni ce que je voulais, ni ce que j’avais prévu.) Je lui ai prêté mes pouvoirs pour l’aider à se débarrasser de redoutables brigands. Seulement, un mortel des pouvoirs divins… Ce n’est pas très sain. Cela dit il l’a voulu. Je ne l’ai pas forcé ! », disais-je comme si j’avais mauvaises conscience.

Il sembla réfléchir longuement. Peut-être bien qu’il s’interrogeât sur son alliance et son amitié avec Théodore ? Qui sait, cependant au vu du fait qu’il partit avec un regard absent, je supposai qu’il devait être soucieux. Tellement qu’il m’avait complètement oublié. Quelle importance ! Qu’il s’en aille ! Il retrouvera bientôt son copain, ils pourront à nouveau partager leur pain17 et leur bêtise d’amis. Pff… Qui a besoin d’ami de toutes façons !?

Je m’approchai de Théodore, il ne respirait qu’à peine, j’aurais pu le croire mort. Enfin, heureusement pour lui quand on est le dieu de la mort, on sait très bien qui est dans son royaume. Je pris son poignet, je sentis un pouls tenu, il était presque dans la tombe. Je ne comprenais pas pourquoi, il était dans un si sale état, je ne lui avais pourtant prêté qu’une part infime de mes pouvoirs. Tout au plus, ils auraient dû passer un jour ou deux dans le coma pas plus d’une semaine. C’était un accident, pardonne-moi, je t’en prie. Je n’ai pas voulu ça. Peut-être qu’Elle avait raison ? Je détruis tout, elle n’aurait jamais dû me laisser vivre et venir au monde.

Désespère, j’essayai de trouver la raison de son état, mais la blessure n’était pas externe, elle était interne, c’était son esprit qui avait été endommagé. Je n’arrivai pourtant pas à savoir, comment. Je ne lui avais pas donné assez de pouvoir pour qu’il en perde la tête, n’est-ce pas ? Il fallait que j’aide mon futur champion, je le sentais nos destins étaient irrémédiablement liés.

Son monde des rêves était plus froid que le cercle polaire. Il était au centre de son monde de glace, sous les regards accusateurs de tous ceux dont il pensait qu’ils ne le considéraient pas. Son père, je pouvais le comprendre, mais Léandre ? Pour le peu que j’avais vu de leur relation, il ne m’avait que semblait être bien intentionné, et tendre avec lui. Il était gelé, paralysé par le givre, dans sa propre solitude, dans son mépris de lui-même. Peut-être que cela était supposé représenter la terreur qui l’habitait quand il songeait qu’il était omis de tous ?

Je m’approchais de lui, et lui murmurai à l’oreille, « Il est temps de leurs montrer ce que tu vaux. Tu n’es pas faible ! Tu es plus fort qu’eux ! Ils te réduisent à néants par leurs regards, car ils sont jaloux. »

Théodore se releva, le givre fondait au rythme de sa colère. Sa haine était brûlante, après tout ce monde n’était qu’un rêve, il contemplait ses juges. Il trancha en premier un homme qui lui ressemblait, peut-être son père, j’en étais certains même. Il massacra tous ces gens-là, il était couvert de leurs sangs. Cela n’avait beau être que des êtres oniriques qui n’existaient que dans le domaine des rêves, j’avais été choqué par la violence de ses pulsions sanguinaires. La mort tout le monde la rencontrera, mais ce n’est pas une raison pour la croiser au détour d’un simple coup, d’un petit massacre que peut faire un homme à l’égard d’un autre.

Le rêve finit par s’achever et je le laissais seul. Je pensais qu’il était parfait pour être mon champion même s’il m’effrayait profondément. Je le sentais, bientôt, il reconsidérerait ma proposition. Je le savais tôt ou tard sa chute serait inéluctable… La destruction de Paxiam viendrait tôt ou tard… Cependant, je ne sais pourquoi, j’en étais moins enthousiasmé qu’avant, j’avais peur de ce qu’il ferait ensuite.








Chapitre 5 : « Léandre »
 Accomplir sa destinée à tout prix
Narrateur : Léandre

Nécronion exerçait déjà son emprise prédatrice sur mes plus proches alliés. Il fallait que je trouve une solution, que je le chasse d’ici. Il était temps pour moi de me recentrer sur ma destinée, de cesser toutes activités autres avant qu’il n’arrive une catastrophe qui nous empêche d’accomplir notre mission sacrée. Il restait tout au plus une dizaine de royaumes à fédérer autour du mien. Il me fallait donc me presser de les unir à moi. Je réfléchissais à de multiples moyens, mais je ne trouvais rien qu’ils n’avaient pas déjà refusé. J’avais l’impression d’être un échec, après tout je devais accomplir ce travail, c’était ma seule raison de vivre en tant qu’élu, c’est pour ça que j’existais, n’est-ce pas ? Je me sentais mal, très mal.

Je reçus alors une lettre qui venait d’un de ces royaumes-là, pour m’occuper l’esprit à autre chose. J’avais le mince espoir que ce fût une proposition d’alliance. Malheureusement, ce ne fut pas le cas, mais c’était tout aussi intéressant. Ils me proposaient une alliance, en effet, mais en échange que nous les aidions à faire infléchir leur princesse qui refusait un mariage arrangé. Cela me sembla intriguant, ce n’était pas bien moral, mais il nous fallait obtenir cet accord, ou les dieux se vengeront sur nous. Comment résoudre ce problème ? Je songeai qu’une opinion extérieure à ce monde de noblesse serait pertinente. Je veux dire par là, que tous les arguments classiques avaient dû déjà être utilisé et qu’ils en faudraient d’autres et une autre vision du monde pourrait être utile à cela.

Charles m’avait ramené un paysan pour en faire un chevalier et je me disais que le fait qu’il soit étranger à toutes affaires de cours pourraient être utiles. Je le fis donc mander. Il arrivait devant moi, il avait un air maladroit et innocent, des cheveux blonds qu’on avait essayé de domestiquer à grands coups de brosses, mais dans leur nature rebelle, ils formaient quelques épis sur le haut de son crâne. Les forgerons avaient essayé de lui forger une armure adaptée à ses proportions et pourtant il avait encore mal assorti. Les maîtres d’armes avaient essayé de lui apprendre les rudiments de l’art de l’épée, mais il avait beau la porter à la taille comme il était d’usage, elle semblait le gêner. Voilà donc le fameux Grégoire que m’avait ramené Charles et je me demandai bien pourquoi il l’avait pris sous son aile. Cependant, quand je voyais son sourire innocent, j’en compris la raison, il avait simplement le cœur pur.

Il me demanda, « Vous m’avez fait mander18, seigneur Léandre ? »

Il commençait à prendre le pli, il avait cependant une posture maladroite, lorsqu’il s’inclina en signe de respect.

Je répondis, « Oui, j’ai une mission à vous confier. (Je m’appétais à dire une chose, mais je préférais poser la question avant.) Savez-vous lire ? »

Il eut l’air gêné avant de répondre, « Oui, enfin, on a commencé à m’apprendre, et j’ai fait beaucoup de progrès. (Je songeai qui ne tente rien n’a rien et qu’après tout peut-être qu’il réussira à en déchiffrer les grandes lignes.)

-Très bien, lis-cela et n’hésite pas à demander si tu ne comprends pas certaine chose. »

Il prit plusieurs longues minutes à lire une lettre pourtant courte. Le pauvre Grégoire trouvait la situation bien étrange, mais il voulait bien aider. J’avais essayé de lui expliquer, cependant il ne comprenait vraiment pas pourquoi nous étions si compliqués. Ah par tous les dieux, j’étais bien d’accord avec lui, après tout, moi-même, j’étais dans un mariage de raison qui ne me satisfaisait pas du tout. Il me rassurait pourtant cette âme simple et bonne en me disant qu’il accomplirait sa mission. Voilà, une bonne chose de faite, songeais-je en souriant. Il fallait seulement que je convainque les autres royaumes de rejoindre notre alliance désormais. Je n’avais toujours pas d’enfant et je ne pouvais donc pas songer à de futures alliances matrimoniales. Il fallait pourtant que je trouve une solution, et j’étais prêt à payer n’importe quel prix pour ça, y compris ma vie.

Argine me demanda alors, « Par quoi es-tu préoccupé Léandre ? (Elle m’avait surpris en arrivant sans un bruit.)

- Je songeais à ma mission et comment l’accomplir. », répondis-je avec un air sinistre.

« Léandre… Je trouve que tu t’isoles trop, passe du temps avec ta famille, tes amis plutôt qu’à réfléchir à ta mission en permanence. Tu te ruines la santé, tu sais. (Elle était soucieuse pour moi, mais malgré sa sollicitude, je ne m’arrêterais pas.)

- J’accomplis ce pour quoi on m’a choisi, le reste n’est que futilité que je ne peux plus me permettre. (J’étais en colère, le jour où on m’avait choisi, j’avais renoncé à tous les bonheurs que ce monde pourrait m’offrir !)

- Ne sois pas aussi borné ! Ta personne est plus importante que n’importe quelle mission !

- Laisse-moi, je dois réfléchir. Ma personne importante ? Moquerie Argine, tu sais bien que… J’ai fait un mariage sans amour, que je règne sans en avoir la volonté. Nécronion menace, je le… (Je m’interrompis, déjà qu’elle m’avait avertie dès le début19 qu’elle ne faisait pas confiance à Théodore, je ne voulais pas qu’elle le chasse.)

- Je sais, c’est pour ça que je te conseille de penser à toi. Les dieux veulent que tu accomplisses ta mission, moi, je veux que tu vives.

- Merci… J’ai besoin d’être seul, Argine. », dis-je en me voulant rassurant.

Elle partit sans attendre, mais je sentais bien qu’elle s’inquiétait pour moi. Je me reconcentrai sur mon travail et pourtant de mes yeux coulaient des larmes, mais je ne comprenais pas pourquoi. Elles m’empêchaient de me concentrer, j’ignorais la raison de leurs présences. Je me sentais terriblement seul, je n’aurais jamais dû accepter cette quête. Argine, je penserai à ce que tu as dit. J’ai besoin de toi, j’ai besoin de soutien.













Chapitre 2 : « Grégoire »
Jeux de cour, jeux du cœur
Narrateur : Grégoire

Il me parut évident que je me trouvais dans une affaire bien étrange. Le genre d’histoires que racontaient les troubadours et autres saltimbanques qui parcouraient les routes. Cela me faisait songer que dans ces contes, la princesse tombait amoureuse du preux chevalier. J’espérais au fond que cela était faux, je ne venais pas pour ça, pas pour des amourettes sans avenir. De toute manière, je n’étais ni un chevalier errant, ni de haute extraction alors, je n’avais aucune chance. J’aurais peut-être dû me taire…

Je dois admettre qu’avec mes manières mal dégrossies, ils se demandèrent bien pourquoi ils avaient envoyé un rustre pareil. Ah, Logos, dieu de la sagesse éclaire-moi de tes lumières, car je crains que je vinsse à nouveau de faire sensation par mégarde, malgré tout, le roi Augustin semblait avoir confiance en moi pour régler la situation. Ce n’était pourtant pas gagné, la princesse Clotilde avait une personnalité, euh… Colorée aussi haute en couleur que ses robes roses. Aussi haute que sa coiffure de noble dame, et bien plus haute que ses manières prétentieuses. Il y avait pourtant des choses basses chez elle, premièrement elle était petite comme une petite souris au nez mignon. Elle me prenait de haut en ayant le regard bas, elle refusait toujours de me regarder dans les yeux, et la seule fois où cela s’est produits, je crois bien qu’elle avait rougi. Je n’arrivai pas à la convaincre d’épouser son bonhomme-là, enfin faut dire que j’étais franchement manche aussi et que je n’y connaissais rien en princesse ou même en mariage tout simplement. Je n’étais pas mariable selon mes parents, tant j’étais idiot.


Un jour, je la croisai dans le jardin et je lui demandai un peu gauchement, « Pourquoi refusez-vous ce mariage ? Je veux dire… C’est… Un peu le lot quotidien de tous, enfin voilà quoi.

- C’est parce qu’il est encore plus rustre que vous et je n’aime que les hommes avec de bonnes manières. (Elle agita son éventail de façon à me montrer son dégoût. Quelle garce !)

- Si je puis me permettre, je ne suis pas une mauvaise personne quitte à continuer la comparaison. (J’étais gêné, je voulais être partout sauf ici.)

- Certes, vous êtes naïf, alors cela vous donne un côté mignon et maladroit, mais lui ne l’est pas, cela lui donne des airs de brutes malveillantes.

- Je ne suis pas naïf… Vous me voyez donc comme un simplet. Comme les membres de ma famille ? (J’étais blessé par ça, j’avais l’impression que seul Charles me considérait, parfois.)

- Bien sûr, le roi des simplets, mais mon idiot à moi. (Clotilde ne me regardait pas en disant ça.)

- Eh, vous pourtant princesse altière20, vous regardez bas quand vous me parlez. Auriez-vous peur de croiser mon regard ? (Je la dévisageai avec respect.)

- Peut-être pas si stupide finalement. (Si on pouvait dévorer quelqu’un par la vue, elle l’aurait sûrement fait. Aha aha, et merde…)

- On n’a rien à faire ensemble, on ne devrait pas. (N’entretenons pas de faux espoir, ça serait mal, n’est-ce pas ?)

- Qu’est-ce que tu appelles « faire ensemble » ? »

Clotilde me toisait d’une manière qui me faisait rougir. Je balbutiai et je n’arrivai pas à m’expliquer. Ma conviction précédente, ne semblait pas vouloir tenir, c’était donc cela que ma force d’esprit. Je m’écœurais moi-même. Elle s’approcha plus près de moi, et je ne savais pas quoi faire. Elle rapprocha ses lèvres des miennes et j’acceptais le baiser en ne reculant pas devant son approche. Malheureusement, un messager nous interrompit avant le baiser fatidique. Ouf, sauvé avant la catastrophe…

Il nous annonça la venue prochaine du fiancé de ma seule et unique princesse Clotilde. Voilà quelque chose qui promettait un lot d’évènement intéressant. Elle avait l’air contrarié par la situation et elle renvoya le messager d’un geste de la main. Je le savais, si je voyais son promis, alors, je saurais pourquoi elle le rejetait ou au moins, je pourrais m’en faire une idée.

Elle me murmura ensuite à l’oreille, « Si tu veux me montrer ce que tu appelles « faire ensemble », passe plus tard dans ma chambre. »

Elle partit ma dame, mais elle me laissait le fard aux joues et le cœur battant. Je l’aimais, je le crois bien et j’étais prêt à prendre son invitation. Cela me rappelait mon adolescence, les filles appréciaient les simplets dans mon genre, cela déniaisait un peu d’ailleurs. Mon cœur battait pareil quand ce temps-là. Je rêvassai comme un sot, me disais-je. Voilà qu’avec cette remontrance à moi-même, je commençais à devenir comme Charles toujours sérieux et droits. Il semblerait que j’ai passé trop de temps en sa compagnie et qu’il ait déteint sur moi.

J’avais hâte de rencontrer le fiancé de ma dame, d’après ce que j’en savais il se nommait Hasting. Charles m’avait donné des explications sur la politique et les relations entre les deux royaumes avant mon départ. Je n’avais pas toujours tout compris, mais je savais qu’il devait avoir lieu pour garantir la paix entre Harmonija et Voima. Je me disais que je devais faire en sorte que ce mariage ait lieu, je ne pouvais pas échouer. Alors, les voir ensembles devraient sûrement m’aider à comprendre la nature de leur problème.

Je me promenai dans les jardins fleuris, cela me faisait bizarre, mais ce n’était pas déplaisant. J’avais l’impression qu’ils avaient été dessinés pour Clotilde, que de fleurs roses, des beaux iris rosées, des roses, roses pétantes, des jeunes orchidées qui montraient leurs pétales un peu rosis et qui ressemblait à des bouches. Je me laissais mener au hasard et à l’instinct dans cette petite féerie de douceur et de parfum délicat. J’aboutis ainsi dans les couloirs du château par le plus grand heur21.La princesse ouvrit une des portes, me saisis par le bras et me fit entrer dans sa chambre. J’avais l’impression que je n’aurais pas dû être là. J’avais été surpris, si on puit dire, mais la suite serait mon choix. Le lit était assez grand pour nous deux, une fenêtre aux volets clos, une ambiance tamisée, elle avait tout préparé, pour cela.

Elle s’exclama, « Alors, tu es venue finalement ! Amusons-nous un peu ! »

Je ne compris pas bien où elle voulait en venir sur le moment. J’étais un peu crétin, sur ce coup-là. Elle me prit donc les mains et les mit sur ses seins. Voilà, quelque chose qui sonnait déjà amusant. Après la jouissance, les réjouissances et puis la réflexion. Le regret, ensuite, enfin plutôt à cause du fait que nous avons tous deux failli nous faire prendre à l’acte et que j’ai dû me cacher sous le lit, et elle se rhabiller en quatrième vitesse. Tout cela faisait réfléchir, seulement le mal était fait cela m’avait donné le goût du risque.

J’avais appris à écrire plutôt rapidement, j’étais intelligent, enfin, je crois, alors j’envoyai un message à Charles qui parlait de mon amourette. J’avais profité du fait qu’il tenait à savoir, si j’arrivais à m’en sortir seul. En ces quelques jours que j’avais passé ici, il m’avait déjà envoyé au moins deux lettres, pendant ce laps de temps. Je n’avais jamais été aussi heureux de ma vie, voilà tout ce que j’avais à lui dire et je tenais à lui partager ça. C’était mon ami, après tout, il serait heureux pour moi, n’est-ce pas ?



















Chapitre 4 : « Horacétius »
La descente aux enfers
Narrateur : Horacétius

Lorsque je m’étais évanoui après avoir reçu mon châtiment, je m’étais réveillé dans la demeure céleste de Ludie. Nécronion n’avait pas menti, j’avais l’impression permanente que mon corps se décomposait. Au moins dans mon malheur, je suppose que j’avais de la chance, quelqu’un c’était soucié de moi. La déesse était venue me demandait comment j’allais dès qu’elle avait appris mon réveil ; j’avais osé lui mentir sur mon état, mais elle l’avait vu, car c’était bien souffrir le martyr que de le faire. L’honnête, ton temps était venu, je ne cacherais plus rien… Ce dieu de la mort, ne châtiait jamais pour rien, mais quand il le faisait, il ne plaisantait pas. Je n’aurais peut-être pas dû le provoquer. N’importe, nous n’en avons pas finis.

Depuis, j’avais été laissé seul ou tout du moins, j’avais perdu contact avec la réalité, l’apathie m’avait gagné. La souffrance était présente, mais je ne la prenais plus en compte, même mes émotions avaient disparu. Et c’était loin d’être agréable, j’étais comme piégé dans mon esprit, perpétuellement ressassent les évènements qui avaient eu lieu au temple de Nécronion. J’étais pris dans un cercle vicieux dont je ne sortirais pas seul. Ce petit démon, de dieu, je le détestais celui-là, il avait un sourire sadique en m’affligeant sa petite punition, atroce et cruelle. J’espérais qu’il souffrirait à l’avenir d’une façon ou d’une autre.

J’entendis alors une voix suppliante et attristée, « Horacétius, ça fait plus d’un mois que tu es ainsi. Nous avons besoin de toi. »

Cependant, cela ne me sortit pas de ma léthargie, cela atteignait à peine mon âme. Pourtant, c’était la seule voix extérieure que j’avais entendue depuis un moment, elle devait beaucoup compté sûrement. Elle murmura alors un désolé, et je me demandai bien pourquoi. La réponse ne se fit pas attendre, mon corps fut irradié d’une lumière brûlante et dévorante. C’était comme si elle cherchait à me détruire, elle était rejetée comme un corps étranger. Je réussis à prononcer mes premiers mots depuis des mois, c’étaient des suppliques. Les ténèbres avaient quitté mon corps, mais à quel prix ?

Elle dut les entendre, car tout s’arrêta.

Elle se jeta à mon cou en criant avec joie, « Enfin, ça fait des mois que je n’ai pas entendu ta voix.

-Ludie... », articulais-je surpris, je croyais qu’elle me détestait.

« Je me suis inquiétée quand je t’ai vu reprendre ta forme jeune, alors que tu tiens tellement à ton apparence de vieillard. (Elle semblait déçue en prononçant la dernière partie de sa phrase.)

- Je suis désolé… (Je lui rendais son étreinte, ça m’aidait à me sentir mieux. Un peu moins seul, pour un temps.) C’est comme si, j’étais piégé dans mon esprit.

- Les ténèbres qui entouraient ton cœur ont faillis te dévorer. Je n’ai tout du moins que pu les éloigner, tu dois te reprendre. »

Elle disait cela sur ton si sérieux, mais en même elle me serrait si fort dans ses bras en pleurant. Moi aussi je l’étreignais cela me faisait bizarre, elle n’avait jamais été aussi chaleureuse avec moi. Enfin, plus depuis longtemps.

Je lui fis remarquer, « Je pensais que tu me haïssais…

-Non, j’étais seulement déçue par ta trahison supposée. Je t’ai toujours aimé, mais pitié promets-moi de ne plus jamais prendre ton horrible apparence de vieillard.

- Moi aussi, je partage ton sentiment ; je te le promets solennellement, je resterai moi. »

J’étais sincère, mais l’était-elle ? Certains secrets doivent le rester, surtout pour des immortels, comme nous deux, espérer que l’on s’aime pour toute la vie est vain. Je l’admets, je venais de faire une promesse stupide, ma véritable apparence était celle d’un beau jeune homme et les sollicitations des filles m’avaient donné envie d’adopter celle d’un vieillard. Je sentais déjà les femmes plus ou moins jeunes qui me feraient de l’œil. Cependant, j’avais connu une descente aux enfers et maintenant la montée au paradis. Il n’y a rien de plus beau qu’aimer et d’être aimé.















Chapitre 5 : « Charles »
Jeux de dupes
Narrateur : Charles

Voilà une lettre qui ne faisait pas plaisir à recevoir. Grégoire, mon ami, pourquoi avoir commis une pareille erreur ? Je lui fis part de tout mon mécontentement sur le papier. Pourtant, je reçus un message qui ne me plaisait guère. Il me faisait savoir qu’il n’avait pas l’intention de renoncer à son amourette. Je le savais, ainsi il allait au-devant de grands dangers. Hasting, ce n’était pas un comique et il n’apprécierait pas, qu’un autre se tape sa femme à sa place. Grégoire… Que fais-tu ? Que fais-tu ? Cherches-tu la mort ? Cherches-tu le duel ? Tu auras une renommée auprès des troubadours qui chanteront ta légende, mais je ne suis pas certain que c’est ce que tu voudrais.

Je reçus alors un message de la part du roi Augustin, je le connaissais bien, il était une personne à la droiture d’âme impérissable. Cela concernait Grégoire, il soupçonnait qu’il s’accoquinait avec sa fille et il voulait que je vienne lui tirer les oreilles à ce sujet. En effet, c’est perspicace de votre part. J’appris ainsi que le fiancé de la dame allait venir et qu’il pourrait mal prendre cette affaire, surtout s’il découvrait que c’était vrai. J’enfourchai donc mon cheval en quatrième vitesse afin de me rendre là-bas. Quatre jours, enfin, un peu moins, si je me précipitais pour me rendre là-bas. Il fallait que j’arrive à tout prix avant Hasting de Voima. Grégoire, tu m’obliges à de grands efforts, ma pauvre santé n’allait pas s’en remettre.

Je songeais, pourquoi Grégoire s’était-il entiché de cette princesse Clotilde ? Je l’avais déjà vu, elle n’était point laide, mais… Je le savais, je l’ai toujours su les choses de l’amour ce n’est point pour moi, ni les femmes, ni même les hommes aussi interdit soit-il en ces temps-là, j’aurais encore préféré cela à la totale apathie dans le domaine du cœur. Certains pour ça me jugeaient dédaigneux, d’autres prétentieux voire impuissant. Les deux premiers étaient faux quant au-dernier, je n’avais pas de preuve du contraire comme de preuve que cela était la vérité. J’aurais pu être heureux, si on ne se moquait pas de moi pour ça et déjà que je n’avais point de fiancée parce que mon physique maladif leur faisait penser que j’étais maudit cela n’arrangeais pas la chose. Dans le fond, j’enviais Grégoire de pouvoir expérimenter le désir de l’amour, car pour les autres, il était normal. Peut-être que dans le fond, ma jalousie me rendait un peu trop méchant à son égard dans mes pensées. Ah mon pauvre, crois-moi, je te ferais passer l’envie de coucher avec des femmes qui vont se marier.

Nuls menaces ne s’opposèrent à moi sur la route, ce qui me ravissait, mais d’un autre côté ça me laissait songer à mes futures passions sans amours, il faudra bien un jour s’y résoudre. Je me noircissais l’humeur pour des stupidités, avoir un héritier, c’est tout ce que l’on me demandait. Grégoire, malgré toi, tu réveillais en mon cœur de nombreux tourments.

J’arrivais, enfin, devant ce sinistre castel22, c’était surtout fortifié pas de place pour la décoration ou la beauté. Un grand donjon servait de lieu de résidence pour le souverain, d’austères pierres le composaient froides et dures similaires à la sévérité de leur souverain. Cependant, depuis que sa fille était là, elle avait essayé d’adoucir les lieux, elle s’était fait un jardin dans la cour centrale, afin de meubler ce sombre péristyle qui m’effrayait enfant quand mon père m’emmenait avec lui, visiter son ami. Lorsque je fus à l’intérieur, j’eus une discussion intéressante avec le roi Augustin, ami de mon feu père. Cela étant dit, il me fallait parler à Grégoire, et à cause de ça je n’arrivais pas à me concentrer vraiment sur ses propos, ainsi, je ne retins que peu de choses de cet échange. Le roi, ce vieux renard rusé, s’aperçut bien que j’étais préoccupé par autres choses, et me laissa rejoindre mon ami.

Je le trouvai à regarder les fleurs du jardin assis sur un banc de pierre. Le lieu était charmant, maintenant, Clotilde avait un excellent sens de la décoration. Il avait un sourire agréable, en contemplant les lilas roses, il me paraissait sincèrement heureux et en tant qu’ami cela me faisait plaisir de le voir ainsi, mais en tant qu’ami c’était aussi mon devoir de l’avertir du danger qu’il le guettait et d’essayer de l’aider.

Je le pris à part et lui dit à la fois calmement et sévèrement, « Il est temps de mettre un terme à ton idylle, elle ne va t’attirer que des problèmes.

- Tu ne comprends pas ! Ce n’est qu’une passade avant son mariage ! (Il était furieux contre moi.)

- Oui, en effet, je ne comprends pas ! Tu peux la désirer autant que tu veux, peut-être bien le faire une fois, mais tu ne peux pas continuer ainsi ! (Je ne devrais pas m’énerver contre lui. Le pauvre…)

- Tais-toi ! Tu ne comprends pas ce que je ressens, tu traites ça comme si c’était facile. (Ça me faisait sentir honteux, il n’avait pas tort, je n’étais pas dans sa situation après tout.)

- Je suis désolé, en effet, j’en suis incapable, je ne suis pas dans ton cœur. Cependant, prends garde à toi, car cet Hasting, te tuera s’il te prend au fait. »

Il serrait son poing si fort qu’il en tremblait de colère. Cela se voyait qu’il se retenait de me coller une droite.

Grégoire articula méprisant, « Je l’affronterai s’il le faut et je suis prêt à mourir pour mon amour. Je n’ai pas d’ordres à recevoir de toi ! »

Il me bouscula et partit avant même que je n’eus le temps de répliquer quoique ce soit. Je songeais cependant à une chose, cet homme ne se vengerait pas que sur lui, peut-être bien que ce qu’il fera à elle sera bien pire que la mort. Il fallait que j’arrête ça avant qu’il ne se produise une catastrophe. Cela serait un handicap presque insurmontable à la quête d’union de tous les royaumes de Léandre et puis, je ne voulais pas perdre mon ami, après tout, c’était de ma faute s’il était devenu chevalier et s’était retrouvé dans cette situation. Tout ne pouvait aller que de mal en pis, déjà que cet Hasting n’était pas une étoile de lumière, mais de ténèbres, cela ne pouvait que mettre de l’huile sur le feu. Il… Je… Je n’arrivais plus à formuler de pensées claires.

Lorsque, j’errais près des murs qui délimitaient le jardin intérieur, une voix me sortit de ma confusion, une qui était pleine d’assurance disant, « J’ai entendu votre conversation… Vous pensez vraiment qu’il peut le tuer ? (Elle semblait réaliser qu’elle l’avait peut-être mis en danger.)

- Clotilde… Vous aussi… Il pourrait vous faire du mal… (Je la regardai avec grande inquiétude.)

- J’essayai de faire annuler ce mariage, je trouvais votre ami plutôt charmant alors j’ai voulu l’exploiter à cet effet. (C’était mesquin. Grégoire le savait-il au moins ? Peut-être bien, il avait appelé ça une passade après tout… Ou était-ce pour m’apaiser ?)

- … Le pauvre, vous allez lui briser le cœur voire le faire tuer. Vous sous-estimez la cruauté de cet Hasting.

- Je sais déjà ça… (J’aurais pu lui pardonner, si elle avait ignoré la menace.) Pourtant, il y a peut-être une échappatoire à ce problème. Vous êtes célibataire et un roi d’un royaume puissant avec bien des alliés, vous êtes un excellent parti. »

Elle s’était mise de telle sorte à ce que je ne puisse pas partir sans la bousculer. Je ne pouvais tout de même pas faire ça. Elle me plaqua contre le mur, ce n’était pas difficile, je n’étais pas ni fort, ni bien massif. Je ne savais pas quoi répondre, j’avais peur d’une guerre, si je refusais. Je ne voulais pas ruiner, les projets d’alliances de ce pauvre Léandre, il avait tant à penser que je ne pouvais pas non plus lui coller une guerre sur le dos.

Elle continua, « Je ne suis pas assez belle pour vous ? (Clotilde se redressa, mais elle me dominait toujours, elle était plus grande que moi.) J’avais entendu dire que vous étiez dédaigneux et froid comme le marbre, cela est donc la vérité. »

Je répondis piqué, « Non, je ne le suis pas ! Je… Je… »

Mon cœur battait si fort que je croyais qu’il allait exploser. J’avais l’impression de défaillir, je voyais trouble, je n’arrivais presque plus à tenir debout. Je m’écroulais alors contre le mur, mais il me soutenait et me maintenait debout, enfin, tout du moins, il m’empêcha de m’exploser directement contre le sol. Je n’avais pourtant pas entièrement perdu connaissance et je sentais son souffle dans mes cheveux.

Je sentais son inquiétude, mais elle n’arrivait sûrement pas à dire quelque chose. Les mots me restaient dans la bouche, je crus m’étouffer avec ma langue en essayant de parler. Je ne me serais jamais cru aussi sensible, j’ai échoué à acquérir la froideur, à transformer mon cœur en pierre. Je repris un peu contenance quelques minutes plus tard, même si c’était toujours le mur qui me portait.

Elle me murmura à l’oreille, « Tout va bien ? Je suis désolée, si je t’ai mis mal à l’aise. (Elle me parut relativement sincère.)

- Non, je vais bien… Je suis désolé… (Je mentais allégrement, mais je le savais je devais sûrement être pâle comme un mort.) Je vous présente mes excuses pour vous avoir fait peur. »

Je me relevai avec une certaine maladresse, après tout ce mur n’était pas un mur porteur. La proposition qu’elle m’avait faite méritait tout de même d’être réfléchis. Clotilde me dévisageait comme si elle ne croyait pas à ce que j’avais dit. Elle n’aurait pas tort… Je savais pourtant que je me devais de faire une chose présenter mes excuses à Grégoire. J’avais été peu compatissant à son égard. Je ne le trouvais point, il avait dû partir bouder quelque part dans un coin à l’abri de tous les regards.

Cependant j’avais entendu dire que Hasting devait arriver aujourd’hui, je mettais donc installé aux remparts pour le voir arriver. Les paysages d’automnes étaient si beaux, les arbres à feuilles caduques, avaient perdus leur feuilles qui était devenu mordoré et qui jonchaient le sol, lui donnant un tapis doré. Les épineux, montraient leur force en gardant leur pique se préparant aux premières neiges qui vêtiront ses épines vert sombre, d’un blanc délicat et pur. Tenez, mon anniversaire était dans six jours, le six décembre, j’aurais vingt-six ans. Quel bel âge à atteindre pour une constitution si fragile !

Je continuais de songer à cette proposition, ce mariage, pourtant je n’arrivais pas à trancher. J’avais besoin de me marier, mais d’un autre côté, je ne le voulais pas. Je soufflais agacé, j’avais les mains posées sur les créneaux, cherchant dans l’horizon la réponse à mes interrogations.

J’entendis alors Grégoire dans mon dos me dire, « Clotilde m’a parlé de votre « futur » mariage.

-Je n’ai pas encore donné de réponses, calme tes ardeurs, jeune galant », répondis-je distant sans même me retourner.

« Par respect pour notre amitié, tu aurais dû répondre non et ne même pas considérer cette option. (Dit l’homme qui fornique avec une fille quasiment mariée. Je me tournai vers lui, il pleurait de rages.)

- Je considère cette option, car je ne m’appelle pas Hasting et que je ne tuerais pas un homme pour avoir couché dans le même lit qu’une femme fiancée. À bon entendeur. »

Il demeurait muet et à un point inquiétant, il me colla un soufflet qui me fit tomber à terre tant il avait été donné avec sincérité. J’en étais tellement choqué que je ne sus quoi dire. Grégoire lui-même semblait sidéré par ce qu’il avait fait. Pourtant machinalement, il me plaqua au sol, j’essayais de le repousser, mais il était trop fort pour mon corps frêle. Je pensais qu’il allait me tuer à m’écraser de la sorte, mais il finit par s’effondrer en pleurant sur ma poitrine. Je le serrais dans mes bras, je craignais le fait qu’il puisse changer d’avis.

Il balbutia, « Je m’excuse… »

Je décidai de ne pas relever la faute23.

Je répondis désespéré par son comportement d’enfant, « Grégoire… Je te pardonne, mais tu m’écrases.

- Comme je suis écrasé par mes sentiments.

- J’ignorais que tu étais poète ! », m’exclamais-je sarcastique.

Il sourit avec un sourire empli de larmes. Il se releva et s’assit contre un des créneaux. J’eus dû mal a ne serait-ce que m’assoir ; il m’aida et on se retrouva côte à côte appuyé contre les pierres. Il ne disait rien et moi-même je n’osais pas.

Il finit par formuler quelques paroles, « Ce n’est pas tant que je sois poète, c’est seulement que je me sens écrasé par cet amour. C’est comme s’il était un poids sur mon cœur. (Je me sentais mal pour lui, surtout s’il se sentait aussi présuré que moi tout à l’heure.) Si tu choisis de l’épouser, tu as mes plus beaux souhaits de vie heureuse et que les noces soient belles.

- Cela a l’air de te faire souffrir… (Oui, cela était clair comme le cristal, cela s’entendait à sa voix.) Et je te l’avoue, je ne suis pas nécessairement pressée de me marier. Je verrai bien ce qu’il en est quant à la réputation de cet Hasting. »

Je regardai un peu le vide, je ne savais guère quoi dire. Mon esprit errait dans le néant et ses recoins les plus sombres, j’avais un peu perdu contact avec la réalité. Tant et tellement que je ne m’aperçus pas que je crachotai du sang, que Grégoire m’avait brisé une côte, qu’elle m’avait percé un poumon que je m’étais évanoui sous le regard paniqué de mon ami. Tout cela, pourtant n’avait pas atteint mon esprit c’était comme si cela n’était pas important pour lui. C’en était sidérant, oui, c’est le terme, je crois bien ?

Quand ce qui tracassait mon âme s’envola enfin, je m’aperçus que j’étais dans un lit, des bandages au niveau des côtes. Grégoire pleurait comme une madeleine, j’avais l’impression d’être mort à l’entendre gémir de la sorte, dans un sens, cela me montrait qu’il tenait à moi au moins, enfin, j'espérais surtout des excuses de sa part. Je crois bien qu’il ne réalisait pas sa force, ce pauvre géant. Je lui ébouriffais les cheveux de la main, il releva la tête surpris, il me prit dans ses bras et je crus qu’il allait m’étrangler tant il me serra avec la puissance de son affection.

J’ironisai, « Tu tiens donc à me briser de nouvelles côtes ! »

Il me laissa donc respirer et balbutia des excuses. Il était un peu simplet, mais il avait la bonté du simple, de celui qui aime sincèrement, de celui qui blesse par maladresse plus que par méchanceté et qui s’en repent avec une simplicité honnête et honorable. Grégoire m’expliqua qu’il devait prévenir les autres quand je me réveillerai. Il partit donc précipitamment. Je me demandai bien ce qui pouvait les préoccuper autant qu’on doive les avertir de mon réveil. La réponse à ma question ne sut tarder à être donné.

Un homme bâtit comme un ours rentra dans la pièce. Tout mon être fut impressionné par sa taille, un géant, de deux mètres de haut. Ludie protège-moi ! Il inspirait le respect rien que par sa présence. Il avait les yeux d’une couleur étrange, une couleur qui rappelait les marécages. Pourtant, il n’était pas laid, mais son visage n’avait pas la finesse du marbre et semblait être une statue taillée maladroitement au biseau d’un tailleur de pierre aspirant, mais qui avait déjà un talent grandissant. Il avait un nez aquilin, mais probablement pas de naissance, il avait dû être cassé à de nombreuses reprises ce qui lui avait donné une bosse au centre. Il me fit un sourire qui semblait être le sourire des personnes qui souriaient quand de rares occasions. Il prit une chaise et s’assit en face de moi. Il posait ses mains bourrues sur ses genoux calleux. Il était impressionnant autant que le contraste entre nos deux physiques.

Il s’introduisit ainsi, « Voici donc celui que ma chère fiancée veut épouser à ma place… (Je fus choqué et je ne comprenais pas bien.) En effet, jeune souverain, dit Le Juste, je suis Hasting. Rassure-toi, ce n’est pas moi que ton ami est allé quérir, mais je l’ai entendu passer dans le couloir, donc me voici.

- Tu es là pour me tuer ? (Je le dévisageai effrayé.)

- Quoi ? (Il eut l’air sincèrement surprit.) C’est à cause de ma réputation, c’est ça ?

- Peut-être… (Je me rassurai un peu. Il n’en avait peut-être pas l’intention immédiate.)

- Je ne suis pas fâché, (A un autre, mon cher, va le dire.) tout du moins ni contre toi, un innocent, ni contre ton ami qui couche avec ma femme. Enfin, si je l’étais, mais quand j’ai vu qu’il était un naïf et un simplet toute ma colère a disparu. (Il me sembla honnête au moins sur ce point-là.)

- Je suppose que vous ne venez pas là seulement pour me dire ça. Vous avez quelque chose en tête. (Je lui donnai le regard le plus suspicieux de la terre.)

-Perspicace ! Vous savez, j’ai une sœur et je me disais qu’une alliance entre nos deux royaumes serait bénéfique et j’ai un bon argument, si vous en convenait, je m’allierai aussi à Resregis, le royaume de Léandre, son projet est amusant. La déesse de la guerre, Sota, notre grande protectrice, ne nous en voudra pas, après tout, c’est le projet des dieux.

- Je n’aurais jamais pensé recevoir autant de demande en si peu de temps. Cependant, faisons ainsi, ça me paraît le mieux. (C’était le genre de type qu’il fallait énerver, puis de toutes manières, cela avançait la quête de Léandre aussi.)

- À la bonne heure ! Cela étant dit, je vous conseillerai de marier votre ami, car il va vous attirer des ennuis, s’il continue de viser le haut du panier. Je suis sûr que vous pourriez lui arranger des fiançailles tout à fait convenables. (C’était un entremetteur, dis donc.)

- Le problème est plutôt de le convaincre d’accepter. Il est plutôt têtu quand il s’y met.

- Je le ferais fléchir vous verrez, en lui faisant comprendre ce qu’il risque à s’entêter. (Il s’apprêta à partir, puis il se retourna à l’entrebâillement de la porte.) Au fait, j’ai emmené ma sœur afin de vous la présenter, je ne vous en dirais pas plus. »

Attendez ? Comment savait-il que j’allais venir ici ? Il me semblait qu’il avait prévu quelque chose. Il quitta entièrement la pièce, et il fut remplacé par une jeune femme. Elle avait les mêmes yeux couleurs marais que Hasting, pourtant il y avait quelques différences, elle avait un visage bien plus fin que lui. Elle aussi avait le nez cassé, il faut croire que c’était de famille. Elle était un peu plus petite, cependant, au moins, elle ne risquait pas de m’écraser en une étreinte. Elle se jeta sur moi pareillement à Grégoire, je crus qu’elle allait me briser les côtes tant elle me serrait dans ses bras. Non, je n’avais rien dit en fait. Elle était autant brute que son frère et j’étais sûr qu’elle avait la maladresse mon pauvre ami.

J’ironisai, « Arrêtez ! Vous allez défaire ce qui a été refait. »

Elle me lâcha cette belle brune à forte poitrine. Elle s’assit sur la chaise où était précédemment son frère. Elle semblait un peu gênée et elle plissait sa robe de nervosité.

J’essayai de briser la glace, « Quel est ton nom ? Ton frère n’a pas pensé à me le dire…

- Éveline… Je suis désolée de vous avoir écrasé, mais vous voir dans cet état m’a ému. (Ce mariage promettait d’être intéressant.)

- Bien… (Je regardai encore un peu dans le vide.)

- Parlez-moi de vous ! (Elle me faisait un charmant sourire. Je ne pus m’empêcher de lui rendre.)

- Moi ? Je suis roi, seul, maladif, j’ai les côtes brisées et je me nomme Charles. Cela vous convient-il ? (Elle fit la moue.)

- Cessez de vous dépeindre comme un misérable ! (Elle me toisait d’une façon qui me fit rougir de honte.) Vous êtes un beau jeune homme, un peu pâlot et maigrichon, mais il faut de tout pour faire un monde. Le fait que vous soyez imberbes, vous donne un air prépubère (Ça me faisait sourire.), mais votre véritable âge se lit sur votre visage et dans vos yeux. Je suppose que je ne suis pas la seule femme qu’il y ait eu ?...

- Vous pourriez être surprise, belle jeune fille aux yeux marais. (Le terme marais la fit tiquer.)

Un air supérieur,
Des lèvres comme écrin
Des mots empruntés au divin,
Un regard qui juge mes torts.

Moi, roi d’une terre
Elle, reine du royaume des cœurs,
Le mien étant devenu une pierre,
Le chœur de l’amour n’y fait pas entendre sa clameur. »

Elle ne savait pas bien comment réagir à ça. Éveline rougissait, elle me semblait être une bonne personne. Je ne pourrais jamais l’aimer autant qu’il le faudrait, mais ce n’est pas non plus comme si je pouvais aimer qui que ce soit de cette manière, cependant je la traiterai de la façon la plus parfaite possible. J’étais content de la situation. J’aurais un beau mariage, je n’aurais jamais cru que cela finirait comme ça un jour.





























Chapitre 3 : « Grégoire »
La menace du cœur
Narrateur : Grégoire

J’appris que mon ami allait se marier à la sœur de ce Hasting, voilà une situation inattendue. Qu’il soit heureux ! Je l’avais vu quelques fois, pendant qu’ils préparaient tous deux la cérémonie. Elle était gentille avec moi, et ça me paraissait une bonne nouvelle pour lui. Pour le peu de fois que l’on s’était vu, elle s’était intéressée à moi, enfin, surtout pour me demander des choses au sujet de Charles, mais j’appréciais le fait qu’elle m’écoutait parler sans jamais m’interrompre au milieu d’une phrase, et qu’elle ne semblait pas me juger. Elle était un peu comme lui, sur ce point-là et je songeais alors que ma famille n’avait décidément aucune patience pour moi. Cependant, je ne pouvais pas voir ces deux noces, enfin, plutôt, je ne voulais pas les voir surtout celle de la fille que j’aimais. Je m’apprêtais à partir lorsque le fiancé de ma dame me saisit par le bras.

Il me demanda impérieux, « Où vas-tu donc ? »

Je répondis sarcastique, « Je vois bien que ma présence n’est pas requise, messire. Je prends donc congés.

- Qui t’en a donné le droit ?! Quoiqu’après tout, tu te croies bien tout permis ! (Il me barrait la route.) Tu oses faire l’amour à ma future femme et partir sans même t’en excuser ! Tu n’es pas qu’un sale insolent ! (J’étais courroucé.)

- Tu veux me tuer, c’est ça ?! Charles m’a prévenu ! Vas-y fait le ! », hurlais-je fou et peut-être un peu remplie de bravade.

Hasting semblait rire de mes déclarations enflammées. Il me plaqua contre le mur d’un des couloirs. Je n’en menais pas large.

Il répondit à mes vanteries, « C’est mignon… Mais tu es bien naïf dis-moi. Tu n’es qu’une passade pour elle. (Il avait l’air de m’apitoyer sincèrement, ça m’énervait encore plus.) Elle ne vaut pas que tu te ruines dans une passion destructrice. Tu risquerais de devoir te battre pour elle, mais on ne se bat que pour quelque chose qui en vaut la peine.

- Je suis prêt à me battre contre toi, s’il le faut, car elle vaut ma vie.

- Quoi ? As-tu au moins écouté ce que je t’ai dit ? (Il souffla agacé.) Soit, je t’affronterais dans une heure ou deux. Prépare-toi bien ! »

Il partit l’air déçu, je me sentais un peu idiot maintenant. Voilà, quelque chose qui aurait pu être évité si je mettais montré moins belliqueux. Il me fallait travailler sur cela, mon but était de garantir la paix et non pas la guerre. Enfin, se guérir de l’impulsivité, c’est comme la mort, c’est incurable. Je songeais que je savais à peine me battre, et que j’allais mourir bêtement. Je n’osais même pas aller voir Charles pour lui dire qu’il avait raison, je n’osais même pas aller voir Clotilde pour m’expliquer. J’étais paralysé par le stress, je ne savais plus quoi faire. Les dernières heures avant le duel étaient pensées comme des secondes. Il était temps de rencontrer ma destinée, mourir ou survivre, perdre ou gagner, ça me troublait. Je m’interrogeais bien trop sur les conséquences de mon action. Pourtant, rien ne pourrait plus les éviter, alors à quoi bon…

Je me rendis donc sur le terrain d’entrainement, dans un état second. Hasting m’attendait là, il eut un regard inquiet pour moi. Il vit la façon dont je tenais mon épée, et il affichait un air méprisant.

Il me demanda avec dédain, « Tu es sûr que tout va bien ?

- Oui, bien sûr… Tu te dégonfles ? », je n’arrivais pas à faire sonner mes mots menaçant.

« Non… Seulement, je me sentirais insulté que de vaincre un adversaire aussi aisément. Tu n’y connais rien avoue-le ! (Il me toisait, comme un paon qui s’apprêtait à faire la roue.)

- C’est vrai ! Mais ça ne m’empêchera pas de me battre ! », répliquai-je avec détermination.

Hasting pointa sa lame vers moi avec une expression menaçante, mais je voyais bien qu’il ne souhaitait pas m’attaquer. Je ne savais pas quoi faire, j’essayais de le charger avec mon épée, il m’esquiva habilement et me mit un coup derrière la tête avec le plat de la sienne. J’étais sonné, je réalisais alors qu’il aurait pu me tuer s’il l’avait voulu. Je n’allais pas gâcher la seconde chance qu’il me donnait.

Cela m’obligeait à réfléchir à un autre plan, je ne pouvais pas l’attaquer de front où il me tuera aisément. J’essayais de l’affronter en me tenant éloigné de lui. Seulement, il me désarma en quelques secondes, je ne compris pas comment, il avait réussi à m’arracher l’arme des mains, en déviant ma lame et en me saisissant le bras ensuite. J’étais dans une situation délicate, il voulait me donner le coup de grâce, mais je l’esquivai en une roulade. Je ramassais ma lame au moment opportun pour bloquer son coup. Hasting fut impressionné par ça. Je détournai son épée en l’emportant par mon agilité. De la pointe de ma lame, je lui piquai le poignet, l’obligeant à lâcher son arme.

Il avait un sourire comme un soleil, j’en fus déstabilisé. Pourquoi était-il heureux ? Il venait de perdre son moyen de défense. Je me disais qu’il fallait que je l’oblige à se rendre, je ne pouvais tout de même pas le tuer, on refuserait de faire la paix avec Resregis après ça. Il esquiva habilement mon assaut et me colla son poing dans la face. Le sang coulait de mon nez. Il m’avait surpris, j’étais sonné et il me mit au tapis.

Je me réveillais confus sur le terrain d’entrainement. Hasting affichait un visage inquiet, le sang avait coagulé sur mon visage.

Il me demanda préoccupé, « Ça va ? Tu m’as fait peur tu sais… (Il m’aida à me relever.) Je n’avais pas prévu de t’assommer aussi violement, désolé, je ne contrôle pas ma force. »

Je répondis songeur, « Tout va bien, il n’y a rien à craindre, la seule chose effrayante et le fais que vous me tutoyez.

- Je ne vous tutoie pas. (Il afficha un air de gêne.) Tu… (Je le regardai avec un sourire et il se reprit.) Vous m’avez impressionné, vous êtes plutôt pugnaces, j’ai hâte de voir ce que vous allez devenir.

- Oh… C’est facile toujours un pauvre paysan, fidèle à lui-même. (Il rit.) Toujours malheureux en amour, car toujours amoureux de la mauvaise dame. (Il me mit une petite claque derrière la tête.)

- Ne sois pas idiot ! L’amour courtois, c’est pour les troubadours et leurs ballades ! (Hasting croisa les bras et il me jaugeait du regard.) Tu es un beau garçon, un peu naïf, certes, mais tu trouveras bien quelqu’un pour t’aimer à ta juste valeur. Enfin, si tu ne cours pas après l’impossible. »

Je n’étais pas convaincu par cela, mais sa façon de se moquer de l’amour courtois m’avais amusé. Cela me faisait doucement sourire et espérer qu’il n’avait pas tort. Peu de temps après cela, vint la cérémonie pour les deux mariages, ils n’avaient décidément pas le temps pour des cérémonies individuelles.

Ce jour-là, je me tenais au fond du temple dédié à Aimée, la noble déesse de l’amour et souveraine de ce genre de célébrations. Je me cachais aux derniers bancs, cela m’aidait à supporter de voir la femme que j’aimais en épouser un autre. Ils avaient mis quelques jolies fleurs en décorations, les armoiries des trois royaumes en présence et ils ne s’étaient guère embarrassés de plus. C’était simple, sans plus, ni laid, ni beau, cela était convenable. Cependant, peut-être était-ce parce que je n’y connaissais rien en mariage royal, j’avais dû m’enflammer l’esprit à ce sujet. En regardant un peu qui était à côté de moi, je remarquai qu’il y avait aussi une autre dame qui semblait contrariée par ces unions. Elle ne me paraissait pas venir ni du royaume de mon aimé, Harmonija, ni de celui D’Hasting et Éveline, Voima, ni même de celui de Charles, Cyaneus. En effet, elle portait une robe dans un style différent des autres, elle avait aussi un éventail qui représentait des montagnes enneigées, cela me rappelait un peu les montagnes que l’on pouvait trouver dans Les Terres Du Nords… Elle et ses yeux gris m’attirait le regard. Ses cheveux d’une couleur incertaine aux nuances de châtains, dénotaient parmi les autres convives. Elle était élégante et sûrement une grande dame. Alors que faisait-elle au fond ?

Elle me lança, « Pourquoi me dévisagez-vous ainsi ?

- Désolé, vous avez attiré mon regard, vous vous habilliez différemment des autres. (Elle parut blessée.)

- Ce n’est pas ma beauté qui a captivé vos petits yeux… (Elle faisait la moue.) Puis-je connaître le nom de notre insensible ?

-Grégoire, Madame. Et le vôtre ? (Je prenais l’air le plus polis que je pouvais.)

- Nives...Jeune homme qui est fasciné par le vêtement et non pas par la beauté, vous devez être sûrement de « bonne » extraction, ou alors une pie. (Je rougis honteux.)

- Ça se voit tant que ça… (Charles tu n’arriveras pas à me policer24, décidément.)

- L’utilisation du ça à la place de cela me le montre. Votre fascination pour l’habillement aussi. Votre façon de vous tenir aussi. (J’étais rouge de honte même les coquelicots ou le sang n’étaient pas aussi rouges que moi en ce moment.) Je ne sais pas qui est votre suzerain, mais il a dû vous piocher parmi la petite noblesse campagnarde.

- Vous n’avez pas idée… Je suis sûr que vous pourrez m’aider à rattraper ces mauvaises manières quoiqu’une grande dame comme vous ne devrait-elle pas être devant ? À moins que vous aussi vous soyez de basse extraction. (Elle me regarda courroucée et piquée au vif.)

- Non, je suis une princesse figurez-vous ! Seulement, je ne suis pas invitée à ce mariage. (Je la dévisageai intrigué.) Ce foutu Hasting, m’a abandonné alors que je l’aimais.

- Clotilde a fait de même à mon égard, je comprends votre souffrance. (J’avais un regard dépité.)

- J’étais venue pour ruiner la cérémonie, mais je crois avoir une meilleure idée. (Elle me regardait d’une façon que je n’appréciais pas.) Vous avez déjà fréquenté de très près une princesse, n’est-ce pas ?

- Oui, et cela m’a appris que mieux valait ne pas en fréquenter d’autres. »

Je me tus et alors elle fit de même en détournant le regard. Elle ne pouvait pourtant pas s’empêcher de poser ses yeux sur moi de temps et temps. Cela m’amusait un peu et je pourrais me laisser tenter, mais je repensais aux avertissements d’Hasting. Je devrais sûrement me contenter d’une affaire moins sordide. Enfin, rien que d’avoir osé penser que cela se tentait me montrer que j’avais le goût du risque. Un mauvais goût, si vous voulez mon avis.

























Chapitre 3 : « Argine »
Inquiétude 
Narrateur : Argine

Je me rendis pressée à ma résidence divine, le sommet du mont de la paix qui se trouvait en territoire neutre, nul n’avait jamais osé le revendiquer, aucun être ne voulait y vivre tant il était froid et rude. Cela me faisait étrange d’y retourner, je n’y allais jamais… Après tout, j’avais beau être l’esprit de la paix, il n’existait aucun dieu ou déesse de ce concept, dont je pouvais me faire la messagère ou que je pouvais conseiller. Je n’avais rien à faire là-haut, mais je songeais à ma dernière conversation avec Léandre, et je voulais être seul, alors c’était l’endroit parfait. Je regardai le paysage depuis ma terrasse qui donnait dans le vide. Le ciel était blanc, le sol était blanc, tout était blanc, un blanc d’un calme olympien, d’un lieu où l’Homme ne pourrait jamais y survivre. Il n’y avait même pas un oiseau dans le ciel, ou de ses animaux qui parfois trouvent le moyen de vivre dans les lieux les plus hostiles et impropres à la vie. Rien… Il n’y avait rien… C’était la paix la plus absolue, car il n’y avait que le néant, et dans le néant, il n’y a point de choses pour se faire la guerre. C’était à la fois apaisant et inquiétant, ce silence qui n’était rompu…

Je m’inquiétais de l’isolement de Léandre et de l’assombrissement de sa personnalité. Il lui fallait de l’aide, mais je ne savais pas à qui m’adresser. Théodore avait ses propres problèmes à résoudre, et je ne voulais pas l’appesantir de plus de tracas. Je songeais alors à Horacétius, mais j’avais entendu parler de ce qui lui était arrivé après son accident avec Nécronion, et j’abandonnai cette idée. Qui plus est, il était parti et avait abandonné Léandre, je ne pensais pas que celui-ci lui est pardonné comme ça. Je pensai alors à ses amis, son beau-père Alexandre et lui n’était pas très proche, quant à Charles leur relation se limitait à des relations cordiales. Il ne restait plus que sa femme Gwendoline. Je ne saurais pourtant pas quoi lui dire. La situation était un peu délicate à expliquer. Je veux dire par là qu’ils ne se parlaient jamais, ils faisaient toujours chambres à part. Je l’avais interrogé une fois à ce sujet, je me rappelais bien comment la conversation avait tourné.

J’avais demandé, « Gwendoline, comment se porte votre mariage à tous deux ? 

- Cela vous intéresse-t-il vraiment ? », avait-elle répondu en se retournant vers moi.

« Bien sûr ! En tant que conseillère et ministre principale du roi Léandre, il est de mon devoir de me préoccuper de ses affaires privées. (Elle me donnait une tête qui indiquait qu’elle était contrariée par ce discours.) Et je suis son amie aussi, et je veux l’aider.

- Ce n’est pas que c’est mauvais. Il ne m’aime pas et c’est réciproque. On aurait pu être ami, au moins, mais il s’est tellement concentré sur sa mission que je n’arrive pas à lui parler et je ne suis pas la seule. Il n’y a que toi qu’il écoute encore un peu. (Gwendoline avait été désespérée.)

- Je vois, je comprends mieux. (J’avais été d’autant plus préoccupée.)

- Alors, veuillez ne plus me parler de lui, très chère Argine. » avait-elle dit sur un ton si ironique.

Cela s’était passé, pendant que Théodore était parti à Astéri pour recruter son frère et que Charles venait à peine de rentrer des Terres du nord. Une belle saison d’été en perspective, cela avait annoncé, mais cela était si peu chaleureux, maintenant que j’y repensais, la situation était tendue, comme le jour de leur rencontre, pourtant quelques mois étaient passés, le jour de cette conversation, et désormais cela faisait un an. Nous étions fin décembre et ils s’étaient mariés fin novembre de l’année dernière.

Il ne restait personne pour l’aider sauf moi, et j’échouais, cela devait être quelqu’un d’autres. Je ne pouvais pas faire ça toute seule, ce n’était plus possible. Je connaissais pourtant la réponse à ce qui me tourmentait, je connaissais le nom de celui que je devais choisir et je n’osais pourtant pas agir.

J’entendis alors une voix derrière moi, elle disait, « Argine, ne devrais-tu pas être avec Léandre ?

- Horacétius ! (Je me retournai.) Tu as changé !

- J’ai fait une promesse… (Il avait un regard étrangement distant.)

- Je ne savais pas que vous étiez un esprit avant les évènements avec Nécronion. Je veux dire, j’avais toujours soupçonné quelque chose, mais je pensais que seul un de vos parents étaient d’ascendant divin, un dieu, une déesse, ou un esprit… Je pensais que les deux, l’étaient.

- Je ne le suis pas. (Je le suppliai du regard de tout m’expliquer.) Les vôtres m’appellent sang-mêlé, tout du moins. Un démon, un esprit, c’est la même chose, mais pas le même camp, alors on me donne ce nom-là parfois. Ce n’est pas important, dans une moindre mesure, on peut dire que je suis esprit, même si je sers l’humanité et pas les dieux. »

Je dois l’admettre quand il avait son apparence de vieillard, je n’aurais jamais pensé qu’il puisse avoir été beau et jeune, un jour. Ses cheveux bruns tiraient sur le noir, c’était plutôt banal, mais il avait un joli visage qu’ils habillaient avec élégance. Son regard était étrange, ses yeux d’un bleu azure avaient des points d’ors comme le lapis-lazuli. Un petit nez aquilin, venait surmonter son visage, afin d’ajouter, une touche originale à un être qui pouvait sembler parfait. Cela le rendait d’autant plus beau. Il paraissait fort et à la fois faible, comme quelqu’un qui souffrait infiniment et essayer de continuer sa route malgré tout. Il semblait porter le poids du monde sur ses épaules. Décidément, c’était bien tel père tel fils. Je me demandai bien quel genre d’éducation catastrophique, il avait bien pu lui donner. Il aurait dû me le confier, ou à quelqu’un d’autres de confiances. Horacétius élever un enfant ? C’était comme une vache qui donne naissance à un cheval, c’était improbable.

Il était étonné par mon subit silence, si bien qu’il me demanda, « Qu’as-tu Argine ? Pourquoi restes-tu muette ?

- Rien… Ton apparence m’étonne seulement… (J’étais un peu décontenancé.) J’ai aussi souci de Léandre, il se renferme de plus en plus et cela m’inquiète.

- Argine, cela est peut-être ma faute. Les ténèbres entourent mon cœur et à cause de ça, je me suis toujours montré solitaire dans ma quête. Il a peut-être pris exemple sur moi. (Je ne l’avais jamais entendu si honnête et direct. C’était un bon père, il reconnaissait ses fautes, et je voyais bien que même s’il l’avait adopté par devoir, il l’aimait comme un véritable parent.)

-Tu n’as pas que changé physiquement, il semblerait… Tu es bien honnête, en ce moment.

- Oh oui, c’est certain. En même temps, quand Nécronion te condamne à souffrir le martyre à chaque mensonge que tu profèreras, ça te passe l’envie. Je parlerai à Léandre, non, nous parlerons à Léandre. Il nous faut l’aider, le sauver et ne pas le laisser tomber.

- J’ai déjà échoué à le convaincre de s’ouvrir à moi. », avouais-je honteuse

Horacétius sembla songeur, il me prit la main délicatement et me rassura, « Ne t’inquiète pas, il nous écoutera, si nous sommes tous les deux. Il saura ainsi que nous sommes là pour lui. Il se sentira moins seul. »

Je voulus bien le croire, et nous nous rendîmes tout deux auprès de lui. Léandre était dans la salle du trône assit nonchalant, avec un air appesanti, comme une statue qui représentait un roi tracassé et résigné à son sort. Il dévisagea Horacétius dès qu’il nous vit et je ne serais point l’en blâmer tant il avait changé. Pourtant, il sembla le reconnaître.

Léandre s’exclama, « Horacétius ! »

L’interpelé répondit fière qu’il l’eût reconnu, « Oui, avant que tu ne me le demandes, j’ai fait une promesse, c’est pour cela que je ressemble à ça désormais. (Il ne parut pas décontenancé.)

- Où étais-tu ? (Il avait l’air furieux.) Tu m’as abandonné ! Tu m’as élevé et tu as disparu sans rien dire ! (Il serait le poing, les larmes lui montaient aux yeux et moi, j’étais de son côté. Je ne pouvais pas ne pas l’être.) Comment oses-tu reparaitre devant moi tout sourire et sans même t’excuser ?! (Il pleurait des larmes de rages.)

- Pardonne-moi… (Horacétius cherchait avec sa main la mienne pour se sentir soutenu, je lui donnai discrètement. Je sentais bien, qu’il regrettait toute cette situation.) J’avais une affaire urgente à régler, je… (Des larmes perlaient autour de ses yeux.) J’essayais d’adoucir Nécronion, mais…Il…Je. »

Je l’interrompis avant qu’il ne finisse par s’étouffer dans sa tristesse, « Nécronion l’a puni pour ça, chaque jour de sa vie sera comme une lente agonie, utiliser sa magie équivaut à la douleur d’une mort et mentir lui arrachera une douleur intolérable. (L’expression de son fils adoptif était illisible, je ne savais pas, s’il était indifférent ou s’il était trop en colère pour montrer son inquiétude.) Il a beaucoup sacrifié pour permettre les projets divins. Je crois qu’il est temps de vous réconcilier. »

Léandre semblait toujours en colère, Horacétius lui tendit ses deux mains. L’élu se jeta dans ses bras, ils se serraient tout deux comme un père et un fils. Je m’apprêtais à partir quand ils m’attiraient tous deux dans leur embrassade25. Je compris alors que Léandre n’avait que besoin d’être réunis avec son père adoptif. Au moins, il avait retrouvé un autre conseiller et il avait pu résoudre une de ses inquiétudes et qui même s’il n’en parlait pas, j’étais sûr qu’il avait dû souffrir beaucoup de cette disparition subite. Cependant, ils s’étaient réunis désormais, et j’étais certains qu’ils allaient se pardonner, un jour ou l’autre, ils étaient déjà sur cette voie.


















Chapitre 2 : « Ali » 
Feu de la passion belliqueuse
Narrateur : Ali
Je m’acclimatai plutôt bien à ma vie ici, ma femme Delila me manquait tellement que je songeai à la faire venir. La pauvre devait aussi s’ennuyer loin de moi. Je trempai ma plume dans l’encrier et je m’apprêtais à lui écrire un message, lui demandant de me rejoindre, si elle le souhaitait. Je levais la tête pour demander l’inspiration au nécessaire au ciel et aux divinités, quand je vis un pigeon voyageur à ma fenêtre, il avait une lettre à sa patte. Je la récupérai, il y avait dessus le sceau de mon père.

J’ouvris le message en cassant le cachet26avec un couteau.

Les premiers mots étaient, « Mon cher fils, j’ai besoin de ton aide. »

A ce moment-là, j’avais presque déjà envie de jeter le message, je connaissais mon père et il trouvait toujours le moyen de m’attirer dans des problèmes et surtout les siens. Cela étant, je décidai malgré tout de continuer ma lecture. C’était peut-être une bonne nouvelle qui sait ?

« En effet, nos chers voisins, malgré ton mariage avec leur princesse semblent vouloir nous rester hostiles. Tu es un des éléments les plus importants du royaume, alors rejoins-moi et prouves que tu es le digne héritier du trône.

Ton cher père, Omar. »

J’étais un peu perturbé par ça, je me demandai si ce n’était pas une machination de sa part pour les envahir. Il en était tout à fait capable. Je ne savais pas, si je devais répondre à sa demande. Cependant, si telle était son intention, il pourrait demander à un de mes frères et me déshériter ensuite. Enfin, je n’étais pas non plus assoiffé de pouvoir, mais quand même. Qui plus est, si j’étais déshérité, Léandre devrait recommencer à nouveau des démarches auprès d’eux pour produire une nouvelle alliance pour le projet divin. Quelle histoire complexe !

Je reçus alors un autre message transporté par un corbeau, c’était le signe que c’était Delila qui me l’envoyait. Il était fermé par son sceau qui représentait un corbeau qui déployait ses ailes. Je le fis sauter avec un couteau en essayant de ne pas l’abimer. Je voulais le conserver pour me rappeler sa présence même si elle était si loin de moi.

J’ouvris enfin la lettre, elle commençait, ainsi « Ali, mon bien aimé. Ton père souhaite conquérir, Xernes, mon royaume de naissance pour satisfaire ses ambitions ridicules. Pitié, ne le laisse pas faire. Rejoins-moi, je t’en prie.

Signée, Delila. »

J’étais choqué par ça, il se passait bien quelque chose d’étrange. Je commençai à rassembler des affaires pour mon départ précipité. Il fallait que je retourne là-bas pour éclaircir cette histoire. N’importe, si je filais comme un malpoli, la situation était trop urgente pour que je me fende en politesse inutile. J’avais un sac et je me précipitai à travers les couloirs afin de rejoindre les écuries quand je croisai Théodore avec son visage sinistre, je le trouvais effrayant ainsi.

Il me saisit le poignet et me demanda, « Où vas-tu ?

- J’ai une affaire à régler… », répondis-je avec fermeté et une faible envie de discuter.

Il ne semblait pas décider à me laisser partir, il continua son interrogatoire, « Ali, c’est ça ? Quel genre d’affaire peut-on avoir à régler à minuit ? (Il rougit gêné et je crus comprendre ce qu’il avait cru avoir sous-entendu.) Enfin, je veux dire avec des bagages en mains.

- Je peux te retourner la question. (Je décidai de jouer à fond sur son trouble.) À moins que tu fasses ce genre d’affaire que l’on peut régler à minuit. (Il était rouge pivoine.)

- Non du tout, simple insomnie. (C’est vrai qu’il avait l’air fatigué, il avait beaucoup de cernes.) Il semblerait pourtant que je pourrais peut-être te venir en aide. Tu me parais préoccupé.

- Tout t’expliquer risquerait d’être long. (Je réfléchissais encore à sa proposition, je lui tendis alors les deux messages.) Lis-les et tu comprendras tout. »

Il grimaça à la lecture de la lettre de mon père, il semblait comprendre que la situation était urgente. Il eut un petit sourire quand il lut la lettre de ma femme. J’avais un petit sourire gêné moi aussi. Pourtant, je n’avais pas à rougir de mon amour.

Il me les rendit et répondit, « En tant que personne extérieure à ce conflit, je pense pouvoir apporter une autre vision de la situation. (Il avait raison, et puis un peu d’aide ne ferait pas mal.) Si bien sûr, tu souhaites mon soutien. »

La proposition me semblait intéressante, en effet, une aide extérieure ne serait-ce pas de refus. Il fut ravi de m’accompagner quand je donnai mon accord d’un signe de tête. Je pensais que c’était un homme sinistre, mais je ne pouvais pas me tromper plus. Il avait une lumière qui éclairait son cœur et parfois elle faisait surface comme en ce moment-là.

Nous prîmes nos chevaux à l’écurie, je donnais quelques coups de brosses à ma jument, avant de la seller. J’avais toujours l’esprit soucieux, ma femme, mon père qui croire… Voilà, le nœud de mes tourments et cela ne risquait pas de s’arranger de sitôt. Ne pouvaient-ils donc pas se tenir tranquille ces deux-là ? Surtout mon géniteur.

Sur le trajet, il me lança, « Nous n’avons pas été proprement présentés ! Je suis Théodore, et toi ? »

Je répondis ironiquement, « Tu connais déjà mon nom et tu ne t’épargnes pas les familiarités à ce que je vois. 

- Je suis désolé, si je vous ai offensés. », dit-il avec modestie.

Il semblait embarrassé maintenant et cela me faisait sourire. J’avais assez à me préoccuper pour m’éviter une conversation avec un homme aussi trivial.

On put à peine faire dix pas qu’il me demanda, « Peux-tu m’expliquer plus en détails la situation ?

- Ça risquerait d’être un peu long. (Il me semblait lui avoir déjà dit ça. Au moins, il s’intéressait à sa mission, je ne pouvais pas lui reprocher.) Disons que les Terres Du Sud sont divisées en deux royaumes distincts, le mien et celui de Delila. Ils ont été longtemps en guerre pour la domination du territoire, le nôtre est actuellement le plus vaste, cependant je pensais que mon mariage avec une de leurs princesses allait instaurer une paix durable. (Je pensai à ma tendre épouse que j’aimais tellement.) Il semblerait que je me sois trompé. »

J’avais fait court, mais comment résumer de façon compréhensible, un conflit millénaire. Je pensai avoir malgré tout fait quelque chose de bien. Enfin, quelque chose qui lui donnait un aperçu de la situation actuelle. Théodore avait un air si sinistre et je voyais bien qu’il ne savait pas quoi dire. Je songeais alors à détourner le fil de la conversation. Cela me ferait du bien aussi.

Je lui demandai, « Au fait, comment vas-tu depuis ta convalescence ? (Je pensais maintenant que c’était une question osée.)

- Bien… (Menteur ! Menteur ! Voilà ce que je pensais.) Ce n’est pas l’épreuve la plus difficile que j’ai eue à traverser là-bas.

- Que s’est-il passé ? (Son regard était affligé et son esprit semblait ailleurs.) Tu n’es pas obligé de répondre si c’est trop indiscret…

- Mon père et moi… Il ne m’a jamais aimé… C’est compliqué… J’étais le fils en trop, celui dont on ne sait pas quoi faire… On ne devrait pas parler de ça, parlons de choses plus heureuses. (J’étais curieux, mais plutôt d’accord. Je ne voulais pas l’embêter avec une curiosité déplacée.)

- Tu verras quand nous arriverons aux Terres Du Sud, tu seras surpris par la beauté du lieu.

- J’espère bien ! 

-Si tu veux, je peux te conter quelques légendes locales, il n’y en a des marrantes, intéressantes ou les deux.

-Je veux bien les entendre. »

Il était tout sourire et cela me réjouissait. Je pensai lui raconter la légende de l’homme qui avait sauvé un dragon, c’était quelque chose de léger, une petite fable, avec une morale, qui disait que même si on pouvait se trouver insignifiant par rapport aux autres, cela ne voulait pas dire que l’on ne pouvait pas être utile un jour. Cela sembla l’amuser un peu, pourtant j’étais un piètre conteur, si vous voulez mon opinion. N’importe cela m’occuper aussi un peu l’esprit, alors, je voulais bien lui en conter d’autres.

Tout se déroula bien, pendant le trajet, on mit à peu près trois, quatre jours en se précipitant pour rejoindre mon père, à son château. Je le vis de loin, une belle citadelle à flanc de montagne, pierre taillé et pierre naturel se fondaient l’une dans l’autre, le but avait toujours été de montrer notre technè et notre art aux autres nations. Sans pour autant dire que nous nous considérions comme les meilleurs, et se donner une image de gens emplis d’orgueils et d’hubris. Lorsque nous arrivâmes au palais, mon père nous accueillit avec un grand sourire. Je lui expliquai donc la présence de Théodore à mes côtés. Il sembla contrarier que j’amène un étranger dans nos affaires, mais il ne paraissait pas lui en tenir rigueur, par contre, c’est à moi qui l’en voulais pour avoir commis cette erreur. Pourtant pour mon retour après plusieurs mois d’absences, il décida d’organiser une fête pour célébrer ma venue.

Avant la célébration, j’avais fauché compagnie à mon père qui discutait avec Théodore pour rejoindre Delila. Elle me prit dans ses bras, car elle était tellement heureuse de me revoir. Un grand sourire avait conquis mes lèvres. Cela faisait plusieurs mois que l’on ne s’était vu et une abondante correspondance n’aurait jamais pu combler son absence.

Toute fébrile, elle me dit, « Je suis heureuse de te retrouver… La situation pourrait enfin être arrangée. J’ose espérer que ton père entendra raison et renoncera à ses projets de conquêtes.

- Tu le connais, il sera complexe de le faire fléchir, en particulier si ton royaume témoigne une réelle hostilité envers le nôtre. (Elle sembla fâchée.) Non, pas que je les accuse de quoi que ce soit.

- Tu fais bien de considérer toutes les hypothèses et tu verras bien de tes propres yeux. (Elle eut un sourire tendre.) Maintenant, il est temps de te préparer pour la fête. »

J’avais revêtu mon costume blanc serti de dorure légère qui formaient des fleurs de lotus sur les manches et sur la chemise des bébés panthères. Je me sentais ridicule accoutrés de la sorte, ce n’était pas pour moi, je préférais des tenues plus légères. Pour un surplus d’élégance, je portais à ma taille mon arme, un cimeterre. Delila quant à elle était revêtue d’une robe noire cousu de filament d’argent qui formaient autant d’étoiles brillantes qu’avait le ciel. Elle me ravit le regard à défaut du cœur qu’elle avait déjà.

Mon père avait fait revêtir quelque chose de plus à propos pour la fête à Théodore, il était simplement tout de blanc revêtu. Mon paternel quant à lui portait une chemise blanche richement décorée de fils d’or qui formaient des panthères et de fils d’argent qui représentaient les tâches de l’animal. Il portait même une peau de cet animal sur ses épaules. Il faisait montre de toute sa richesse et il montrait aux yeux de tous pourquoi on l'appelait la Panthère Du Désert.

Le pauvre Théodore semblait un peu perdu au milieu de ces festivités. Il ne devait pas avoir l’habitude, je m’assis à côté de lui pour le guider, ou au moins le rassurer. Lorsque tout le monde fut enfin attablé, mon père se leva un verre à la main.

Il commença un discours maladroit, « A mon cher fils qui est enfin de retours parmi nous. Lui qui est notre héros, il repoussera nos ennemis et nous couvrira de gloire. (Je trouvai le ton bien hostile, il ne semblait pas vouloir négocier avec eux.) Notre allié, le seigneur Léandre nous a même envoyé un représentant pour nous soutenir, nous prévaudrons. (Théodore avait l’air fière, mais il avait aussi le rouge aux joues, il voulait l’attention malgré une certaine timidité. La dualité d’un homme.) Je lève mon verre aux succès de cette entreprise et de nos projets. »

Je contre-argumentais, « Avant de songer à vaincre songeant à la diplomatie. Nulle offense n’est irréparable et je ne sais de quoi on les accuse. »

Toute l’assemblée auparavant joyeuse bascula dans un silence inquiétant. Mes paroles avaient plus à Delila. Celles-ci au contraire semblaient avoir offensé mon père.

Il argua27, « Tu fais donc cela pour les beaux yeux de ta femme, nous savons tous deux où va vraiment ton cœur et ta raison.

- Oui, à la justice. », m’écriais-je solennel.

Je quittai la table en entendant mon père crier ne t’érige pas en parangon28 de la justice. Très bien, la division entre nous deux était désormais actée et qui sait ce qu’elle amènerait.






Chapitre 5 : « Théodore »
Parangon des chevaliers blancs
Narrateur : Théodore

Après le départ d’Ali, le roi se rassit, mais la frustration pouvait se lire sur son visage. Delila était restée a contrario de son époux, elle avait seulement pris la place d’Ali et essayait de se faire discrète. Omar, (Il m’avait dit son nom quand Ali était allé chercher ses vêtements de cérémonie.) s’était tourné vers moi et essayait de paraître impassible.

Il me dit inquiet, « Es-tu prêt à nous aider ? Léandre, ton suzerain nous soutiendra, n’est-ce pas ?

- Je suis là pour analyser la situation, je ne peux pas parler au nom du roi. (Il parut troublé. Il devait sûrement compter sur moi, maintenant que son fils lui avait assuré qu’il ne participait aux guerres d’une façon si légère.) Cependant, je peux intercéder en votre faveur au regard de la situation. Je ne suis qu’un observateur extérieur après tout. »

Il sembla moins offensé par mes propos modérés que ceux d’Ali. Il vida son verre d’une façon qui ne sied guère à un roi. J’hésitai à boire le breuvage même si je ne voulais pas paraître impoli.

Delila me murmura, « C’est de l’alcool, il est un peu fort pour ceux qui n’y sont pas habitués, mais ce n’est pas mauvais. »

Elle joignit la parole au geste, et je l’imitai. Elle avait raison, je fus choqué par le goût, je bus donc plus lentement. Je n’avais pas envie de me brûler de nouveau la gorge. C’était bien trop fort pour moi, si je voulais tenir tout le dîner, il me fallait arrêter immédiatement. Je ne bus donc pas plus d’un verre. Je ne mangeais pas beaucoup, je n’avais pas faim, le repas n’était pas joyeux, Ali n’était toujours pas reparu. Son père n’était pas d’humeur à bavarder. Les autres non plus d’ailleurs. C’était parfaitement sinistre.

Delila me murmura à nouveau, « En vérité, il prend un prétexte fallacieux pour nous attaquer et conquérir nos terres. Pour une histoire de division de territoire, une toute petite oasis dans le désert. C’est anecdotique, pas besoin d’une guerre pour résoudre ce problème. 

- Vile femme, tais-toi ! », ordonna le roi qui semblait dans un état second.

« Si tu m’as entendu, tu sais que ce que je dis est la vérité. Vous ne pouvez pas le nier.

- Je ne te permets pas de me tutoy... »

Il tomba à terre en voulant se relever de sa chaise. Delila chassa les autres invités d’un geste de la main. Ils obéirent bien trop respectueux de l’épouse de l’héritier de la couronne. Je l’aidai à le relever.

Il l’invectiva pourtant, « Laisse-moi ! Je me débrouille tout seul. »

Le roi manqua de retomber en se débattant.

Il lança plus pour lui que pour nous, « Je n’aurais peut-être pas dû boire autant. (Il fit une courte pause.) Delila, merci d’avoir fait partir les invités, la situation m’aurait ridiculisé. (On passait d’un extrême à l’autre dis donc.)

- De rien… Cela étant, vous devriez présenter vos excuses à votre fils, le plus rapidement possible. (Il avait une expression difficilement lisible.)

- Nous verrons plus tard, c’est une affaire entre-nous. (Omar fit une mine encore plus indéchiffrable.) Delila fait ordonner aux servantes de montrer sa chambre à notre hôte de marque. Quant à toi, Théo, c’est ça ? (Je décidai de passer l’éponge sur le raccourci sur mon prénom. Je ne pouvais pas me résoudre à blâmer un homme ivre.) Les servantes te regardent comme un mets rare, fais-toi plaisir avec la première qui te fait des avances. »

Il s’évanouit sur ces derniers mots et moi, j’étais rouge pivoine devant ces propos déplacés. Delila et moi, nous le transportâmes à sa chambre, ensuite une des servantes me conduisit à la mienne. Je m’enfermai rapidement à l’intérieur, je me couchai sur le lit pour réfléchir. Si je résumai la situation, l’origine de la guerre venait d’un conflit pour une oasis, je ne savais pas si cela était un prétexte ou une affaire sérieuse. Il me faudrait questionner plus en détails les concernés, consulter des cartes pour savoir où exactement cela se trouvait, afin de savoir si c’était un point stratégique ou non. Je songeai encore à mon tourment, l’erreur que j’avais faite d’accepter la puissance de Nécronion pour vaincre des marauds.

J’entendis alors une voix trop connue, « Alors, comment ça va ? Quoi de beau, Théodore ?!

- Nécronion... », dis-je plein de mépris.

Il fit une moue l’air déçu.

« Pourquoi à chaque fois que je parle ou que je pose une question, on me répond en répétant seulement mon prénom ?! Et puis, pas même sur un ton de surprise, non sur un ton déçu et méprisant. Comme si j’étais une sorte de vermine indésirable. (Il avait l’air d’être dans un état second, comme s’il était ivre. Un dieu, peut-il être ivre ?)

- Tu as bu ?! (Je le dévisageai en me relevant.)

- Oui ! Et alors ça t’ennuie ! De toute manière, personne ne m’aime. Il faut bien que je trouve du réconfort quelque part. (Il versait quelques larmes en disant ça.)

- Ne joue pas les victimes, tu es en partie responsable. (Je sentais le piège.)

- C’est vrai, tu as raison… Buvons à ta gloire future ! (Il fit apparaître une bouteille et nous servit à tous deux un verre.)

- Comme tu veux… (Je tenais la boisson ne sachant quoi faire. Lui par contre l’avait avalé sans la savourer.)

- Si tu n’en veux pas, je la prends. (Je lui tendis la coupe dont il engloutit le contenu.)

- Tout va bien ? (J’étais sincèrement inquiet. Cela me paraissait trop vrai pour être simulé.)

- Oui, bien sûr, je suis un monstre indésirable, c’est tout ce que je voulais tout va bien. (Il était dans un tel état déplorable que je ne pus m’empêcher de le prendre dans mes bras.)

- C’est sûrement un piège, mais tant pis. (Il me serrait, pourtant très fort comme s’il avait peur que je l'abandonne.) Que s’est-il passé ?

- Rien… Rien qui ne concerne les mortelles. Je ne sais même pas pourquoi, je suis venu te voir. Allez, un dernier verre pour la route. »

Il se dégagea de mon étreinte et but tout un pichet sous mon regard ébahi. Il partit ensuite. J’étais un peu perturbé par ce qu’il venait de se passer. Je ne comprenais pas bien la situation. Pour ne rien améliorer, je ne savais guère comment ma soupirante faisait, mais elle trouvait toujours un moyen de m’envoyer des messages. Elle était même un peu agaçante à la longue cette Isabelle. Son prénom finissait en – belle, et elle ne l’avait pas usurpé, mais je n’éprouvais rien pour elle. Cela me chagrinait un peu pour cette pauvre fille, je n’arrivais pourtant pas à lui dire que ce n’était pas réciproque. J’ouvris la lettre, elle me parlait de sa vie de tous les jours. Ça me donnait le sourire, moi qui étais dans une situation si délicate, voir que d’autres gens avaient des problèmes plus banals, me faisaient relativiser.

À la fin, elle me suppliait d’enfin lui répondre. C’est vrai que j’avais songé qu’en ne lui répondent pas, elle se lasserait. Je me sentais un peu comme un goujat maintenant. J’essayai de réfléchir à quelle réponse lui apporter. Je n’arrivai toujours pas à lui dire que je ne l’aimais pas, mais je me décidais malgré tout d’enfin lui écrire quelque chose. Je lui racontai donc tout ce que j’avais fait depuis mon départ du château de Léandre jusqu’à cette soirée étrange. J’eus à peine le temps d’envoyer la lettre avec le pigeon qui me l’avait apporté que quelqu’un toqua à ma porte.

C’était Ali, il voulait s’excuser pour ce qui s’était passé tout à l’heure. Je n’en faisais pas vraiment cas, la situation semblait exceptionnelle au vu de son caractère. La seule chose que cet évènement m’avait appris était qu’il se souciait de la situation. D’ailleurs, c’était plutôt son père qui était offensé et non pas moi, je n’eus aucune difficulté à accepter son pardon.

Je n’eus pas le courage nécessaire pour le questionner plus en détails sur le fameux casus belli. Il partit afin de me laisser me reposer. Je m’endormis, la nuit était remplie de rêve éthéré. Cela faisait bien longtemps, que je ne m’étais pas aussi bien reposé.

Je pus enfin apprendre le nom du royaume de Delila, c’était Xernes, enfin, réflexion faite, je crois que cela était écrit dans une des lettres que m’avait donné mon ami. Elle avait réussi avec l’aide d’Ali à convaincre le roi de recevoir des diplomates pour régler cette histoire. Le père fusillait du regard le fils et le fils l’ignorait en retour, il semblerait que nuls ne se soient encore excusés ou même réconciliés.

Celui qui paraissait diriger la délégation était un des frères de Delila. Il avait des cheveux longs qu’ils retenaient par des tresses, et une peau noir mat. Si sa sœur avait fort caractères, lui était pire, on pouvait lire dans son regard qu’il était encore plus pugnace. Il nous dévisagea tous avec un regard noir.

Le roi fit tout aussi bien que lui avant de dire, « Parle, Ecthi ! Tout du moins, si tu as quelque chose à dire. (L’interpellé avait un sourire tout à fait désagréable.)

- Tu as déjà eu ma sœur en épousailles pour ton fils, et cela ne satisfait pas ton orgueil et ton ambition démesurée que tu te sens obligé de vouloir conquérir nos terres.

- Vous êtes vous-mêmes l’instigateur de ce conflit. Vous semblez l’avoir oublié. Surtout toi maudit, Prince ! »

Ils s’échangèrent des regards mortels, peut-être bien que le gagnant serait celui qui aura le regard le plus terrible.

Ali demanda alors, « Quelle est l’origine du conflit, Ecthi ?

- L’oasis de Kefnou, ce vil traître essaye de nous piquer notre part ! (Le roi sembla furieux de ces accusations.)

- C’est vous qui essayer de vous en emparer, cessez de vous moquer ! », hurla Omar.

Ils continuèrent ce duel de regard opiniâtrement. Ali ne savait pas bien quoi ajouter à ça et moi-même, je n’osais rien dire de peur d’aggraver la situation.

L’homme qui se tenait à gauche du roi s’exclama alors, « Nulle offrande ne saura réconcilier nos deux peuples, seule une guerre pourrait permettre un partage égal du territoire autour de l’oasis. N’êtes-vous pas d’accord ? (Ecthi et Omar semblaient avoir trouvé un point d’entente pour une fois.)

- Altous ! Cesse de répandre la discorde ! Je désapprouve ton idée, la guerre ne contribuera qu’à amplifier nos différends… Nulle équité ne saurait sortir de là ! », répliqua le fils du roi.

Le susnommé semblait agacé par l’intervention du prince, quelque chose me disait qu’il tramait deux trois idées ambitieuses.

Il essaya de reprendre une expression neutre avant de s’adresser au roi, « Mais bien-sûr jeune prince, la décision revient à votre père, notre grand souverain seul capable de faire un si noble choix. »

Le grand souverain semblait ennuyer par la situation et ne savait pas bien quoi faire. Il décida de prendre à part Ecthi, Ali et Delila. Ce fameux Altous me conduisit dans un endroit à l’abri des regards indiscrets une fois sortie de la salle, j’en profitai pour le regarder plus en détail. Il avait des cheveux, un peu blanchis par l’âge, mais point encore gris. Il avait un regard de vieux singe auquel on n’apprend pas à faire la grimace, des yeux bleu sombre qui donnaient de la profondeur à son visage creux. Peut-être avait-il dû être beau dans ses plus jeunes années ? Il avait un sourire qui m’inspirait pourtant une certaine confiance. Il voulait me parler au sujet de cette fameuse réunion.

« Qu’avez-vous en tête après cette réunion, chevalier Théodore ? », me demanda-t-il.

Je répondis prudent, « Je pense que la situation est plus complexe que prévu. Il semblerait que nul ne soit d’accord sur qui a démarré le conflit. Cela rend les négociations plus tendues si personne ne met de l’eau dans son vin. (Je ne voyais cependant pas comment y arriver.) Peut-être bien que quelqu’un d’extérieur pourrait adoucir la situation.

-Ah, on voit bien en vous l’esprit de paix mise en avant par votre souverain. (Il reprit un air plus sérieux.) Cependant, je crains que le prince Ali, puisse aggraver le conflit avec son attitude. Le roi ne fera que se braquer face à ce fils insolent.

- Vous n’avez pas tort… J’essayerais de lui en parler à la première occasion. »

Il avait l’air enchanté par la situation et il me fit la révérence en espérant que mon suzerain leur apporterait tout son soutien. Pourtant, ses propos au cours de la réunion m’indiquaient qu’il souhaitait cette guerre. Voilà, qu’il était tantôt Jean qui rit et tantôt Jean qui pleure, il avait donc un projet en tête, qui lui requerrait de jouer le double jeu des hypocrites. Cela me paraissait être une mauvaise chose.

Je décidai alors d’aller m’entrainer, il ne me restait plus que ça à faire de toute façon. Je n’avais pourtant que des mannequins pour ce faire et ça ne me distrayait pas plus que ça. Ils se brisaient d’un coup de lame et cela m’agaçait tout autant. Ali finit par venir ici et il avait l’air fou de rage, je lui proposai un combat amical qu’il accepta.

Il utilisait un cimeterre, heureusement que j’utilisai une épée à deux mains, car il l’aurait sûrement brisé autrement, tant il cognait avec force. Il se battait avec fougue. J’esquivai un coup qui aurait pu me décapiter. Je commençai à me demander ce qu’il n’avait pas compris dans la locution combat amical. Je bloquai sa lame de justesse avec la mienne. Ali se donnait à fond cela se voyait, il suait à grosse goutte. Il ne gagnerait pas un combat d’endurance. Je me battais avec un peu plus de retenu, je ne voulais ni le tuer, ni le blesser. Il faillit briser mon épée, j’étais un peu déstabilisé, il continuait de cogner.

Je m’exclamai, « Arrête, je ne suis pas ton ennemi !

- Pardon ! (Il s’arrêta.) J’avais besoin de me défouler.

- Je suppose que tout ne s’est pas passé comme prévu ? (Il se pinça les lèvres et je compris que j’avais marqué juste.)

- Oui, mon père et Ecthi sont des têtes de mules ! La guerre est quasiment certaine, ils refusent toute négociation. »

J’eus de la chance de ne pas avoir relâché mon attention, car dans un accès de colère, il manqua de me décapiter avec un mouvement irréfléchi du bras. Ali s’excusa et rangea son cimeterre. S’il m’avait décapité, m’aurait-il fait de pareil excuse ? Je m’éloignai malgré tout de lui de quelques pas. Je ne voulais pas prendre un coup involontaire en suite.

Il continua ses propos, « Je ne souhaite pas participer à ce massacre. Je… Ne me battrait pas. »

Il partit avant même que je n’eus le temps d’objecter quoique ce soit. Je le sentais une catastrophe se préparait… Cependant, en tant que héraut de la paix, et ayant juré d’œuvrer comme le model d’un chevalier blanc. Je ne pouvais que me permettre de combattre du bon côté. Le problème était lequel était-ce ?




Chapitre 2 : « Nécronion »
Un dieu doit tomber pour qu’un autre puisse s’élever
Narrateur : Nécronion

J’avais peut-être un peu forcé sur la bouteille, mais un dieu peut bien se permettre ce genre d’excès. J’étais avachi sur mon trône couvant mon vin, je repensai à cette entrevue avec Théodore. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi j’étais allé le voir surtout ivre mort. En plus, pour pleurnicher sur mon sort comme un minable… Quelle humiliation !

Et puis d’abords, non, ça ne me posait pas problème d’être omis de tous, d’être le concept même d’abhorrer. Alors, pourquoi est-ce que mes yeux versaient des larmes ? J’attrapai ma bouteille au pied de mon trône, avec difficulté, je fis sauter le bouchon et j’essayai de boire le contenu, mais le cœur n’y était pas. Je soupirais comme un soupirant qui pense à son aimée, en songeant à ma vie. J’entendis alors des pas résonner contre la pierre.

Je lançai en colère, « J’avais dit que je ne souhaitais être dérangé par personne !

- Allons, on n’a pas de temps pour sa mère. », dit l’intruse d’une façon si impérieuse.

Je me paralysais à l’entente de cette voix, la déesse de la vie, ma mère était juste là. J’avais dû mal à la regarder en face.

J’articulai, « Vi, que me veux-tu ?

- Vi, c’est donc ça le nom que tu me donnes, maintenant. (Je pouvais sentir son sourire mesquin.) Je viens pour punir ton insolent comportement, fils indigne.

- Et toi, alors ?! Tu es une mère indigne ! Tu m’as abandonné, car je n’étais pas un dieu du domaine que tu espérais. »

Je fis par mégarde l’erreur de ne pas la regarder par dédain, et elle me planta une dague dans la poitrine, du sang perlait sur mes lèvres. Je fus surpris par ça.

Elle articula, « Tu es indigne d’être un dieu, il est temps d’en finir. »

Je sentis alors que mes pouvoirs avaient disparu que je n’étais plus qu’un simple mortel. Je craignais ma propre mort, moi qui avais régné sur ce concept en maître pendant des millénaires, comme c’était ironique. La plus humaine de toutes les peurs, était la première qui s’offrait à moi, le moment même où je devenais l’un des leurs. Un autre pas plus lourd se fit alors entendre, je tournai ma tête et je crus distingué Horacétius de mon regard flou qui mourrait avec la perte d’un sang si vitale.

Il déclara, « Vitae, tu prends donc la divinité de ton fils !? (Il me regardait avec un mélange de mépris et de pitié.) Un filicide29 n’est pas digne de toi ! Laisse-moi porter le coup fatal. »

Elle eut l’air de réfléchir un peu puis elle eut un sourire qui me fit frissonner.

Elle dit en jubilant, « Vas-y Horacétius ! Après tout, il t’a infligé bien des horreurs avec son châtiment, tu mérites toi aussi ta vengeance. »

Elle disparut, elle lui faisait sûrement confiance ou alors elle n’estimait pas que j’étais assez digne de son attention pour qu’elle se donne la peine de rester. Je m’inquiétai un peu de ce qu’avait en tête ce vil magicien. Il s’approcha de moi, il saisit la poignée de la lame, je crus qu’il allait l’enfoncer encore plus profonds pour m’achever. Il retira l’épée et je crus qu’il voulut me voir m’étouffer dans mon propre sang, par sadisme pour se venger de son châtiment. Il posa sa main sur ma plaie, psalmodia quelques mots. Je ne sentis alors plus la douleur, ni même la blessure. En voulant, me remettre droit, je me mis cracher du sang.

Horacétius avait un air dédaigneux en disant, « De rien. Ne crois pas que je te sauve par sympathie Nécronion, j’ai besoin de toi.

- Merci. », articulais-je confus, mais sincère.

Je défaillis avant de pouvoir en dire plus, l’alcool, le choc, tout ça avait affecté mon pauvre corps de mortel désormais. Je ne sus pas ce qui s’était passé ensuite, mais je me réveillais entouré par des esprits de la forêt. J’étais empli de confusion et je me demandai bien, comment en était-on arrivé là ?

Un des esprits avec une poitrine bien trop généreuse et bien trop découverte qui me mettait mal à l’aise, eut la présence d’esprit de m’expliquer ceci, « Horacétius, nous a dit de te surveiller jusqu’à ce qu’il revienne. »

Prétentieux que j’étais, je répondis, « Ou sinon ? Que peuvent bien me faire des esprits sylvestres ? Vous êtes si frêles et fragiles.

- Tu ne veux pas savoir… »

Elle lui avait donné un tel accent de menace que je songeai qu’il ne valait mieux pas les contrarier. Les autres esprits partirent peut-être pour vaquer à leurs occupations, il ne me restait plus que celle qui m’avait parlé. Comme tous les esprits sylvestres, elle avait le visage fin, pour le reste elle avait des longs cheveux bruns tressés de fleurs, elle portait une couronne faite de végétaux. Les lèvres rouge pâle, les yeux marron comme les feuilles d’automnes, elle portait un généreux décolleté, couleur violette, un pantalon noir avec une mini-jupe à volant couleurs feuilles. Elle me dévorait des yeux et cela me gênait, je décidai malgré ça de l’interroger plus longuement sur la raison pour laquelle Horacétius souhaitait me parler.

Je lui demandai, « Pour quelle raison il souhaite me retenir ici ? »

Elle fit la moue, « Vous n’êtes pas retenu ici, vous pouvez sortir quand vous voulez seulement vous ne pouvez pas quitter la forêt… Tout du moins, jusqu’à son retour.

- Mais pourquoi ? (Je m’inquiétai de ses intentions, je veux dire, je lui avais fait du mal, il devait me détester.)

- Vous lui demanderez quand il reviendra. (Elle tourna sa tête vers la sortie.) Désolée, mais j’ai des choses à faire, je vous laisse.

Elle quitta la pièce. Je tournais mon regard de tous côtés, mais je ne vis rien d’intéressant pour me distraire. Je repensai donc à ce qui s’était produit précédemment. Je n’étais plus qu’un simple mortel, maintenant, cela était un sacré changement. Cependant, Vi ne peut pas laisser le titre de dieu de la mort vacant, elle va sûrement chercher à me trouver un remplaçant. Elle n’appréciait pas grand monde… Je ne voyais donc pas qui elle pourrait bien sélectionner pour me remplacer. Cependant, j’en étais persuadé, elle avait pris mes pouvoirs, car elle a senti que je pouvais menacer sa pseudo-utopie.

Je sortis, les esprits vivaient dans des habitations faites avec ce qu’il trouvait dans la forêt, des arbres, des champignons géants ou des grottes. Je sentais les essences des arbres de la forêt, une bonne odeur boisée et cela me mettait tout de suite de bonne humeur.

Les esprits de la forêt sont des créatures plutôt pacifiques, je savais que j’étais en sécurité, ici, ils ne feront pas de mal sauf si je me montrais hostile. Je n’en avais pas l’intention, j’étais cruel, mais pas injuste. Il y avait de jeunes esprits qui m’observaient, probablement que j’étais le premier humain qu’il voyait. L’un d’eux vint me voir et me posa un millier de questions. Cela m’amusait alors j’y répondis du mieux que je pouvais. Ils voulurent que je leur parle du monde des Hommes. Il n’y avait pas grand-chose de beau dans les affaires humaines, et je ne connaissais pas beaucoup de légendes ou de contes qui pourraient les intéresser, mais je songeais alors que des histoires sur les divinités pourraient leur faire plaisir.

Je commençai mon récit ainsi, « Avez-vous déjà entendu parler de la naissance du dieu de la mort ? (Les jeunes secouèrent la tête en signe négatif.) Ce dieu est le fils de la déesse de la vie, Vitae et du dieu du temps, Minutem, cependant ce n’était pas exactement l’enfant qu’ils espéraient. Ils eurent rapidement en horreur, leur progéniture et ses pouvoirs, alors, il se retrouva bannis et rejeté par tous les dieux. Son cœur fut brisé par pareil évènement, alors, il jura de se venger. Ce n’est que justice ! Ce n’est que… »

Une voix m’interrompit alors, « Ne cherche pas à te mettre en valeur, Nécronion en te faisant passer pour une victime.

- Horacétius, j’ai entendu dire que tu voulais me parler… (Je le regardai, il avait repris son apparence première, tiens.)

- Bien sûr, mais faisons-le en privé d’accord.

- Oui, toujours aussi secret… (Je le dévisageai avec mépris, lui me toisait comme s’il se croyait meilleur que moi et cela m’énervait.) Tu as changé d’apparence à ce que je vois.

- C’est une promesse que j’ai faite… Cette histoire n’est pas de leur fait, je ne fais aucun secret. »

Je le suivis donc dans un coin à l’abri dans un lieu sombre. J’étais plutôt content qu’il ait abandonné son apparence de vieux sages ça ne lui allait pas, il lui manquait la sagesse pour ça. De toute manière, ce n’est pas comme si son apparence véritable était hideuse. Il était brun et avec son don pour les secrets, cela lui donnait un petit côté mystérieux qui pourrait plaire à plus d’une ou à plus d’un.

Il me lança, « Arrête, de me regarder comme ça, c’est gênant.

- Je suis seulement étonné par ce changement soudain de physique. Tu te transformes en beau gosse pour séduire ou bien ? C’est l’arrivée du printemps, tu fais comme les cerfs, tu laisses pousser les bois ? », je me moquais de lui, il rougissait terriblement gêné.

« J’ai fait une promesse, je dois toujours garder cette apparence.

- Tu as renoué avec Ludie, avoue. (J’étais tout à fait enthousiasmé par ça.)

- Peut-être bien. (Il détournait le regard fâché.)

- Que voulais-tu me dire ? (Je voyais bien que je le dérangeai.)

- Je crois bien que tu es la seule personne qui puisse porter les pouvoirs du dieu de la mort sans devenir fou.

- Il faut dire que je suis le porteur original et qui te dit que je ne suis pas déjà fou ? (C’était là une question véritable que je posais.)

- Ta folie est déjà plus agréable que n’importe laquelle que pourrait acquérir l’humain qu’Argine choisirait.

- Je suis d’accord avec toi… Tu veux la convaincre de me rendre mes pouvoirs, n’est-ce pas ? (Il sembla gêné.)

- J’ai essayé… Il va falloir les reprendre à la personne qui les aura acceptés. Enfin, si Argine trouve quelqu’un qu’elle estime de confiance.

- Hum…Je… Peut-être qu’être simple humain n’est pas une mauvaise chose, après tout, tout le monde me haïssait, Nécronion le dieu de la mort, voilà comment il prononçait mon nom avec mépris ! (Horacétius semblait confus et haineux.) Mes propres parents ont pensé que j’étais un monstre avant que je n’eusse le temps de faire quoique ce soit. (Si j’avais été ivre comme la dernière fois, j’aurais sûrement éclaté en sanglot.) C’est à cause de mes pouvoirs tout ça, je n’en veux plus.

- Arrête ! », Horacétius était en colère.

Je ne prononçais plus mots, mais lui continua de parler, « Écoute, je sais que Vi n’est pas tendre et d’après ce que j’ai eu l’occasion d’entendre, elle ne t’a jamais aimé. Cependant, de toi-même tu t’es attiré les foudres des autres. Je veux dire ton châtiment à mon égard est plutôt cruel. (C’est la vérité, au moins sur la punition.) Tu sais quoi même Vi était jalouse de ça quand elle a voulu me punir pour ne pas t’avoir tué. (Je me sentais mal pour lui, elle pouvait se montrer extrêmement cruel parfois.) Passons…

- Non, ne passons pas ! Mère, peut-être mauvaise parfois ! Que… T’a-t-elle fait ? (Je lui pris les mains, et je le dévisageai soucieux.)

- Rien… (Il retira ses mains avec dégoût.) Elle a fait ce qu’elle fait habituellement aux traîtres. Elle m’a marqué du sceau de l’infamie et comme tu as déjà transformé mon immortelle vie en longue agonie, elle ne put rien faire de plus.

- Je suis désolé… Très bien, j’assumerais à nouveau mon ancienne position… Et je… Après ça, je lèverais ma punition sur toi… », articulais-je plein de regret.

Horacétius sembla satisfait, mais je le sentais fébrile et je savais qu’il ne m’avait pas tout dis sur ce que lui avait fait Vi. Il voulut partir, mais il manqua de s’effondrer à terre, je le rattrapai. Je crus l’entendre murmurer un merci. Il avait le souffle un peu rauque et je me fis la réflexion qu’il avait prononcée chacun de ses mots de façon pénible et que j’étais un sot de ne pas m’en être aperçu avant. J’essayai de le faire parler sur ce que Vi lui avait fait, mais il se montra évasif. Il n’admit qu’à demi-mot qu’elle l’avait torturé pour lui faire avouer qu’il m’avait épargné. Horacétius quoique tu aies en tête, tu es un martyre. Je serais meilleur à l’avenir et une fois mes pouvoirs retrouvés, je ferais en sorte que ce monde soit plus beau.












Chapitre 3 : « Ali »
Obscurité et complot
Narrateur : Ali

Théodore avait quitté le terrain d’entraînement, après tout il avait déclaré avoir des choses importantes à faire, mais moi je pensais surtout qu’il avait eu peur de moi. Enfin, je le comprenais réflexion faite, j’avais failli le décapiter dans un geste impulsif et incontrôlé. J’étais trop agité pour m’arrêter là. Je détruisis quelques mannequins d’entrainement en un coup de cimeterre. Je continuais ainsi un temps, jusqu’à ce qu’Altous m’interrompit.

Je le regardais avec mépris, certains disaient qu’il avait un visage noble ainsi que l’air. Je peux vous affirmer qu’il n’avait que l’air et non la mélodie. Il était fourbe, un vieux singe auquel on n’apprenait plus la grimace, l’ennemi de la vertu altruiste. Avec son regard, j’avais l’impression qu’il contemplait mon âme.

Il s’exclama, « Vous semblez en colère, prince Ali ! …

- Vous pensez ! », je n’aurais peut-être pas dû répondre de la sorte.

« Vous ne voulez pas cette guerre, je peux comprendre, mais je crains qu’elle ne soit presque une obligation. (Altous était lui-même embêté par la situation, avec son ton ennuyé. Son plan se serait-il retourné contre lui ?)

- Non… Je refuse cela… Justice, injuste que cette futile guerre. Je ne peux pas l’accepter. (J’étais résigné dans ma lutte, je savais presque c’était inutile d’affronter l’inévitable, mais j’avais trop de principe pour renoncer.)

- Alors, cessez d’agir comme vous le faites, vous ne faites que la précipiter. (Il eut un sourire mesquin.) Peut-être que cela nous donnera l’occasion de remplacer votre actuelle épouse ? (Pardon ?!) Une descendance serait la bienvenue, à moins que le problème ne vienne pas d’elle. (Il avait une expression de moquerie, écœurante.)

- Le mariage remonte à deux ans, laissez donc le temps à la nature de faire. Et puis… Si je suis le problème, changer d’épouse n’y fera rien. (Ma réponse était piquante, tant il m’agaçait.)

- Attends ! (Il m’attrapa par le bras.) Ne sois pas si entêté. (Je le regardais de travers, il venait de me tutoyer là ?) Excusez-moi, pour mon vocabulaire et mon expression… Mais, votre altesse, je vous en prie, réfléchissez… »

Altous partit avec un air de requiem. Je songeais alors qu’il me fallait trouver une solution à mon problème. Pourtant peut-être bien qu’il avait raison et qu’il fallait que je changeasse de stratégie ? Déjà, le casus belli semblait être un prétexte, cependant nuls ne semblaient vouloir admettre qui était le premier à avoir déclenché les hostilités. Ils s’accusaient les uns les autres, mais c’était l’un des deux qui avaient commencé, non ? Il me fallait trouver qui c’était pour savoir lequel des deux royaumes avaient intérêts à déclencher cette guerre.

Peut-être que Delila, elle qui était là au moment où les évènements se sont produits le savait ? Je décidai de l’interroger afin d’en savoir plus. Elle était soucieuse de quelque chose quand je la trouvai dans notre chambre. Elle m’expliqua qu’Altous était passé plus tôt et qu’il s’interrogeait sur l’absence de descendance. Alors, là, j’avais à lui parler ! Qu’il laisse ma femme tranquille, ce vil serpent !

Je la rassurai, « Ne t’inquiète pas, elle viendra bientôt. Altous peut bien parler, mais je ne l’ai jamais vu marié et il n’a pas d’enfants. (C’était vrai en plus.) Il n’y connaît rien. Rassure-toi, les dieux finiront par nous les accorder.

-…Tu as raison… (Elle n’avait pas l’air convaincu.) Souhaitais-tu me dire quelque chose ?

- Ton frère, Ecthi, il n’est pas le premier à avoir attaqué, j’espère ? (Delila détourna le regard.)

- Malheureusement, j’eus beau essayer de le dissuader, il ne m’a pas écouté. Seulement, ton père s’apprêtait à attaquer lui aussi, et je le tiens de sa bouche. (Voilà que ça se complexifiait.)

- La situation est ambivalente, les deux ont des intérêts conquérants en jeu. (Elle me regardait comme si j’étais fou.) La guerre… Altous avait raison, elle aura lieu, mais j’essayerais de l'empêcher. »

Elle continua du regard à s’interroger sur ma santé mentale. J’allais bien, je pouvais le jurer… Enfin, j’espère. Delila n’essaya même pas de me dissuader, elle savait que c’était inutile. Je voulais parler à Ecthi pour le persuader de renoncer à la guerre. Il n’y gagnerait rien que la mort et le sang, puis sa sœur était mon épouse, il se doit de respecter cette alliance matrimoniale. Ensuite, il me faudrait parler à mon roi.

Je ne le rencontrais pas, mais je tombai à la place sur mon père. Lui-même semblait soucieux, je ne savais si c’était la guerre qui provoquait tant d’agitation dans les esprits, mais beaucoup semblaient préoccupé. Il me fit un sourire triste, il était content de me voir au moins. Je suppose que c’était déjà ça de gagné.

Il me demanda, « Tu as une minute ? (J’acquiesçai, il continua avec un air abattu.) Je pense que la guerre est une erreur. Il ne faut pas qu’elle se produise, Delila et toi seront des souverains parfaits. »

J’étais trop heureux d’entendre ça, alors je n’arrivais pas à articuler quoique ce soit.

Il achevait ses propos par, « C’est tout ce que j’avais à te dire. »

Mon père partit en ayant toujours l’air aussi préoccupé. Je ne comprenais pas ce qui se passait, et que je n’avais pas vu. Peut-être avait-il réfléchi ? Je continuai de chercher Ecthi, il me fallait lui parler à tout prix, mais à la place, j’entendis une conversation entre Altous et Théodore. Je me plaçais de façon à les voir sans que cela soit réciproque ainsi que pour pouvoir les entendre.

Altous déclara, « Théodore, vous voyez bien que la guerre est presque actée, envoyait donc une lettre à votre suzerain. Il doit soutenir ses alliés ! (Il avait l’air furieux.)

- Je sais, mais rien n’est encore officiel !!! (Le ton monté, Théodore lui aussi était énervé.) Altous, vous devez m’amener plus de preuves ! (Pardons ?!)

- Ne soyez pas têtu ! (Il baissa d’un ton quand il comprit que se mettre en colère ne servait à rien.) Considérez que notre victoire et l’assimilation de leurs terres et une avancée de plus dans votre quête. Après tout, vous n’aurez ainsi pas besoin de les convaincre de se joindre à vous, ainsi. »

C’était un argument terrible, mais efficace. Théodore semblait chercher ses mots, une chose à y opposer, mais il y renonça rapidement et accepta d’envoyer un message à Léandre. Il quitta la pièce en ayant l’air fâché. Ce fut mon moment pour faire mon entrée, Altous fit un pas en arrière tant il sembla surpris de me voir.

Je lui dis sur un ton accusateur, « Alors, Altous, on complote dans le dos de mon père. »

Il resta interdit, j’avais un sourire mauvais sur le visage. Il regarda le sol, il était confus.

Je continuai sur ma lancée, « Tu es un traitre ! Tu prends des décisions dans le dos de ton roi sur une guerre qui n’est même pas encore actée… Tu me dégoutes.

- Tiens, le prince joue les grandiloquents et les modèles de vertu. Je te dégoute, hein ? (Son expression était entre la mesquinerie et l’affliction.) Ne te croie pas, non plus au-dessus des autres par ton titre. Toi-même, tu as tes vices. Ne t’inquiète pas pour ta femme, je plaisantais tout à l’heure, même avec la guerre qui se prépare, elle sera toujours tienne. », disait-il avec un grand mépris à mon égard.

« Tu crois donc que je veux empêcher ce conflit seulement à cause de mon épouse ? (J’étais amusé par ça, et Altous ne semblait pas comprendre ce qui me faisait sourire.) Tu ne me connais pas aussi bien que tu ne le crois… Je suis au fond de moi un pacifiste, je refuse que cette guerre inutile est lieu. Je ne veux pas à avoir du sang d’innocent sur les mains pour une question d’ambition. Je sers les dieux, je sers leur volonté en servant Léandre !

- Je peux respecter ça, non, je le respecte même. (Il marqua une courte pause, j’étais interloqué par cette réaction.) Seulement, ce n’est ni toi, ni moi qui prendront la décision de déclencher cette guerre ou non. Permets-moi de prendre mes précautions pour nous assurer une victoire totale et définitive sur eux. »

Je le laissai partir, je n’avais plus rien à lui dire. Il marquait un point, je n’étais pas décisionnaire dans le domaine de la guerre. Je m’inquiétais un peu, car même si mon père était moins enthousiaste pour faire cette guerre, Ecthi lui l’était peut-être encore.

Je le cherchais tout en songeant à quel genre de punition, je pourrais infliger à Altous, ce traître. Je fus pris de cours lorsque que quelqu’un m’attaqua sur le bord des remparts, il essaya de me faire passer par-dessus bord, mais en me débattant, ce fut lui qui se retrouva en bas de la muraille.

Je regardai vers le sol pour voir s’il avait survécu, mais je ne vis qu’une tache de sang noir et un corps aux angles étranges. Il serait difficile de le faire parler maintenant. Quelqu’un semblait m’en vouloir et au vu de la situation actuelle, je dirais que cela est en lien avec la guerre à venir. Était-ce Altous qui l’avait engagé ? Y a-t-il d’autres personnes impliquaient ? Qui m’en voulait encore ? Ecthi ? Non, non, ça ne se pouvait pas ?

Je décidais suite à cet incident d’être davantage sur mes gardes. Son frère refusait de me parler, de ce que Delila m’en a dit, il me détestait, car il pensait que j’étais un faible pour privilégier l’option pacifique. Tout ce que je savais était que depuis quelques jours lui et mon père s’enfermaient dans la grand-salle pour discuter. Était-ce pour la paix ? La situation s’arrangeait-elle ? Je l’espérais…

Théodore lui aussi m’esquivait et je ne comprenais pas bien pourquoi. Je finis par réussir à le prendre au détour d’un couloir. J’avais à lui parler de choses et d’autres, et surtout de choses d’importances. Son alliance avec Altous m’ennuyait.

Je n’eus pas le temps de dire quoique ce soit que Théodore me lança, « Je ne veux pas te parler…

- Pourquoi ? », répondis-je interloqué par cette franche honnêteté.

« J’ai mieux à faire, ma présence est inutile comme toujours. Je suis toujours de trop… (Je ne comprenais pas bien où il voulait en venir.) Je ne peux même pas t’aider à arrêter ce conflit ou même convaincre Léandre de vous soutenir. (La chose était dite.)

- Écoute… Non, laissons tomber le jeu de dupes. (Il était aussi perdu que moi tout à l’heure.) J’ai entendu une conversation entre toi et Altous, dans laquelle, il te demandait d’envoyer un message à Léandre.

- Tu sais que ta description est vague, il y en a eu beaucoup des comme ça. (Il avait un sourire malheureux et je compris mieux pourquoi il ne voulait pas me voir.) Pour chaque réponse négative, afin qu’il m’indique les propos que je devais retranscrire pour le convaincre…

- Si tu te blâmes de ça, sache que tu n’es pas le plus fautif. Je ne t’en veux pas, Altous peut se montrer convainquant. Tu n’es pas inutile, loin de là.

- C’est ce qu’ils disent tous. (Il faisait la moue.) Bah, tant pis… Je… Merci, de m’accorder ton pardon… »

Il partit en ayant l’air songeur, Altous allait provoquer une catastrophe s’il continuait. Je n’eus pas le temps de me consacrer à autre chose qu’un serviteur qui passait à côté de moi me poignarda. Par chance, les gardes m’entendirent tomber et ils se précipitèrent dans le couloir, ils réussirent à interpeller l’assassin. Je me vidais de mon sang par terre, j’avais été touché en dessous des côtes au niveau du flanc. Je n’avais pas compris, je ne réalisais pas encore, ce qui venait de se passer. C’était une catastrophe, un autre casus belli, pire encore que le précédent, si c’était Ecthi qui avait fait ça ou tout du moins, si quelqu’un lui faisait porter le chapeau.

Les gardiens me transportèrent auprès du magicien-apothicaire. La blessure était plus grave que je ne le pensais, et le soignant s’inquiétait.

Je lui demandai, « C’est si grave, mon bon Yanis que vous vous inquiétez ainsi ? »

Il réfléchissait à ce qu’il devait dire, il ne voulait sûrement pas me causer du souci, plus que je n’en avais déjà.

Il articula, « Pour une raison qui m’échappe ma magie n’arrivait pas à refermer la plaie. J’ai dû la refermer avec des moyens traditionnels. (Il reprit son souffle avant de continuer.) Si vous permettez cette insolence, j’aimerais vous garder en observation, c’est peut-être bien plus grave que ce qu’il en paraissait.

- Faisons cela, il faut savoir faire preuve de sagesse. (J’avais confiance en son jugement, il s’y connaissait bien plus que moi, je le crois bien.)

- J’espère que votre vie n’est plus menacée… (J’espérais de même.) Un assassin échoue, mais le commanditaire reste toujours… Ce n’est pas le moment pour ça. (Il était aussi préoccupé que moi, je le voyais bien à son visage de requiem.)

- À cause de la guerre à venir… », dis-je pour finir sa phrase.

Son lourd silence me fit comprendre que j’avais touché juste. J’étais d’autant plus persuadé que tout cela était le fait d’Altous. À qui profite le crime ? Il était la réponse qui venait en premier, j’étais après tout la personne la plus hostile à son objectif. Il fut d’ailleurs un des premiers à me souhaiter un bon rétablissement. Quelle hypocrisie ! Mon père et ma femme étaient morts d’inquiétudes à cause de cette tentative de meurtre surtout quand je leur révélais que ce n’était pas la première.

J’avais donc une garde renforcée devant ma chambre en plus de la présence du magicien-apothicaire. À chaque fois que je sortais de ma chambre, je devais être accompagné d’une escorte de quatre hommes. Cela devenait rapidement pesant pour moi, j’avais comme l’impression d’être piégé alors je restai dans mes appartements30 au moins là-bas, on me laissait à peu près tranquille.

Je n’avais toujours pas revu Théodore depuis l’incident pas même un mot de bon rétablissement. Ecthi lui-même me l’avait souhaité presque dans sa barbe avant de partir comme un malpoli. Delila m’informait régulièrement de ce qui se passait et j’appris par elle que l’assassin avait enfin avoué que le commanditaire c’était son frère. Était-il idiot ? Voulait-il déclencher la guerre ? J’étais confus et elle avait presque l’air désolé pour le choix de son fraternel. Je ne lui en voulais pas ce n’était pas sa faute après tout. Je fis mine de ravaler ma rancœur afin que nous passions un bon moment, le dernier pour longtemps, car l’ère du malheur se préparait. Ecthi c’était enfui, lorsque les interrogatoires avaient commencé, on n’avait donc pas pu le questionner ce qui renforçait notre conviction qu’il était coupable. La guerre était donc actée.

Je ne pouvais pas rejoindre le champ de bataille, j’étais trop affaiblie par ma blessure et cela n’allait pas en s’arrangeant. Je voulais malgré tout combattre pour qu’on ne m’accusât pas d’être lâche, mais mon père me refusa ce privilège. Je ne pus pas défier son ordre, car bientôt même quitté le lit m’était devenu impossible sans un suprême effort. Yanis, notre pauvre magicien-apothicaire était désespéré par la situation, il ne comprenait pas ce qui pouvait bien provoquer ça. J’aurais une mort terrible, même pas acquise en combattant.

J’appris quelques mauvaises nouvelles pour les quelques escarmouches qu’ils y avaient eu pour le moment, elles avaient toutes été un massacre pour les deux camps. Je le savais cette guerre n’allait mener que mort et destruction dans son sillage et elle n’aurait aucun véritable vainqueur. Pitié, je vous donne ma vie, vous, divinité si vous pouvez empêcher cette guerre d’avoir lieu.

Théodore vint enfin me voir, il avait l’air coupable de quelque chose. Il commença par des platitudes et je répondis selon la même attitude. Il finit par se poser sur une chaise, il avait l’air abattu, cela se voyait dans son regard qui s’était assombri. Il avait la tête du coupable, ou tout du moins de quelqu’un qui se sent comme tel.

Il finit par me dire avec labeur, « J’ai quelque chose à t’avouer… (Devant mon silence, il continua.) Althous cherchait un moyen de déclencher cette guerre et j’ai…

- Tu as ? », je l’invitais à continuer son histoire.

« Je lui ai suggéré de t’éliminer et de faire porter le chapeau à Ecthi… Je suis désolé… (J’étais trop en colère pour avoir une quelconque réaction.) Je ne pensais pas que cela allait avoir des conséquences aussi graves, je les ai vus de mes yeux…

- Tu pensais à quoi exactement ?! La guerre ce n’est pas un jeu ! Ne me fais pas croire que tu ne le savais pas ! (J’étais fou. Non, mais à quoi pensait-il ? Il croyait que c’était quoi exactement, un amusement ?)

- Je… Seulement par les histoires, je connaissais la guerre. Dès l’âge de huit ans, j’ai vécu reculé avec l’esprit Myriam… Mon père voulait se débarrasser de moi en me faisant prêtre de Logos. (Je le laissai continuer à s’enfoncer, car cela m’amusait. Logos ? Le dieu de la sagesse, ne t’allait pas décidément.) Je suis un mouton noir ! Je pensais faire la bonne chose pour une fois, mais peut-être bien que mon père avait raison, je suis inutile… »

Je ne trouvais plus cela drôle, mais pathétique. Je remarquai alors que des larmes se dessinaient sur ses yeux. Il semblait avoir un sérieux problème d’estime de soi et Altous avait dû en profiter. Il se mit à genoux et il me suppliait de le pardonner. Je ne savais pas quoi penser, cela avait au moins le mérite d’expliquer pourquoi il n’avait pas voulu me parler avant. Il s’était senti tellement coupable, qu’il n’avait pas pu s’y résoudre. Il avait dû se produire quelque chose de si terrible, pour qu’il trouve le courage de le faire. Avait-il participé à une de ses escarmouches ? Avait-il vu un de ses massacres de bataille ?

Il n’arriva bientôt plus à soutenir mon regard, il avait l’air d’être dans un état un peu second. Je fis un suprême effort pour me relever de mon lit, je m’approchai de lui et posa ma main sur son épaule afin de le rassurer. Théodore se releva et je pus remarquer qu’il avait l’air d’avoir beaucoup pleuré, bien avant de venir ici. Il était aussi blessé au visage, une petite cicatrice vers la lèvre, ainsi qu’une coupure au cou qui avait clairement été faite par une épée.

Je le pris dans mes bras et articulai, « Je te pardonne. »

Il pleura d’autant plus belle, mais cela semblait être plutôt de joie. Il me remerciait, mais j’avais beau avoir pardonné, je n’avais pas oublié. Il dut partir, on le demandait pour une affaire urgente. L’effort de me lever, m’avait beaucoup coûté, je me laissai tomber sur mon lit. J’avais presque l’impression que toute ma force vitale m’avait quitté. Je dormis un peu, lorsque je réussis à ouvrir les yeux, je ne me sentais pas mieux. C’était peut-être même pire. J’allais mourir bientôt, je le savais.

Altous rentra alors dans ma chambre.

Il se posa à la fenêtre et dit, « Une sombre bataille se prépare… Le château est désert. (Il se tourna vers moi, ensuite.) Tu ne m’as pas l’air bien ? (Il eut un sourire mesquin.) Un des gardes m’a dit que Théodore t’avait rendu visite. Il eut dû tout te raconter, il est trop honnête. (Il se rapprocha un peu de moi.) Ce n’est pas important, la fin est proche… Tu as tenu plus longtemps que je ne le pensais… (Il avait un sourire de démon, il ne m’avait jamais fait aussi peur.)

- Peux-tu au moins me dire ce que tu m’as fait ? », demandais-je désespéré.

« La magie est vraiment une chose incroyable, j’ai enchanté le couteau de l’assassin au cas où il venait à te rater. Maintenant, ton énergie vitale est en train d’être absorbé, comme la peau se nécrose en cas de gangrène. La mort se rapproche et bientôt, elle t’étreindra de ses doigts squelettiques et froids.

- Je ne comprends pas… Pourquoi cette guerre ? Pourquoi cette trahison ? (Il eut l’air gêné, s’éloigna et se tourna à nouveau vers la fenêtre me masquant ainsi son visage.)

- Je ne souhaite que le meilleur pour ce royaume, et se débarrasser de ce rival depuis de longs siècles et une bonne option. Surtout que nous avons un nouvel allié puissant pour nous soutenir. (J’avais réussi à m’extraire de mon lit pendant son discours.)

- Et donc ? Penses-tu que répandre le sang est une bonne chose ? (Je m’étais rapproché de lui. Je le trouvai détestable.)

- Il faut savoir faire des sacrifices pour réussir. (J’avais toujours un couteau sur moi, afin de me défendre, je m’apprêtais à en faire un usage bien plus sinistre.) Que penses-tu faire avec ça ? (Il utilisa sa magie pour me restreindre.) Tu es fini. »

Il donna à cette phrase un ton d’inachevé. Altous finit par se retourner, il eut une expression difficilement lisible quand il ne vit à genoux, respirant avec difficulté. Je me concentrai, j’espérai que le sort se rompraient et que je pourrais le tuer. Il a fait bien trop de mal, et il allait sûrement continuer. Il me fallait l’arrêter. Il s’apprêta à quitter la pièce, il avait l’air de ricaner.

Seulement, la porte s’ouvrit sur Théodore et mon père, il l’avait donc trahi. Un indécis trahis une fois, un vrai traître trahit plusieurs fois… Théodore, je ne sais pas dans quels cas tu es, mais tu m’inquiètes.

Omar s’exclama, « J’ai tout entendu Altous, et ce jeune homme m’a tout raconté. Tu connaitras le sort des traîtres. Emmenez-le ! »

Des gardes s’emparèrent de lui, pourtant il eut l’air extrêmement calme. Suite à cela, la paix fut signée, le complot ayant été découvert. Yanis grâce aux révélations que m’avaient faite Altous réussit à annuler les effets du sort. Tout finissait bien et pas quand apparence. Théodore rentra afin de retrouver son suzerain, et moi je décidai de rester ici le temps de consolider les relations entre les deux royaumes. Nous avions même réussi à convaincre Ecthi de se joindre à l’alliance avec le roi Léandre. Quelle grande victoire ! Une de plus vers la paix, une paix sans fin, j’espère !












Chapitre 4 : « Argine »
Choisir le remplaçant de Nécronion
Narrateur : Argine

Vitae m’avait confié une mission, trouver le remplaçant de Nécronion. Je songeai à Léandre s’il devenait un dieu, cela simplifierait sa tâche, il serait immortel et il n’aura plus à s’inquiéter que ses descendants ne ruinent cette paix éternelle, et il n’aurait plus non plus à se soucier de sa finitude, il pourrait donc prendre tout le temps qui lui était nécessaire pour construire Paxiam. Il pourrait sûrement aussi utiliser ses pouvoirs à bon escient. Oui, quelle magnifique idée, j’avais eu ! Cela le soulagerait certainement.

Je le trouvai appesanti sur son sort, il me regarda en souriant, il semblait ravi de me revoir. Je lui rendis sa joie.

Il me demanda, « Qu’est-ce qui t’amènes ?

- Une affaire urgente, dont je dois te toucher mots. », répondis-je enthousiaste.

« Je t’écoute. (Il avait l’air heureux.)

- Hum… Eh bien… Nécronion a été déchu de son statut de dieu.

- Grande nouvelle ! (Il était au comble du bonheur en témoignait son grand sourire.)

- Eh bien… Je dois maintenant lui choisir un remplaçant, et je pensai à toi…

- Moi ? (Il recula surpris.) Non, désolé, je ne peux pas. (Il sembla malheureux en entendant cela.)

- Pourquoi ? (J’étais étonné par cette réaction.)

- A ton avis ? Être un dieu, c’est beaucoup de responsabilités… Et puis l’immortalité ne me tente pas vraiment. (Je voyais bien que cela lui ferait plus mal qu’autre chose.)

- Je respecte ton choix… »

Il me fallait maintenant trouver un autre candidat de confiance. Je réfléchissais, mais aucun des chevaliers ne me semblait parfait, Charles me donnait sûrement la même réponse que Léandre. Alexandre, en tant que seigneur de guerre ne me paraissait pas être un bon choix. Quant aux autres soit, je ne les connaissais pas, soit ils n’avaient pas les qualités requises. J’entendis alors les serviteurs s’agitaient, je décidai d’écouter la raison de tout ce remue-ménage. Le seigneur Théodore était de retour, il venait de rentrer de mission. Euréka ! Voilà, la solution était toute trouvée ! Je fus donc parmi la foule qui l’accueillit, il rentrait tout triomphant comme un général victorieux, le cortège en moins. Il avait un grand sourire, mais je voyais bien que quelque chose le préoccupait. Il avait changé, il avait une cicatrice aux lèvres, je me demandai bien ce qui était arrivé.

Une jeune fille dans la foule cria, « Oh mon Théodore est de retour !

- Isabelle ?! », répondit-il surpris.

« Oui… Tu m’évites dis donc ! Pas un mot avant ton départ et à peine une lettre vague sur ton état. (Elle avait l’air fâché, Théodore était rouge de honte en descendant de son cheval.)

- Allons, réponds ! Je t’en prie ! (Elle le prenait par la main, la foule l’avait laissé passer.)

- Hum… Je suis désolé, j’ai été très occupé, je n’ai pas eu le temps. Je ne t’évite pas, voyons. (Il mentait selon toutes évidences et la jeune femme n’était pas dupe.)

- Oui, bien sûr… Sur beaucoup de lettres que je t’étais envoyé ces derniers mois, tu n’en as répondu qu’à deux ! (Elle était d’autant plus troublée.)

- Je… (Il n’eut pas le temps de répondre qu’elle l’interrompit.)

- Tu ne m’aimes donc pas ? (C’était manipulatif.)

- Non, je suis désolé. Accorde-moi ton pardon… (S’excuser de ne pas aimer, mais où allons-nous ?)

-Tu l’as… Je ne peux pas t’obliger à m’aimer, mais soyons au moins ami. (Je me rapprochai un peu plus. Je pensai être la prochaine à pouvoir lui parler.)

- Si ça peut te faire plaisir. (Il me remarqua et semblait m’appeler à l’aide du regard.)

- Merci beaucoup. »

Elle le saisit par la main et l’embrassa fougueusement. Il la repoussa avec raison. Elle partit rapidement, je pris Théodore à part, il accepta bien gentiment de me suivre. Il était clair que cette Isabelle était pour lui une épine dans le pied. Je pouvais le comprendre, un amour non-réciproque est toujours délicat à gérer.

Il me demanda désespéré, « Comment puis-je l’éloigner de moi Ô grande Argine ?

- Sois honnête avec elle, c’est tout ce que je peux te dire. », répondis-je, ennuyée comme lui.

« Je suppose que vous vouliez me parler de choses autrement plus importantes que de puériles affaires de cœurs.

- Certes… Pourtant, celles-là ne doivent pas non plus être négligées. (Cela semblait le mettre mal à l’aise, alors je changeais de sujet.) Je venais, cependant te parler de tout autre chose. La déesse Vitae… J’espère que Myriam t’a bien éduqué et que tu sais qui elle est ? (Il acquiesça de la tête.) Reprenons, Vitae en a eu assez des agissements de Nécronion et a décidé de lui prendre son titre de dieu. Maintenant, je cherche une personne qui pourrait le remplacer. »

Il m’interrompit subitement, « Pourquoi ne pas demander à Léandre ?

- Il a refusé… Tu es la seule personne de confiance qui reste et tu auras toi aussi ta grande destinée. Avec ces pouvoirs tu pourrais aider bien des gens. Être un véritable chevalier blanc.

- Certes… Et Nécronion, alors ? (Excellente question !)

- Ne t’inquiète pas, il n’est plus qu’un simple mortel, maintenant.

- Alors qu’attends-tu Argine ? Accorde-moi ses pouvoirs. (Il avait un sourire impatient.)

- Ne sois pas si pressée ! Ce n’est pas une promenade de santé !

- Je sais… Je me ferais prudent. »

Bien que j’eusse un léger doute en voyant son empressement pour obtenir cette puissance, je vis à son regard qu’il avait compris de quoi il en retournait maintenant. Je lui accordai donc ses pouvoirs divins et au moment même où il les acquit, je crus voir un sourire mauvais pendant un instant. Je pensais alors avoir commis une erreur, mais peut-être était-ce une fausse impression ?

Je l’espérais tout du moins, ça ne pouvait être que ça. Théodore partit ensuite, avant même que je n’eus le temps de le retenir pour lui apprendre à utiliser sa magie. Je m’interrogeai un peu sur cette précipitation.


















Chapitre 6 : « Léandre »
Le conseil des trois
Narrateur : Léandre

Grâce aux pérégrinations d’Ali et Théodore, un nouveau royaume s’était allié à nous. Je n’avais pas approuvé cette mission, mais en considérant le succès que cela fut, je décidai de ne pas les punir pour leur présumé désertion. Quatre autres royaumes suivirent la démarche, il n’en restait plus que trois et ma quête serait enfin accomplie. Le problème était qu’il ne voulait rien entendre et qu’il était impossible de conclure d’alliance avec eux. Je ne pouvais pas me résoudre à les envahir par la force. Les autres royaumes plus vastes pourraient ainsi nous concevoir comme une menace et essayaient de se débarrasser de nous. Je ne dois instaurer aucun risque de divisions possibles. Il me fallait trouver une autre solution.

J’aurais pu y réfléchir longtemps, si Alexandre n’était pas arrivé, je fus surpris de le voir ici, je pensais qu’il s’occupait des affaires de son royaume, Tolma. Je fus frappé par une chose en le voyant, il avait l’air bien plus vieux qu’avant. Autrefois, il n’avait qu’à peine les cheveux grisonnants, aujourd’hui ils s’étaient tachés de toutes parts de blanc, même son visage s’était teinté de rides signe de vieillesse et il ne me sembla plus aussi fort qu’avant. Il avait l’air complètement épuisé. Il s’aperçut alors que je le dévisageai étrangement, et il eut un sourire tendre.

Il me dit alors, « Je sais que je me fais vieux, mais tout de même.

- Mais non, je… (J’étais rouge de honte.) Je ne pensais pas à ça, j’étais seulement surpris par votre venu.

- Je ne vous en veux pas mon bon Léandre, ne vous inquiétez pas. (Il essayait de me rassurer du mieux qu’il pouvait.) Passons, la raison de ma venue est simple, vous n’êtes pas sans savoir que les trois derniers royaumes qui refusent de s’allier à vous sont mes voisins.

- Et donc ? (Je ne comprenais pas trop où il voulait en venir.)

- Et donc, ils procèdent à leurs réunions annuelles et ils sont disposés à écouter un de nos émissaires.

- Vous devez bien les connaître, vous pourriez vous en charger. (Il arborait une expression qui avait l’air de dire, ce n’est pas une bonne idée du tout.) Qui y a-t-il ?

- Eh bien, il ne m’apprécie absolument pas, nous nous sommes fait la guerre à de multiples reprises. Je pense qu’il vous faudrait envoyer quelqu’un de plus neutres. »

Je réfléchissais à qui choisir : Grégoire était trop peu expérimenté dans ce domaine pour faire l’affaire, Charles était parti s’occuper des affaires en son royaume, Cyaneus. Ali était en ses terres pour gérer les suites de la guerre et Théodore venait de rentrer et il était revenu avec une paire de cicatrice, je pensais qu’il devait se reposer. Je ne savais pas qui sélectionner.

Alexandre semblait lui aussi réfléchir avant de répondre, « Eh bien, je crois bien qu’il ne reste plus qu’Antonin, le frère de Théodore.

- Quelle mission a-t-il déjà accompli ? (Il ne me disait presque rien à dire vrai.)

- Rien pour le moment, mais cela lui donnera l’occasion de s’y mettre. (Il avait raison.) Faites-le mander ici.

- Vous me donnez donc des ordres. (Il me regarda de travers avant de sourire.) Je vais l’envoyer chercher. »

Après qu’il eut fait ça, Alexandre trouva une chaise pour se mettre à mon bureau sûrement lassé d’être debout. Il semblait épuisé, je m’apprêtais à lui demander la raison de son abattement quand Antonin arriva. Il avait un air un peu pâle, je me demandai bien ce que tout le monde avait aujourd’hui. Je ne l’avais rencontré qu’une fois à son arrivée, mais il me semblait qu’il avait les cheveux plus longs qu’avant. Autrefois, ils s’arrêtaient au cou, maintenant ils le dépassaient. Il avait un regard doux, on pouvait voir qu’il était une bonne personne ainsi. Il avait un visage fin qui était en rupture avec celui de son frère Théodore. Antonin m’interrogea du regard.

Je répondis, « Je dois vous parler de quelque chose.

- J’ai fait quelque chose de mal ! », s’écria-t-il paniqué.

« Non ! À moins que tu aies quelque chose sur la conscience ?

- Non, mais en général quand un roi convoque un de ses hommes, c’est pour des remontrances…

- Non, pas ici en tout cas. (Il ne semblait pas me croire et je crus qu’il allait tomber dans les vapes.) J’ai une mission à vous confier, cependant Alexandre ici présent sera plus amène de vous l’expliquer. »

Le dit-nommé répondit, « Nous aimerions que tu sois notre émissaire. En effet, j’ignore si en ton royaume on connaît ce que nous appelons Le Conseil Des Trois, mais ses membres sont disposés à négocier avec nous dans le but d’une potentielle alliance. »

Il y eut comme un long moment gênant de silence. Antonin faisait de l’apnée tant il semblait affecté par cette décision, Alexandre était prêt à bondir pour le saisir s’il s’écroulait. Moi, j’étais étonné par sa réaction. Je commençai à me demander si tout cela était vraiment une bonne idée. Enfin, c’était le seul qui restait, puis il était le fils d’un roi, certes, le cadet, mais il avait dû être éduqué au cas où son frère ainé viendrait à mourir, non ?

Le pauvre réussit à articuler, « Très bien, puis-je disposer ?

- Oui, vas-y. », répondis-je inquiet et désirant le soulagé.

Il quitta la pièce en ayant l’air encore plus abattu qu’avant, je m’inquiétais pour sa santé. Je dévisageai surpris Alexandre. Il me rassura en disant qu’il allait lui parler.

Maintenant, regardons un peu plus en détails, les affaires courantes. Quel emploi du temps, j’avais réunion, réunion et encore réunion… M’en sortirais-je donc un jour ? Ah tiens, je devais visiter mes troupes aujourd’hui. Un peu de changement, je suppose. J’étais épuisé par avance.









Chapitre 2 : « Antonin »
L’art de la diplomatie
Narrateur : Antonin

Je m’étais éclipsé à vitesse éclair, je me sentais bête, j’avais tremblé pour rien. J’espérais ne pas avoir déçus la confiance de Léandre. J’avais trente ans s’il vous plait, j’avais passé l’âge de trembler devant quelqu’un de vingt-sept ans, sans rire, on avait fêté son anniversaire, il y a trois jours. Les campagnes avaient été en liesse, après tout cela faisait un an de règne, et il avait tant fait, il avait créé une telle paix que nulle récolte n’avait été ravagée depuis bien des mois, et les paysans en avaient été contents. Je dois admettre qu’il avait une grande âme et un grand talent pour gouverner, il avait mérité tous ces hommages. J’aurais bien aimé être aussi courageux que lui, mais j’avais trop de peur pour pouvoir ne serait-ce que les surmonter.

Je m’étais rendu dans ma chambre, afin de préparer le nécessaire pour voyager, je devais lui faire honneur, je ne pouvais pas faire autrement. Je ne savais pas qu’emporter avec moi pour cette mission diplomatique, je n’avais pas envie d’emmener avec moi mon armure de métal, je détestais la porter. Elle me rappelait trop mon échec à être un guerrier digne de mon père Aster. Je me contenterais d’une armure en cuire, cela suffirait bien. Je cherchais des vêtements corrects à emporter, le Conseil Des Trois étaient connus pour son élégance et je ne pouvais pas me permettre de lui faire honte.

Je paniquai, car je ne pensais pas mériter une mission aussi importante. Je devais sûrement être un choix de dernière minute, on n’avait pu penser à moi en premier. Je suis un tel incapable. J’entendis alors toquer à la porte, je pensais qu’on venait m’annoncer qu’ils avaient trouvé quelqu’un pour me remplacer et cela me réjouissait. J’ouvris et je fus choqué de voir que c’était Alexandre derrière la porte. Je ne l’avais pas remarquée tout à l’heure, mais il me semblait épuisé.

Je laissai échapper, « Tout va bien ? Non, enfin, je ne voulais pas dire ça.

- Premièrement, je pourrais vous retourner la question, deuxièmement vous ne vouliez pas me demander si je vais bien ? Ce n’est pas gentil… (Il me regardait les bras croisés comme si j’étais un fou.)

- Je ne voulais pas avoir l’air malpoli en sous-entendant que vous alliez mal. », répondis-je paniqué.

« Maintenant, C’est fait ! (Je regardai le sol honteux.) Ne fais pas cette tête, je ne suis pas blessé pour si peu. », dit-il gentiment.

Il me semblait sincère, je repris alors un peu contenance. Je contemplai un peu plus sa figure, j’étais un gringalet comparé à lui. C’était une montagne, alors que moi à côté, j’étais un cure-dent, cependant cela se voyait qu’il avait atteint le crépuscule de sa vie. Même si je pouvais voir que ses cheveux avaient autrefois été blonds, la couleur s’était perdue, il ne restait plus que du gris et du blond délavé. Je remarquai alors qu’il avait posé sa main sur la table et qu’il semblait se reposer sur celle-ci.

Il me demanda, « Pourquoi me regardes-tu de la sorte ?

- Vous m’avez l’air d’aller mal ! (Je m’étais lancé dans le bain autant continuer.) Vous êtes abattus, vous vous tenez même à la table pour ne pas tomber !

- Et vous qui disiez ne pas vouloir m’offenser… Je suis simplement vieux et je n’ai pas besoin de me tenir à cette table. »

Alexandre retira la main du meuble, mais il me sembla plus pâle qu’un linge.

Je m’enquis, « Pourquoi êtes-vous venu ?

- Pour m’assurer que vous êtes prêts mentalement pour cette mission diplomatique. », répondis-Alexandre.

« Et vous pensez que je ne suis pas prêt ? (Je l’avais dit comme si j’étais offensé, alors que je ne voulais pas de cette quête ; je ne comprenais pas ma propre réaction.)

- Disons que votre réaction a alarmé, moi et Léandre. Je venais donc aux nouvelles. (Il essayait de me rassurer avec son expression toute en tendresse.)

- J’avais seulement l’impression d’être convoqué pour des remontrances et je ne pensais pas être digne d’une pareille mission. », me confessai-je.

Je versai des larmes malgré moi, c’était nerveux. J’avais honte, je connaissais la réputation de ce seigneur de guerre et je me sentais minable en face de quelqu’un d’aussi fort. Il me prit alors dans ses bras, je pouvais sentir son souffle rauque, il n’allait pas bien. Le pauvre…

Il me dit tendrement, « Tu me rappelles un de mes fils. Il faut prendre confiance, jeune homme.

- Si vous les traitez aussi bien que vous le faites avec moi, alors ils sont chanceux. (Cela me rassurait de voir, que tout le monde ne traitait pas aussi mal ses enfants que mon père.)

- Tu sais, permets-moi de te tutoyer. (J’acquiesçais en signe d’accord.) Je pense que tu te sous-estimes, tu es plutôt observateur. Ma santé n’est plus autant de fers qu’avant. Ça je veux bien le reconnaître. (Je n’eus pas le temps de répondre.) Je vais t’aider à préparer le nécessaire pour ton voyage. Je les connais bien, je sais ce qu’ils aiment.

- Merci… »

J’essuyais alors mes larmes, il me conseilla alors sur le comportement à adopter, les tenus à emporter et tout le tralala. Quand nous eûmes fini, il glissa et s’écorcha le genou. J’utilisai alors ma magie pour le soigner.

Il me remercia et s’exclama, « Je ne savais pas que vous utilisiez la magie ! »

Je répondis, « Eh bien, je connaissais deux-trois formules par-ci par-là, mais je n’avais jamais pu m’y consacrer avant. Horacétius s’est peut-être moqué de moi quand je lui ai demandé de l’aide, mais j’ai refusé d’abandonner et c’est Miel31 qui m’apprend maintenant.

- Accroche-toi à ton rêve, tu le mérites. », s’exclama-t-il enthousiaste.

Je me sentais heureux et encouragé pour une fois dans ma vie. On avait toujours pensé que je n’avais pas de talent, que j’étais une honte pour tous et que je ne ferais jamais rien. Mais, vous savez quoi, je voulais bien y croire pour une fois. Je partis donc vers ma mission le cœur léger.

Il n’en est que j’essayai d’aligner les connaissances que je possédais sur le Conseil Des Trois. Il était composé de deux royaumes et une sorte de république. Pour vous expliquer la chose, cette république suivait un fonctionnement étrange, en effet, à la mort du dirigeant, on dressait une liste de candidat parmi ceux qui s’étaient proposés, puis les habitants votaient pour élire le nouveau chef qui restèrent en place jusqu’à sa mort. Je trouvais le fonctionnement de ce territoire un peu étrange. Les deux autres étaient de petits royaumes qui avaient longtemps étaient sujets à des protectorats divers avant d’acquérir une indépendance définitive.

Ils s’étaient associés pour ne pas être dévorés par des royaumes plus grands. Depuis, ce temps ils se réunissaient chaque année au mois de janvier dans ce qu’ils appelaient le Conseil Des Trois afin de se mettre d’accords sur la politique à suivre, les clauses de leur alliance, et leurs actions communes. Il me faudrait convaincre trois États et ça ne serait pas simple.



Ma fidèle jument, Eclipse était avec moi pour faire ce trajet de plus d’une semaine. Je l’avais nommé ainsi, car elle avait une marque ou une cicatrice sur son poitrail, qui ressemblait au soleil masqué par la lune. Le parcours ne fut pas semé d’embûches, mais ce fut long, les routes étaient clairement délimitées, j’y croisai de temps en temps quelques paysans qui menait leur récolte en ville, ou se rendait à leur champ. Bon, je n’aurais pas aimé croiser des brigands pour autant, avec mes compétences, ils m’auraient sûrement tué ou dépouillé. Enfin, depuis que Léandre avait pris dans son alliance quasiment tous les royaumes, il n’y avait plus de guerres, la plupart avaient aussi noués des liens entre eux. Ainsi, ils livraient une guerre féroce aux criminels plutôt qu’entre eux.

Après, sept jours de voyage, j’arrivai bientôt au lieu de la réunion qui se trouvait à la frontière des trois royaumes pour plus de neutralités.

Ils avaient installé leur lieu de conversation dans un palais immense à l’architecture complexe, ils devaient sûrement utiliser ce lieu pour montrer l’étendue de leurs puissances et savoir-faire. Il y avait des colonnes, des statues, des grandes fenêtres et toutes sortes d’ouvrages d’arts. Je me sentais écrasé par ce monstre de bâtiment. Quand je déclinai mon identité avec les preuves nécessaires pour l’attester, j’eus le droit de rentrer. L’intérieur était encore plus riche que l’extérieur et je me sentais écrasé d’autant plus. On voyait les divinités de tout le panthéon actuel sauf Nécronion, le dieu omis de tous, celui de la mort. Le reste était des tapisseries qui représentaient la déesse Ludie qui illuminait le monde de sa lumière salvatrice.

Un serviteur me conduisit à ma chambre. Elle était magnifique, une cheminée sculptée de feuilles d’acanthes, surmontée d’un tableau qui représentait un émissaire qui parlait à un roi, un étrange rappel à ma condition. Une fois que mon guide fut parti, mon premier réflexe fut de me vautrer dans le lit. Il était large, long et moelleux, mais je faisais des exagérations. Je pourrais presque me rouler dans les draps, mais je songeais alors que j’avais trente-et-un ans et que ce n’était pas une façon de bien se comporter. Tant pis, je le fis tout de même, après tout, j’étais seul. J’avais défait le lit en m’enroulant dans cette douceur digne d’un nuage, enfin, je supposais que les nuages étaient tendres, et doux.

Lorsque j’entendis une voix, « Que faites-vous là-dessous ? »

J'émergeai des couvertures et répondit, « Je teste le lit. (Je me redressai et m’assit sur le bord de la literie.) Qui êtes-vous et que venez-vous faire ici ?

- Je suis Eléonore et je suis ici pour vous guider dans votre visite complète du palais diplomatique.

- Vous auriez pu au moins frapper, j’aurais pu être en train de me changer. (Je faisais la moue, gêné.)

- Je suis sûr qu’un homme comme vous n’a pas honte de son corps. (Elle avait un sourire qui me mettait mal à l’aise.)

- Certes… Mais ce n’est pas une raison… (J’avais totalement honte de mon physique et même si ce ne fut pas le cas, ça ne changeait rien à mon avis.)

- Je ne regrette rien, c’est la première fois que je surprends un homme roulé dans ses draps comme un enfant. Cela change des déshabillages que j’ai surpris. (Sans honte et sans vergogne, tout mon contraire.)

- Je suppose que vous venez me chercher pour me faire visiter les lieux. (Revenons au point original.)

-Exactement…Puis-je vous recommander de vous vêtir d’une tenue plus correcte ? (Elle avait une expression de tyran en disant ça.)

- Sortez, s’il vous plait, je vous rejoindrais dehors. », ordonnais-je avec gentillesse.

Elle quitta la pièce, je pris ce qui me semblait être le plus correct dans mon coffre. Ça ne me faisait pas de mal d’ailleurs, de changer de vêtements, les précédents, étaient couverts de transpirations avec les affres du voyage. Je pensai donc aux derniers évènements en m’habillant. Ma guide était plutôt frêle en y songeant bien, plus que moi d’ailleurs et je n’étais pas un modèle d’épaisseurs. Il y avait aussi chez elle comme une intention cachée, elle me voulait quelque chose et cela devait peut-être à voir avec le Conseil Des Trois. Il me fallait mieux comprendre, la dynamique de ce trio d’État, si je voulais réussir ma mission.

En me regardant dans le miroir décoré de feuilles d’acanthes, je trouvais que j’avais des aires de beau prince, premièrement parce que j’étais prince, deuxièmement parce que cette tenue me mettait un peu en valeur. Je pus donc rejoindre ma guide.

Eléonore avait un mauvais sourire qui ne m’inspirait pas confiance. Elle avait les cheveux très longs qu’elle faisait tenir en tresse en forme de couronne qu’elle avait sertie de fleurs en diamant, elle n’était sûrement pas n’importe qui. Elle portait une robe bleue royale cousue avec des fils d’ors qui formaient des roses sur les manches, c’était d’un grand luxe. Elle me cachait une chose, c’était certain.

Elle eut un sourire mesquin avant de s’exclamer, « Que regardes-tu ?!

- Rien, votre tenue est digne d’une princesse. (Je réalisai ensuite qu’elle avait utilisé un pronom bien trop familier, un fameux tu.) Si vous pouviez éviter de me tutoyer en public, s’il vous plait.

- Si j’étais une princesse, vous pourriez m’épouser pour créer une alliance avec mon royaume. (Si ? La phrase pouvait bien s’en passer, elle était une princesse ça j’en étais sûr.) Mon père en serait ravi, il tient à me marier.

- Et moi, non. (Euh… Attendez, ça pourrait être mal interprété ça.) Je n’y suis cependant pas hostile, il me faut y réfléchir. », conclus-je en essayant de rattraper mon impair.

J’avançai un peu plus loin vers les escaliers desquels je venais tout à l’heure.

Elle me demanda, « Mais où allez-vous ?

- N’avez-vous pas dit, visite ? », répondis-je moqueur.

« Oui, bien sûr… Veuillez me suivre. »

Eléonore prit donc le devant, et me mena parmi les marches et les couloirs du château jusqu’à la salle de bal. Eléonore m’expliqua donc que pour l’ouverture des négociations, ils organiseraient un bal demain soir et que j’étais convié. Les lieux étaient éclairés par de grandes fenêtres, la pièce était de formes circulaires avec des chandeliers tous installés en suivant des motifs géométriques, ils formaient des séries de cercles au plafond. Le parquet était en un bois noir, et malgré sa propreté apparente, je pouvais voir les marques des zones où les danseurs étaient le plus passés. Cette salle devait souvent être utilisée pour diverses fête.

Eléonore me demanda alors, « Savez-vous danser ?

- Non, enfin, je suis maladroit. », répondis-je embarrassé.

« Alors, il serait bon de vous entrainer pour demain soir. », dit-elle avec gentillesse.

Elle me tendit alors la main, je la saisis avec délicatesse. Eléonore était une danseuse agile, je n’eus pour seul succès que de lui marcher sur le pied. Je finis pourtant par m’en sortir avec ses encouragements et conseils. J’étais content de moi, et d’avoir passé un si bon moment en une si belle compagnie.

Elle me mena ensuite dans le jardin, le temps commençait à se couvrir, mais elle tenait à m’expliquer l’importance de ces fleurs pour les trois États. Celles-ci symbolisaient la paix. Toutes les fleurs étaient blanches et étaient de plusieurs sortes : des narcisses, des tulipes de blancheur, des roses toutes aussi pâles, des marguerites dans des parterres poussaient vers le ciel pour élever leurs pétales laiteux avec insolence vers le soleil. Ce jardin était un monochrome de la couleur de la pureté comme si toutes les teintes avaient été bannies excepté celles des tiges des fleurs. Cela me semblait plus être un symbole du pur que de paix.

Le ciel se couvrait de plus en plus, et je voulus rentrer, mais Eléonore souhaitait rester dans le jardin et je ne me sentais pas de la contrarier.

Quelques gouttes commençaient à tomber, et je lui fis signe en disant, « Je crois qu’on devrait rentrer.

- Non, je pense qu’on devrait rester là. À moins que tu aies peur de la bruine32 ? », demanda-t-elle malicieuse.

« Non, seulement il pourrait pleuvoir plus. », murmurais-je inquiet.

Cela la fit rire, d’un rire cristallin. Sur les pétales blancs se dessinaient des gouttes et je m’abritais sous le pas de la porte. Eléonore semblait contempler les fleurs rendues brillantes par la pluie et le soleil. Je la trouvai belle, en cet instant. L’orage finit par éclater, cela me rappelait des très mauvais souvenirs. Quand j’étais enfant, enfin, un adolescent âgé de treize ans, j’avais peur de la foudre. Alors, on eut pour idée, enfin surtout mon père en fait, de me laisser sous une pluie orageuse dans la cour du château et de répéter l’expérience jusqu’à ce que je ne la craigne plus. Que de jours d’orages à grelotter sous la pluie et enfin de compte je n’avais jamais vraiment vaincu ma peur de l’orage, je faisais seulement semblant. Il est qu’aujourd’hui je ne le craignais que pour ce qu’il m’évoquait. Cependant, je ne voulais pas perdre la face, alors j’essayai de me tenir tranquille.

Eléonore me rejoignit sous le pas de la porte, elle était trempée, elle se blottit contre moi et je n’osais pas la repousser. J’étais bien plus préoccupé par l’orage que par son rapprochement. Il était difficile d’ignorer la foudre et le tonnerre tant ils battaient fort comme une armée de tambours. Je me disais que peut-être à l’intérieur, on l’entendrait moins.

Elle finit par me dire, « Les éclairs ne sont-ils pas magnifiques ?

- Pas vraiment, ils ne m’évoquent pas de bons souvenirs. », répondis-je vaguement.

« Dommage… (Elle marqua une courte pause avant de continuer.) Que vous est-il arrivé pour ne pas aimer l’orage ?

- Rien qui ne vous concerne. Rentrons. », dis-je en me relevant.

Je retournai à l’intérieur, rapidement suivi par Eléonore. Un valet nous transmis alors que le repas était dans une heure et qu’on nous ferait chercher dans nos chambres à l’heure prévue. Je n’eus pas le temps de parler à mon accompagnatrice qu’elle était déjà partie. Je me rendis donc dans la pièce qui m’avait été allouée. Je pouvais voir la pluie par la fenêtre, elle était battante, j’espérais que l’orage ne durerait pas, car je ne pouvais plus supporter l’écho de ses terribles souvenirs. Par chance, je n’étais ni trempé, ni sale, alors je n’eus pas besoin de me changer.

J’essayai de réfléchir à ce qu’il fallait que je fasse demain, en effet, la première table ronde était demain et il me fallait être malin. Le bal me semblait être aussi une bonne occasion d’en apprendre plus sur mes intermédiaires. J’essayai de discipliner mes cheveux, cela faisait quelques mois que je ne les avais pas coupés et ils formaient des épis. Il me faudrait bientôt me résoudre à les tailler, je n’étais pas dans la discipline, si je ne le faisais pas. Cela dit, rien ne m’y obligeait plus maintenant, je décidai donc de prendre ma liberté. Prends ça papa !






Chapitre 4 : « Horacétius »
Le nouveau dieu de la mort
Narrateur : Horacétius

Je regardai les étoiles et la lune, le soleil venait de se coucher. J’étais perturbé par le message d’Argine, elle avait trouvé un héritier pour le pouvoir du dieu de la mort, mais elle refusait de m’en dévoiler l’identité. Elle savait que je voulais rétablir Nécronion et elle ne le souhaitait pas, alors elle me le cachait pour que je n’interfère pas avec ses plans… Il me fallait découvrir son identité pour pouvoir avancer mes prochains pions. Une parmi les esprits de la forêt vint me trouver, elle s’occupait de garder mon prisonnier, et je pensai qu’elle venait pour m’annoncer quelque chose de grave.

Je lui demandai, « Que se passe-t-il, Sylvaine ?

- Rien de grave, je voulais seulement te parler. », répondit-elle heureuse.

« Comment se porte Nécronion ?

- Il joue avec les enfants, je crois qu’ils l’aiment bien.

- Tant mieux pour lui. (Je le pensais plus cruel que ça, bien que souvent juste.) Il a pourtant été bien mauvais dans son châtiment à mon égard.

- Oui, mais peut-être peut-il changer ? (La Sylvestre semblait croire à cela.)

- Je ne crois pas en la rédemption, pourtant, je ne demande qu’à me tromper. (Je me couchais à nouveau dans l’herbe afin de contempler la lune. Parlez était douloureux pour moi, maintenant, un minuscule mensonge était égal à une grande souffrance. J’avais un peu menti au moins sur un point ou deux.)

- Nous… Il se peut que nous sachions bientôt qui est le « nouveau Nécronion », son remplaçant. (Sylvaine était aussi soucieuse que moi.)

- J’espère qu’il sera raisonnable. Qui sait peut-être il vaudra mieux que le précèdent ?

- Alors, vaux-je mieux que Nécronion, Horacétius ? », demanda une voix.

Je me retournai en direction de celle-ci. Je vis alors un jeune homme blond, qu’il me semblait connaître.

Je demandai afin de lever mes doutes, « Es-tu donc un chevalier de Léandre ?

- Tu ne me reconnais donc pas ? (Il parut surpris.)

- Non. »

Il eut l’air contrarié par cela et il avait une expression menaçante. J’essayai de me rappeler qui était cet homme, mais je n’arrivais vraiment pas à le savoir. Il regarda l’esprit qui m’accompagnait d’une façon indescriptible, il semblait les détester pour une raison qui m’échappait.

« Hors de ma vue ! », s’adressa-t-il à l’esprit sylvestre.

La pauvre, ils avaient toujours été des créatures pacifiques, elle ne comprenait pas bien cette étrange réaction. Sylvaine partit cependant rapidement quand elle vit qu’il ne plaisantait pas.

L’inconnu porta ensuite son regard sur moi et s’exclama, « Théodore ! Tel est mon nom ! Maudit magicien, je suis tout de même un des premiers à avoir suivi Léandre.

- Et alors ? Tu crois que je me soucie de ça ? J’ai de meilleurs sujets de préoccupations, mais rassure-toi tu en fais désormais partie. (Il ricana.)

- Il faut donc être une divinité pour intéresser le grand Horacétius ! Ou même un élu… Les simples mortels ne sont pas assez bien pour le grand Horacétius ! (Ce Théodore avait le regard brûlant de haine.)

Je lui fis face, il me voulait du mal pour sûr, mais j’ignorais s’il avait toujours été ainsi, ou si cela était causé par sa soif de pouvoir. Il se battait avec une épée que l’on tenait à deux mains, cependant elle n’avait plus l’air d’avoir été forgé par un mortel, mais par une divinité. Il semblerait qu’il avait déjà rencontré les autres, c’est peut-être bien pour cela qu’il m’avait trouvé si vite. Je l’esquivai avec difficultés et il manqua de me décapiter plusieurs fois. Il était tellement rapide, que je n’avais pas le temps de lancer un quelconque sort. Je réussis à me protéger au dernier moment avec un bouclier magique. À cause de la malédiction de Nécronion, j’en souffris atrocement, cela me déconcentra et Théodore réussit à briser ma défense.

Je me retrouvai à terre avec la pointe d’une épée sur la gorge. Je crus ma dernière heure arrivée, après tout seul un dieu pouvait tuer un être comme moi, enfin, ce n’était pas une pensée raisonnable, cela était tout bonnement impossible.

J’entendis alors Nécronion crier, « Arrête Théodore ! Il ne t’a rien fait, c’est moi que tu veux ! »

Il répondit, « C’est vrai, Horacétius n’est qu’un bonus. Vitae m’a demandé de l’éliminer pour elle. Pourtant, je dois bien l’admettre, j’en ai assez de jouer les toutous. »

Je n’eus pas le temps de réaliser ce qui c’était produit, que je vis Nécronion avec une lame dans le ventre. Il sembla aussi surpris que moi. Théodore le poussa à terre, il planta son épée d’autant plus profondément. Nécronion, me regardait pourtant avec un sourire qui me troubla.

Le nouveau dieu eut une expression si mauvaise en disant ça, « Il semblerait que tu auras enfin la joie de connaître, le sort que tu as fait subir à tant d’humain. »

Il disparut, je rejoignis sa victime qui était en train de se vider de son sang à terre. Je craignais que je ne puisse pas la secourir, ma magie me paraissait si inutile pour soigner des blessures aussi grave. Je vis alors des plantes l’entourer, je ne compris pas ce qui se passait.

J’entendis alors une voix, « J’arrive trop tard !

- Nat ?! », criais-je.

« Oui, je refuse qu’une ordure effraie mes serviteurs et en plus se permette de s’en prendre à mes invités.

- Tu n’es pas de leurs côtés ? (Elle me regarda surprise.)

- Non, pas sur ça. Vi veut te tuer Horacétius, et je le désapprouve fortement. Tu ne comptes pas au rang de mes amis, mais tu traites les Sylvestres avec gentillesse et ça je le respecte. Ils ont une grande amitié pour toi, ce qui n’est pas le cas avec beaucoup d’être divin. (Elle marqua une pause.) Elle s’est fait quelques ennemis avec cette décision. (Naturae regarda Nécronion.) Le pauvre, il ne le mérite pas, je suis la déesse de la nature, et la mort est la chose la plus naturelle qu’il soit. Vi devrait le savoir.

- Vitae déteste tous ceux qui menacent ces précieuses choses vivantes. Nécronion n’y est pour rien, la mort, il ne la donne pas à tous. Ils meurent par nature, c’est inéluctable. »

Elle ne répondit plus, j’étais étonné par son intervention, elle était aussi pacifique que les esprits de la forêt, ses créations. Il devait y avoir quelque chose d’autre là-dessous. Elle l’emmena avec elle, afin de le soigner à l’aide des remèdes que produisait la nature.



Moi, j’avais une idée en tête. Je pris alors un esprit à part, peu de temps après cet évènement. Il eut l’air étonné par ma demande, j’eus du mal à le convaincre de me donner les médicaments que je demandai. N’importe, je les avais eus et c’était l’essentiel.

Je rejoignis Courage ma fidèle jument, elle se faisait vieille, mais elle restait vaillante. Tout autant que quand je l’avais rencontré dans un petit enclos en train de mourir de faim, car elle était un poulain avec des pattes avant déformées, ils avaient prévu de s’en débarrasser. J’ai vu à son regard qu’elle voulait vivre, alors je l’achetai. Je l’eus soigné et lui eut permis de marcher grâce à ma magie, et comme elle refusait de m’abandonner je la pris comme monture. Ma jument se montrait soucieuse, elle sentait que j’avais quelque chose en tête. Pourtant, elle ne se rebella pas, quand nous partîmes tous deux, loin de la forêt.

Je n’étais pas serein, j’avais un plan qui pourrait me coûter la vie. Je craignais ma fin, comme tout être qui soit. Pourtant, je savais bien que je ne pouvais pas mourir, on m’aurait tué avant sinon. J’étais déraisonnable, ces derniers temps. Cent ans ne semblaient pas avoir réussi à me rendre sage, peut-être fallait encore un siècle de plus ? L’aube approchait comme j’approchais de l’ancien temple de Nécronion, je laissai Courage à l’extérieur libre de s’en aller, si je ne revenais pas. Le lieu n’avait pas changé, cela me rappelait des mauvais souvenirs.

J’étais certain qu’il répondrait à mon appel, car il en serait intrigué. Ça ne sut tarder, je fus écrasé par sa présence, il se tenait en guerrier, il me menaçait de son épée. Je m’étais bourré d’anti-douleur, il me fallait pouvoir utiliser la magie sans problèmes. Sans défaillir à cause de la souffrance. Je ne m’étais jamais senti aussi bien depuis le châtiment de son prédécesseur.

Théodore me toisait, « Que me veux-tu Horacétius ? »

Je l’attaquai directement en lançant des piques composés de roches. Il les esquiva, il eut un sourire mesquin et se jeta sur moi. Je le bloquai avec ma magie, et contre-attaquai. Théodore esquiva et continua d’essayer de percer mes défenses.

Il me dit moqueur, « Horacétius, tu es faible. (Son sourire était d’autant plus pernicieux maintenant.) Deux-trois sorts et ton nez saigne déjà. »

Je passai ma main sous mes narines, et je sentis le sang chaud couler entre mes doigts. J’en fus perturbé, j’avais plus de résistance autrefois. Il en profita pour briser ma défense, je réussis à esquiver au dernier moment. J’utilisai tout ce qui se trouvait dans ce temple pour le piéger.

J’y réussis et pourtant je n’arrivais pas à le défaire de ce sourire.

Il ricana avant de dire joueur, « Assez joué ! (Il prit un air inquiétant.) Il est temps que quelqu’un t’apprenne ta place ! »

Il me transperça le cœur, il voulait ma mort… Il avait raté d’un petit millimètre, il s’apprêta à corriger le tir, quand du lierre se noua à sa lame l’empêchant de me frapper.

Il regarda la nouvelle venue et s’exclama, « Tu viens assister au spectacle ?!

- Elle n’est pas la seule. », lança une autre voix.

Voilà quelqu’un que je ne m’attendais pas à voir, Ludie. L’échange de regard fut étrange, entre surprise et joie pour moi, et malice et bonheur pour elle. Ludie… Pourquoi es-tu là ? Pourquoi viens-tu me sauver ? Comment savais-tu que j’étais là ? Mon amour, mon amour… Je ne pourrais jamais assez te remercier. Je ne mérite pas toute ton attention, je suis un idiot, je m’attire toujours des problèmes.

Elle me reprocha en ces mots, « Horacétius, il faut donc toujours que je te sauve ?

- Je suis sauvé par toi avec plaisir. », répondis-je tendrement.

Elle eut un beau sourire en bloquant une attaque de Théodore. Ils eurent un bel échange de lame s’entrechoquant, Ludie était forte, mais Théodore était agile pour compenser. Il lui tenait tête, il lui faisait ombre et compétition. La désarmer, il faillit, mon cœur un battement manqua, le sang coulait de ma plaie, ma vision s’obscurcissait, je perdis connaissance au moment où Théodore avait réussi à toucher Ludie. NON ! Que c’était-il passé ensuite ? Ma douce lumière aurait-elle été éclipsée ?

Je repris alors connaissance dans une maison de Sylvestre, ils avaient dû me ramener au village. Ouf, tout le monde s’en était tiré alors. Enfin, je crois ? J’espérais ? Je tournai la tête dans l’espoir de les trouver près de moi, mais à la place je remarquai alors Nécronion, il grelottait et transpirait comme un bœuf. Je le touchai du bout de la main, il était bouillant.

De sa voix faiblarde, je l’entendis murmurer, « Vi… Vi… Tu viens te venger de moi. »

Je répondis un peu inquiet, « Non, c’est moi Horacétius… »

« Tu viens te moquer de moi… C’est ta revanche…

- Non… », dis-je malgré moi.

J’étais confus, il était en plein délire et il continuait de marmonner des non-sens. Je ne pouvais plus supporter de le voir dans cet état. Je ne devrais pas au regard de mes blessures récentes, mais je n’en pouvais plus d’entendre ses paroles folles. J’utilisai alors ma magie pour faire tomber sa fièvre, j’en grinçai des dents tant cela me fut douloureux. Je voyais trouble, je crus tomber de mon lit vers l’avant, mais un tiers me retint.

Je crus reconnaître la voix de Nécronion qui disait, « Pourquoi as-tu fait ça ?

- Je ne pouvais plus supporter tes délires fiévreux. (Il avait du réflexe, il s’était tordu dans une position instable pour me soutenir afin de m’empêcher de chuter en avant.)

- Peut-être que je faisais ça… (Il regarda le sol.) Mais je vois que tu es aussi blessé… ?

- Ce n’est rien… (Je ne voulais pas parler de ça. J’allais bien d’accord ?) Je n’ai fait qu’affronter Théodore, je ne sais même pas ce que j’espérais. »

Il me serra si fort dans ses bras qu’il m’en faisait mal à la poitrine, la blessure était encore fraîche. Il semblait chercher ses mots, le pauvre semblait confus.

Il finit par articuler, « Horacétius, merci.

- Quoi ? », répondis-je surpris.

« Je suis désolé…

- Pardon ? (Non, j’étais en plein rêve ou bien ? Lui ? S’excuser ? C’était comme le serpent qui demandait pardon au rat qu’il avait essayé d’étouffer plutôt.)

- Rien… Oublis, c’est la douleur qui me fait dire n’importe quoi…

- Tss… (C’était trop beau pour durer.) Et moi alors, je souffre chaque jour de ma vie depuis ta malédiction et je ne dis pas n’importe quoi. »

Il posa sa tête sur mon épaule, il l’avait l’air parfaitement abattu. Je le repoussai, j’étais agacé par sa présence. Je tournai le regard, je ne voulais plus le voir. Ludie, où étais-tu ? C’était la seule chose qui m’inquiétait désormais.

Il marmonna, « Si je t’étais inutile, tu m’aurais laissé être tué par Vi.

- Tss… Je… Oui, c’est vrai malheureusement. (Je me sentais un peu honteux désormais. La chose formulait comme il l’avait fait était atroce.)

- Tu ne vaux pas mieux que Vi, même si tu le prétends. »

Je ne trouvais rien à y redire. Il n’avait pas tort. Je restai silencieux, je ne voulais pas continuer sur le sujet. On n’aurait pu rester longtemps dans le silence, si Ludie n’était pas venue. Elle était fâchée par mon comportement, elle me faisait des reproches.

Elle finit par me dire, « Il a failli te détruire le cœur.

- Il n’y a que toi qui me peux me détruire le cœur. », répondis-je avec amusement.

« Comme c’est mignon ! »

Nécronion s’exclama, « Je suis là, si jamais. »

Je le regardai avec malice en répondant, « Si tu es si jaloux, tu peux toi aussi te mettre en quête de l’amour.

- Personne ne m’aimerait… (Il me faisait pitié, en croisant le regard de Ludie, je vis que le sentiment était partagé.)

- Les gens sont plus superficiels que tu ne le crois. (Je le pensai, tout du moins certains l’étaient.)

- Je ne t’aime pas que pour ton physique… », conclut Ludie en me caressant la joue.

« Bien sûr, mais notre relation n’est pas superficielle. Nous nous connaissons depuis tellement longtemps, que nous avons finis par tisser des liens. Il peut se contenter d’un amour faux, s’il craint tant qu’il ne peut être véritablement aimé. (Je la regardai avec tendresse.)

- Bien sûr… », dit-elle un peu ennuyée.

Nécronion était abattue d’autant plus par nos réponses. Elle rapprocha ses lèvres des miennes, le baiser était passionné, je voulais dénuder un peu son épaule, mais elle m’arrêta. J’avais un âge où les conversations et les baisers langoureux étaient des preuves suffisantes d’amours. Je vis du coin de l’œil, qu’il quittait la pièce. Je crus qu’il n’allait jamais comprendre que certaines choses requièrent de l’intimité.

Ludie s’assit sur mes jambes, regarda vers la porte et dit calmement, « Je pense que tu devrais lui parler. »

J’alternais mon regard entre elle et la sortie avant de répondre, « Oui, pourtant il ne mérite pas ma sympathie.

- Tu peux la nier autant que tu veux, ça ne la rendra pas moins réelle.

- Quoi donc ? Une sympathie ? Et pour lui en plus… Son châtiment n’est pas des plus « sympathiques » après tout.

- Vitae n’a pas été tendre avec lui non plus, tu n’étais pas encore né en ce temps-là. (Elle regarda le sol.) Nous aurions dû intervenir, mais je m’égare. Si tu ne le fais pas pour lui, fais-le au moins pour avoir la conscience tranquille.

- Très bien, attends-moi, ça ne sera pas long. »

Je sortis, Nécronion ne fut pas dur à trouver, il était devant la maison, il avait déboutonné le haut de sa chemise. Les bandages qu’il portait, me firent me demander comme il m’avait ne serait-ce que pus marcher. Comment même était-il encore en vie d’ailleurs ?

« Ne me regarde pas ainsi, Horacétius… Nat m’a bourré d’anti-douleur, je ne sens plus rien c’est drôle.

- Pas vraiment… (Il était complètement défoncé en fait.) Et puis, comment savais-tu que j’allais te poser cette question ?

- Certains regards ne trompent pas. Tu aimes Ludie, ça aussi ça ne trompe pas.

- Oui… Tu es jaloux ? Tu veux de l’affection toi aussi ?

- Qui n’en voudrait pas ? (Il regardait le sol.) C’est drôle… Je ne me suis jamais senti aussi seul qu’en étant mortel. C’est drôle. (Il se releva sous mon regard inquiet.) Je vais bien… Il me faut parler à quelqu’un. Sois heureux avec ton idylle et qu’elle soit éternelle ! Tu le mérites.

- Attends ? Quelqu’un ? (Je le regardai étonné d’autant plus.)

- Tu ne le sais pas, tu n’étais pas là. La conversation a été donnée, et j’ai compris quelque chose. Ne me regarde pas ainsi, je fais des phrases bizarres, mais je ne suis pas fou. »

Nécronion s’apprêta à partir, quand je le saisis par le bras. Il eut l’air fâché par mon geste. Il dégagea sa main, et me repoussa. Je m’inquiétai un peu de le voir gambader avec toutes ses blessures.

Il me rassura, « Je te vois inquiets, rassure-toi, qui je vais rencontrer m’aidera si mes plaies m’empêchent de revenir de moi-même. »

Il m’échappa profitant de ma confusion. J’étais étonné. Comment pouvait-il savoir ce que je pensais ? Je rejoignis alors Ludie, elle me prit dans ses bras tendrement. Elle fit tomber ma chemise.

J’articulais, « Pas maintenant… Nécronion, il a réussi à deviner ce que j’avais en tête plusieurs fois. C’est comme s’il pouvait lire dans les pensées…

- Peut-être qu’il n’a pas perdu tous ses pouvoirs, il est le seul à avoir survécu à la colère de Vi après tout. », dit-elle avec tendresse.

J’eus une mine abattue, Vitae, elle était vraiment cruelle. Ludie rapprocha ses lèvres des miennes et je lui rendis son baiser. Cependant, j’étais un peu froid dans la façon dont je rendais son affection. Elle finit par s’arrêter et elle se proposa de m’écouter plutôt. J’avais tant à lui dire et j’étais ravi d’avoir son attention.



















Chapitre 5 : « Alexandre »
Le repas de dupes
Narrateur : Alexandre

Une fois de retours à Tolma, après avoir fait ce que j’avais à faire auprès de Léandre, je fus surpris de recevoir une invitation du Conseil Des Trois. Je l’ouvris et découvris une chose d’autant plus étonnante. Ils me conviaient pour une fois à leur réunion, ils voulaient parler alliance avec moi. Je trouvai tous ces changements bizarres, ils avaient sûrement quelque chose derrière la tête. Je ne déclinai pourtant pas l’offre, cela me donnerait l’occasion d’aider Antonin et de démêler ce qu’ils pensaient.

En moins d’un jour, je fus là-bas, notre émissaire, devait être arrivé un peu plutôt que moi dans la journée. Ce Conseil Des Trois avait le sens du mauvais goût, le château dans lequel, ses membres se réunissaient avait le don de m’arracher les yeux. Il y avait tant et tellement que le regard ne savait pas où se poser. Une colonne par-ci, une colonne par là, une statue ici ou là, c’était tout bonnement surchargé et une agression pour ma vue. Cela étant, il n’y avait pas de quoi être surpris, au moins, l’extérieur annonçait l’intérieur. Je savais que j’étais arrivé un peu tard, mais on me conduisit à la chambre qu’on avait préparée en vue de ma venue, et on me demanda d’y rester et de me préparer pour le souper. Que de luxe inutile, des dorures, des tapisseries, des tableaux, du mobilier d’essence rare et des feuilles d’acanthes partout. J’étais écœuré, j’avais tellement envie de rentrer chez moi, là où tout était en subtilité et non en grotesque.

Cependant, j’en profitai pour me regarder dans un miroir pour la première fois depuis longtemps. Je compris alors la réaction d’Antonin et Léandre, j’avais un air si maladif. On aurait dit que j’aurais pu reposer dans un cercueil tant ma pâleur me rappelait, celle d’un cadavre fraîchement décédé. J’en portais mes mains au visage pour vérifier que j’étais bien vivant tant cette apparition dans la glace m’avait effrayé. Mes vêtements étaient sales, il serait incorrect de me rendre à un dîner en étant tout crotté. Je me déshabillai afin de me changer, j’avais beau avoir un air maladif, j’étais toujours aussi musclé. Pourtant, je le savais, je souffrais de l’intérieur, quelque chose qui me tuait à petit feu et contre lequel je ne pouvais plus rien faire.

Je me parais comme il se devait, mes vêtements étaient toujours sobres. Je n’avais qu’une hâte et c’était que ce dîner commence, je voulais parler à Antonin. Je m’étais assis sur mon lit en attendant. Je ne m’étais jamais senti aussi vieux quand cet instant. Soixante-dix ans et des poussières cela pesait sur les épaules. J’avais envie de me reposer, j’étais trop vieux pour ces bêtises. L’heure était venue, enfin. Il y avait un bel orage ce soir, je n’avais qu’une envie d’être le lendemain. Je me retrouvai autour d’une table ronde, ils ne voulaient pas d’inégalités et de places privilégiés. Cela représentait le fait qu’au Conseil Des Trois, aucun n’était au-dessus d’un autre. Pas de personnes plus éloignées du maître des lieux en bout de table, tous à égales distances tels sont les avantages du cercle.

Il y avait Clément le roi de Milostiv, une majesté cruelle et impitoyable, son prénom était ironique en considérant ces faits. La reine Catherine de Nerne, elle était belle et rusée, une vile vipère, mais au fond elle avait une bonne âme. Le grand élu de Kandre, Mathieu, il était le seul chef d’État élu démocratiquement, il était vieux et il serait sûrement bientôt remplacé par de nouvelles élections.

Il y avait aussi Eléonore, la fille de Clément qui était là, j’avais entendu dire qu’il cherchait à la marier. Antonin lui échangeait des regards tendres, voilà quelque chose d’intéressant.

Clément me demanda, « Que devenez-vous, très cher ?

- Pas grand-chose, je suis étonné que vous me conviez à votre petite fête. (Il eut un sourire ironique.)

- Allons, ce n’est pas que de notre faute. Vous nous avez toujours été hostile. Cependant, nous sommes disposés à vous accorder une autre chance. », répondit-il avec une expression malsaine.

Les autres hochèrent la tête en signe d’accord, sauf Antonin.

Celui-ci répondit, « Je pense que si cela est ce que vous voulez vraiment, montrez-moi moins d’hostilités vous-mêmes. »

Le roi de Milostiv eut un sourire effrayant en disant, « Oh Antonin, ils ont envoyé un homme avec de la personnalité pour négocier. (Il essayait d’avoir l’air gentil. Je savais que c’était faux, c’est sa stratégie préférée pour gagner la confiance d’autrui, mais son vrai visage, ressortez rapidement.) C’est une bonne chose, les discussions seront mouvementées.

- Je l’aime bien, il n’a pas tort. », répondit Mathieu.

Catherine s’exclama, « Il est plutôt charmant, son père Aster à pourtant toujours dit qu’il était une honte pour lui. »

Antonin était mortifié, ensuite il mangea à peine pendant tout le repas. Moi-même, je n’avais pas très faim, je dévisageai chacun des invités. En premier Clément, nous avions tout deux le même âge, il était celui qui m’avait toujours détesté le plus. Il avait des cheveux longs blanchis, des doigts fins comme si la peau reposée directement sur les phalanges. Il avait beau avoir un air de squelette, son esprit était encore vif, de sorte que son physique ne reflétait pas ses capacités intellectuelles. Il me faisait peur. Est-ce qu’il était encore vivant ou était-il un mort-vivant ? La pensée seule de cette question, m’effraya. Catherine était plus jeune de quelques années, mais elle aussi était une vieille lionne, sa beauté n’avait pas fané avec l’âge comme le vin elle avait boni. Elle jouait les durs, mais son âme était tendre. J’avais confiance en elle. On se connaissait depuis tellement longtemps. Mathieu devait avoir cent-ans au moins, il était souvent malade désormais. Cependant, il avait l’air sage de la vieillesse et pas le côté mort-vivant de Clément. Ce vénérable homme était un véritable saint, son peuple sera très triste quand il mourra. Voilà, un sommaire portrait des membres du conseil.

Je portais mon regard sur Eléonore, la fille de Clément. Elle était belle comme un rayon de soleil, je crois qu’elle avait le même âge qu’Antonin peut-être un an ou deux plus âgés. Il avait marié tous ses autres enfants, je n’avais jamais compris pourquoi il ne l’avait pas fait avec son ainée. Il n’y a que récemment qu’il a annoncé vouloir la fiancer. En regardant un peu plus dans les détails, je vis alors qu’elle rendait les regards d’Antonin. Il semblerait qu’il se passait quelque chose entre eux.

Catherine me dit avec inquiétude, « Vous ne mangez pas ?

- Si… Oui, je suis seulement soucieux. », répondis-je touché par cette question formulait avec tant de sincères soucis.

« Il est vrai que la situation est inhabituelle. (Elle eut un sourire.) C’est bien, les réunions annuelles commençaient à s’enliser.

-J’espère ne pas être seulement là pour amuser la galerie. (Clément eut un sourire narquois. Catherine fut amusée, Mathieu n’y prêta pas attention.) La paix entre nous ça serait du jamais vu. J’ai presque du mal à y croire.

- Allons, nous sommes comme de vieux amis. Nous nous connaissons tous très bien. »

Clément demanda, « Avez-vous encore un fils à marier ? C’est pour ma garce de fille.

- Non, ils sont tous mariés. », dis-je avec mesure.

« Dommage… (Il se tourna vers Antonin.) Je suis sûr que mon invité pourra lui faire cet honneur. (Il ne lui répondit pas.) Oh allez, votre père sera ravi et elle est douée pour certaine chose. »

J’étais outré par ce comportement, je remarquai alors que le jeune homme avait changé de place pour se rapprocher d’Eléonore. Je me retrouvai maintenant à côtés de Catherine. Clément dévisageait toute l’assemblée avant de se lever et partir. Je fis de même, je préférai laisser les autres discuter des derniers évènements.

Une fois de retour dans ma chambre, je vis un corbeau toqué à ma fenêtre, j’en fus étonné et je l’ouvris. La pluie battante m’arrosa, je refermai dès que l’animal entra.

Il étira ses ailes et dit, « Merci, mortel pour ton accueil. »

Je fus surpris, je n’avais jamais entendu parler de corbeau parlant.

Il continua, « Coi-Coi ? Tu n’as jamais vu un corbeau qui parle ? C’est quoi ton petit nom l’humain ?

- Alexandre… (Je ne savais pas quoi dire.)

- Un grand nom ! Merlin, voilà le mien ! (Il me tendit son aile comme une main, mais je n’osai pas la saisir de peur de la briser.) Coi-coi, ce n’est pas ainsi que se saluent les humains avec les mains ?

- Si, mais vos ailes sont si finies… (Il retira celle-ci et parut offensé.) Qu’êtes-vous ?

- Un corbeau ! Humain stupide ! Enfin, je suis un corbeau qu’une sorcière a transformé en familier. Heureusement, pour moi, elle est morte, il y a belle lurette. Coi-Coi, la garce m’a rendu immortel, coi-coi c’est le seul défaut. (Il s’ébrouait en tous sens en disant ça. D’ailleurs, immortel ? Mais pourquoi faire ? Les magiciens ne pouvaient pas vivre éternellement… Bizarre.)

- Que viens-tu faire là ? », demandais-je en le dévisageant.

- La pluie m’a surpris. Je voulais m’abriter en un lieu. Je cherche un maître pour me loger, je peux vous servir en échange de l’abri. (Merlin se donnait des airs grandiloquents et je ne savais pas comment un corbeau pouvait faire ça.)

- Pourquoi pas ? Que sais-tu faire ?

- Je suis un corbeau érudit, je connais toutes les annales et les chroniques, les précis philosophiques d’Aristote à Saint-Augustin, les histoires d’Hérodote à Tite-Live, les épopées d’Homère à Virgile, les chansons de troubadours, les fabliaux et toutes sortes de manuels de magies. Coi-coi, je peux vous conseiller ! »

J’étais tellement absorbé par sa liste que je ne savais pas quoi répondre. Si cet oiseau ne mentait pas, il avait un grand amas de connaissance, il pourrait mettre utile. Je répondis positivement à sa demande. L’oiseau sembla ravi, il était tout mouillé, je le séchai, il était agité et sautillait gaiment.

Je décidai d’utiliser ses connaissances pour mieux comprendre les relations entre Clément et sa fille. La bête sembla réfléchir, la réponse n’était sûrement pas simple, leurs relations semblaient complexes.

Merlin finit par répondre, « Hum… Sa fille ainée est une arme politique. Il a promis de la marier plusieurs fois en échange de faveurs, mais une fois celle-ci obtenue, pas de mariage. (Il ricanait en coassant.) Coi-Coi, ton ami est pris dans une toile qui le dépasse, fais-lui comprendre qu’il devrait rester loin d’elle.

- Oui… Si seulement j’avais réussi à percer ce projet à jour, je lui aurais dit avant. », concluais-je.

J’entendis… Non, n’en parlons pas, nous en parlions déjà précédemment. La discrétion ce n’était pas leur fort.

Le corbeau émit un croassement similaire à un rire et dit moqueur, « Elle cris le nom de ton ami… (Croassement incontrôlable.) Il semblerait que le roi est déjà gagné. (Toujours plus de croassement.) Tu devrais l’arrêter, il est dans la pièce d’à côté, si tu veux mon avis. »

Il avait raison, je sortis dans le couloir, en collant mon oreille à la porte adjacente, je sus avec certitude que c’était la bonne chambre. Je toquai à l’entrée, il y eut un silence avant qu’Antonin n’ouvre la porte à moitié déshabillée. Il avait l’air furieux.

Je m’exclamai, « Je te dérange ?! Pouvons-nous parler ?

- Non, je me reposai. », dit-il en ayant l’air de vouloir me claquer la porte au nez.

« Oh oui, bien sûr, pourtant j’ai cru entendre une femme crier ton nom avec délice. (Il était rouge et mort de honte.) Hum, c’est bien ce que je pensai… Un conseil, cesse de la fréquenter ou épouse-là. Tu n’as pas beaucoup de choix.

- Mais… Mais… »

La femme demanda, « Qui est-ce ?

- Rien. », articula-t-il.

Il s’était retourné ce qui me permit de voir l’intérieur de la pièce, j’y trouvai ce que j’espérais y trouver. Je vieillissais, on ne m’apprendrait plus la vie.

Je fis signe de la main à la femme, et dit, « Coucou Eléonore, vous avez une belle voix vous savez. »

Je crus qu’Antonin allât me repousser dans le couloir, tant son expression affichait une physionomie inquiétante. Eléonore était plutôt surprise, elle essayait d’enfiler quelque chose rapidement.

Elle me répondit, « Vous savez, vous avez de l’humour pour un vieux décrépi.

- Le corps fane, l’esprit reste. Ça devrait être un proverbe. (Antonin eut un sourire tendre pour moi. J’en profitai pour rentrer dans la chambre ; Eléonore s’était rhabillée entre-temps.) Alors, vous nous faites un bébé dans le dos ?

- Non, père serait très fâché. », lança-Eléonore.

« Bah, ça lui donnera des excuses pour vous marier d’autant plus vite. Antonin est un petit chanceux, vous êtes si belle. (Il était rouge, je songeai qu’il était plutôt timide. Enfin, non, c’est logique, en fait.)

- Ah Ah, le vieil homme est moins avare en compliment que le plus jeune.

- Il fallait me dire que tu en voulais, en plus. », répondit « le plus jeune ».

« Tu es un niais en termes de femme !

- C’est vrai ! On n’a pas besoin d’être doué quand on a des privilèges. Les servantes du château de mon père voulaient aussi quelques privilèges.

- Vil ! Que sous-entends-tu ?

- Oh pitié ! Tu es plus riche que moi et tu es héritière de la couronne, je ne suis que le second. Je gagne plus à te faire des courbettes que toi à m’en faire.

- Oui, alors fait ! Aime-moi, supplie-moi, complimente-moi ! (Elle avait un regard enflammé.)

- Oui, ma reine tu es si belle, ta voix est si douce, tes lèvres couleurs fraise sont d’une harmonie céleste. Pour toi, je me ferais poète.
Un blason, j’écrirais
Pour une femme de toute beauté.
Ses lèvres rouges
ébranlent même le sage. »

- Ce que tu peux être mièvre… », dit-elle avec tendresse.

Elle avait un grand sourire, il me semblait aller si bien ensemble que je m’éclipsasse. J’avais à peine regagné ma chambre, que j’entendis à nouveau Eléonore crier le nom d’Antonin.

Le corbeau frappa la table de son bec et s’exclama, « Je vois que c’est un franc-succès ! »

Je répondis, « Je pensais qu’ils étaient mignons ensemble. J’ai décidé de les laisser faire.

- Coi-Coi, libre à toi ! J’espère que rien de mal ne va se produire pour eux.

- Je pense que la menace vient plutôt de Clément que d’Eléonore. (J’étais soucieux, on le nommait le Cruel après tout.)

- C’est juste. »

Quelqu’un toqua à la porte, j’ouvris et je vis Clément. Il avait l’air abattu, quelque chose me frappa subitement, il avait l’air de ne plus en avoir pour longtemps.

Il s’exclama, « Je dérange peut-être.

- Non… » répondis-je soucieux.

Il rentra dans la pièce, et il s’assit au bureau, Merlin s’envola et se posa sur mon épaule, il me sembla effrayé.

- Il s’amuse bien à côté. (Il avait un sourire d’adolescent qui avait connu des mauvais coups.)

- Oui, il faut laisser jeunesse se faire, nous avons fait notre temps.

- Surtout moi… Il ne me reste plus que la peau sur les os. (Il avait les larmes aux yeux, mais il faisait comme si de rien n’était.)

- Comme si je m’en tirais mieux. (Enfin, peut-être, réflexion faite.) Pourquoi venez-vous ici Clément ? (Je le toisais en attendant une réponse.)

- Devrais-je laisser Eléonore épouser qui elle veut ?

- Si vous parlez d’Antonin, elle pourrait tout à fait l’épouser à votre mort. (Il rit jaune.)

- C’est bien, ça serait une bonne alliance, conforme à mes vœux. (Il était désormais complètement avachi sur la table.)

- Je constate que la vieillesse ne vous a pas adoucis. », conclus-je sarcastique.

Clément ne me répondit pas et cela m’inquiétait. En m’approchant, je remarquai qu’il s’était seulement endormi. Voilà quelque chose qui me rassurait ! La journée avait dû être difficile pour lui. La mienne aussi d’ailleurs ! Cavaler, cavaler sur le dos de mon étalon Myriade pour me rendre ici, ce ne sont plus des choses de mon âge. Tiens, je me mets à râler comme un vieil aigri. Merlin se pose sur le bureau et regarda plus en détails Clément.

Il s’exclama ensuite, « Il ne lui reste tout au plus qu’une semaine à vivre !

- Ne dis pas ça ! C’est si malpoli ! », répondis-je agacé par cette remarque.

« Coi-coi ! Je ne dis pas ça parce qu’il est vieux ! C’est la vérité, je tenais à te prévenir, car sa mort n’est pas à cause de sa vieillesse.

- Que veux-tu dire ? (L’oiseau s’ébroua avant de me regarder.)

- Poison ! Quelqu’un cherche à abréger son existence.

- Comment le sais-tu ? (Ces affaires de poisons m’inquiétaient un peu.)

- Coi-Coi, mais t’es bouché ou quoi ?! Je t’ai dit que j’étais le familier d’une sorcière, j’ai appris de ses manuels. »

Il tapait la table avec son bec, je ne compris pas bien pourquoi il faisait ça, sûrement un truc de corbeau. Il marmonna quelque chose peut-être un sort. Merlin me regarda soucieux, s’ébroua d’autant plus et réaligna ses plumes ensuite.

Il s’exclama, « J’ai fait erreur ! (Je le contemplai étonné.) Il mourra demain.

- Quoi ?! (Il ne pouvait pas m’annoncer des trucs pareils sans prévenir.) Ne pouvons-nous pas faire quelque chose ?

- Oui ! Il me serait plus facile de l’aider si j’étais humain. (Avec son bec, il nettoya ses plumes. Peux-tu avoir l’air plus concerné, s’il te plait ?) Peut-être un sort de métamorphose. »

Je n’eus pas le temps d’exprimer mon avis que Merlin lança un sort pour se transformer en humain. Ses cheveux étaient de la même couleur que les plumes du corbeau, ils reflétaient même la lumière pareillement. Il avait le nez un peu disgracieux, long et comme un bec. Il avait des yeux qui étaient aussi noirs que sous sa forme animale.

Il prit le miroir qui se trouvait sur le bureau, se regarda un peu et dit, « Il y a encore quelques points à améliorer, le nez est un peu moyen, et la couleur des yeux est un peu bof.

- Si tu veux mon avis en l’état, nul ne penserait que tu étais un animal avant. (J’étais impressionné par ses pouvoirs.)

- Certes… Bon, il est temps de l’aider. », dit-il dynamique.

Merlin s’assit sur le bureau et commença à dessiner des cercles magiques dans les airs. Il eut une expression indescriptible avant de m’intimer l’ordre de quitter la pièce. Il avait sûrement besoin de se concentrer. Je sortis, puis marchant un peu dans le couloir, je voulus aller dans la grande salle de bals, là-bas, j’aurais la paix pour réfléchir.

Je fus surpris d’y découvrir ici Mathieu, ce gouverneur élu regardait le ciel orageux par la fenêtre. Il fut tout autant étonné de me voir. Après tout, personne n’avait de raison d’être présent ici.

Il me lança, « J’ai réfléchi, une alliance avec Léandre me paraît bonne ! Demain, Antonin prêchera un convaincu. (Il regarda à nouveau la tempête un bref instant. C’est vrai que c’était un temps de cauchemar.) Catherine ne sera pas non plus difficile à convaincre. Le seul problème est Clément, il cherche à nous diviser pour mieux régner comme toujours.

- Certaines personnes ne changeront jamais… », répondis-je sinistre.

« Malheureusement, je m’inquiète pour ma succession, je veux dire, j’espère que celui qu’ils éliront sera compétent.

- Cela te fait combien maintenant ?

- Moi ? (Il fut surpris par ma demande.) J’ai au moins dépassé les cent ans, peu peuvent en dire autant.

- Beaucoup parmi ton peuple n’ont connu que toi en tant que souverain. (Nécronion, la mort même devait le craindre pour sûr. C’était son pire ennemi, sans aucun doute.)

- Je ne suis pas un souverain, mais mise à part ça, c’est très juste. (Il avait un air si noble en disant ça.)

- Je suis persuadé que tout ira bien. (Je le pensai sincèrement.) D’ailleurs, Clément n’a pas l’air au mieux de sa forme.

- Toi, non plus. (C’était vrai. J’étais malade, et c’était incurable.)

- Certes, je le reconnais, mais il ressemble à un squelette qui marche. C’est bien plus inquiétant, moi, je suis âgé, c’est normal que j’ai des problèmes de santé. »

Une voix lança, « C’est mal poli de parler mal de quelqu’un dans son dos. »

En me retournant, je remarquai alors que c’était Catherine.

Elle continua ses propos, « Alexandre, vous-mêmes êtes du même âge que Clément. (Touché !) Bien que vous soyez vous-mêmes bien conservé.

-Certes…Bien conservé… (En apparence, seulement.)

- Vous savez à une époque, mon père voulait essayer de me marier à vous. Si j’avais su que vous deviendrez aussi beau, j’aurais plus insisté. (La vieillesse amène certains regrets étonnant.)

-Que sous-entends-tu ? Que j’étais laid quand j’étais jeune. (Je rigolai de bon cœur.) Ah Ah, je n’ai pourtant pas changé, seuls les cheveux ont blanchis.

- Oh allons, tu as maturé, comme le vin est meilleur en vieillissant. (Je gloussai en entendant ça.) Je vois que ça t’amuse, coquin ! Ne veux-tu pas me montrer ce qu’il te reste de virilité plutôt ? »

Vous savez que je suis toujours là ? », finit par dire Mathieu qui s’était tu depuis l’arrivée de Catherine.

Je répondis, « Oui, en plus je suis déjà marié. Enfin, même si elle n’est plus de ce monde, je veux lui rester fidèle pour le moment. (Fais-toi à l’idée mon pauvre vieux, tu es veuf depuis plusieurs années !)

- Oh c’est trop mignon ! Si un jour tu te sens de passer le cap, viens toquer à ma porte. »

Elle partit me laissant abasourdie. C’est vrai qu’elle était belle, mais elle ne m’intéressait pas, enfin, pour ce genre de choses tout du moins.

« Alexandre, va te reposer. (Je me tournai vers lui, interloqué.) Demain, commence la réunion et tu n’auras pas beaucoup d’autres occasions de discuter de la paix entre vous deux. (Il posa ses mains sur mes épaules de façon paternelle.) Clément a peut-être le corps déjà dans la tombe, mais pas l’esprit, méfie-toi. Il pourrait te dévorer, si tu montres un signe de faiblesse. »

Je le remerciai et retournai dans ma chambre. J’espérai que Merlin avait fini son travail. Quand j’ouvris la porte, je le trouvai endormi sur la chaise du bureau, toujours sous forme humaine. Clément était parti, j’aimerais bien savoir ce qui s’était passé après mon départ. Je remarquai, alors que le lit possédait deux couvertures, j’en jetais une sur Merlin et j’allai me coucher.







Chapitre 6 : « Théodore »
Problème Paternel
Narrateur : Théodore

Horacétius et Nécronion toujours vivants, on peut dire que même en étant un dieu, je ne réussissais pas mes entreprises. Enfin, toutes n’étaient pas des échecs, Vi m’avait trouvé charmant et moi aussi je la trouvais parfaite. Ses boucles brunes qui tombaient sur ses épaules dénudées me plaisent à l’extase, ses yeux marron délicats, qui me dominait avec aisance et jouissance, me ravissait. Ses lèvres étaient à croquer, j’avais bien trop envie d’y goûter et elle m’avait autorisé une fois à le faire. Cela me rendait gourmand, je voulais plus et plus, mais je savais me contenir. Enfin, peut-être pas finalement, je lui fis les plus belles avances de ma passion, lui exprimait mon transport, par des bouquets et de belles paroles, qui n’étaient pas en l’air et l’amour fut donc vite consommé. À la suite de cela, je songeai ce que je devais faire ensuite. J’étais couché dans le lit, serrant dans mes bras Vitae.

Je contemplai le plafond décoré d’étoiles, en étant soucieux, en effet, il y a deux semaines j’avais reçu un message de mon frère Bohort, dans lequel il m’expliquait que notre père Aster était gravement malade et que je devrais lui rendre visite. Antonin, mon frère, m’avait dit au moment où nous l’avions reçu qu’il n’irait pas, cet homme n’était plus son père, le jour où il l’avait rejeté, tel était ses mots. Pourtant, moi, j’hésitai à m’y rendre, j’avais des affaires à régler avec lui.

Vi finit par me dire, « Par quoi es-tu préoccupé ?

- Mon père est malade, il me faut le visiter. Seulement, même si mon frère réclame ma présence, mon père me hait et je le hais tout autant. (Elle me regardait interloqué.) Je ne suis que le benjamin, et il n’avait pas de plan pour moi, je suis celui de trop. Cela dit, Antonin, le cadet, mon frère lui aussi l’a déçu, d’ailleurs il ne veut même pas le visiter. (J’étais en colère contre cette abrutie qui me servait de parent.) Moi, pourtant, j’ai des histoires en suspens avec lui.

- C’est un idiot que ton parent, tu es très méritant. (Elle me serait contre elle.) Tu mérites un trône, il te faut une lignée. Je sais que ton immortalité peut te donner l’impression que tu n’as pas besoin de perpétuer ton sang, cependant ils pourraient t’être utile.

- « Ils » ? (Je la dévisageai surpris.)

- Tes enfants, ta descendance… Trouve-toi une femme mortelle, et fait lui des gamins. (Hum… Je n’étais pas très enthousiasmé par ça.)

- Soit... », dis-je ennuyé.

Je partis agacer, je ne voulais pas me marier, voilà tout. Encore moins à quelqu’un que je n’aimais pas. Je décidai donc d’aller voir mon père Aster. Après tout, s’il était si malade que ça, je n’avais pas beaucoup de temps pour ce faire. C’était tellement pratique d’être un dieu, pouvoir se rendre dans un lieu instantanément. La pièce où ils avaient installé mon père était plongée dans l’obscurité, il était couché dans un lit, et ce qui me frappa, c’est qu’il ne m’avait jamais paru aussi faible. Pour une fois, je n’avais plus peur de lui.

Mon père s’exclama, « Bohort ?!

- Théodore. », répondis-je étonné.

« C’est bien… Tu es un bon fils, tu visites ton père malade. (Je tiquai, je n’avais jamais entendu ces mots de sa bouche.) À moins que tu ne sois qu’une illusion de mon esprit malade. »

J’avais une impression de malaise non seulement par ses mots, mais aussi par la faible luminosité. Je m’approchai de la seule fenêtre pour essayer de rendre la pièce plus éclairée.

Je m’apprêtais à ouvrir les rideaux, quand Aster me cria, « Non ! N’ouvre pas ! »

Trop tard ! J’avais tiré sur ce qui maintenait les rideaux fermés, je fus d’autant plus frappé par son apparence. Il m’avait l’air d’être un vieux grabataire aux portes de la mort. Son visage s’était creusé, ses os étaient marqués, sa pâleur était morbide. Il était épuisé quasiment mort, il toussait comme un tuberculeux, ce qui me faisait dire qu’il n’en avait plus pour longtemps. Il eut un regard triste en voyant mon expression.

Il concéda, « Je sais, c’est horrible… Tu n’aurais pas dû ouvrir ces foutus rideaux…

- Oui… Antonin serait content de te voir ainsi, il n’aura plus à subir ta présence bientôt. (Je lui donnai un sourire mauvais.)

- Je sais, mais je pense que tu as tort, il a bon cœur, ça ne lui plairait pas… Je suis content qu’il ne soit pas venu. (Il avait le regard vide.) Tu te fais le héraut de la mort en disant l’évidence.

- Le héraut ? L’envoyé ? Je suis plus que ça, je suis la mort elle-même. (J’avais un regard terrifiant, je le voyais dans le reflet de la vitre qui était à côté de son lit.)

- Tu es comme moi ! (Pardon ?!) C’est toi qui aurais dû naître en premier, tu m’es identique ! Tu es un digne héritier ! », cria-t-il mi-enthousiaste, mi-désespéré.

J’eus un sourire mauvais, mon père en fut terrifié. Même dans son arrogance, c’était moi qui avais l’ascendant et il le savait. Aster posa sa tête contre le mur, je le sentais il n’en avait plus pour longtemps. Il me fallait régler mes affaires avec lui rapidement, si je voulais avoir la conscience tranquille.

Je demandai condescendant, « Père, pourquoi m’avoir rejeté ?

- Je n’avais pas de projet pour toi… (Pff… Je le savais bien ça.) Et surtout… (Il avait l’air d’avoir un regret sur le cœur.) Tu me ressemblais trop, non seulement tu avais le même physique que moi, mais tu avais aussi la même personnalité que moi quand j’étais enfant. (Mon père refusait de me regarder en face et ce n’était pas par mépris pour une fois. J’étais comme lui ? Je ne pouvais pas l’accepter.) Je… J’étais un être faible, je ne méritais pas le trône, j’aurais dû mourir disait mon père. »

Après ces derniers mots, il sombra dans une étrange apathie que je n’aimais pas. J’étais en colère, mais je le comprenais mieux, il me haïssait parce que j’étais comme lui et je suis devenu comme lui. C’était sans importance, il était fort, et ainsi je ne serai plus jamais faible ! On n’a jamais osé dire du mal de lui en face, alors on fera de même avec moi, on me craindra tant que nul n’aurait le courage de le faire. Je songeai alors à ce que m’avait dit Vi, et je pensai que mon père devait sûrement connaître un mariage intéressant pour moi. Je pris une chaise et m’installa près de son lit.

Je demandai, « Mon père, je cherche à me marier. As-tu des recommandations ?

- Je suis étonné que ton suzerain ne t’ait pas proposé certaines alliances. », dit-il un peu distant.

« Si, il m’a mis dans les bras une fille de rien. (J’étais furieux.) Cela doit être à cause de son éducation, Horacétius l’a élevé d’une façon indigne.

- Alors, épouse-là même si c’est une insulte à notre lignée, car ton souverain le veut. Théodore ravale pour l’instant ton égo ! »

Je quittai la pièce furieux, pourtant même si je ne le voulais pas, il fallait m’y résoudre. Non, je ne me soumettrais pas, je n’épouserais pas une femme que je n’aime pas. Voilà, donc une décision arrêtée, enfin, elle méritait d’être plus pensée, mais à quoi bon. Léandre se moque de moi, je le crois, déjà qu’il est l’élu et pas moi. J’aurais dû l’être, j’ai essayé, mais cette Argine, m’a rejeté. Maudit esprit ! Une me rejette, l’autre m’a fait croire que j’étais promis à un grand avenir, ma pauvre mère adoptive. N’importe, j’étais un dieu désormais, et je valais mieux que lui, je serais éternel, je serais puissant, je serais idolâtré. Cependant, si je ne trouvais pas d’autres solutions que ce mariage, il me faudrait m’y résoudre.

Pour me sortir de ma rêverie, j’entendis qu’une prière m’était adressé, on réclamait ma présence, voilà quelque chose d’intéressant. Je me retrouvai à nouveau vers la forêt de Nat, je cherchai du regard qui pouvait bien me demander et il n’y a aucun mot assez fort pour décrire ma surprise quand je le découvris.

Je demandai choqué, « Que me veux-tu, Nécronion ?

- Je t’offre ma vie, si tu me promets que tu ne feras de mal à personne. », répondit-il solennel.

« Quoi ?! », voilà une réponse digne d’un dieu.

Tu ne feras de mal à personnes, ce qui revient à dire ? Comme si, je faisais du mal à autrui sans raisons. Je regardai alors Nécronion, il me semblait si misérable, il n’avait pas encore guéri des blessures que je lui avais faites. Je compris, ça me frappa, immédiatement, ce qu’il avait voulu dire. Il se plaça à genoux devant moi et souleva ses cheveux de sortes à ce qu’il m’offrait sa nuque. Je voulais le tuer, mais je n’y arrivais pas. Mon épée m’échappa des mains, j’avais l’impression d’être un tyran, un monstre. Était-ce pour ça que ce fut Léandre qui fut choisi et non moi ? Qui sait c’était peut-être pour ça que mon père m’avait rejeté ? Il a senti le mal qui était en moi. Je ne peux emmener autour de moi que chaos et destruction, dans le fond être le dieu de la mort était un titre pleinement mérité.

Nécronion me lança, « Tout va bien, Théodore ?

- Oui… », dis-je comme absent.

« Non, tu mens ! (Je pouvais lire une sincère inquiétude dans son regard cela me touchait. Il n’était pas aussi méchant que l’on pouvait le penser.) Tu t’es écroulé à genoux, tu trembles, tu pleures. Si tu te sens coupable, ne le fait pas je t’en prie. Je ne mérite pas tant.

- Je…Je… Non, je… Suis-je monstre ? », balbutiai-je confus.

- Un monstre ? (Il me regarda surpris.) Tu n’es pas plus monstrueux que Vi et tu n’as que les défauts d’un simple humain.

- Vi ? Un monstre au lit, tu veux dire ? (Il eut l’air parfaitement offensé.)

- C’est ma mère, idiot ! (Il sembla réaliser quelque chose de grave.) Attends, ça veut dire que tu as… Non, non, ce n’est pas possible.

- Suis-je trop laid pour elle ? (Allons vas-y Théodore continue de t’enfoncer.)

- Ce n’est pas ça… (Il se releva en me dévisageant.) Méfie-toi, elle ne donne rien sans attendre en retour. (Son visage se décomposait à vue d’œil.) En ce point-là, nous sommes similaires malheureusement, mais c’est parce que je ne voulais plus lui faire honte.

- Lui faire honte ? (Je ris.) C’est la meilleure, tu ne sais pas ce que cela fait d’être le fils dont on ne veut pas.

- Tu crois… Tu as t… »

Il s’effondra en pleurs, avant d’avoir pu terminer sa phrase. Avais-je fait une bêtise ? La réponse était oui. Nous ne sommes pas si différents, il semblerait. Je ne savais pas quoi dire, des excuses ne suffiraient pas, hein ? Nécronion, releva la tête, ses yeux verts brillaient à causes des larmes.

Il me surprit en disant, « Je n’ai jamais autant pleuré que ces derniers jours, c’est donc ça que d’être un humain ?

- Non, enfin, pas que. (Je ne savais pas quoi dire.) Je te propose un câlin, c’est le meilleur que l’on peut offrir pour réconforter. », dis-je avec sympathie.

Il se blottit contre moi. Pour un adulte, je trouvai qu’il se comportait comme un enfant. Je pensai alors à ce que je devais faire, désormais. Enfin, ce n’était pas simple avec quelqu’un en train de pleurer dans mes bras.

« Je vois que tu as rencontré mon fils. », s’exclama une voix.

« Vi… Ton fils est charmant. (Ledit fils trembla rien qu’à l’audition de la voix de sa mère.)

-Tu sais tout de même qu’il est le dieu de la mort originel et qu’il est ton rival pour ce poste. (Elle paraissait m’intimer un ordre par ses mots.) Tu ne devrais pas le câliner, mon aimé.

- Comme je t’aime, je ne veux pas faire de tort à ton fils. (Je la regardai, elle avait l’air satisfaite.) Je vois que cela te convient.

- En effet, cependant mon fils et moi avons à parler. (Elle regarda Nécronion par-dessus mon épaule.) Viens donc, rejoindre ta mère, mon enfant. », elle donnait à ses paroles un ton si menaçant que j’en tremblai presque pour ce pauvre garçon.

Il s’exécuta, je me trouvai grandement confus. Je ne savais pas ce qu’elle pouvait bien lui vouloir, j’ignorais si je devais m’inquiéter ou non. Je me sentais mal pour lui, nous étions faits du même bois, une essence de rejet et d’abandon, si caractérisé par une jalousie de celui qui a mieux. Une vie de solitude contrainte, un vide que l’on ne peut combler, toujours en manque de quelque chose. En manque de confiance envers l’amour et l’affection que nous portera autrui. Voilà, bien l’état de mon cœur blessé. Pourtant, dans cet océan de malheur, j’avais trouvé de quoi m’ancrer, mon désir de devenir grand et puissant. Sur ce papier, j’encre mon ambition du bout de ma plume. Je régnerai, je dominerai, j’aurais un amour infini à donner et à recevoir, j’aurais tout et je détruirai ceux qui se mettront sur ma route. Il n’y a pas de meilleurs choix !










Chapitre 3 : « Antonin »
Les alliances
Narrateur : Antonin

Je mettais mes pensées en ordre, en effet, les négociations allaient bientôt commencer. J’avais eu une bonne nuit de sommeil et c’était une bonne chose, j’arriverai face à eux en bon état au moins. Je les entendais discuter avec Alexandre, car la première session portait sur une paix durable voire une alliance entre-eux. Je percevais des cris, ils devaient sûrement se disputer. J’essayai de tendre l’oreille pour percevoir leurs propos, mais je n’y arrivais pas du tout. J’entendais alors surtout les voix de Clément et d’Alexandre, je n’arrivais pas à discerner leurs paroles parmi le brouhaha, mais elles semblaient être vraiment hostiles. Je fermai les yeux en espérant mieux percevoir de quoi il parlait. Je ne réussis à rien de plus, mais je finis par entendre un bruit sourd et quelque chose résonnait contre la pierre.

J’en sursautai, il avait dû se passer quelque chose de grave. Alexandre sortit de la pièce avec un air paniqué, il me l’a transmis rien qu’en posant mon regard sur lui. Il me dévisagea et essaya de se calmer en voyant l’inquiétude dans mes yeux.

Il m’expliqua, « Tout ne s’est pas passé comme prévu, nous n’arrivions pas à nous mettre d’accord. Enfin, surtout moi et Clément. »

« C’est un euphémisme ! Coi-Coi ! », cria quelque chose.

« Tais-toi ! C’est toi qui hyperbole ! (Il se tourna derrière lui.)

- Peut-être, mais tu as failli m’enfermer à l’intérieur ! (Je m’aperçus que ce qui parlait était un corbeau quand il se posa sur l’épaule d’Alexandre.) En plus, tu as provoqué un malaise !

- Hum… Hum… Certes. (Il semblait gêné.)

-Le malaise de qui ? », demandai-je.

« De Clément, la vieillesse lui a touché le cœur et les crie l’ont percé. (Il me tendit sa patte en guise de présentation.) Je suis Merlin, et tu es ?

- Antonin. (Je lui serrai la patte, car il avait l’air de s’en servir comme d’une main. Le corbeau s’ébroua de joie.)

- Vois-tu Alexandre ? Ce jeune homme est poli. Prends exemples. », dit-il en coassant.

Il eut l’air fâché par la remarque de Merlin. Les deux autres finirent aussi par sortir de la salle.

Catherine eut l’air désolé avant de dire, « Nous vous présentons des excuses, les circonstances font que nous sommes contraints d’annuler la réunion. »

Une voix de protestation se fit entendre, « Non, cela aura lieu. Mon père m’a dit que je le remplacerais. »

L’autre répondit agacée, « Soit, Eléonore, donne-nous, cinq minutes le temps de se remettre de cet incident. »

Sur ces mots, elle alla s’assoir sur une chaise dont les accoudoirs étaient en formes de têtes de lion. Mathieu s’approcha d’elle, ils murmuraient, mais je pensai qu’il essayait de la réconforter. Je cherchai Alexandre du regard, je ne le trouvais pas, cependant je sentis des serres me lacérer l’épaule. Je ne compris pas ce que cela était avant de me rappeler de Merlin.

Je lui demandai, « Que me veux-tu ?

- Xandre m’a dit de vous aider. Je suis un corbeau très sage, vous savez. (Xandre ? C’est comme ça qu’il nommait Alexandre ?)

- Vous me montrerez votre sagesse, tout à l’heure… », murmurais-je préoccupé.

Eléonore s’approcha de moi, elle semblait heureuse, pourtant c’était son père qui avait défailli. Cela dit, au regard des propos qu’il avait tenus au cours du dîner d’hier, je pouvais le concevoir. Elle me prit la main avec tendresse, cela me fit sourire.

Elle me rassura, « Tout se passera bien… D’ailleurs, j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer, mais prends ton mal en patience, je ne te le dirais pas tout de suite.

- Ton père, comment va-t-il ? », demandais-je inquiet.

- Bien… Il vieillit, ce genre de syncope est normal à son âge. Il ira mieux, demain. (Elle avait l’air habitué à ce genre d’évènement, Merlin la dévisageait étrangement, comme s’il suspectait quelques choses. Je commençai à méfier.)

- Très bien… S’il va mieux demain, j’irais lui parler. », dis-je afin de conclure la conversation.

Elle partit voir les deux autres, ce maudit corbeau croassait d’une drôle de manière. Il m’agaçait un peu, à dire vrai.

Je lui demandai, « Qu’y a-t-il ?

-Coi-Coi…J’ai échoué… (De quoi parlait-il ?) Alexandre et moi l’avions rencontré hier soir. Coi-Coi, il mourra toujours dans deux jours, je n’ai pas pu changer sa destinée. »

Je n’eus pas le temps de demander plus de détails qu’Eléonore annonça que les négociations allaient reprendre. Je rentrai dans la salle de réunion, il y avait des tapisseries qui représentaient des scènes de chasses ou des divinités, j’étais moins certains pour le dernier cas. Des chaises sculptées qui représentaient diverses choses, des animaux, des fruits de toutes sortes, je ne m’y connaissais pas en essence, mais je dirais que cela devait être de l’ébène. C’était une table ronde pour tous puisse être à égalité, comme l’idée du Conseil Des Trois.

Nous nous faisions faces ou nous étions à côté l’un de l’autre, mais nul n’était plus éloigné du maître des lieux qu’un autre. Il y avait un prêtre de Logos, le dieu de la raison et de la sagesse, pour noter ce qui se dirait au cours de la cérémonie. C’était leur fonction habituelle. Je crois me souvenir que mon père avait songé à se débarrasser de Théodore en le faisant prêtre de ce dieu. Nous aurions dû échanger nos places, il a toujours eu une âme plus guerrière que moi. Ça ne m’aurait pas dérangé d’être gratte-papier, en plus, ils apprennent de la magie, notamment des sorts de soin, mon rêve.

Eléonore prononça les premiers mots, « Eclésios annonce ce qui est à l’ordre du jour. »

Ledit nommé s’éclaircit la gorge avant de dire, « L’ordre du jour est une alliance possible entre Resregis et le Conseil Des Trois.

- Parfait, dans un premier temps y a-t-il des oppositions ? (Tous restèrent cois, j’en fus satisfait.) Très bien, il est alors temps de discuter des clauses du contrat.

- Des traités commerciaux arrangeraient mes affaires. », répondit Catherine fermement.

Mathieu fit mine de réfléchir avant de demander, « Nous aimerions que tous les membres alliés à Léandre, reconnaissent la légitimité de notre régime. »

Le premier cas me semblait envisageables, le second un peu moins.

Je m’apprêtais à répondre à leur demande, quand Eléonore s’exclama, « J’ai une demande moi aussi à formuler. (Nous étions tous pendus à ses lèvres.) Il me faut un gage de sureté de cette alliance quoi de mieux que d’épouser un des vassaux du roi Léandre. J’ose espérer que le seigneur Antonin ne me fera pas l’affront de refuser ou toute alliance sera impossible. »

J’étais abasourdie par cette demande. Cependant, si je refusais je faisais échouer la mission, elle me forçait un peu la main. Voilà quelque chose d’intéressant, pourtant ça ne me dérangeait pas tant que ça, ainsi va la vie. Puis, je l’aimais bien, j’aurais sûrement demandé moi-même un jour, si j’en avais eu l’occasion.

Je n’eus pas le temps de répondre que celui qui était chargé de recopier nos propos s’exclama, « Je ne peux approuver cela, c’est manquer de sagesse que de se fermer à une alliance pour ce motif.

- Tu outres-passes tes droits ! », s’exclama Eléonore furieuse.

« Je suis plutôt d’accord avec ce prêtre, nous nous contentons de moins de gage nous. », le défendit Catherine.

Je réussis enfin à en placer une, « Ne nous fâchons pas, ce mariage ne me dérange pas. (Ma fiancée eut l’air ravie.) Pour les traités commerciaux, je crois qu’il vous faudra voir avec chaque membre de l’alliance séparément, mais en n’en faisant partie cela sera plus simple d’échanger, puisqu’il y aura moins d’hostilité entre vous. Pour la reconnaissance de votre régime, éminent Mathieu, je ne peux donner aucune garantie, mais nous ferons de notre mieux. D’ailleurs, si vous nous rejoignez, c’est qu’il vous considère comme chef de cet État. »

Je crus avoir donné une réponse satisfaisante, pourtant on y passa toute la matinée jusqu’à quatorze heures à converser de choses diverses et variées. Tout cependant s’était réglé, il ne me restait donc plus qu’à me marier pour sceller le pacte. Je n’aurais jamais cru que cela allait finir ainsi, un mariage, je veux dire, il faut faire autant que faire se peut des unions33 de raisons plus que des unions de cœurs. Il est de raison, mais c’est tant de pression tout repose sur moi. 

J’étais dans le jardin, assit sur un banc en bois blanc, peut-être du bouleau. Je réfléchissais à cette maudite union. J’ai fait le choix, mais je me sentais contraint d’un côté. Les fleurs blanches me semblaient être insolentes au regard de leur couleur qui m’évoquait l’objet de mes tracas. Le prêtre de Logos vint s’assoir près de moi, je me demandai bien ce qu’il pouvait me vouloir.

Il me demanda, « Ce choix que vous avez fait, est-il le vôtre ?

- Lequel ? », répondis-je indifférent.

« Le seul choix qui vous concerne vraiment. Votre nom m’échappe, mais cela vous préoccupe, n’est-ce pas ?

- Antonin, tel est mon nom… Eclésios vous êtes drôlement perspicaces. C’est beaucoup de pression, mais c’est ainsi. (J’avais une mine déconfite. Je l’aime pourtant, cette fille, mais je ne supportais pas que l’on me force la main comme ça.)

- Oui, peut-être. Ah oui, son père veut vous parler maintenant, il m’avait chargé de vous le dire. Laisse-moi vous guider. »

Je le suivis pour essayer de rester concentrer sur le moment présent, je l’observai plus en détails. Il était petit, la seule chose qui indiquait qu’il était un adulte était les marques de vieillesse sur son visage. Il avait une barbe généreusement fournie, mais bien entretenue, il avait des cheveux coupés si court qu’il avait une coupe militaire. Cela me rappelait que je n’avais toujours pas coupé les miens, ils touchaient mes épaules maintenant. Je songeai que mon père serait furieux en voyant ça. Nous arrivâmes devant une porte, mon guide posa sur moi ses yeux vert clair avant de me faire signe de rentrer.

Je fermai à peine la porte derrière moi que Clément s’exclama, « Alors on va épouser ma fille ! »

Il était alité, il me semblait s’être difficilement remis de son malaise. Je voyais assez mal, cependant, il était dans la pénombre, la lumière devait le faire souffrir, songeais-je. Il avait l’air agacé par la situation, je me sentais coupable comme si j’avais commis un crime.

Je balbutiai, « Je suis désolé.

-De quoi ? (Il eut un sourire en coin.) Vous ne faites que votre devoir, je ne suis pas ce genre de père.

-Certes… Vous n’avez pas demandé ma présence que pour me dire ça ? », demandais-je soucieux.

« Non, jeune insolent ! (Il semblait rire de ma témérité.) Votre père fait courir la rumeur que vous êtes un pleutre34, mais il m’apparait que cela n’est pas la vérité.

- C’est facile d’être courageux quand votre adversaire est trop malade pour se défendre. (Il se redressa avec des yeux flamboyants.)

- Je reste le roi, je pourrais vous faire enfermer pour ça ! (Devant mon père j’aurais tremblé, devant lui je n’eus aucune émotion.) Votre père exagère, un autre aurait tremblé devant moi, on ne me surnomme pas le cruel pour rien.

- Le cruel ? (Mon assurance m’avait un peu quitté.) C’est pour cela qu’Alexandre vous dévisagez de la sorte au dîner, la veille. (Il eut un rire franc, j’avais l’impression d’avoir dit une bêtise.)

- Misère… Je te plains, permets-moi cette familiarité. Mon petit, tu n’es pas rendu avec ma fille. D’ailleurs, j’ai cru comprendre que vous avez déjà eu hier soir des relations peu pieuses. (J’étais rouge de honte.) Mon dieu, tu es faible, tu avoues ton crime sans le vouloir.

- Comment l’avez-vous appris ? », criais-je pris au dépourvu.

« Jeune homme, tu n’as aucune discrétion, je pouvais t’entendre depuis le couloir, enfin, ma fille surtout, tu n’es pas la moitié d’un manche. (Je voyais flou, il me mettait dans l’embarras pour faire preuve d’euphémisme.) Calme-toi, tu vas t’effondrer comme moi ce matin.

- Vous ne devriez pas rire de ça… (Je ne trouvais pas ça vraiment drôle.)

- Pourquoi ? La fin est proche. Approche-toi dans la lumière, je veux voir le visage de mon futur gendre plus en détails. », dit-il comme une sorte de sermon35.

Je m’exécutai et m’assis sur une chaise à côté du lit. Clément me toucha le visage avec ses maigres droits glaciales, j’avais l’impression qu’un mort me caressait le visage. Je repoussai sa main par peur, il n’avait pas l’air offensé de ma réaction. En étant plus proches de lui, je réalisai qu’il avait perdu l’usage d’un de ses yeux. C’est dommageable, son état s’était délabré. Il semblerait que ce n’était pas qu’un petit malaise, cela l’avait secoué et brisé sévèrement. Il me tenait la main à la place, j’avais l’impression qu’il avait perdu en mobilité aussi. Il n’avait pas tort finalement la fin était proche.

Clément conclu, « Tu as l’air bien affligé… Tu ne devrais pas, je ne suis pas quelqu’un de bien. (J’avais beaucoup d’empathie et je ne le connaissais pas assez bien pour avoir des choses à lui reprocher.) Je te souhaite tout le bonheur du monde, mon futur gendre. Mon seul regret et que je ne verrai pas mes petits-enfants.

- Vous les verrez, vous avez seulement un pied dans la tombe pas deux. », dis-je enthousiaste.

Je réussis à lui rendre temporairement le sourire, il me fit ensuite le signe de quitter la pièce. Je fis ce qu’il m’avait demandé, je songeai alors à mon père Aster, lui aussi était malade et d’après mon frère Bohort, il voulait me voir. Peut-être avait-il des regrets à mon égard ? Je devrais sûrement le visiter. J’avais rejeté l’option en premier lieu, mais qui sait, l’approche de la mort, l’avait probablement fait réfléchir sur sa vie et il voulait s’alléger de quelques poids avant de partir.

Je songeai à quoi faire, seul dans ma chambre. Je ne trouvai rien, je refusai de penser aux choses qui allaient à devenir et aucune activité, ne me tentait. Quelqu’un toqua à ma porte, j’allais ouvrir. Je vis que c’était Eléonore, je la laissai rentrer. Elle me prit dans ses bras à peine la porte refermée. Je la repoussai délicatement, il fallait que je lui parle de quelque chose.

Je répondis à son embrassade, « Il faut qu’on parle.

- De quoi ? », répondit-elle surprise.

« Tu m’as vraiment forcé la main… (Je la dévisageai un peu agacé par cela.) Ne me regarde pas en étant étonnée, tu sais très bien de quoi je parle.

- Les mariages sont politiques, cesse de geindre. (Peut-être, mais tu as œuvré afin que je ne puisse pas répondre par la négative.)

-Je sais… Au moins, c’est mon choix je suppose. Mon père aurait pu choisir pour moi. N’importe…Tu venais me voir pour autre chose.

- Oui, j’ai vu que tu avais parlé à mon père. Alors, tu lui as promis de petits enfants, coquin ?! Tu ne m’as même pas demandé mon avis.

- Désolé, il semblerait que la communication ce ne soit pas notre fort. (Ce mariage s’annonçait être une catastrophe.) Ton père me paraît être dans un état déplorable.

-Oui, il l’est ! Il ne verra pas nos enfants à moins qu’on s’y mette tout de suite. (Je rougis, cela la fit rire.) Enfin, ça attendra. »

Ça attendra longtemps, enfin au moins jusqu’au mariage. Oh quelle belle cérémonie d’ailleurs ! Une chose simple, le bal qui avait été organisé le soir même du premier jour des négociations pour seule célébration de notre union. On avait pris quelques fleurs blanches des jardins pour décorer un peu la salle, d’une façon fort bucolique et simple, mais cela me plaisait bien. On avait pris une robe blanche d’Eléonore, on avait fabriqué une couronne de fleurs avec des lys et des roses blanches pour habiller un peu la chose. Eclésios servirait de maître de cérémonie, il recueillerait nos signatures et bénirait notre mariage en demandant à Logos de nous accorder sagesse et félicité dans notre couple. On avait réussi à faire marcher Clément pour qu’il puisse au moins assister à la célébration, il en fut ravi. Je n’avais jamais vu homme plus ému. Alexandre m’avait donné ses meilleurs vœux. Les autres avaient des grands sourires sur le visage. Moi aussi, Eléonore de même.

Nous eûmes donc même le privilège d’ouvrir le bal avec la toute première danse. Danser avec elle, me rappelait la veille, lorsque nous nous étions tous deux entrainer à valser seuls dans une salle silencieuse pour nous préparer à la soirée de ce jour. La musique résonnait désormais dans un lieu qui avait été autrefois seulement animé du bruit de nos pas. Parfois, comme à notre première danse, je lui marchais sur les pieds avec maladresse. Cependant, malgré cela, rien ne pourrait ternir ce moment et ces souvenirs. J’étais heureux. Tout simplement heureux. Il n’y avait pas de meilleur mot que heureux pour décrire la situation. Un instant d’éternité gravait dans toutes les âmes qui étaient présentes.

Voilà donc que tout était réglé, nous avions tous accompli notre mission, la paix éternelle était là. Rien de mal ne pouvait se produire, n’est-ce pas ?







Chapitre 3 : « Nécronion »
Duel de conviction
Narrateur : Nécronion

Ma mère qui voulait me parler, voilà quelque chose d’original. Je me demandai même si je ne préférai pas quand elle m’ignorait. Je sentais que quelque chose de mauvais aller se produire. Vi m’avait conduit dans sa maison dans le cœur d’une forêt si dense que nuls humains n’oseraient s’y aventurer. Elle vivait dans cette maisonnette au-centre de la seule clairière de ces bois ; j’étais inquiet, personne ne pourrait venir à mon secours.

Elle s’assit sur un tabouret, ainsi elle me faisait face. Je me sentais petit, et ce n’était pas que parce qu’elle était plus grande que moi. Elle me dévisageait avec ses yeux verts pareils aux miens. J’en étais effrayé et pourtant, je soutenais son regard avec force.

Vitae s’exclama, « Mon cher fils ça faisait longtemps !

- Pas assez longtemps à mon goût. », répondis-je agacé.

« Je vois ça… D’ailleurs, il se pourrait bientôt que tu aies un beau-père. Je me devais de te l’annoncer.

-Théodore ? C’est parce que qu’il est si facilement manipulable ? (Je la dévisageai surpris.)

- Non ! Ne sois pas idiot ! (Elle sembla vexée. L’aimait-elle donc vraiment ? J’avais dû mal à croire qu’elle puisse aimer un autre qu’elle-même.) D’ailleurs depuis quand tu te soucies de ce genre de chose ?

-Depuis que je suis un être humain et que j’ai failli mourir. Au fait, c’est un peu de ta faute. (Je la toisais fièrement.)

-Oui, mais en parlant de ça, je trouve cela étrange que tu aies survécu à ses blessures. Tu aurais dû mourir… (Quelle blessure exactement ? Les siennes ou celles faites par son petit chien de compagnie.) Pourtant, tu n’es plus des nôtres et tu n’es pas un esprit.

- C’est donc pour ça que tu voulais me voir. (J’étais aussi perturbée qu’elle.) Tu me voulais mort et tu m’as eu vif. Ironie du sort, me veux-tu ? Me voilà ! (Elle me dévisagea agacée par mon sarcasme.)

-Certes… (Elle eut un tel regard noir que je regrettai presque de l’avoir provoqué.) Je crains une seule chose, c’est que Théodore s’empare du pouvoir trop tôt, j’aimerais que tu le fasses temporiser. (Pardon ? En plus, il voulait tuer son meilleur ami. Le petit élu, ne te conviens plus… Traîtresse…)

-Tu places ton nouvel aimé à des bons postes. Enfin, pourquoi penses-tu qu’il ferait une pareille chose ? (Je m’inquiétais malgré moi pour ce noble souverain qu’était Léandre. Il avait bonne âme, il m’était infiniment plus sympathique que ces deux-là.) Pour le pouvoir ? Tu veux dire… Tuer Léandre.

-Oui. (Elle me sembla affligée.) Placer un immortel au pouvoir aurait été génial, mais cet idiot de souverain a refusé. (Vi se redressa. Ah, j’ai compris, tu hais ceux qui sont indépendants de tes volontés comme moi.) Cela dit, mon Théodore est tout à fait le candidat idéal. Il veut ce pouvoir, je le sens.

- Oui… J’ai senti sa jalousie tout à l’heure. (J’en avais eu l’impression quand il m’a planté de son épée, et quand il eut parlé à Horacétius un peu avant.) Il va finir par faire quelque chose de regrettable… (J’avais pitié de lui, je voulais l’aider. Lui aussi, avait eu une triste vie familiale.) Si je le convaincs pour toi, ma très chère mère, aurais-je le droit de vivre ma vie ?

- Bien sûr… Mais qui t’entretiendra ? Après tout, tu n’es qu’un outil pour Horacétius. Quelle expression tu tires là, tu ne me crois pas ?! (Je le savais, mais ça me faisait toujours aussi mal.) Allons, je suis aussi au courant de ta petite amourette avec Nat, les esprits sylvestres ont un peu jasé. (J’étais décomposé de l’intérieur.) D’ailleurs, ça ne me surprend pas, elle m’avait autrefois demandé des conseils pour attirer ton regard. Cependant, je crois que c’est un petit jeu pour elle, tu la connais après tout. Elle te virera quand elle en aura fini avec toi.

-Arrête de mentir !!! (Je pleurai de chaudes larmes et si elle disait la vérité après tout. Horacétius avait de quoi me détester, je le savais. Il ne s’en est jamais caché en plus. Naturae, me trahir ainsi… Je me sentais indésirable pour tous désormais.)

- Demandons à Horacétius, ce qu’il fera de toi, si tu refuses ton titre de dieu. Tu te rappelles, tu l’as condamnée à de grandes souffrances s’il mentait. Il devrait donc dire la vérité en théorie. », dit-elle avec un ton glacial qui me fit trembler comme le plus froid des hivers.

Elle claqua des doigts le convoquant ainsi devant elle. Il était libre de refuser de répondre à son appel, mais je savais qu’il le ferait. Il serait bien trop curieux sur la raison de cette convocation. J’aurais aimé me tromper, il parut devant moi, Horacétius me fixait de ses yeux bleus perçants. J’eus une réaction de peur, car j’avais l’impression qu’il était en colère. Est-ce qu’il était fâché, car il croyait que j’avais fait une bêtise ? Ou est-ce la première fois que je le réalisais ? Il me hait avec le fond de son cœur, une haine incurable, j’ai été aveugle, de penser qu’un jour, il puisse me pardonner… Quel idiot !

Il voulut demander quelque chose, mais je le pris de cours lui et ma mère.

J’énonçai haut et fort, « Me hais-tu du fond de ton âme, Horacétius ?

-Comment ne pas te haïr ? (Il me regardait furieux, il avait un air qui me donnait l’impression qu’il allait se moquer de moi.) Tu m’as maudit ! Tu n’as toujours cherché qu’à me nuire, tu penses sincèrement que je ne puisse pas te haïr. Combien de fois, te l’ai-je dit en plus ?!

-Je suis désolé… (Je ne pouvais plus lui dire ça, je lui avais dit déjà mainte foi. C’était vide sens maintenant.)

- Tu crois que ça suffira à te faire pardonner ?! (Il me saisit à la nuque.) J’ai discuté avec Théodore, il me semble tout à fait compétant pour te remplacer finalement. Tu es devenu inutile. »

Il me serrait si fort le cou que je n’arrivais plus à parler. C’était donc cela ma fin ? Mourir de la main de ceux que j’ai fait souffrir… Je donnerais tout pour me faire pardonner et pouvoir rattraper mes erreurs, mais pitié, laissez-moi vivre encore un peu ! Il sortit un lacet, il voulait me briser la nuque c’était évident. Je suppliai Horacétius du regard, mais il m’ignora. Il m’immobilisa avec sa magie, il me passa le lacet autour du cou, je n’aurais jamais cru mourir un jour, et encore moins comme ça. Il serra le fil, je n’essayai même de résister, je m’étais résigné à mon sort.

Je sentis des larmes couler sur mon visage, j’ouvris les yeux, j’étais dans un lieu étrange, le ciel était d’une couleur étrange, je ne saurais pas dire laquelle, mais c’était magnifique. Un rose délicat, des nuages bleutés des aurores boréales dans le ciel, j’avais l’impression d’être dans un autre monde. Nous n’étions pas sur terre, pourtant ce n’était pas non plus dans le monde des morts. Je finis par réaliser que ce n’étaient pas mes larmes qui me tombaient dessus. C’était une femme qui pleurait sur moi.

Je demandai confus, « Pourquoi es-tu si triste ?

-Mes enfants vont détruire mon monde… (Quoi ?) Ils se moquent que les humains vivent en paix… Les dieux les méprisent, il doit y avoir un dieu de l’humanité qui soit de leur côté.

-Qui es-tu ? (Je la dévisageai avec intensité happée par sa beauté.)

-La Terre… (Attendez, quoi !) Pauvre petite créature, tes semblables t’ont rejeté et un esprit t’as brisé le cou.

- C’est ma faute, j’ai fait de sa vie un enfer. », dis-je en assumant pleinement ma faute.

Elle se tut, elle jouait avec mes cheveux. Elle était magnifique, sa chevelure était incroyable, elle était comme une galaxie. Des étoiles, des nébuleuses, tout un tas d’astres étaient représentés dans celle-ci. Ses yeux étaient comme des gouffres dans lesquels on sombrerait avec joie. Aucun être, aucune chose ne serait plus belle qu’elle. Elle ne ressemblait en rien à la terre, elle était plutôt la déesse monde, la créatrice même de l’univers. L’être, le plus puissant que l’on puisse espérer rencontrer.

J’articulai, « Tu es la déesse monde…

-Oui, Nécronion… (Sa voix était si douce, que l’entendre m’apaisait.) Tu es beau, tu es gentil, tu seras le dieu de l’humanité. Tu es le seul qui connaît le vrai visage de tous ces dieux. », déclara-t-elle avec douceur.

Elle m’embrassa sur le front, elle était plus tendre que Nat, mais, en effet, je n’étais qu’une passade pour elle après tout. N’importe, j’étais sûrement mort, ça n’avait plus grande importance, désormais.

Elle scruta l’horizon avant d’ajouter, « Tu vas bientôt rejoindre ton monde… Arrête Théodore, il va tuer Léandre, il était le parfait souverain, il a réussi à réunir tous les royaumes. (Elle se remit à pleurer.) L’autre sera un immonde tyran, il va tous les diviser. »

J’essuyai ses larmes de ma main, je me promettais que j’allais l’aider, je ne voulais pas la voir à nouveau pleurer. Je sentais que j’allais bientôt retourner parmi les vivants, je ne voulais pas quitter ce monde, il était tellement magnifique. Je ne voulais pas la quitter, elle. C’était donc ça que le coup de foudre ? L’amour, peut-être ? Quoique c’était un peu prématuré…

Elle me murmura à l’oreille, « Bonne chance, on se reverra bientôt. »

Je me réveillai sur terre avec encore l’écho de ses mots à mon oreille. Je pouvais encore percevoir son image, je tendis ma main vers le ciel nocturne. On se reverrait bientôt voilà la seule chose qui hantait mon esprit.

Une voix me sortit de ma rêverie, « Je refusais de croire mes sens qui me disait que tu étais revenu par nous. Surtout après que je t’ai brisé la nuque et que ta mère m’ait demandé de me débarrasser de ton corps, mais j’avais tort il semblerait.

-Horacétius… », articulais-je étonné.

« Oui, explique-moi, si tu le sais, comment es-tu revenu d’entre les morts ?

-J’ai fait une magnifique rencontre, la déesse monde elle-même… (Mes yeux brillaient de passions, il avait l’air de me prendre pour un fou.) Elle m’a confié une mission, arrêter Théodore, car il va tuer Léandre. Je ne la décevrais pas.

-Et comment, comptes-tu le faire sans magie ou pouvoir quelconque ? (Je sentais son regard moqueur bien qu’il fût hors de mon champ de vision.)

-Je ne sais pas, mais tu m’aideras. (Je le dévisageai en me retournant, et il détourna le regard.)

-Comment peux-tu en être aussi sûr ? (Il avait l’air plus circonspect qu’énervé.)

-Léandre, ce noble roi, tu l’as élevé, n’est-ce pas ? Tu ne le laisserais pas mourir tout de même. (Je savais qu’il l’aimait et qu’il ne l’abandonnerait pas.)

-C’est étonnant que tu dises ça, alors que ta mère s’est réjouie que je te tue devant elle. (Il me prenait en pitié, je le voyais à son visage quand je me tournai vers lui, ça me touchait.) Mais tu as raison, je le protégerai ce jeune homme.

- Il est chanceux. », dis-je un peu jaloux.

Ça me faisait pleurer de songer, qu’il avait des personnes qui l’aimaient autant. Personne n’a jamais voulu me protéger. Ça n’avait pas d’importance, les autres ne m’aiment pas et bien tant pis je m’aimerais au moins moi. Les étoiles étaient magnifiques, elles me rappelaient les cheveux de celles que j’avais rencontré. Elle avait le visage si doux, j’aurais aimé que ce moment dure plus longtemps, que l’on continue de se découvrir l’un l’autre. Ces cheveux j’aurais souhaité pouvoir les caresser, que nos lèvres puissent se rencontrer.

« J’entends toutes tes pensées ! Arrête de fantasmer ! », cria Horacétius.

« Laisse-moi ma vie privée ! Je suis sûr que toi-même tu fantasmes sur Ludie parfois ! (Comment osait-il envahir mon intimité ce guignol ?! Voulait-il savoir si j’étais sincère dans mes paroles ?)

-Oui, sauf qu’elle est atteignable, toi par contre tu t’accroches à l’intangible et l’ineffable.

-Non, on se reverra elle l’a promis. J’y crois-moi. (Je fermai les yeux.) Les humains rêvent, n’est-ce pas ?

- Oui, pourquoi cette question ? (Horacétius semblait sincèrement perturbé.)

-Pour rien… C’est juste que j’ai peur des cauchemars.

-Tu es un vrai enfant ! Non, je ne devrais pas m’énerver après tout, les dieux ne rêvent pas. (Il se tut quelques secondes.) Tu sais quand Léandre était petit, il avait peur du noir, alors pour le rassurer, j’étais obligé de le laisser dormir avec moi. (Il vint s’assoir à mes côtés.) Je peux faire de même si tu veux.

- Tu es trop bon, je ne le mérite pas. (Je le pris tout de même dans mes bras.)

-Tu agis de façon totalement contradictoire. (Il posa sa main sur ma tête avec une tendresse toute paternelle.) Ce n’est pas grave, je reste si tu le désires. (Je souris en pensant à l’ironie de la situation.)

-C’est drôle que le type qui s’occupe le plus de moi est le même qui m’a brisé la nuque avec un lacet. (Je vis une ombre de tristesse et de colère passer dans son regard.)

-C’est Vi qui m’a forcé, elle m’a appelé pour te tuer. Je savais que si je refusais, elle allait me faire souffrir encore. (Il avait mal, je le voyais à son visage. Mentait-il ? Était-ce autre chose ?)

-Nous sommes tous deux très doués pour faire souffrir et manipuler. (Il parut fâché.) Pauvre Théodore, il va en faire les frais. Je voulais l’utiliser pour empêcher que se réalise ce que les dieux avaient promis. (Je me sentais mal pour ça.) Maintenant, ma mère va le placer comme pion immortel à la tête de son empire quoiqu’elle l’ait appelée mon futur beau-père… (Je me serrais d’autant plus fort contre Horacétius.) Elle va peut-être l’épouser, qui sait. L’ironie est que je crois qu’elle l’aime bien avec sincérité ! »

Je riais jaune rien qu’en y pensant. Horacétius me tenait dans ses bras tendrement. Je fermai les yeux en espérant trouver la paix dans le sommeil. J’avais tort, si tort, un souvenir revint me hanter. La sincère peur que j’eus quand Théodore m’avait transpercé de part en part avec son épée. Le sang qui avait rempli ma cage thoracique, qui était remonté jusque dans ma bouche et qui m’empêchait de respirer. Le regard terrifiant et mauvais de Théodore posait sur moi, ses propos méprisants. J’étais dévoré par la panique, lorsque Horacétius tout aussi paniqué m’avait regardé comme si j’étais condamné. Nat était intervenue, mais ses plantes n’auraient pas pu me sauver. Alors, qui l’avait fait ? Avant de m’évanouir, j’avais cru voir quelque chose. Cependant, je n’eus pas le temps d’analyser la situation que le souvenir se rejoua encore et encore.

N’importe à force de revoir la présence qui m’avait sauvé, j’avais pu reconstituer tous les détails que j’avais perçus. Je crois que c’était la déesse monde, c’était la seule chose qui m’aidait à tenir pouvoir la revoir dans la répétition de ce souvenir atroce. Je finis par sentir comme quelque chose qui me serrait dans ses bras avec tendresse. Je m’y raccrochais, je finis par comprendre que cela était Horacétius, il faisait donc ce qu’il avait dit qu’il ferait. Je me sentais soulagé. Le cauchemar me laissa tranquille, je n’avais pas à revivre à nouveau cet évènement.

Je me retrouvai cette fois dans une plaine. Le ciel était rouge couleur sang. Intrigué, je continuai à regarder de toutes parts. Je remarquai au loin des sortes de pierres tombales, je m’approchai et lut les noms inscrit dessus, j’en connaissais certains, d’autre non. Il y en avait tout un champ, non même plus qu’un champ, une plaine entière. J’étais perplexe, je ne comprenais pas bien. Qu’était-ce ce cimetière à ciel ouvert ?

« On se retrouve enfin ! », cria une voix.

Je me retournai vers celle-ci et articulai surpris, « Théodore !

- Oui, tout ça c’est de ta faute… (Je… Quoi ? Non !) Ils m’ont affronté à cause de toi ! Tu m’as obligé à les tuer.

- Alors, c’est une vision du futur… (Je regardai le sol et tous ceux qui avaient péris dans les noms des tombes.) J’espère me tromper, je te le promets, je te sauverais, je refuse que tu aies à souffrir de ce crime.

- C’est vrai ? (Il explosa en larme.) Très bien, alors, honore-la. », cria-t-il avec ferveur.

Je me réveillai, ces derniers mots qu’il m’avait dits, c’était comme si je parlais au vrai Théodore et non à une vision. J’entendais le souffle d’Horacétius contre mon oreille, je n’avais pas envie de continuer à dormir, malgré sa présence rassurante. Le cheval de celui-ci vint me mettre un coup de naseau. Je ne comprenais pas ce qu’il me voulait, il me remit un coup puis montra l’épaule de celui-ci. Je la découvris agacé par le comportement de cet animal.

Je reculai horrifié. Voilà, donc la punition que Vi lui avait infligée pour m’avoir sauvé de la furie de ma mère quand elle m’avait pris mon titre. Elle était la déesse de la vie, elle était cruelle, elle utilisait ses pouvoirs pour prendre l’énergie vitale des autres. C’était douloureux, j’en avais fait l’expérience une fois ou deux ou plus, j’avais préféré oublier, pour un immortel comme moi ou Horacétius, ce n’était pas mortel, ainsi la souffrance pouvait se prolonger aussi longtemps que cette garce le désirait. Sur son épaule, il avait la marque de ce sort, ainsi elle pouvait le réactiver quand cela l’amusait. Je me demandai bien, comment il ne devenait pas fou avec tout ça ?

J’eus un cri de surprise à la vue de ça.

Il remonta sa manche et marmonna, « Tu ne devrais pas regarder ça… Tu te fais du mal.

-Certes… (Il se tourna vers moi.) J’ai fait un cauchemar, enfin, plusieurs. Puis-je te raconter ?

-Vas-y si ça te fait plaisir.

- En fait, le premier n’a pas d’importance, je digère seulement mal les épées. (Il rit à mon ironie.) Le second est plus étrange, je me suis retrouvé dans un champ, il était rempli de tombes, puis Théodore est apparu, il a dit que tout ça c’était de ma faute. Je… Je… Je ne veux pas ça, je ne veux pas qu’il arrive quelque chose d’aussi horrible. La mort, je ne dois pas la donner ainsi, elle ne vient que lorsque son heure est venue.

- On empêchera la catastrophe ! (Il se releva comme motivé à se battre.) Il ne doit pas tuer Léandre. Au fond, tu as le cœur pur Nécronion. Tu étais seulement égaré par la haine. (Il avait une confiance naïve en moi.)

- Malheureusement… », dis-je sinistre.

Horacétius, c’est toi qui as un cœur trop pur. Tu me pardonnes mes erreurs bien trop facilement, tu es trop bon. Tu es le père, le parent que j’aurais dû avoir. Celui qui m’aurait guidé vers la lumière. Léandre, sache que tu es béni d’avoir eu un être qui t’as donné tant d’affection. J’aurais voulu la même chose.



Chapitre 7 : « Léandre »
La trahison
Narrateur : Léandre

Enfin, le grand jour était arrivé, Antonin avait triomphé, tout était parfait, n’est-ce pas ? Les dieux seront satisfaits de voir que j’ai accompli ma mission. Il ne me restait plus qu’à accomplir les derniers préparatifs avant la cérémonie pour célébrer notre réussite. Cela ne me sied pas comme rôle. J’avais l’impression de porter un costume trop grand pour moi, ce n’était pas de l’humilité, ce n’était même pas un manque d’estime de soi, c’était simplement le fait que je ne voulais pas ce rôle-là. Mais, enfin, tout le monde veut le rôle de l’élu, du héros, mais ça c’est la vision du spectateur, quand on y est, c’est moins drôle. Je suis le roi, toute faute tombe sur moi, si un de mes chevaliers faute alors c’est moi qui faute. Après tout, c’est moi qui les ai choisis, c’est moi qui les nomme, ils partent en mission en mon nom. Toujours en mon nom, je suis l’élu, je dois accomplir ma mission et en plus de planifier tout cela, je dois régner sur un royaume. C’est de la folie… C’est trop demander, tout repose sur mes épaules. Je maudis mon sort, je maudis Argine, je maudis ces dieux qui m’ont choisi.

Argine me lança, « Félicitation ! Tu as réussi, je savais que tu étais digne de confiance !

-Oui, Ô grande Argine, merci à toi. (Je me frottai le visage.) J’ai le trac, il va y avoir beaucoup de monde pour cette cérémonie.

- Courage ! (Elle se reprocha de moi.) Tu t’y habitueras beaucoup voudront voir celui qui a accompli cette mission divine.

- Misère, protège-moi Argine. (J’étais lassé.)

- Oh oui bien sûr ! Je limiterais les réunions autant que faire se peut. J’essayerai de faire en sorte à ce que les habitants ne t’ennuient pas trop. Je vais voir si les préparatifs sont bien achevés, je te laisse. »

Elle partit, celle m’avait redonné le sourire. Le poids de la couronne s’était allégé sur ma tête. Je regardai avec joie mon visage dans le miroir, je commençai à répéter mon discours pour m’échauffer avant la cérémonie. Je m’interrompis alors quand je vis Théodore dans la glace.

Je lui demandai, « Que me veux-tu ?

-Oh, pas grand-chose ! (Il avait un sourire agréable.) On en a parcouru du chemin depuis notre rencontre.

-Oui, tu avais essayé de me tuer ce jour-là. (Je rigolai en pensant à l’absurdité de cet évènement et là où ça nous avait conduit.)

- J’étais un jaloux, mais je n’ai plus aucune raison de l’être maintenant. (Il me semblait sérieux, alors je compris qu’il voulait une vraie discussion.)

-En effet, être l’élu ce n’est pas de tout repos, arranger les affaires du royaume, c’est épuisant. Tu ne peux pas comprendre, je suppose.

-Certes… (Il avait un sourire qui m’inquiétait un peu désormais.) Je connaitrai pourtant bientôt le fardeau du règne.

- Que veux-tu dire ? », demandai-je étonné.

J’eus à peine le temps de me retourner qu’il m’avait poignardé dans le ventre. C’est donc ça qu’il avait en tête. Je ne trouvai rien à y répliquer, j’aurais dû m’y attendre. Il quitta la pièce sans la moindre explication, me laissant agoniser seul dans une mare de sang. Il m’avait percé le poumon, à chaque fois que j’essayai de parler, je ne réussissais qu’à cracher du sang. Personne ne viendrait me sauver, je mourais seul. Quelle sensation affreuse, que d’essayer d’appeler à l’aide et de ne pas pouvoir ! Quelle horrible sensation que de devoir se battre pour une petite bouchée d’air supplémentaire, que de cracher du sang à chaque expiration. Je pouvais pourtant entendre la cérémonie, je pouvais entendre la voix de Théodore à l’extérieur.

Il disait avec solennité, « Je suis au regret de vous annoncer une nouvelle affreuse, notre souverain a été assassiné. Les responsables de ce crime odieux seront traqués ! (De qui se moque-t-on ?) Vous vous inquiétez sûrement pour votre avenir, mais rassurez-vous, (Votre souverain se meurt dans son sang et je l’ai assassiné !) il a désigné son successeur avant de mourir. Il m’a désigné, moi, Théodore son fidèle bras droit, ce serait insulter sa mémoire que de refuser. »

Ma mémoire ? Tu t’en moques bien… Tu me laisses agoniser sur le sol, me noyant dans ma propre lymphe, après m’avoir lâchement poignardé. Je ne voyais plus, enfin, flous, la mort approchait. Je n’aurais jamais cru mourir ainsi, trahis par un ami et abandonné dans mon trépas. Après tout, ma mission était accomplie n’est-ce pas ? Les dieux n’avaient plus besoin de moi, alors, ils m’avaient abandonné, et ils me laissaient mourir, après avoir abusé de moi. Quelle ironie… Qu’ils soient oubliés ces êtres prétentieux. J’entendis une voix derrière la porte, je n’arrivais pas à discerner ce qu’elle disait. J’espérais qu’il ou elle rentre pour que le complot soit révélé. Je n’avais plus aucun espoir de m’en tirer.

J’entendis la porte s’ouvrir, une voix crier, « Horacétius, dépêche-toi nous sommes presque arrivées trop tard !

-Oui, j’arrive ! Je vais faire de mon mieux. », dit celui-ci précipitamment.

Il essayait de me soigner avec sa magie, mais c’était vain, je ne pouvais que mourir. Celui qui l’accompagnait, me prit la main et me murmura des paroles d’encouragement. Au moins, je ne serais pas seul dans mes derniers moments.

Mon père lui lança, « Ça ne sert à rien ! (Son partenaire le regardait bizarrement.) Je veux dire de lui parler, il a probablement dû perdre connaissance.

- Non, il est encore conscient, j’en ai l’impression. Il vivra, je le sens. (Il disait ça avec tant d’espoir que j’en pleurai de joie.)

- Léandre, je suis désolé, j’aurai dû te protéger. », articula Horacétius.

J’entendis alors Théodore crier, « Les assassins sont dans cette pièce ! Capturez-les ! »

Horacétius regarda le jeune homme, puis il porta son regard sur moi avant de dire, « Nécronion, prends Léandre avec toi, je connais un passage secret qui te mènera à l’extérieur, ensuite retrouve Courage, ma jument et utilise la pour retourner à la forêt de Naturae. »

Le dit-nommé ne protesta pas, il ne dit même pas un mot, il s’exécuta en me prenant par le bras. L’autre fit ce qu’il avait dit, il ouvrit le passage secret et on s’y engouffra avant que les gardes ne rentrent. Je m’aperçus alors que Horacétius ne nous avait pas suivis, mais avait refermé la porte derrière nous. Nécronion, ancien dieu de la mort, Argine, je n’avais pas oublié ce que tu m’avais dit, la proposition que tu m’avais faite, j’aurais peut-être dû accepter finalement. Il m’avait trainé sur son dos sur plusieurs mètres, en effet, je n’arrivais même pas à soutenir mon corps avant qu’il ne me posât contre un mur et ne s’assit en face.

Il me lança, « Savais-tu que ton ami Théodore était devenu le dieu de la mort ? (Quoi ? Il se tenait la tête en bas de sorte que je ne puisse pas voir son visage.) Je vois que tu l’ignorais ; ah oui, tu veux savoir un truc marrant ! C’est hilarant, vraiment, ma mère qui me déteste, se tape mon successeur. (Il avait un rire sombre qui me terrifiait.) Mais assez parlé de moi, je suis trop égoïste. Peux-tu marcher ? Au moins un peu ? »

Il avait un ton agréable en posant sa question. J’articulai quelque chose, mais je crains qu’il ne m’entendît pas. Nécronion se rapprocha de moi, en s’asseyant à mes côtés.

Je répétai donc, « Je ne crois pas, je suis désolé.

- Ce n’est pas grave, tu ne vas pas t’excuser d’avoir trompé la mort. Nous nous reposerons un peu avant de partir. Rassure-toi une fois sortis, c’est Courage, cette bonne jument fidèle qui te portera.

-Pourquoi m’aides-tu ? (Son visage s’assombrit.)

- Je t’expliquerai plus tard. Je n’ai pas envie de parler de ça pour le moment. (Il regarda vers là d’où on venait.) Horacétius, j’espère qu’il va bien. »

Moi aussi, je l’espérais… Il m’avait élevé, je lui devais au moins ça. Il m’avait donné de l’amour, de l’affection, de l’attention et une bonne éducation. C’était les meilleures années de ma vie. Je regardai les choses de façon vide, c’était voir sans voir, je me concentrai sur les derniers évènements. C’était horrible ce qui venait de se passer, cette trahison c’était comme un millier de ronces qui me perçaient le cœur. Pourquoi la vie s’acharnait sur moi ? Trahis, presque morts, lente agonie, triste vie, funestes sont les choix qui m’ont conduit là. Le sort avait une morbide ironie, il pouvait prendre et donner en même temps. On m’avait donné un beau rôle et on me l’avait pris par un coup de poignard dans le dos de la fatalité et de l’amitié.

Tout ce qui se passa ensuite était comme un rêve, quelque chose d’irréel. S’échapper, s’éloigner de ce lieu, tout cela n’apparaissait creux. J’avais comme une perte de sens ou tout prenait une couleur terne et fade. Nécronion avait fait ce qu’il avait promis. Il m’expliqua, ce que Horacétius et lui avaient fait à propos de Théodore ou comment il en était arrivé là. Je me disais bien fortement que finalement, je ne connaissais que peu mon cher père adoptif. Il me racontait aussi que s’il avait changé, c’était en observant la façon dont je régnai, il pensait que j’étais une bonne personne et malgré son désir de vengeance contre les autres dieux, il me souhaitait de moins en moins du mal. Lorsqu’il avait été déchu de son titre, il avait renoncé à sa vendetta. Je sentais l’honnêteté en lui. Peut-être bien que Théodore puisse changer ? Il ne sera pas un mauvais souverain, n’est-ce pas ?


Fin de la partie 4















Chapitre 5 : « Horacétius »
Le démon au visage d’ange

Narrateur : Horacétius

J’avais été enfermé dans les cachots en sous-sol, c’étaient un peu les oubliettes, où j’étais condamné à pourrir jusqu’à l’oubli, enfin, le peuple devait réclamer mon exécution. Après tout, Théodore leur avait dit que j’avais assassiné leur souverain. L’immortalité avait du bon, il ne pourrait pas me tuer, la mauvaise nouvelle étant que j’allais sûrement rester enfermé-là un bon moment. Peut-être bien pour toute la vie ? Une très longue vie d’ailleurs. J’avais une chance incroyable ces derniers temps, des châtiments et maintenant la prison. Le temps n’affectait pas l’éternel, mais peut-être que toutes ses infortunes étaient une façon pour lui de se rappeler à moi. Désormais, le second acte s’apprêtait à se jouer. Théodore venait me rendre visite, je l’entendais parler aux gardiens.

Ce qui me frappa quand il rentra dans la pièce, c’était sa pâleur morbide, ses yeux bleus étaient devenus ternes, il y avait quelque chose qui s’était passé et qui n’était pas plaisant. Il s’assit sur une chaise, je pus voir qu’il avait enrichi un peu sa tenue, elle restait pourtant simple, en cela au moins, il avait toujours fait preuve d’une humilité sincère et non-contrefaite. Il y a une chose qui m’attira le regard, c’est qu’il ne portait un gant que sur la main gauche. Que cachait-il ?

Il me demanda, « Horacétius, où est Léandre ?

-Tu as ce que tu veux, non ?! », répondis-je en colère.

« Oui, c’est pour ça que je ne veux pas que l’on me reprenne. (Il avait un sourire carnassier.)

-Tu es devenu un dieu, cela ne te suffit pas ?! (Je me rapprochai de lui, il ne broncha pas.) Il faut toujours que tu aies plus, mais saches qu’il y aura toujours au-dessus, tu es peut-être un dieu, mais la déesse monde est aussi-là, au-dessus de toutes les divinités. Et qui sait, peut-être y a-t-il encore au-dessus d’elle ? (Je riais devant sa bêtise, son hubris, son péché d’orgueil.)

- Peut-être bien, mais j’ai tout ce que mes ambitions désirs, et plus encore. Tu n’as aucune leçon à me donner. (Il s’assit de façon à montrer qu’il était confiant.) Alors, dis-moi, où est-il ?

- Je n’en sais rien, seuls les dieux savent où il peut bien être. (Il eut un sourire amusé.)

- Ah oui ? Je suis un dieu et je ne le sais pas pourtant. (Je le regardai agacé par tout cela.) Ô noble Horacétius, pourquoi fronces-tu les sourcils ? (J’étais de plus en plus surpris par cet étrange comportement.)

-Théodore…Tout va bien ? (Je croisai les bras fâchés.)

- Bien sûr ! Pourquoi ça n’irait pas ? (Il avait les larmes aux yeux, il utilisa sa main pour les effacer.) Je suis le roi, tous doivent m’aimer, n’est-ce pas là une bonne chose ?

- Si tu forces les autres à t’aimer, ce n’est pas de l’amour, c’est de la peur, et ça je sais que tu le comprends. (Il parut contrarié par ce que je lui disais.) Tu dois… Si tu restes roi, alors au moins ne soit pas un tyran. Tu vaux mieux que ça.

- Si noble… (Il prononçait ces mots avec tant de sarcasmes.) Ce n’est qu’une façade, un spectacle que tu donnes à voir au monde… (Si c’était vrai, j’étais définitivement un excellent acteur, pour avoir réussi à m’en persuader moi-même.) Vitae, ma douce et tendre m’a parlé de toi. Tu n’es pas meilleur que moi. Elle aurait dû, non, tu sais quoi, je vais te montrer ce qu’elle aurait dû faire. »

Je pris peur, tout puissant magicien que je fus, enfant d’un esprit et d’un démon, je n’étais pas de taille face à un dieu. Théodore fit ce que Vi faisait toujours quand elle se fâchait contre quelqu’un, me prendre mon énergie vitale. Je tombai par terre, transit par le froid de la mort, j’étais si faible encore. Ma légende veut que je fusse le magicien le plus puissant. C’est faux, si faux, je me sens comme une fraude. Il souriait avec l’air de dire, « Tu vois, hein ? C’est moi le meilleur. » Je songeai, oui, en effet, c’est toi le plus fort. Mon esprit se voulut cruel, il me fit vivre le souvenir de ce que Vi m’avait infligé, le châtiment de Nécronion et quand Théodore m’avait transpercé de part en part dans le temple.

Il me demanda, « Alors, es-tu prêt à parler maintenant ? Où se trouve Léandre ?

- Il est avec Nécronion... » répondis-je à demi-conscient.

« Tu vois quand tu veux. On pourrait être ami, si tu le souhaites, ça aurait été génial. »

Non, merci, je n’en veux pas ton amitié pernicieuse. Le seul ami que tu avais, tu l’as poignardé dans le dos… Il avait arrêté de me prendre mon énergie vitale, il était très proche de moi, j’utilisai ma magie pour faire apparaître une lame. J’essayai de le frapper, mais il retint la dague avec sa main. Théodore quitta la pièce précipitamment. Me laissant seul dans cette prison pour y moisir pour toute l’éternité. N’importe, tant que Nécronion avait réussi à sauver Léandre, ça n’avait aucune importance… Ils trouveraient un moyen de le vaincre, j’en étais sûr.




























Chapitre 6 : « Charles »
La dispute

Narrateur : Charles

Je n’aurais jamais cru qu’un tel évènement aurait pu se produire avant une cérémonie si importante. Comment notre souverain Léandre avait-il pu être assassiné ainsi ? Surtout, qu’il avait été tué par Horacétius, son propre père adoptif. Non, je ne pouvais pas croire cela ! C’était un mensonge, un autre plus malin avait dû faire le coup. Et le faire passer pour coupable… Étais-je dans le déni ? Il me fallait vraiment parler avec ce suspect pour lever tous mes doutes. Seulement Théodore refusait que je lui adressasse la parole, seul lui avait ce privilège. Ce qui semblait m’indiquer, que mes soupçons n’étaient pas infondés, que pouvait-il bien cacher ? J’avais appris des gardes, qu’il avait rendu visite à Léandre avant que l’incident n’arrive. Il disait qu’il avait réussi à s’emparer du tueur, en arrivant sur place. Enfin, le corps de notre précédant souverain aurait disparu, si j’en croyais une rumeur tenace. Mais après tout, nul n’avait pu le voir avant l’enterrement, il y avait quelque chose de caché là-dessous.

Je tournai en rond dans ma chambre en essayant de trouver une solution pour violer cet interdit. Horacétius devait sûrement en savoir plus, c’est pour ça que Théodore l’avait enfermé dans les prisons qui se trouvaient dans les souterrains du château.

Quelqu’un frappa à la porte de mes appartements, ce qui me sortit de ma rêverie. Je lui fis signe de rentrer, je fus surpris que cela soit Grégoire. Il avait l’air soucieux, lui aussi.

Je demandai, « Qui y a-t-il ?

- Rien… Vous êtes mon protecteur, alors je voulais m’assurer que tout allait bien pour vous. (Il me vouvoyait maintenant ?)

- Bien sûr, je vais bien. (Je lui fis un sourire timide.) J’aurais besoin de ton aide. (Il me fit un signe de la tête qui m’invitait à continuer.) Horacétius, j’aimerais lui parler, car je crois qu’il est innocent.

-Quoi ? Non, seigneur Théodore lui a fait avouer son crime, il est coupable ! (Croyait-il vraiment aux paroles de ce souverain à la main de fer noyait dans un gant de velours ?) Il œuvrait pour le dieu de la mort, Nécronion, celui qui cherche à nuire à la paix éternelle promit par les dieux.

- Tu fais confiance à cet homme ? (Grégoire sembla fâché que j’interrogeasse sa loyauté.)

- Bien sûr ! Si Léandre l’a désigné en successeur, c’est qu’il était le meilleur choix et digne de confiance aussi. Quelle preuve as-tu qu’il ment ? (Il me toisait avec fierté. Il me posait une bonne question, ce jeune homme.)

-Aucune ! Quoiqu’il ait celui avec le plus d’intérêt dans cette histoire. Je veux dire, j’ai enquêté et il est le dernier à avoir vu notre roi vivant en plus d’avoir arrêté le coupable et…

- Tais-toi ! (Il se ressaisit.) Tu… Vous… Suis-je toujours destiné à être dans l’erreur ? (Je ne comprenais pas bien.) Je veux dire quand Léandre m’a envoyé en mission, j’aurais tout fait échoué si tu n’étais pas venu, et là je me trompe encore. Finalement, ma famille avait raison de dire que je suis un simplet.

- Non, tu n’es pas un simplet ! Il arrive à tous de commettre des erreurs ! (Je soufflai ennuyé par son manque de confiance en lui.) Et peut-être que c’est moi qui me trompe après tout. Je pourrai l’accuser à tort.

-Très bien, je te laisse alors. », dit-il un peu ragaillardi.

Il partit avec un œil hagard, je me sentais mal pour lui, j’avais échoué à lui faire prendre confiance en lui. Cependant, c’était sans importance pour le moment, il me fallait parler à Horacétius à tout prix. Je pensais alors à une chose, j’étais riche rien de plus facile que de corrompre un des gardes pour me laisser rentrer dans la cellule de ma cible. Cela valait le coût d’essayer. Je pris donc la direction de la prison.

Je détestai cet endroit qui sentait le rance, c’était un trou à misère dans lequel, je n’espérai jamais finir. Les prisonniers bien que rare qui s’y décomposaient vivant dans des cages minuscules, étroites et sales. Eux-mêmes ne ressemblaient qu’à des fantômes, spectres et restes de ce qu’était l’humain. Je ne pouvais qu’empathiser avec leur sort, même s’il était probable qu’ils n’étaient pas là pour rien. Pourtant, je pense malgré tout, qu’il méritait des conditions descentes d’emprisonnement. Le prochain souverain devrait sûrement s’occuper de ça, plutôt que de continuer à les remplir avec les gens qui lui posaient problème. Je donnais de l’argent à un garde et je pus rentrer dans la cellule de Horacétius sans problème. Il avait accepté sans broncher, cela devait sûrement l’aider à arrondir ses fins de mois. Le prisonnier avait l’air à bout, il avait dû lui arriver quelque chose.

Il me demanda, « Qui es-tu et que me veux-tu ?

-Je suis Charles, je crois que nous nous sommes déjà vus le jour où j’ai rencontré Léandre pour la première fois. Votre apparence était différente cela étant. (Je le dévisageai un peu pour m’assurer de mon impression.)

- J’ai fait une promesse… (Il ne semblait pas vouloir s’étendre sur ça.)

- Je… Vous n’avez pas tué Léandre, n’est-ce pas ? (Je le toisai attendant ses paroles, je voulais voir à son visage, le moindre petit signe qui indiquerait un mensonge quelconque.)

- À ton avis qui a pu donc commettre ce crime ? (Mon avis, hein ? Tu ne t’en doutes pas ?)

- Théodore… (C’est la crainte que j’avais depuis le départ.)

- Bingo ! (Il avait un sourire dérangeant.) C’est, en effet, celui qui tire le plus de bénéfices de la situation. Voilà, au moins quelqu’un d’intelligent. Viens plus près, j’ai un secret à te révéler. (Horacétius me faisait le signe de me rapprocher. Je le fis avec entrain. Peut-être aurais-je dû me méfier plus ?) Léandre est encore en vie, certes Théodore l’a blessé gravement, mais il a réussi à fuir avec mon compagnon. Ils devraient être à la forêt de Naturae, s’il a fait comme je lui avais dit. »

J’étais content d’apprendre une aussi bonne nouvelle, tout n’était donc pas encore perdu ou peut-être pas… Léandre encore vivant ?! Je savais bien qu’il cachait quelque chose ce Théodore, quand il avait refusé de nous montrer son cadavre. Ou peut-être bien que c’était Horacétius qui mentait ? Étais-je trop naïf ? Je sentis une main glaciale sur mon épaule, je me retournai et vit que c’était Théodore. Oh non ! Tout était fini pour moi ! J’espérais qu’il n’avait rien entendu des propos du magicien, Léandre devait rester sauf.

Il s’exclama, « On me trahit, Charles… Vil fourbe… La terreur est gravée sur ton visage et tu as raison.

- Non… Je… Je voulais seulement comprendre, pourquoi il avait fait ça. (Je suais à grosse gouttes.)

- Ah oui ? De qui se moque-t-on ? (Il me plaqua contre le mur de la prison.) J’ai expliqué publiquement la raison pour laquelle, il avait commis ce crime devant la foule en colère. Remets-tu donc ma parole en doute ? (Je tremblai de peur, il ne m’avait jamais semblé aussi fou qu’en cet instant.)

- Non… Je voulais seulement l’entendre de sa bouche. (Il m’effrayait de plus en plus, il avait un regard de dément. J’essayai de le repousser, mais il était plus fort que moi.) Il est coupable, bien sûr.

- Non, tu mens, je le sais. Tu aurais dû mourir avec toute ta famille, ton remplaçant aurait peut-être été plus docile. Je peux y remédier, la mort a commis une erreur ce jour-là. »

Je crachai du sang à terre. Théodore semblait se réjouir de la situation. Je ne comprenais pas ce qui se passait, il n’était qu’un simple humain pourtant. Comment pouvait-il dire des horreurs pareils ? Se rendait-il compte de ce qu’il disait ? N’avait-il donc aucun cœur ? Comment peut-on vouloir la mort de quelqu’un par un trépas si cruel ?

Horacétius lui lança, « Tu deviens couard, Théodore. Cesse donc de toujours utiliser tes pouvoirs pour tuer. À moins que tu ne sois trop lâche pour le tuer de tes mains. »

Théodore eut un sourire mesquin en dévisageant Horacétius.

Le roi répondit en toute ironie, « Tu as raison, il mérite un procès, je ne suis pas un souverain injuste. Je ne voudrais pas faire de l’ombre à la sacro-sainteté de leur roi si juste, alias Léandre. »

Il disparut comme s’il s’était téléporté, cependant, je me retrouvai enfermé avec Horacétius. J’étais désemparé, ma pauvre femme, Éveline, qu’allait-elle devenir ? Nous attendions un heureux évènement. C’était donc ça que Théodore voulait dire par j’aurais eu un remplaçant plus docile. Quel monstre ! Laisse mon enfant à venir tranquille !

Horacétius s’écria, « Rassure-toi ! Nous nous en sortirons…

-Ah oui ? Comment espèce de magicien à la noix ? », m’emportais-je.

« Tss… C’est vrai, je suis un clown, un minable, et encore plus face à Théodore le nouveau dieu de la mort, qui en plus sert de jouer pour Vi, que ce soit intimement comme pour gagner de l’influence.

- Quoi ? Pardon ? J’ai besoin d’explication, je ne suis plus.

- Ça risque d’être long…

- On a tout notre temps, n’est-ce pas ? », répliquais-je avec ironie.

Il me raconta donc à moultes renforts d’images, comment Nécronion avait perdu son statut de divinités et ce qui était arrivé ensuite. Théodore, je n’aurais pas cru ça de toi, même si dans le fond, il ne parlait qu’à Léandre et que nous le connaissions tous assez mal. Pourtant, il m’avait toujours semblé être une bonne personne. Il semblerait que je me sois trompé. Nous avait-il tous dupé ? Léandre, on s’échappera et on te rejoindra. Il est fou… Il va tout détruire dans son sillage, s’il continue de régner. On doit l’arrêter. Je commençai à réfléchir à un plan d’évasion. Peut-être que ma femme s’inquiéterait de moi ou alors Grégoire ? Théodore serait ainsi obligé de s’expliquer et peut-être d’éveiller leur soupçon.


Chapitre 4 : « Grégoire »
Suspicion et doute
Narrateur : Grégoire

Je repensai à ce que Charles avait dit à propos de Théodore, c’est vrai qu’il était celui qui gagnât le plus de la mort de Léandre. Il était roi désormais et je supposais que cela pouvait intéresser des gens. Le jour de la cérémonie d’enterrement, non seulement, il m’avait semblé être le moins triste d’entre nous, alors qu’ils étaient souvent ensemble comme de bons amis, mais en plus, il avait donné pour ordre que personne ne puisse voir le corps. C’était étrange, je décidai pourtant de ne pas douter de lui pour si peu, ce n’était peut-être que des coïncidences après tout. Après mon premier duel et mon dernier contre Hasting, enfin, je l’espérais, d’ailleurs je l’avais lamentablement perdu, je m’étais donc consacré à mon entrainement avec d’autant plus d’ardeur.

Pourtant, je ne faisais pas vraiment de progrès, c’était comme si l’épée n’était pas faite pour moi. Je me demandai ce que Charles avait bien pu voir en moi. Je n’étais définitivement pas fait pour être chevalier. Mon arme m’échappa des mains lorsque j’essayai de mettre un coup de ma lame à un mannequin, Théodore l’avait rattrapé de justesse, j’avais cru que j’allais l’empaler accidentellement.

Il s’exclama, « Je ne sais pas ce que tu essayais de faire, mais ce n’était sûrement pas ça.

- Je suis désolé, je m’entrainais. », répondis-je confus.

« Je venais t’annoncer quelque chose, mais je crois qu’il y a plus important pour l’instant. (Il se rapprocha de moi et m’invita à reprendre mon arme. Je m’en saisis ennuyé par la situation.) Tu vois, c’est comme ça qu’il faut la tenir. »

Théodore me guida et je réussis enfin à faire des progrès, j’étais tellement ravi. Il était un bretteur d’élite, j’avais de la chance qu’il me vienne en aide. Il m’avait conseillé sur une posture de combat qui correspondait bien plus à ma carrure que toutes les recommandations qu’avaient pu me faire mes maîtres d’armes. Il s’était montré bien patient, et j’avais l’impression de pouvoir faire beaucoup de progrès, désormais. Je m’assis contre le mur, pendant que lui était debout contre celui-ci, car il avait décrété que l’on devait faire une pause.

Il me lança, « J’avais donc quelque chose d’important à te dire, avant de te donner ce cours. (Il eut un air sinistre qui m’inquiéta.) Charles, ton ami, c’est un traître, il a essayé de libérer Horacétius.

- Quoi ? », articulais-je confus.

« Ce maudit magicien a dû l’ensorceler ! Putain, s’il n’était pas l’enfant d’un esprit et d’un démon, je l’aurais tué !

- Ne peut-on rien faire pour lui ? (Je m’inquiétais pour Charles, encore plus à cause du fait que je n’avais jamais entendu Théodore jurer.)

- Peut-être… (Il fit mine de réfléchir.) Tu es son ami le plus proche, peut-être toi seul pourrait le faire revenir.

- Laissez-moi essayer je vous en prie. (Je me mettais à genoux devant lui.)

- Relève-toi, nul besoin de me supplier de la sorte. (Théodore avait un air si sévère en prononçant ces mots.) Oui, je comptais bien le faire, c’est pour ça que je venais te chercher à l’origine. Seulement, en voyant que tu t’entrainais j’ai voulu t’aider… Je suis désolé, j’aurais dû t’en parler avant.

-Amenez-moi à lui ! Il faut que je l’aide, c’est mon ami.

- Je le vois bien, il en a de la chance. », dit-il sur un ton qui m’inspirait une jalousie à peine voilée.

Je crus voir une larme, il me semblait seul et cela m’attristait énormément. C’est vrai qu’après tout, il avait perdu son ami Léandre, pourtant, il lui restait son frère Antonin, non ? Je me rappelle que Miel m’avait parlé de lui, il était devenu son élève36, il m’avait semblé être un chic type, si je m’en fiais à sa description. Pourquoi n’étaient-ils pas plus proches, je me le demandai ?

Les prisons, je ne m’y étais jamais rendu, mais j’espérais que la première visite serait la dernière. Elles me remplissaient d’une terreur qui me saisissait jusque dans la gorge. Je voulais quitter cet endroit au plus vite. Tous ces gens faméliques qui y étaient enfermés, me montrait que les châtiments pouvaient être extrêmement sévères. Je ne voulais pas, un jour, me retrouvait dans une pareille situation. Théodore me conduisit donc dans une cellule un peu isolée, Charles était d’un côté et un homme que je ne connaissais pas, était de l’autre, je l’ignorai pour me concentrer sur mon ami. Il était dans les vapes, pour dire ça familièrement, et ne m’avait pas l’air d’être particulièrement du côté d’Horacétius. Menteur, menteur, Théodore est un menteur ! C’était prévisible, je le savais au fond de moi, on m’avait prévenue après tout. Mon ami avait donc eu raison.

Le vil affabulateur s’exclama, « Vois-tu ce que la magie fait ? (Je ne savais pas si je devais mordre à l’hameçon ou non, je songeais alors au sort de ceux qui l’avaient défié.)

- Oui, si je pouvais attraper le responsable, je lui rendrais la monnaie de sa pièce. (Nous savons très bien tous deux qui est le responsable.)

- Eh bien, il est là ! (Non, tu crois ! Il pointait du doigt l’autre homme.) Voici Horacétius, le responsable de ce chaos ! »

L’interpellé s’exclama, « J’ai bon dos Théodore. Tu es assez grand pour faire le mal seul.

- Tais-toi ! » criais-je en bousculant cet insolent d’usurpateur, je l’avais dit le coupable aurait la monnaie de sa pièce.

Le fautif s’exclama surpris, « Que ? Pourquoi as-tu fait ça ?

-Soyons honnêtes cinq minutes ! C’est toi le coupable, n’est-ce pas ? », dis-je en dévisageant Théodore.

- Bon sang, c’est f… Oui, c’est la vérité… », articula-t-il résigné.

Voilà, encore une nouvelle révélation qui éclatait. Horacétius semblait fière de cet aveu. Théodore fit un geste de la main pour le faire taire. Je me moquais de tout ça, je n’étais qu’un type simple embarqué dans une affaire qui le dépassait, elle ne m’intéressait pas. La seule chose que je savais c’était que je voulais sauver mon ami, pour lui rendre la pareille, lui qui m’avait sorti de tant de problèmes.

Il dit ensuite, « Voilà… Ton ami… Je te le rends… »

Je ne trouvais rien à redire, Théodore avait un air sinistre qui m’effrayait sincèrement. J’entendis alors la voix de Charles, j’étais tellement content de le revoir.

Il remarqua mon trouble et s’exclama, « Grégoire, tout va bien ? Ne t’inquiète pas.

-Tu m’as manqué… », dis-je ému.

« Comme si j’étais mort ou partie dix ans. Grégoire, tu exagères. (Il avait l’air lassé.)

- Oui, mais c’est comme si… J’ai cru que je n’allais jamais te revoir. (Je le pris dans mes bras en pleurant.)

-Allons, qu’ai-je fais pour mériter tant d’affection ? (Il essayait de me réconforter comme il pouvait.)

- Ne brime pas cette affection, tous n’ont pas la chance d’en avoir une pareille. », dit sinistre Théodore.

Charles répondit, « Je ne brime rien, je ne blâme pas, je m’interroge. Le seul à le faire ici, c’est toi Théodore ! (Il m’étreignit pour me rendre mon geste affectif.)

-Partez…Allez-vous-en… Disparaissez, je ne veux plus vous voir ici, Charles et Grégoire. », ordonna Théodore.

On ne demanda pas notre reste, il pourrait changer d’avis. Une fois à l’extérieur et un peu éloigné du château, nous songeâmes à ce que nous devions faire. Pendant, que nous faisions ça, Charles m’expliqua tout ce qu’il avait fait. Je songeai alors à ce qu’il avait raconté, si Léandre était bel et bien en vie, il nous fallait le rejoindre au plus vite. C’était probablement, le seul endroit où nous serions en sécurité, le domaine d’une déesse, Théodore n’oserait pas s’y aventurait pour nous y traquer s’il changeait d’avis. Mon ami ne trouva rien à redire à ce plan, et nous nous mîmes en route vers la forêt de Naturae. Je craignais ce que nous allons devoir affronter en route. N’importe, si Léandre vivait encore, l’espoir n’était pas mort, et peut-être bien que le tyran serait abattu et que Paxiam sera plus qu’un rêve, mais une réalité.

Les dieux nous l’avaient promis après tout, ils ne pouvaient pas nous avoir trompé, n’est-ce pas ? Pitié, guidez-nos pas, et emmenez-nous à notre destination, sain et sauf.























Chapitre 7 : « Théodore »
Jalousie et descente en enfer
Narrateur : Théodore

J’ignore pourquoi, mais de voir les retrouvailles entre Charles et Grégoire m’avait ému. C’était leur amitié qui m’avait touché au point de les laisser partir. Une fois de retour dans ma chambre, je me sentis idiot d’avoir laissé deux traîtres traîner dans la nature, je n’eus pourtant pas le courage de leur faire donner la chasse. J’avais des occupations autres à mener notamment retrouver Léandre, pour enfin lui régler son compte pour de bon. Enfin, où était Nécronion ? Horacétius s’était montré vague et qu’importent les tortures auquel je le soumettais, il refusait de détailler, le lieu où il se trouvait tous deux.

D’ailleurs, en y pensant Léandre était marié à Gwendoline, la fille d’Alexandre et c’était une alliance matrimoniale qu’il serait peut-être utile de renouveler. Autrement, je ruinais Paxiam, ce que mon « bon » prédécesseur s’était acharné à bâtir. Ma petite Vi, tenait à ce projet, je ne pouvais pas me permettre de le détruire même temporairement, après tout, je l’aimais bien trop pour la contrarier. Il me fallait donc faire passer d’abord les intérêts de l’État avant ceux de ma personne, c’est Vitae que j’aimais et non cette femme, mais dans le fond j’étais immortel et non elle, je finirais par retrouver ma chère et tendre déesse, dans un futur plus ou moins proche.

Argine reparut enfin, elle avait disparu depuis trois jours, à dire vrai depuis la cérémonie d’enterrement de Léandre. Elle était directement venue me voir, pendant que j’étais assis sur mon trône, contemplant la couronne qui serait bientôt mienne, dans deux jours à lieu mon couronnement officiel. La pauvre avait l’air affligé, non, c’était même plus que ça, elle était désespérée. Si elle croyait que cela allait suffire à me faire regretter mon geste, elle se trompait lourdement. Cet esprit avait une expression qui m’indiquait qu’elle souhaitait me parler, mais elle n’osait pas je suppose.

Je fis le premier pas en demandant, « Que me veux-tu Argine ?

-Je sais ce que tu as fait. (Le fait que je sois un traître n’est apparemment pas un secret.) Parlons-en en privé, veux-tu ?

-Eh bien, nous sommes dans une salle déserte, ce n’est pas assez privé pour toi ? », dis-je méprisant.

« Si… (Je regardai partout, j’avais l’impression que des milliers de regards accusateurs se portaient sur moi, pourtant il n’y avait que les doux yeux d’Argine.) Cependant, on pourrait être interrompu, le royaume des morts, ton domaine maintenant ou même l’ancien temple de Nécronion me paraisse moins risqué.

- Non ! Nous sommes très bien ici. Ma salle du trône, ma pièce, on ne viendrait me déranger que si la situation était urgente.

- Soit, régicide37. (Cela m’avait blessé plus que je ne l’aurais cru.) Vitae, m’a expliqué son noble plan, alors tu es maintenant le souverain légitime de Paxiam, et je suis donc ta conseillère.

-Alors, conseil moi. Gwendoline, selon toutes probabilités, je devrais l’épouser, n’est-ce pas ?

- Tu tues son mari et maintenant tu veux l’épouser elle, quel monstre ! (Argine essayait de masquer sa colère, mais elle ne le pouvait pas.)

- C’est vrai, mais l’alliance doit être maintenue, Vitae refusera de m’épouser de toutes manières. (J’étais un peu ennuyé par l’idée.)

- Tu l’aimes, vraiment ? (Elle parut surprise et je ne comprenais pas pourquoi.)

- Qui ? Vi ? Bien sûr ! (Elle fut désarçonnée par ça.) Croyais-tu que je ne savais pas ce que signifier aimer ?

-Non bien sûr, mais Myriam est une bonne personne, elle doit être déçue. (Elle m’accusait du regard et cela me mettait mal à l’aise.)

-Tu ne crois pas si bien dire ! », s’exclama ladite nommée.

J’étais choqué et je balbutiai, « Enfin, je te revois.

-Je gardais mon domaine, tu aurais pu m’appeler et je serais venu quand j’aurais pu. (Elle me brûlait de son regard haineux.) N’importe, tu n’as pas pu résister à ta jalousie, je constate.

- Vitae a dit que ce trône serait mien, si je tuais Léandre de mes mains, je suis dans mon droit. (Je la toisai.)

-Je sais… Je voulais seulement, te dire que ton père avait raison finalement, tu étais bien celui en trop, et tu l’étais aussi pour cette quête en usurpant un titre qui n’était pas le tien. J’aurais dû te laisser mourir le jour où je t’ai rencontré. », dit-elle avec une grande cruauté.

Elle partit aussi vite qu’elle était venue. J’étais fou, comment osait-elle dire que j’aurais dû mourir enfant ? Je, personne ne m’a donc jamais aimé… Je suis l’être le plus indésirable de cette terre, je n’aurais jamais dû naitre. Je me vengerais, ils payeront ça. Je finis par réaliser, que je devais tenir ma cruauté d’elle, j’avais dit la même chose à Charles après tout. Mais il le méritait lui, il m’avait trahi, comme eux tous ! Ils vont le payer, je les tuerais tous, s’il le faut !

Argine conclu, « Et tu dis savoir ce que signifie aimer, mais il semblerait que ce ne soit pas le cas. (Elle me regardait comme si j’étais un triste animal.) Cela étant, je crains que les esprits méprisent les humains sauf peut-être moi et Horacétius, il t’expliquera pourquoi il a fait ce choix, moi, je peux seulement dire que ma mission a fait que je porte un grand respect pour l’humanité. Les dieux sont pareils, sauf toi et Nécronion.

- Le pire c’est que ça ne me surprend pas de Nécronion. Après tout, il s’était mis en opposition face aux autres divinités. (Je la dévisageai avant de prononcer ces mots avec solennité.) Argine, je te libère de toutes obligations à mon égard. (Elle sembla étonnée.) Je le pense sincèrement, je ne t’imposerais pas ma présence.

-Mais, Vitae… (Je comprenais son inquiétude.)

-Non, je lui parlerais, je suis moi-même un dieu, elle peut vouloir une chose, mais pas me l’imposer. J’ai fait mes choix, tout était de ma volonté, même le meurtre de Léandre. Je sais que toi, Horacétius et Nécronion en doute. (Elle prit une broche qui retenait ses cheveux, je m’aperçus alors qu’elle avait les cheveux extrêmement longs au point qu’il touchait le sol.)

-Prends ça. (Elle me la tendait, elle ressemblait à un papillon.) Ça te sera utile… », dit-elle en conclusion.

Voilà donc son dernier cadeau avant son départ. Je le regardai un peu plus en détail, la fameuse broche ressemblait à un monarque38 dont les ailes étaient constituées de fragments de pierres semi-précieuse voire précieuse, assemblées comme le verre qui compose les vitraux. Cela devait avoir beaucoup de valeur, si ce n’est sentimental au moins financière. Je l’accrocherai au niveau de mon cœur, c’était le premier cadeau que l’on me faisait, simplement pour m’en faire. Ça me rendait heureux.

Je décidai de sortir sur les murailles pour prendre l’air. La cruauté de ma mère adoptive, m’avait secoué. Je contemplai le paysage, la vue, les villages autour du château, les paysans qui s’évertuaient dans les champs, mes terres qui s’étendaient à pertes de vue. Tout ça, entre mes mains je me sentais si puissant. Je pourrais presque le toucher du doigt, je me heurtai à un de mes créneaux, peut-être pas finalement. Je regardai vers le bas, c’est étrange, mais j’avais envie de sauter, de rejoindre le bas. Après tout, puisque j’étais immortel, maintenant, ça ne posait plus problème.

Mon frère Antonin me sortit de ma rêverie en criant, « Je te trouve enfin Théodore ! (Il me prit dans ses bras.) Ça fait tellement longtemps !

- N’exagérons rien… Comme si j’avais disparu dix ans ne soit pas aussi sentimental. (Je le repoussai légèrement.)

- Oui, tu as déjà disparu plus de dix ans, on t’a cru mort, je t’ai cru mort. (C’est vrai…) N’importe, je suis venu dès que j’ai pu, enfin, j’avais des problèmes à régler avec Eléonore, ma femme et il nous fallait échanger une abondante correspondance en plus de beaucoup de réunion. Ce n’est pas grave, félicitation mon frère, tu es le roi, maintenant.

- Et toi, tu es marié, félicitation ! Il faudrait que tu me présentes ta femme !

- Oui, bien sûr. (Il était soucieux, il me cachait quelque chose.) Comment le vis-tu ?

-Quoi donc ? (On y arrivait, enfin à ce fameux secret.)

- La mort de Léandre, c’était ton ami, non ? Je vous ai vu, vous discutiez souvent ensemble, vous sembliez bien vous entendre.

- Non, en fait, je veux dire, oui, nous nous entendions bien, mais non, je ne suis pas affecté par sa mort. Ce sont des choses qui arrivent. (Antonin semblait perturbé par ma réponse.)

-Comment peux-tu dire ça ? Il n’est pas mort de vieillesse ou de maladie… Il a été assassiné !!! Ce n’est pas une mort banale !

- Quelle naïveté ! (J’étais courroucé.) Il est mort ! Bougre d’âne, arrêtez d’en parler comme s’il était encore vivant ! Il est mort, il ne reviendra pas ! Passe le cap ! C’est la vie, arrête de m’en parler, ce sont des futilités !

- Qu’as-tu fait ? (Il eut une expression de terreur devant moi.)

- Rien ! (Je le bousculai et il tomba à terre.)

- Si… (Il eut l’air effrayé par moi.) Tu l’as tué, c’est toi… Tu commets des horreurs, mais tu es comme notre père, tu n’assumes rien ! », dit-il horrifié par ma personne.

Je vis rouge, je ne pouvais plus l’entendre, je le saisis par le collet, je l’étranglais un peu. Antonin réussit à se dégager en un coup, mais j’étais trop aveuglé par la colère pour me contenter de ça. Je lui collai mon poing dans la figure ce qui le fit tomber à terre, je le suspendis ensuite au-dessus du vide en le tenant d’une main à la nuque. Il criait, me suppliait d’arrêter, il se tenait à ma chemise au niveau où était ma broche, mais j’étais sourd à toutes ses suppliques. Je ne les entendais même pas, je ne voulais que des excuses, elles seules auraient pu peut-être calmer ma rage folle.

Antonin se calma et me lança, « J’aurais cru que notre père aurait pu faire ça, mais pas toi… Il te hait, car il se hait lui-même. (Il regarda le sol.) Pitié… Ne deviens pas comme lui. »

Je ne pouvais plus entendre ça, je le lâchai dans le vide. Il avait déjà touché le sol, quand je me rendis compte de ce que j’avais fait. Je regardais de toutes parts, si quelqu’un m’avait vu, mais il n’y avait personne, les gardes étaient peut-être en pause et la relève avait tardé. Ma réputation était sauve… Je me téléportai auprès de Vi.

Elle me regarda bizarrement et me demanda, « Pourquoi pleures-tu autant ?

- J’ai tué mon frère dans un accès de colère.

- Quoi ? (Elle demeurait interdite.)

- Je suis un démon… J’ai essayé de tuer un être que j’appelais autrefois un ami, j’ai aussi tué mon propre frère en le jetant des murailles du château parce qu’il a osé dire la vérité.

- Oui, tu l’es… Tu ne peux pas le nier, nous ne pouvons pas le nier… Mais tu sais, moi aussi, je suis un monstre et ça ne m’a jamais dérangé. (Elle me donnait un sourire tendre qui me plaisait bien.) Tu t’y feras, de toutes manières en tant que dieu, désormais, tu l’aurais vu vieillir et s’éteindre, ainsi va la vie. »

Ce n’était pas faux… De toute manière, il fallait faire oublier Léandre et quoi de mieux pour ça que de tuer ou éclipser tous ceux qui l’avaient connu. Dans le fond, ce que j’avais fait ce n’était pas une si mauvaise chose. Adieu, mon frère Antonin, tu étais un piètre chevalier, mais tu avais le cœur plus
pure que l’or.

Chapitre 4 : « Antonin »
Ce qu’il aurait pu être…
Narrateur : Antonin

La chute… La panique, j’avais cru mourir, j’espérais survivre dans le fond. Le sol, je l’avais touché, mais je n’étais pas encore mort, pourtant j’étais persuadé que cela n’allait pas tarder, une de mes côtes brisées avait dû percer un de mes poumons. Je crachai mon propre sang. Un hémothorax ? J’étais fichu dans l’état dans lequel j’étais. Miel m’avait expliqué à de nombreuses reprises à quel point c’était compliqué à soigner quand elle m’avait raconté les pires choses qu’elle avait vues dans sa carrière. Pitié, que quelqu’un vienne… Je sentais quelque chose me piquer dans la main quand je la serrai, je remarquai une broche en forme de papillon, j’avais dû l’arracher à Théodore quand je m’étais raccroché à sa chemise. C’était quelque chose de beau, et brillant, si brillant qu’une pie qui devait vivre dans l’arbre voisin essayait de me la prendre des mains.

Un petit coup de bec entre les phalanges pour essayer de me les faire ouvrir, je les ouvrirais bien petite pie, mais je n’y arrivais pas. J’étais trop faible, ou alors je m’étais cassé quelque chose. Je ne voulais pas mourir, j’avais encore espoir que l’on me sauve. Je regardai mon petit oiseau voleur, pour ne pas abandonner. Il faisait œuvre d’habilité pour me prendre ma broche, il était tenace, il la voulait vraiment. Il jacassait39, car il était fâché, ce n’était pas un chant que ses sons, c’était un bruit que faisait cet oiseau. Ma pie jacasseuse et voleuse s’enfuit pris par la peur. Je n’avais pas bougé pourtant. Je vis un pied de femme ; j’allais peut-être enfin être sauvé ?

Elle me demanda troublée, « Que s’est-il passé ? (Je crus reconnaître la voix d’Argine, je ne l’avais pas beaucoup entendu, mais elle en avait une qui était unique. Une voix qui sonnait comme des carillons qu’on avait harmonisés.)

- Théo-dore. », réussis-je à articuler avant de défaillir.

Ce n’était pas la fin de tout pour moi. Il y avait une lumière qui s’offrait à moi, Argine, un esprit, une des messagères des dieux était venue à mon secours, j’étais béni des dieux, merci Ludie pour me permettre de revoir à nouveau la lueur du soleil. J’étais heureux de pouvoir voir encore la lumière du jour, alité, certes, mais vivant. J’analysai un peu ce qui se trouvait autour de moi, c’était une maison dans la forêt, enfin, maison, le terme était exagéré c’était plutôt une cabane de bûcheron. Vous pouvez vous figurer le tableau, je suppose. J’étais dans un lit dont le matelas était rembourré de paille, sur un cadre de lit en bois. Le tout était posé près d’une fenêtre, ce qui me permettait de contempler l’extérieur. Je regardai un peu partout dans la cabanette, et vis Argine en train de préparer quelque chose.

Elle remarqua que j’étais réveillé et demanda, « Que s’est-il passé avec Théodore ?

- Il m’a jeté du haut des murailles dans un coup de colère. », j’avais une mine sinistre en répondant à sa question.

« Quoi ? Attends, pourquoi était-il fâché ? (Elle me regardait surprise.)

- Je lui ai demandé, s’il allait bien suite à la mort de Léandre. Il m’a presque insulté, c’est là que j’ai compris qu’il avait quelque chose à se reprocher. (Je souffrais en y repensant, c’était difficile à raconter.) Enfin, je l’ai surtout compris quand il m’a frappé, alors j’ai dit qu’il était aussi monstrueux que notre père et il m’a jeté dans le vide.

- Il est… Il est perdu. (Elle semblait aussi abattue que moi.) Comment as-tu obtenu cette broche ? (Je me demandai bien quelle importance cela pouvait bien avoir.)

- J’ai dû l’arracher à Théodore, quand on s’est battu…

-Elle t’as sauvé, je lui avais donné, car je voulais être là le jour, où il aurait vraiment besoin de moi. On peut dire que j’ai bien fait.

- Il a… (Je déglutis.) A-t-il vraiment tué Léandre ?

- Il semblerait… Il a donc enfin cédé à sa jalousie. », dit-elle consternée.

Il n’y avait rien à ajouter, c’était la vérité. Il allait de soi que cela me faisait souffrir, c’était mon frère après tout. Je demandai du papier ou au moins quelque chose sur lequel je pourrais écrire. Ce n’était pas pour des raisons fantaisistes, c’était pour rassurer ma femme. Le seul problème était de lui envoyer le message. Je vis alors un corbeau taper à la fenêtre, je l’ignorais d’abord, mais devant son insistance, je finis par ouvrir. L’oiseau se jeta à l’intérieur.

Il se posa sur mes jambes, me regarda fâché et s’exclama, « Idiot ! Pourquoi me laissais-tu dehors ? Ne m’as-tu pas reconnu ? Ou alors l’as-tu fait exprès ?

- Merlin ?! Pff, un corbeau est un corbeau, ne me blâme pas. (J’étais agacé, je n’étais pas d’humeur pour ses bêtises.)

- Coi-Coi ? Un humain est un humain, ne me blâme pas Alexandre. (Touché.)

-Oublions… Que viens-tu faire là ? (Il époussetait son plumage.)

- J’ai vu ce que Théodore a fait lors de ma promenade matinale. J’en ai informé Alexandre, et il m’a envoyé ici ! (Il s’étirait les ailes, j’avais l’impression de terriblement l’ennuyé.) Donc me voilà ! », cria-t-il enthousiaste.

Il alla se poser sur la table, je remarquai alors qu’Argine était partie, je suppose que c’est pour cela qu’elle ne s’était pas étonnée de Merlin, l’oiseau qui parle. Il prit la broche dans son bec. Était-ce à cause de sa nature de corvidés ? C’est qu’ils aiment le brillant ces oiseaux-là.

Il la plaça sous ses serres avant de dire, « Cet objet est rempli de magie. Il me servirait bien pour maintenir une forme humaine à l’occasion.

- Cesse de mentir, Corvus. », lança Argine qui venait de rentrer.

« Corvus ? Tu me confonds avec un autre corbeau. (Il s’ébroua avec force et serra d’autant plus la broche.)

- Tu es un esprit, Corvus, arrête tes petits jeux malsains, je sais que tu fuis en avant, car tu ne veux pas servir les dieux.

- Non ! Je suis Merlin ! Le familier immortel d’une sorcière, coi-coi, j’ignore de qui vous me parlez. (Il me paraissait mentir au regard de son expression.)

- Très bien, je vais te faire révéler ta véritable apparence. (Elle le saisit et l’obligea à se changer en humain.)

- Laisse-moi tranquille ! (Il la repoussa avec sa magie.)

- Tu veux te battre Corvus !?

- Je suis Merlin ! », cria-t-il.

Il s’écroula à terre en crachant du sang, j’eus un élan de panique et je me levai. Qu’il soit vraiment Corvus ou Merlin, ça n’avait pas d’importance pour moi. Certaines personnes veulent seulement oublier leur passé. Je m’interposai, entre eux deux. Il reprit sa forme de corbeau, Argine lui lança la broche qu’elle avait ramassée par terre, il l’a pris dans son bec et se transforma à nouveau un humain grâce au pouvoir contenu dans le bijou.

Elle répondit, « Tu es donc enfin prêt à avouer la vérité, Corvus.

-Je ne suis pas, bon si tu insistes tant je vais t’expliquer Argine. Je ne suis plus Corvus, je suis Merlin. (Qu’est-ce et que faisais-je au milieu de ça ?) Argine, je ne veux plus, je renonce à être un esprit. (Il se reprit comme s’il avait commis un impair.) Enfin, disons que c’est ce qu’il vous dirait, s’il était encore là. (Ça devenait complexe.) Il m’a créé avec sa magie, et il a ainsi donné sa vie pour me permettre d’exister. Ensuite, je suis devenu le familier d’une sorcière et maintenant je suis au service d’Alexandre.

- Je sais qu’il est parti à cause de nos divisions internes, mais… Il va me manquer. Tu peux garder la broche, je t’en fais cadeau, elle te permettra de garder ta forme humaine. (Il la remercia.) Il va être difficile de ne pas te confondre avec Corvus, Merlin, tu lui ressembles trop.

- Je sais. Pouvons-nous parler en privé ? », dit-il.

Ils sortirent, je supposai que ce n’était plus mon problème. Bien que je me demandasse, ce qu’il pouvait bien avoir à lui dire seul à seul. Je repris ma lettre à destination de ma femme, je la trouvais ridicule. C’était sans importance, elle faisait son travail. Il me restait un problème, comment l’envoyer ? Je me rappelais alors que j’avais appris un sort pour ce faire dans un livre à la bibliothèque. J’essayai de m’en souvenir, après quelques essais infructueux, je réussis finalement. Je devenais, meilleur et meilleur à la magie chaque jour qui passait et j’étais tellement fier de moi. Je prouvai ainsi à mon père que je n’étais pas un incapable. Désormais, c’était réglé, il me restait du temps pour penser.

Théodore, Théodore, c’était la seule chose que j’avais en tête. Ma chute me hantait, la trahison de mon frère, ce qu’il avait fait. Comment en était-on arrivé là ? C’était la faute d’Aster encore une fois, il avait ruiné sa vie en le rejetant si jeune. À cause de ça, il devait penser qu’il fallait qu’il prouve sa valeur à tous. Alors, il avait pris la position la plus importante qui soit pour tous les royaumes et tous les habitants, et il s’accrochait à son pouvoir comme un chien affamé à son os, et il tuera tous ceux qui s’opposeront à lui, il détruira tous ceux qu’ils voient comme des menaces. Il a pris le chemin vers la folie, et je me demandai bien comme le sauver, comment le sortir de là. Était-ce même encore possible ?

Cependant, il me fallait d’abord parler à tout prix à mon père, j’avais des comptes à régler avec lui. J’avais obtenu d’Argine qu’elle utiliserait ses pouvoirs pour me permettre de converser avec lui, comme un fantôme, une chose un peu fantasmagorique, en somme.

Ça me faisait étrange de voir le monde sans pouvoir le toucher, mon père aussi me donner cette impression d’étrange. Il était presque mort, j’entendais son souffle rauque empêtré. Je m’approchais, il était dans un mauvais état. Il était tellement maigre que je voyais son squelette à travers sa peau. Je n’osais rien dire.

Il articula, « Théodore… Je suis désolé.

- Je ne suis pas Théodore. », répondis-je.

-Alors lequel de mes fils indignes es-tu ? (Il me regarda plus en détail.) Antonin… Pourquoi perds-tu ton temps ici ?

-Que… ? (J’étais un peu perdu par sa dernière question.)

-Je pensai que tu savais que je n’en valais pas la peine, que tu étais plus malin que ça… (Il tendit la main vers moi, ses doigts passèrent à travers ma projection et il eut une peur panique.)

- Eh bien, après tout, tu m’as démasqué, je suis la mort et je viens te chercher avec le visage de ta plus grande erreur en vengeance pour tes crimes. (Il était encore plus blême qu’il y a cinq minutes en entendant ça. Mon père se calma rapidement.)

- Non, tu n’es rien de tout ça, tu n’es qu’une création de mon esprit malade ! », cria-t-il

Il fit un geste comme pour me chasser. Ça ne fonctionna pas bien sûr, il fit ensuite comme si de rien n’était, comme si je n’existais pas. Il me semblait souffrir gravement, je mettais moqué en me faisant passer pour un émissaire de la mort, mais j’avais eu tort et c’était un jeu cruel de ma part.

Mon père souffla quelques mots, « Pourquoi es-tu encore là ?

- Il nous faut parler… (Je pris un air sérieux.)

- Disparais, illusion, je refuse de converser avec toi. », dit-il avec une conviction qui me fit douter de sa santé mentale.

Je voulus lui rendre une réponse qui contenait tout ce que j’avais sur le cœur lorsque, j’entendis la voix de Merlin crier à Argine, « Coi-Coi ! En nous y mettant à tous deux, nous pourrions le téléporter directement là-bas plutôt qu’il ne soit qu’une simple projection astrale. »

Je sentis alors le plancher de la chambre, ce fut du rapide, il n’avait qu’à peine formulé l’idée qu’elle était déjà faite. Je me rapprochai du lit, Aster releva la tête en entendant mes pas sur le parquet.

Mon père ne me regardait pourtant pas et s’exclama, « Théodore, vil fourbe, tu n’as pas hésité à tuer ton meilleur ami, Léandre et tu as aussi tué ton frère, Antonin. Tu as enfin pris une place qui était digne de toi.

- Je ne suis pas Théodore ! (Je ne pouvais plus entendre ce nom-là.)

- Oui, je sais tu es le fils mort, celui que Théodore a abattu dans son courroux. Tu viens me conduire dans l’au-delà.

- Je suis bien réel et vivant ! (Je lui saisis la main avec violence, je m’aperçus alors qu’il était fiévreux.)

- Tant mieux, mon seul fils indigne de moi. (Il me prit la joue du bout des doigts.) Tu es le seul dont la dignité de l’âme me dépasse largement.

-C’est de la jalousie… C’est pour ça que tu me haïs. Tu as aussi ruiné la vie de Théodore, regarde ce qu’il est devenu ! Pauvre minable, ça fait longtemps que tu aurais dû mourir !

- Antonin, tu te mets à parler comme ton grand-père, il disait souvent que j’aurais dû être mort. Aucun de vous ne l’a connu et c’est tant mieux. (Il me dévisagea.) Surtout toi Antonin, il t’aurait tué ou alors il t’aurait transformé en démon comme moi. Après tout, tu lui ressembles physiquement. (Il me prit la main.) Tu dois te dire la même chose à mon sujet sauf que toi tu as réussi à devenir diffèrent. Félicitation pour ton mariage, je te souhaite tout le bonheur du monde… Ton frère, je sais qu’il… Il me l’a raconté, mais aide-le s’il te plait. »

Cela méritait réflexion, je ne pouvais pas promettre cela comme ça. Je voulais aider, mon frère, mais peut-être était-il perdu définitivement ? Je sentais alors une présence dans mon dos, quelque chose qui me glaça le sang, je n’osai pas me retourner.

Une voix s’exclama, « C’est donc toi que Théodore aurait tué, son frère.

- Et tu es ? (Je me retournai vers la femme.)

- Vitae, la déesse de la vie. Il nous faut parler. (Sa voix me glaçait le sang, elle était comme le plus froid des hivers.)

- Très bien, allons-y. », dis-je résigné, mais confiant.

Elle avait une magnifique demeure dans la forêt, je la regardai plus en détails. Vitae, elle avait un regard cruel, mais elle faisait semblant d’être douce et tendre, je la voyais à sa pose et à son sourire contrefait, elle portait un masque de mensonge. Elle m’analysait aussi, c’était évidant.

Elle me demanda, « C’est quoi ton petit nom déjà ?

-Antonin… Que me veux-tu ? (J’étais soucieux.)

-Ton frère est d’une instabilité légendaire… Et tu as survécu et le problème est… Tu aurais dû mourir, ton petit frère s’en serait mieux porté. (Théodore avait trouvé une fréquentation qui le tirerait encore plus vers le bas. Je voulais le sauver de cette femme monstrueuse.)

- Comment ?! Ne serait-il pas ravi de me savoir vivant ?

-Mignonnement naïf… (Elle me prenait pour un pigeon.) Ton frère va surtout venir finir le travail dès qu’il s’apercevra que tu vis encore. Il est distrait pour le moment avec d’autres affaires, mais il viendra bientôt.

- Je me défendrais… (Cela semblait l’amuser trop, beaucoup trop.)

- Contre un dieu ? (Je reculai terrifié, et je m’embronchai les pieds sur le canapé qui était derrière et je tombai dessus.) Quoiqu’il aurait pu rester un humain il n’aurait eu aucun mal non plus. (Elle s’assit à côté de moi.)

- C’est faux, je me protégerai… Il n’oserait pas de toute manière. (Je pleurai, car je savais qu’il le pourrait.) Pourquoi me dire un pareil mensonge ?!

- Parce que… (Elle me saisit par le collet, j’essayai de me battre, mais que voulez-vous une déesse contre un mortel…) Je veux lui offrir un joli cadeau de fiançailles.

- Quelque chose de normal, ça vous coûterait ? », répondis-je sarcastique.

- Non, mais… Je sais ce qui lui fera plaisir. », susurra-t-elle à mon oreille.

Je devais faire mes prières, la mort m’a raté une fois et elle veut sa revanche. Misère, la vie me déteste donc à ce point-là ?! Pitié, mon frère, ne me tue pas…








Chapitre 4 : « Nécronion »
Affronter sa destinée
Narrateur : Nécronion

Voilà donc un jour ou deux que nous étions arrivés à destination. Nat m’avait fait la fête, elle s’était inquiétée pour moi, je songeai alors de nouveau à ce que m’avait dit Horacétius concernant la déesse monde… Non, je ne m’attachais pas à l’inatteignable, idiot de magicien. Naturae était assez maline pour voir que j’étais préoccupé, ainsi elle m’épargna ses sollicitations amoureuses. Je contemplai un peu la situation au fil des jours qui passaient, Horacétius était en prison ou quasiment mort, Théodore était loin d’être un saint. Quant à Léandre, il errait de çà et là dans le village des esprits sylvestres comme une âme en peine. Il inquiétait tout le monde, ses yeux vers émeraudes s’étaient ternis, comme une pierre qu’on avait oubliée de polir et qui avait perdu l’éclat de sa couleur et de son précieux.

J’avais d’autres soucis et il ne voulait pas me parler. Ainsi, je ne pus l’aider et comme je ne le connaissais pas assez, je ne trouvai point de moyens de le distraire. J’avais tout essayé pourtant, la conversation, les jeux, la lecture, et toutes les choses possibles et imaginables. Rien, rien n’y faisait ! J’abandonnai donc à contre-cœur. Je me concentrai donc sur un de mes problèmes, vaincre Théodore, Le Cruel, je trouvai que ce surnom que je lui avais donné lui collait bien. Je pensai que pour ce faire, il me fallait réunir des alliés en quatrième vitesse. Seulement, ces pauvres esprits des bois étaient des êtres pacifiques et en l’état inapte à toutes sortes d’offensives. Je savais en mon for intérieur qu’ils ne renonceraient jamais à leurs vues pacifistes, j’étais donc bien ennuyé.

J’étais perdu dans mes rêveries un de ces jours-là, peut-être une semaine après notre arrivée, quasiment deux semaines après la catastrophe, je marchais au hasard quand j’entendis une voix distante qui murmurait mon nom. Je décidai de l’écouter et de la suivre vers là où elle me guidait. Je ne savais pas pourquoi j’avais fait cela, elle me semblait douce, tendre et charmante, et je me sentais le besoin d’aller dans sa direction ; je voulais la poursuivre. Sur mon chemin hasardeux, je perçus alors deux voix d’hommes au loin, je courus vers celles-ci, je vis alors deux chevaliers erraient dans la forêt.

Celui qui me sembla être un simplet s’exclama, « Horacétius a dû se tromper ! (Horacétius ? Avais-je bien entendu ?)

- Grégoire, je crois que tu as raison. », dis celui qui avait un air rachitique.

La mention de mon magicien préféré m’avait intrigué, je décidai d’investiguer ça plus en détails. Je me rapprochai d’eux et ils me remarquèrent enfin.

Celui que le second homme avait nommé Grégoire me demanda, « Qui es-tu ?

- Je suis perdu. (Il sembla confus.)

- Votre nom, s’il vous plait par votre état. », me répondit l’autre plus pragmatique.

« Je suis Nec… (Je ne pouvais pas leur dire mon vrai nom alors, j’avais improvisé.) Et vous deux ?

- Charles et le naïf Grégoire… (Ledit naïf ne sembla pas apprécier l’appellation.)

- Que venez-vous faire ici ? (Le nommé Charles se taisait, il semblait vouloir laisser la conversation être menée par son ami.)

- Nous cherchons notre souverain et vous ?

- Un souverain ? Il n’y a aucun seigneur ici, c’est la forêt de la déesse Naturae. Quant à moi, je fais commerce avec les sylvestres. (Je voulais en savoir plus sur leur intention.)

- Les sylvestres ? (J’avais piqué la curiosité de ce jeune homme, l’autre s’il n’était pas aigri par les ans, l’avait été par autre chose tout du moins.)

- Oui, les esprits de la forêt, une peuplade créée par la grande déesse Naturae, ne les connaissez-vous pas ? (Apparemment pas, au regard de leur expression.) Ils vivent dans et de la forêt, mais ils ont besoin d’entretenir de bonnes relations avec l’extérieur, je fais l’intermédiaire entre autres. (Je lui donnai un sourire enthousiaste qui me sembla charmer Grégoire.)

-Mais Horacétius nous a dit… (Il se reprit de lui-même.) Nous sommes perdus, vous ne pourriez pas nous guider au moins jusqu’à vos amis ? (Ce Grégoire avait une expression tout à fait aimable, il me sembla honnête, l’autre en revanche me regardait avec une grande méfiance, il me parut plus malin.)

- Oui, bien sûr sans problème. », répondis-je avec sympathie.

Je ne mentais pas, ils avaient quelque chose à voir avec Horacétius et je voulais de ses nouvelles. Je portai mon regard sur l’homme nommé Charles, je savais qu’il ne me parlerait pas et qu’il empêcherait son ami d’être bavard, je devais d’abord gagner sa confiance.

Je me rapprochai de lui et demandai, « Que venez-vous faire ici ? Votre ami n’a pas été très clair…

- Il a pourtant été très clair. (Il ne voulait pas me parler.)

- Je sais, seulement, je ne veux pas emmener des gens malintentionnés à mes amis. (Je pensai qu’il avait un cœur de pierre, mais il sembla comprendre mon inquiétude.)

-Rassure-toi… Nous sommes bien intentionnés. (Il me sembla sincère. Enfin, il était aussi bavard que les pierres et aussi que clair que de l’eau croupie dans ses explications.)

- La nuit commence à tomber, cependant il ne faut pas nous arrêter. (J’étais inquiet.)

- Pourquoi ? Je croyais que les sylvestres étaient pacifiques. (Peut-être bien, mais ils ne sont pas les seuls ici.)

- Oui, mais pas les monstres qui traînent dans les bois… Les dévoreurs, ils ne sortent que la nuit et plongent leurs victimes dans le désespoir pour se nourrir de leurs tourmentes. (Je paniquai, je n’étais plus un dieu, je ne pouvais plus les protéger et il nous fallait retourner au village le plus vite possible.)

- Calme-toi, ne sombre pas dans le désespoir ou nous ferons des proies faciles. (Charles regarda de toutes parts.) Mais où est Grégoire ? (Je ne le vis pas non plus.) J’ai bien envie de t’accuser en disant qu’ils t’ont envoyé, mais si c’est le cas, tu me seras utile. »

Je n’eus pas le temps de me défendre qu’il m’assommât. Génial ! Je lui servais d’appât maintenant. Il m’avait attaché à un arbre, les monstres étaient là, je sentais leur présence. Des gens qui se promènent dans ces bois la nuit, c’était rare, alors fatalement, ils s’étaient automatiquement dirigés vers nous. Ils vinrent plus près, ils savaient que mon âme était un puit sans fonds de désespoir. Je me devais pourtant de résister, de chasser ce noir sentiment et peut-être bien que l’espoir daignera m’éclairer de sa douce lueur candide. C’était vainement espéré… Leurs voix étaient comme des instruments désaccordés, une chose disharmonieuse, un son qui perce les tympans et qui s’immisce jusqu’au fond de l’âme pour en briser l’harmonie.

Ils murmuraient, « Tout est ta faute… Tu es responsable, encore et toujours… Tu es incapable de gérer la situation, tu vas échouer, tu ne vas pas sauver le monde. (Qu’importe, un autre se dressera je suppose, tant que Léandre vit, il y a encore de l’espoir.) Traître de toutes causes même la tienne, être de la déception, déçu par lui-même. Renonce à tout espoir, même lui ne peut rien faire pour toi.

- C’est la vérité, je ne peux pas mentir, ça serait le faire à moi-même… Pourtant, je m’en moque, la déception, la haine de soi, ce n’est plus de mon ressort. Je n’ai plus rien à perdre, plus rien à gagner. Alors, dévorez tout, tout mon être désabusé et désespéré. Cependant, j’estime que je suis assez pour vous rassasier alors ne soyez pas gourmand, et laissez fuir mes deux amis.

- Notre pitié, tu réclames, mais elle n’est pas en notre âme. Tes amis sont nos proies, le désespoir n’est pas en toi, tu contempleras leur fin sans pouvoir agir. », dirent-ils sinistres.

Ils disparurent, je tirai sur mes liens, ils résistaient, je ne pouvais pas m’enfuir. Ils allaient les tuer, c’étaient ma faute, je ne pouvais rien faire. L’ombre qui entachait les âmes vint se présenter à mon cœur, elle me noyait dans le sombre, dévorant la vacillante lumière de l’espoir. Les dévoreurs de désespoir n’avaient pas de maître parmi les dieux, ils existaient c’était tout, ils étaient immortels, nuls ne connaissaient leur origine, cependant ils haïssent la lumière. Peut-être que Ludie pourrait aider ?

Je lui dirais tout ce qu’elle voudrait bien savoir, et elle pourrait sûrement sauver Horacétius. Je n’eus pas le temps développer ma pensée que je vis Charles revenir, ces maudits monstres l’entouraient, ils murmuraient des choses atroces, ces instruments d’autodestructions, mais je n’entendais pas ce qu’ils pouvaient bien lui dire.

Je lui criais, « N’écoute pas ces vermines ! Ils sont des menteurs, ils veulent te tirer vers le bas.

- Ah oui ? Pourtant, c’est toi qui mens Nécronion, tu te caches pour nous piéger. », répondit-il d’une voix altérée.

« Oui, je suis Nécronion, c’est vrai… (Les monstres lui avaient dit, j’en étais sûr. Ah n’importe, je n’avais pas de moi.) Léandre, c’est lui que vous cherchez, n’est-ce pas ? Il est au village des Sylvestres, Horacétius me l’a ordonné pour que je le mette en sécurité. (Je me donnai les pensées les plus noires que mon esprit puisse concevoir pour les appâter.) Laisse-moi, ils me dévoreront et vous gagnerez du temps.

- Mais… (Il trancha les cordes qui me retenaient.) Je te laisse une chance de t’en tirer aussi. », dit-il avec un tendre sourire.

Je n’avais pas l’intention de fuir, je voulais mourir, si je m’en allais, ça serait la fin de tout, ils nous poursuivraient tous. La mort définitive de l’espoir… Rien que d’y penser ça me bouffait de l’intérieur. Les esprits se jetèrent sur moi, j’avais renoncé à tout, même à mon envie de vivre. Je sentais leurs mains contre moi, leurs voix qui me brisaient et me dévorer par le désespoir. C’était comme s’ils m’arrachaient des bouts de mon âme, j’espérais que ces deux chevaliers réussiraient à s’enfuir, c’était la seule chose qui me faisait tenir. Pourtant, j’essayai aussi de maintenir la source de leur nourriture, ou ils partiraient chercher un autre soupé. Je versai des larmes en pensant à mon trépas, ils couvraient presque l’intégralité de mon corps, il ne me restait qu’un œil qui était découvert et qui pouvait se délecter de la douce lueur de la lune.

Il y avait des étoiles dans le ciel qui brillaient comme la chevelure de la déesse monde, j’espérai avoir réussi à empêcher la destruction qu’elle avait vu venir. Je ne voulais pas l’avoir pleuré à nouveau, rien que de songer à cette idée, je m’en désespérais d’autant plus. Les esprits déchiraient tant et tellement mon être que je commençai à ne plus rien ressentir physiquement, le fil de ma vie avait été si tiré, si brutalisé qu’il était près de rompre.

J’avais l’impression qu’ils avaient réussi à s’enfuir. Combien de temps s’était-il écoulé ? Longtemps, j’en avais l’impression. Je me laissais entièrement sombrer, je ne résistais plus contre leur mensonge et je laissais les abîmes du désespoir me saisirent de leurs mains glaciales, me donnant un entraperçu de la mort. Au milieu du givre, je sentis des mains chaleureuses me soutenir qui me rappelaient à mes sens. J’ouvris les yeux afin de regarder plus que voir.

Des cheveux comme des constellations d’étoiles étaient mon horizon. Voilà, revenu à moi la déesse monde. Ô mon amour, tu m’enchantes ! Tu me protèges et je ne peux pas te décevoir !

Pff, ces maudits oiseaux de malheurs de dévoreurs de désespoir, n’ont qu’à bien se tenir, je suis de retour. Enfin, ils n’allaient pas me laisser partir comme ça. Leur propos pernicieux s’acharnait sur moi, ils arrivèrent presque à me faire douter. Je songeai, Ludie, pitié vient, seule toi de ta lumière peut faire fuir les ténèbres, en échange je te dirais où est Horacétius. Je savais qu’en ajoutant ça, elle viendrait très vite. Une pareille prière ne pouvait pas rester sans réponse, n’est-ce pas ? Elle ne sut me donner tort, les dévoreurs s’enfuirent ni une ni deux devant sa présence lumineuse.

Ludie m’avait décidément pas de temps à perdre, elle me demanda sans détour, « Où est Horacétius ?!

- Pas même un bonjour et le temps de me relever, qu’il faut que tu me poses déjà la question. (Elle me saisit et me remit sur mes deux jambes.)

- Bonjour. Maintenant, où est Horacétius ? Je ne me répéterais pas trois fois.

- Théodore l’a capturé, il s’est sacrifié pour nous permettre de fuir moi et Léandre. (Je la dévisageai, en espérant déchiffrer son expression de visage, mais en vain.)

- C’est toi qu’il aurait dû laisser ! (Elle était furieuse par tristesse.)

- Oui… C’est vrai, il devait penser que Théodore me ferait exécuter… Il ne voulait pas ça, peut-être. Il aurait dû me laisser mourir… Tu peux toujours partir et réparer son erreur. (Elle me prit dans ses bras.)

- Ne dis pas de bêtise, s’il te plait. Je serais venu te sauver, tu sais, même si tu ne m’avais rien promis en échange. (Elle me fit un sourire qui me déchira le cœur avant de continuer.) Je vois que tu te soucies d’Horacétius autant que moi. Alors, affrontons Théodore ensemble, il nous faut le libérer, mais d’abord rentrons au village des Sylvestres. », dit-elle en me tendant la main.

Si nous réussissons notre mission de secours, alors Théodore serait affaibli en récupérant un allié dans notre clan. J’étais allègre.

En rentrant, je vis que Léandre était rayonnant, ses deux amis étaient avec lui. J’avais donc raison, ils s’en étaient tirés ces deux-là. Tant mieux, mon sacrifice avorté n’avait pas été inutile. Grégoire se précipita sur moi et me remercia chaleureusement pour avoir retenu les esprits. C’est moi qui le remerciai plutôt, sa gratitude me touchait. Son ami, Charles lui se contenta d’un signe de la main. Il était plus froid, mais non pas moins reconnaissant.

Ludie me prit par le bras et m’emmena dans un coin isolé, je vis à son visage que c’était encore à propos d’Horacétius. Elle me passa un verre, elle avait dû être allé le chercher, pendant que je recevais les remerciements de Grégoire. Je goûtai la chose, un peu d’alcool pour me servir de baume au cœur.

Elle s’exclama, « Quelle descente !

- Quoi ? Je n’ai bu qu’un verre ! C’est de l’eau presque pour moi. (J’étais surpris de sa réaction.)

- Tu devrais avoir honte de dire de pareil chose. Attends, tu me rends curieuse, on testera jusqu’à où tu considères l’alcool comme de l’eau quand on aura récupéré Horacétius. (J’avais hâte, cela faisait quelque temps que je n’avais pas bu, jusqu’à tomber dans le coma.)

- Quel est le plan ? (Ludie eut un grand sourire.)

- Tu seras l’appât, tu distrairas Théodore et moi, je récupérai mon amour pendant ce temps.

-Très bien, faisons ça. (Elle sembla surprise.)

- Et tu ne me demandes pas comment tu vas survivre ? Je veux dire échapper à Théodore. (Ludie était soucieuse de ma santé, et cela me rendait heureux de savoir que l’on se préoccupait de moi.)

- Ce n’est pas très important, j’improviserais.

-Réveille-toi ! (Elle claqua des doigts.) Écoute. (Elle posa ses mains sur mes épaules.) Horacétius semble t’apprécier pour une raison qui m’échappe alors survis un jour de plus, il serait ennuyé si tu venais à mourir pour le libérer.

- Oui, je ferais de mon mieux. (Je le pensai, oui, je vivrai, oui je m’échapperai. J’avais des gens pour qui je comptais après tout.) Reposons-nous, enfin, moi surtout, une ou deux heures ou tout du moins jusqu’à l’aube cela serait suffisant. Nous partirons ensuite. », dis-je épuisé par cette soirée infernale.

Je rejoignis ma chambre et me jetai sur un lit. Je trouvai le sommeil rapidement même si je m’inquiétai du lendemain. Dans mes rêves les plus noirs ou sans espoirs, je sentais encore les mains glaciales des dévoreurs de désespoirs m’étreindre. J’avais beau avoir survécu, je n’oublierais jamais cette sensation de vide profond, celle qui donne l’impression de ne rien valoir. Pourquoi fallait-il que je rêve de ça ? Ne pourrai-je pas avoir une nuit tranquille ? Ma déesse monde ne veux-tu pas venir me visiter dans mes songes ? Nous pourrions enfin avoir une véritable conversation. Cependant, c’eut été trop beau, les étreintes glaciales me tiraient dans les abîmes. Lâchez-moi, lâchez-moi ! Je ne suis plus sujet au désespoir. Ils me noyaient ces bras me tirant vers mon linceul, je ne voulais pas mourir ! Laissez-moi ! J’ai tant d’heure encore à passer, je ne veux pas encore que la dernière me perce et me soit fatale.

J’entendis alors une voix douce, « Nécronion, il est l’heure de se réveiller. »

Je me relevai brusquement, j’avais presque sauté du lit. Ludie semblait désarçonnais par ma réaction, elle prit un sourire tendre qui me fit comprendre pourquoi Horacétius l’aimait. Elle me prit délicatement la main comme si elle voulait me rassurer.

Elle me demanda, « Tout va bien ?

- Oui, plus ou moins… Non, sans mentir, j’ai rêvé de ces maudits dévoreurs de désespoirs. C’est vil… Pourquoi ne puis-je pas avoir de beau rêve ? C’est trop demander… (Elle me prit dans ses bras pour me consoler.) Je n’ai qu’une hâte rejoindre la déesse monde.

- La déesse monde ? Nul ne l’a jamais vu de quoi parles-tu ? », répondit-elle étonnée en me regardant.

- Rien… Horacétius dit que je poursuis un fantasme. (Elle eut un sourire moqueur, elle le connaissait bien, il semblerait.) Allons le chercher, il se languit sûrement de toi et de liberté. (Ludie me caressait les cheveux avec une expression maternelle, j’avais l’impression d’être un enfant.)

- Oui, nous irons. Théodore, j’espère qu’il ne te massacrera pas. (Elle me paraissait sincèrement inquiète.)

- Ne t’en préoccupe pas… Il me faut lui parler de toute manière. (Je la regardai avec tendresse afin de la rassurer.)

- Très bien, si tu es si sûr de toi. (Elle souffla.)

- Rassure-toi, je reviendrais vivant ! », m’exclamai-je optimiste.

J’étais confiant, peut-être un peu trop. Ludie nous avait téléporté devant le château, autant autrefois il semblait être assez défensif, maintenant il était en rénovation pour un usage bien plus guerrier, un véritable château-fort en somme. Je me demandai bien ce qu’il pouvait bien avoir en tête pour se lancer dans de pareil projet. Je veux dire, la paix entre tous n’avait-elle pas été acquise ? Je marchai vers le pont levis, qui était relevé, il était sûrement tôt et les gardes du pont n’étaient probablement pas encore arrivés. Je hélai les gardes qui étaient sur les murailles, un d’eux pencha la tête par-dessus un créneau.

Il me répondit, « Si vous voulez passer, il vous faut attendre l’arrivée des gardiens du passage. Cela ne devrait plus tarder.

- Dis à ton chef que je viens ici pour parler au roi usurpateur Théodore. », répliquai-je.

- Usurpateur ?! C’est un crime de lèse-majesté que ces propos odieux ! », cria-t-il en colère.

Je fus arrêté avec promptitude, et trainaient devant le roi pour qu’il décide quel châtiment m’infliger. Parfait ! Me voilà face à mon ennemi malheureux. Il avait le visage couvert de cernes, il était blême, il cachait ses deux mains dans des gants, il avait un air sinistre. Il semblerait que le pouvoir l’affectait négativement. Il était au bord du précipice et s’il continuait dans cette direction, il allait tomber. Il nous fallait le sauver, mais lui voulait-il être sauvé ?

Théodore ordonna aux gardes de partir d’un geste de la main. La salle du trône me parut bien vaste une fois la pièce vidée. Tout ce qui avait pu rappeler le règne de Léandre avait été retiré, il ne restait que le trône et une statue qui représentait la paix sous la forme d’un homme qui cherche à unir tout le monde. Drôle d’hommage…

Théodore me dévisagea des pieds à la tête avant de s’exclamer, « Tu veux savoir une bonne nouvelle ?! L’usurpateur va épouser ta mère. (Quel imbécile heureux !)

- Félicitation ! Dois-je commencer à t’appeler beau-père ? », répliquai-je.

- Fais à ta guise… Tu n’es pas venu pour ça, non ? (Il me toisait d’un regard méfiant.)

- Je venais voir ce que tu devenais depuis que tu as assassiné ton meilleur ami pour prendre sa place. Cela dit, je constate à ta pâleur morbide que ça ne va pas tellement. Des remords, Théodore ?

- Bah, j’étais soucieux pour mes histoires de cœurs, cependant depuis que ta mère a accepté de m’épouser, tous mes soucis sont réglés.

- Ben, dis donc beau-papa, je te félicite pour tes épousailles. (Le pire étant que je sois plus vieux que lui.)

- Hum, non, ne m’appelle pas ainsi. Ta mère est charmante et toi, tu es un fils indigne comme elle dit toujours. (Il était prompt à me qualifier de la sorte, tout en semblant oublier que son père disait la même chose de lui.) Elle m’a offert un magnifique cadeau, mon frère dont j’ai raté l’assassinat en le jetant du haut des murailles alors, il me faut lui offrir un cadeau équivalent. Ta mère sera ravie de pouvoir, enfin, se débarrasser de toi.

- Charmant, les réunions de famille ! Beau-papa est un régicide et un fratricide, ma mère veut commettre un filicide. (J’étais d’humeur sarcastique.) Pourquoi donc vouloir tuer ton frère ?

- Je ne l’ai pas encore fait, je n’arrive pas à me décider, le pauvre à une femme et… Et, je le sais Vi me l’a dit quand j’ai posé la question, son épouse attend un enfant. Je ne peux pas, je n’arrive pas à me résoudre à tuer ce pauvre Antonin. (Il pleurait à chaudes larmes, je me rapprochai de lui.) Ne t’approche pas plus !

- Ou sinon ? (J’avais peur de lui, il était de plus en plus imprévisible…)

- Tu vas le payer très cher ! (Il fit un grand geste de la main, je réussis à lui saisir le bras.)

- Tu veux ajouter un autre pêché à ta liste ? Ou alors réussir à vraiment tuer quelqu’un ? (En échappant à mon emprise, un des gants qu’il portait me resta dans la main.)

- Cesse donc de me juger !!! », hurla-t-il en me jetant par terre.

Je remarquai alors que le gant cachait une chose effroyable, sa peau se nécrosait… La seule raison pour laquelle il n’avait pas perdu l’usage de son bras, il la devait à son statut de dieu. Je tremblai de tout mon frêle corps sur le sol, j’avais peur de ce qu’il allait me faire ensuite. Il avait un regard affligé, ce pauvre Théodore, il devait se faire ça à lui-même consciemment ou non, pensais-je. Je voulus lui poser une question, il avait peut-être aussi l’envie de dire quelque chose, mais une femme déboula et le serra dans ses bras au niveau du cou. Il était profondément agacé par ce comportement.

Il s’exclama, « Isabelle ! Je t’ai déjà dit que j’allais me marier inutile d’insister ce ne sera pas avec toi ! (Je m’étais relevé en profitant de cette distraction opportune.)

- Moui, mais tu pourrais me trouver un remplaçant rien que pour moi. (Il fit mine de réfléchir.)

-Eh bien, en voilà un ! Je te présente mon futur beau-fils. Qu’en dis-tu ? », dit-il en me désignant.

Elle se rapprocha de moi, elle semblait m’examiner du regard, non pas comme une simple analyse, mais plutôt comme un inquisiteur qui s’apprêtait à poser des questions ou à faire subir la question40.Cette jeune Isabelle n’était pourtant pas laide, elle était belle, je sais qu’au vu de nom cela sonnait ironique, elle n’aurait aucun mal à en trouver un autre. Pourquoi s’enticher, s’attacher autant à Théodore ? C’était évident, qu’elle voulait se rapprocher de lui, c’est pour cela qu’elle considérait sérieusement l’option d’épouser « son beau-fils ». Moi, par contre, je n’étais pas vraiment d’accord avec ces bêtises, je ne voulais pas épouser une illustre inconnue.

Elle finit par conclure son analyse en disant, « Je le prends, enfin, il va falloir le tester.

- Quels genres de tests ? », demandais-je alarmé.

« Hum, je veux plein d’enfants avec Théodore, enfin, avec toi je veux dire.

- Je ne suis pas Théodore et encore moins un quelconque substitut. Je m’oppose à ça. (Elle se tourna vers le roi.)

- Tu es le roi de tout, si tu ordonnes, il doit obéir, alors fais-le.

- Très bien, j’ordonne votre mariage et que commence la cérémonie. Enfin, on n’a pas le temps pour ces bêtises, voilà vous êtes mariés maintenant. », dit le souverain épuisé.

- Ça va un peu vite pour moi. », répondis-je confus.

« Cesse de geindre, n’est-elle pas charmante ? 

-Si elle si charmante, tu n’as qu’à l’épouser toi-même en plus elle a le même âge que toi. (Théodore avait un air de déception si marqué qu’on n’aurait pas pu voir un jour, un aussi bon cas d’étude pour cette expression.)

-Hors de ma vue vous deux ! Vous me fatiguez ! », cria-t-il.

Il mit fin à la conversation d’un geste qui nous chassait de la pièce. Les gardes reçurent pour ordre de nous jeter dehors et de ne plus nous laisser rentrer. Isabelle était tout bonnement furieuse, à raison cela dit, se prendre un rejet de la part de son amoureux et de son remplaçant désigné, ce n’est pas très agréable. Théodore était instable, était-il déjà fou ? Était-ce trop tard ? Peut-être que récupérer mes pouvoirs, de dieu de la mort, pourrait le soulager ? Un humain, ce n’est pas fait pour être un dieu.

Je priai à Ludie pour lui demander de revenir rapidement, la distraction était finie, j’espérais cependant qu’elle avait réussi. En l’attendant, je regardai un peu le paysage, c’était une plaine tout à fait banale, il y avait des champs autour des villages, quelque chose qui serait digne de figurer sur un tableau champêtre. Isabelle pleurait maintenant et je me sentais d’envie à la réconforter.

Je m’assis à côté d’elle et lui demandai, « Pourquoi aimes-tu autant Théodore ?

-Il est beau comme un dieu ! C’est un chevalier et maintenant c’est un roi, il est parfait !

- Ah, j’ai résolu le mystère ! Tu ne l’aimes pas lui en fait, mais seulement l’idée que tu te fais de lui.

- Peut-être bien, mais il ne veut pas me laisser le connaître plus. (Elle avait une mine déconfite et je n’avais qu’une envie, c’était de lui conseiller de fuir.)

- Il ne t’aime pas cesse de le harceler. Cela vaudra mieux pour toi, cette obsession n’est pas saine. Il existe sûrement quelqu’un qui t’aimera à ta juste valeur.

- Probablement… Mais, moi j’aime Théo !

- Tu sais quoi ? Tu veux savoir qu’il est vraiment ? (Elle acquiesça attentive.) Théodore a tué Léandre pour prendre sa place, il est un usurpateur. Il a essayé de tuer son frère ! Ouvre les yeux ! (Elle regarda ailleurs.) Nous… Léandre a survécu, il doit regagner son pouvoir et…

- Vous l’y aidez et vous voulez que je vous rejoigne ? (Je donnai un signe de tête en guise d’approbation.) Très bien, allons-y alors.

- Parfait, il ne reste plus qu’à attendre notre carrosse. », dis-je mystérieux.

Isabelle me regarda étrangement, mais je ne m’en préoccupai plus. Je me demandai ce qui prenait autant de temps à Ludie pour revenir. Je craignais qu’elle se soit fait prendre ou que Horacétius était dans un état si minable qu’elle devait s’occuper de lui priorité, avant de revenir me voir. Ma nouvelle amie, me tendit une fleur, c’était une tulipe. Ça me faisait sourire comme un niais, les cadeaux me rendaient toujours heureux. On m’en faisait si rarement, que chacun d’entre eux était un espoir de plus pour moi dans ce monde. Elle semblait elle aussi fière de me voir si content. Elle avait bon cœur, elle méritait d’être heureuse en amour, cela lui ferait du bien de s’éloigner de Théodore.

Je regardai ma tulipe rouge aux pétales délicats, c’était une belle fleur, je voulais la conserver pour l’éternité, mais tout finis par flétrir. Je m’y connais un peu dans ce domaine. En relevant la tête, j’aperçus alors Ludie, elle avait un air triste, il avait dû se passer quelque chose de terrible.

Je me précipitai vers elle en lui demandant, « Que s’est-il passé ? Comment va Horacétius ?

- Très bien… Théodore va me le payer. (Pas si bien, alors.) Je m’interroge, pourquoi il t’a laissé partir ?

- À l’origine, il voulait m’offrir à ma mère, mais cette jeune femme s’est montrée et maintenant nous sommes mariés. (Ludie me regardait médusée, Isabelle s’était rapprochée de nous deux.)

- C’est la vérité… C’est un concours de circonstances. », lança-t-elle à la déesse.

« N’importe… Rentrons et célébrons le retour de Horacétius qui plus est tu avais promis de me montrer ta descente d’alcool. », dit-elle en souriant guillerette.

Elle nous ramena au village sylvestre. J’aperçus mon cher magicien et je me jetai dans ses bras tant j’étais ravi de le revoir. Il me rendit mon étreinte d’une façon si paternelle, que j’en fus ravi. Il m’avait l’air abattu, des heures sombres, il avait dû passer en ce lieu. Je relevai la tête et je m'aperçus que la nuit commençait à venir.

Il me rassura, « Je vais bien… Voir le visage de Ludie et ton inquiétude me redonne le sourire.

- Cependant… »

Je fus interrompu par Ludie qui ramenait des pintes de bières en disant, « Tu as promis que tu me montrerais que l’alcool n’est que de l’eau pour toi.

- Très bien, donne-moi s’en une ! », m’exclamai-je.

Je joignis la parole au geste et la vidai comme un verre d’eau devant les yeux médusés de Ludie. J’engloutis la seconde pareillement.

Horacétius réagit en conséquence, « N’oublie pas tu es humain, maintenant. Ça serait bête de te ruiner la santé. (C’était un tel vieux sage parfois.)

- C’est vrai. Je ne m’enivrerais pas. », dis-je afin de le rassurer.

Je partis me servir une nouvelle pinte, je prenais cependant mon temps pour la boire cette fois-là. Je voulais en savourer le goût. Léandre vint s’assoir à côté de moi, ses yeux vert émeraude s’étaient à nouveaux ranimés de leur joie passée.

Il prit un air soucieux et grave avant de dire, « Théodore, comment va-t-il ?

- Il va se marier avec ma mère. (Il ricana.) Autrement, il semble se porter comme un charme, il a essayé de tuer son frère… Enfin, d’après lui-même en tout cas. », répondis-je lassé.

« Il a perdu sa route. (Je dirais plutôt qu’il avait trouvé sa voie.) J’ai échoué, j’ai été un mauvais roi…

- Je t’arrête tout de suite, tu n’es pas responsable de tout. Il a fait ses choix et je crains que tu n’aurais rien pu y changer.

- J’aurais dû le voir venir au moins, tous sont en périls à cause de moi. (Il paraissait retenir ses larmes.)

- Écoute, tu as peut-être commis une erreur, mais qui n’en a pas commises. J’en ai fait des tas et d’ailleurs si je n’avais pas perdu mon statut divin, il n’aurait jamais pu se rêver roi. Je suis désolé, j’ai ruiné ta vie.

- Il nous faut régler cette affaire là-bas. (Il avait mis sa main sur le pommeau de son épée et indiquait les profondeurs des bois. Je compris là où il voulait en venir.)

- Très bien. Je te rejoins plus tard. », dis-je heureux.

Je ne savais pas me battre, j’étais condamné à mourir. C’était sans importances, on ne m’appellerait pas lâche, alors j’irais même si c’était plus de la témérité que du courage. Ce n’était pas grave, encore une fois. Je bus toute ma pinte et j’empruntais alors l’épée de Grégoire. Son propriétaire ne m’avait fait aucune question, il sentait sûrement qu’il se tramait quelque chose qui ne le concernait pas. Son arme n’était pas richement décorée, mais elle me sembla être de bonne facture. Elle ne serait pas brisée aisément, je ferais au moins honneur à Léandre jusqu’au bout.

Je le rejoignis, il avait trouvé une petite clairière où s’installer, je la reconnus comme celle où les dévoreurs de désespoir m’avaient attaqué. Cela me ramenait de mauvais souvenirs. Léandre avait un regard doux, j’en venais à me demander s’il était même possible qu’il ne soit ne serait-ce qu’assombri par la haine. En temps normal, il aurait fallu des témoins pour rapporter le fait que le duel fût bien remporté à la loyale, mais il n’était pas question d’honneur, il était question de vengeance.

Je n’avais jamais été un guerrier, j’avais toujours compté sur mes pouvoirs divins pour me protéger, pourtant je réussis à parer quelques coups et à en esquiver certain. Seulement, il était plus habile que moi et il réussit à me toucher à de nombreuses reprises. Cependant, ce n’était que des blessures superficielles, il voulait sûrement faire durer son plaisir. Je vis du coin de l’œil, les dévoreurs du désespoir, ils attendaient leurs proies. Ils espéraient au fond d’eux qu’un de nous flanche.

Ils murmuraient, « Nécronion, tu ne nous échapperas pas cette fois. »

Ça me déstabilisa et je me retrouvai avec la lame de Léandre posait sur ma gorge. C’était la fin, il me fit juste une coupure au menton. J’en fus étonné.

Il me lança, « On est quitte.

- Je croyais que…

- Tu te défendais à peine, je te ferai grâce en te tuant. Tu répondras de tes crimes en nous aidant à réparer tes erreurs. (Je compris pourquoi c’était lui le roi et pas un autre.)

- Très bien… J’accepte ta générosité avec plaisir.

- C’est trop injuste ! », s’exclama une petite voix.

On se retourna vers elle, c’était un de ses monstres qui m’épiaient au cours de ce duel. Je fus surpris de voir une de ces créatures parlait seule, elles m’avaient toujours semblé être faites d’un seul et même esprit.

Elle continua ses propos, « Nécronion, tu es à nous ! Nous avons commencé à te dévorer, ton âme est à nous !

- Non ! Je ne laisserais jamais plus le désespoir me consumer ! (C’était vrai, mais ça sonnait un peu comme de la bravade41.)

- Très bien, alors nous échangerons ta vie contre une autre. », dit-elle cruelle.

Je me retournai vers Léandre et je vis que les dévoreurs de désespoir s’étaient déjà jetés sur lui. Ses yeux regardaient sans voir, c’était comme mourir, ça me terrifiait. J’étais sidéré, aussi utile qu’une horloge cassée.

La créature toucha mon épaule de sa main gelée et me murmura, « Tout est ta faute, ton égoïsme va le tuer. (Non ! Il devait vivre pour réclamer son trône.)

- Laisse-le… Je sais que c’est un espoir vain que même si j’avais accepté de me sacrifier, vous l’auriez tout de même mangé. Cependant, je vous en supplie ne le faites pas, il est le seul espoir de ce monde.

- Alors, enfin, nous pourrons nous répandre dans les villes et en dévoraient tous les habitants. (Je la poussais plus par réflexe que pas volonté.)

- Je ne vous laisserais pas faire ! (Les créatures ricanèrent, elles se remirent à agir et parler en synchrone.)

- Comment donc ? Tu n’as plus aucun pouvoir ! », hurlaient-elles moqueuse.

« Tu crois en avoir beaucoup ! Tu n’en as plus aucun sur moi ! Tu n’as de forces que sur les désespérés, mais je sais une chose qui me remplit d’espoir, c’est le fait que je ne serais jamais aussi misérable que toi.

- Vous, les humains, vous êtes des voleurs ! Vous avez refusé de me ramener à mes parents ! (Je ne compris pas bien, puis je réalisai que ce n’était qu’une enfant en fait. Un être qui avait été maudit ou qui s’était maudit.)

- Viens, je t’aiderais… (Je lui tendis ma main.) On retrouvera tes parents tous les deux.

- Je te fais confiance. », dit-elle avec timidité.

Elle vint se blottir contre moi, je remarquai alors qu’il ne restait plus qu’une enfant, les autres monstres avaient disparu. Ils n’étaient que ses créations, des êtres nés de son désespoir, c’est pour cela qu’il ne parlait que d’une seule voix. Ils n’étaient qu’un.

Ces esprits, cela faisait des millénaires qu’ils hantaient ces bois, cette gamine avait dû perdre ses parents définitivement désormais. Tant pis, je la prends sous mon aile, ces créatures ne devraient plus avoir à réapparaître. Léandre se remit tant bien que mal de cette attaque. Il me regarda moi puis l’enfant d’un air étonné.

La fillette s’approcha de lui et articula, « Je suis désolée… Je vous ai fait du mal.

- Je vous excuse… Nécronion que vas-tu faire avec cette gamine ? », me demanda-t-il.

« Il va m’aider à retrouver mes parents. (Elle s’épongea les yeux avec son poing.) Ils sont sûrement morts depuis longtemps… Nécronion est le dieu de la mort, il m’aidera, il les ranimera, non ? »

Je balbutiai, « Mais, je ne suis plus le dieu de la mort, je ne suis qu’un humain. Je… On te trouvera une famille, elle ne remplacera jamais l’ancienne, mais elle t’aimera, j’en suis sûr.

- Merci, laisse-moi t’offrir un cadeau. Mes pouvoirs m’empêchent de mourir et de vieillir, alors, je te les donne, ils te seront utiles. », dit-elle avec gentillesse avant de disparaître.

Je sentis que quelque chose avait changé en moi, je pouvais sentir le désespoir en toutes choses et Léandre était un puit d’extraction dans le domaine. Je me demandai même comment il arrivait encore à prétendre que tout allait bien. Je m’interrogeai, comment était-il, comment n’avait-il pas commis… Comment était-il encore en vie ? Nous avions bien de la chance qu’il n’est rien fait de regrettable. Il fallait le soutenir à tout prix sinon nous pourrions le perdre. Il me regardait étrangement et je n’aimais pas ça. Il était dévoré ou préoccupé par quelque chose, et je crois que cela me concernait.
Chapitre 7 : « Léandre »
Le cœur de la vengeance
Narrateur : Léandre

Voilà une chose utile, Nécronion avait obtenu de nouvelles capacités grâce à son geste héroïque. Ces monstres que cette gamine contrôlait possédaient une puissance phénoménale. Ils me seront utiles pour reprendre mon trône. Enfin, je ne le voulais pas, mais je me le devais. Théodore était dangereux, il ne pouvait pas régner, il mettait tout le monde en danger. Ce pauvre dieu déchu tirait une drôle d’expression sûrement parce que l’enfant avait disparu. Je finis par réaliser qu’en fait c’était moi qu’il regardait avec tant d’inquiétude.

Je lançai à tout hasard, « Nous devrions rentrer au village, les autres vont s’inquiéter. Tu ne crois pas ?

- Oui…Oui… », il avait l’air presque absent.

« Quelque chose ne va pas ? (Je lui donnai un beau sourire.)

- Les derniers évènements m’ont remué…

- Il t’en faut peu… (Il tremblait comme une feuille.)

-Nier les sentiments ne les font pas disparaître.

- Certes… (Je le dévisageai.) Je vais donc reformuler, pourquoi me regardes-tu ainsi ?

- Rien… Je peux ressentir le désespoir en toutes choses, il me faut m’y habituer. (Pitié, ne me regarde pas ainsi. Je sais que je souffre, mais je dois être fort pour vous.)

- Je vais bien… Théodore et ses actes m’agaçaient et me fatiguaient. (Je revoyais ce moment où il m’avait poignardé et ça arrivait souvent.)

- Nous vaincrons, si tu as besoin de te confier n’hésite pas. », il avait un sourire un peu idiot en disant ça.

Cela me rappelait moi quand j’avais rencontré Théodore et que je l’avais accueilli sans aucune once de haine alors qu’il avait déjà essayé de me tuer. Je m’en fâchais, non pas contre lui, mais contre moi et ma naïveté passée. En retournant au village, on s’aperçut que nos amis n’avaient pas remarqué notre absence et c’était pour le mieux, en tout cas en mon opinion. Il aurait été dommage de ruiner la fête.

Je portais mon regard sur tous les gens présents, Horacétius était avec cette femme blonde, Ludie, je crois que c’était le nom qu’il m’avait donné. Ils parlaient amoureusement, enfin, je ne les entendais pas, je le supposais à leur regard presque licencieux à mon goût. Charles et Grégoire faisaient la conversation avec les esprits de la forêt, cela semblait être animé, je n’osais pas les rejoindre. J’avais peur de casser l’ambiance. Nécronion s’enivrait seul dans un coin, tiens je n’étais donc pas le seul malheureux. Isabelle discutait avec notre hôtesse, la grande déesse Naturae, cela semblait être calme et délicat.

Je le savais si je voulais la paix, il me fallait enterrer le passé et je connaissais ce que Théodore voulait en dehors de ma tête, c’était celle de Nécronion, son prédécesseur au titre du dieu de la mort. Après tout, il semblait plus amène de le contester que de moi réclamer mon trône. Je le sacrifierai lui pour que l’usurpateur ne m’ennuie plus. Rien de plus simple, il ne ferait pas de grande résistance, ce Nécronion, il était ivre mort dans un coin désormais. En même temps à boire et à boire en quelques minutes on s’assomme. Je m’approchai donc de lui, quand il me vit, il eut un sourire tendre.

Il me lança, « Tu sais, je t’envie Léandre ! (Pourquoi ? Je me le demandai bien.) Tu es tellement courageux, tout ce qui s’est passé et pourtant tu es toujours debout. Je me morfonds moi, tu vois.

- Que veux-tu faire d’autre minable créature ? (Je regrettai ces mots instantanément.)

- N’importe, se lamenter c’est tout ce que je peux faire en sachant que ma mère me haïssait et que je n’ai personne pour qui me battre, et faire ce que je dois faire. (L’âge des larmes en somme.)

- Pff… Tu… Tu ne vaux pas même les qualificatifs de ton comportement, mêmes-eux auraient honte. Tu veux te rendre utile pour une fois dans ta vie. Très bien, j’ai quelque chose pour toi. (Je le dévisageai avec une haine dans le regard qui m’écœurait moi-même.)

- Je t’écoute. (Il avait un air tout à fait sérieux, qui me faisait presque regretter ce que je m’apprêtais à dire.)

- Suis-moi, je ne peux pas t’expliquer cela, ici.

- Hum… Tu as une idée derrière la tête que je ne vais pas apprécier. (C’était perspicace.) Et ton expression me donne raison. Joins-toi à la fête plutôt que de penser à mal. Va voir Horacétius, on a toujours du temps pour ses enfants, si tu crains de l’ennuyer. », dit-il avec un sourire tendre.

J’y courus porté par ses paroles. Oui, il y avait mieux à penser qu’à mal. Vendre Nécronion pour ma vie, c’était me rabaisser à être comme Théodore. Être comme celui qui m’avait assassiné, enfin, essayé, il n’y avait pas pire infamie. Je deviendrai indigne du jour et même la nuit ne saurait être mon hôtesse, révoltée par la bassesse de mon être.

J’arrivai près de Horacétius, il avait les lèvres si proches de celles de Ludie. J’avais l’impression d’ennuyer. Il me sourit pourtant et sa compagne aussi.

Il s’exclama, « Te voilà enfin ! J’ai quelqu’un à te présenter. (Je le pris dans mes bras et je le serrais si fort, car il m’avait tant manqué.) Toi aussi, tu m’as manqué.

- Ton fils est charmant, mon Horacétius. », conclut Ludie.

« Oui, ma douce. (Il la regardait comme le plus tendre des amants.) Léandre, je me demande, tu crois que je pourrais me marier un jour.

- Non, c’est impossible ! », répondis-je troublé.

« Oh, tu vois Horacétius, je te l’avais dit on ne croira pas à notre mariage. », dit Ludie amusée.

« Tu exagères ! Si nous demandons à Nécronion, je suis sûr qu’il y croirait. (J’avais un peu l’impression d’être un figurant dans cette conversation.)

- Nécronion est-il comme notre enfant ? (J’espérais qu’il allait répondre non.)

- D’une certaine manière, je l’ai plus materné que sa propre mère. »

J’explosai, je n’y tenais plus, je lançai furieux, « Après tout ce qu’il a fait ! Tu plaisantes, j’espère ! Je préfère encore m’allier à Théodore !

- Je comprends ta colère, seulement il essaie de s’améliorer, alors je veux bien lui donner une autre chance, mais c’est un choix personnel et je comprendrais que tu ne le fasses pas.

- Ah ah, j’ai compris il est plus docile ou tout du moins, il prétend l’être ! Il te convient plus, hein ?! Tu pourras l’utiliser plus facilement pour tes projets ! Quels qu’ils soient ? Ah ah, c’est trop drôle. »

Je partis en courant, sans même qu’il eût le temps de me répondre. Je mettais éloigné, très loin, trop loin de ce maudit village. Je n’étais qu’un poids, Nécronion m’avait déjà remplacé pour eux, il était utile, car lui donnait un semblant d’affection suffisait pour tirer ce que l’on voulait de lui. J’étais désœuvré, sans aucun rôle, une simple ombre et il n’y a rien de plus éphémère qu’une ombre. Théodore ce que tu as commencé, je l’achèverais. Je m’apprêtai à me transpercer de part en part de ma propre lame quand une main m’arrêta. Je relevai la tête pour en voir le propriétaire, c’était Théodore. Je ne pus articuler mots.

Lui par contre fut bavard, il dit solennellement, « Laisse-moi donc faire ça pour toi. (Je dégageai ma main de la poignée de ma lame pour lui permettre de s’en saisir mieux.) C’est gênant, quand tu étais le roi, c’était tellement plus simple de te haïr… Je voulais ta place et je sais que tu es une menace pour mon pouvoir, mais… (Il avait l’air soucieux.) Je te jalouse moins, il est plus dur de te tuer.

- Si tu n’as pas l’intention de le faire ! Je le ferai ! (Il me colla une claque et m’arracha mon épée des mains.)

- C’est donc ça l’élu des dieux… (Il était méprisant en me regardant et je me sentais d’autant plus minable.) Je venais non pas par pitié à ton égard, mais parce que Aimée, déesse de l’amour de son état, te trouver charmant, mais te savais marié, alors elle avait renoncé à te courtiser. Et, tu sais comme j’ai trouvé l’amour, je voulais la remercier, tu ferais un bon cadeau, je pense.

- Allons-y alors, puisque ma vie amoureuse est toujours dictée par autrui. (Il eut l’air parfaitement exaspéré.)

- Elle est jolie ! Enfin, je suis le champion des mariages arrangés Nécronion puis toi maintenant.

- Mais, je suis déjà marié !

- Euh… C’est vrai, mais les dieux se moquent bien des règles des mortels. (Il me cachait quelque chose, c’était évidant.)

-Est-elle gentille ?

- Qu’en sais-je moi ? », dit-il agacé.

Il haussa les épaules, lassé, je n’eus pas le temps de lui poser ne serait-ce qu’une question de plus qu’il nous téléporta. Je regardai un peu partout et je remarquai alors une femme. Elle était sublime, mais le beau n’est bon que d’apparence et pas de nature. Elle avait un être que tous pourraient qualifier de beau, c’était donc indescriptible, il n’y a qu’une seule idée de beauté, mais elle s’exprime différemment en tout être. Comment décrire l’Idée42 de beau elle-même ? Je ne peux pas y répondre.

La sublime me regarda puis Théodore et lui demanda, « Que me ramènes-tu là, mon chou ?

- Un cadeau, tu voulais l’élu, non ?

- Moui, pourquoi es-tu si gentil ? », demanda-t-elle étonnée.

- Je vais me marier par amour, alors, il faut récompenser la douce déesse de l’amour qui m’a honoré. (Elle rougit.)

- Tu es trop mignon ! Vi-Vi en a de la chance ! (Il eut un petit sourire en coin.) Je t’adore vraiment beaucoup.

- Dis plutôt ça au nouvel objet de tes désirs. »

Théodore disparut, elle se tourna ensuite vers moi. Je n’osais pas lui dire quoique ce soit, dans le fond, je n’avais rien à dire. Je m’étais résigné à être son esclave, que puis-je faire face à une déesse ?

Elle m’appuya sur le nez et s’exclama, « Boup ! Qu’est-ce que cette tête d’enterrer ? (J’étais étonné.) Les humains sont tellement compliqués… (Elle avait l’air soucieuse.) Au fait, je suis malpolie, quel est ton nom déjà ? Moi, c’est Aimée !

- Léandre… », répondis-je circonspect.

« De quoi as-tu besoin, mon petit chat ?

- De liberté… De quelqu’un à aimer…

- Je peux te dire une chose, l’amour c’est compliqué, parfois il dure, parfois il s’efface. Il peut vite devenir obsession destructrice ou passion dévorante. Tu sais dans le fond, il n’y a qu’à trouver la personne qui pourra aimer nos petits défauts mignons qui essayera de nous comprendre et de nous soutenir et à laquelle on pourra rendre la pareille, bien sûr. Ce n’est rien de compliqué, les gens veulent toujours faire des montagnes avec des collines, et recherchaient l’impossible.

- C’est beau… Ne pourriez-vous pas m’aider, cependant ?

- Les dieux t’ont offert bien des choses et tu n’as pas su les prendre. (Elle me fit relever et installer dans le canapé.) Enfin, c’est Vi-Vi qui décide, c’est elle la cheffe.

- Alors, laisse-moi prendre ma vie en main, tu voulais l’élu et tu vas l’avoir. (Aimée eut un sourire moqueur, quand je me reprochai d’elle afin de m’offrir à elle.)

- Entreprenant, hein ? Cependant, nous verrons ça plus tard, ce n’est qu’un acte désespéré pour échapper à la fatalité, n’est-ce pas ? N’importe qui pourrait faire l’affaire. Moi, je veux quelqu’un qui me désire pour qui je suis. Cependant, tu peux rester ici, si tu en ressens le besoin. »

À ce moment-là, elle gagna mon respect et je me sentis satisfait de ma situation. Tout n’allait pas si mal finalement.








Chapitre 6 : « Alexandre »
De mal en pis
Narrateur : Alexandre
Tout commençait mal, notre souverain assassiné en un si beau jour, un remplaçant certes, mais c’est allé en pis. Merlin, cet oiseau bavard, m’a raconté ce qui est arrivé à Antonin. Il a essayé de tuer son frère où se trouvait sa limite ?! S’il pouvait si aisément faire un pareil acte et sans regret, alors, rien ne le retenait. Il fallait faire quelque chose. Autrement, il allait ruiner ce que Léandre avait passé tant de temps à bâtir.

J’étais à la bibliothèque avec Merlin, il feuilletait quelques livres, il finit par trouver ce qu’il cherchait, en regardant par-dessus son épaule, je remarquai que c’étaient des commentaires43. Devant mes regards insistants et curieux, il posa le livre et je pus voir que c’était un manuscrit déconseillé et impie. Le titre était Les Commentaires Sur Nécronion, L’Exclu que l’on attribuait souvent à l’esprit Corvus. Était-ce donc pour ça qu’il avait insisté pour venir ici ?

Il me demanda, « Qui a-t-il ?

- Rien, je me demandai seulement ce que tu lisais. », répondis-je en le regardant curieusement.

« Je veux comprendre quelque chose. (Il était soucieux.) Pourquoi Argine était tant attachée à ce Corvus ? Pff, je ne comprends pas. (Il cachait quelque chose, il en semblait plus fâché que de raisons.)

- Si cela t’ennuie, tu n’es pas obligé de le savoir ou alors tu peux lui demander directement. »

Il ne me répondit pas et reprit sa lecture. Je décidai d’explorer la bibliothèque, je me saisissais d’un recueil de poésie qui se nommait Sénescence Et Temps, sûrement des rimes pleines de vie et des strophes légères. Je décidais donc de laisser le hasard être le maître de ma lecture, ainsi je me penchai sur la découverte de ce recueil. C’était un peu étrange, mais ça faisait passer le temps. Je finis par relever un peu la tête et je remarquai que je n’étais plus seul dans la pièce. C’était la fiancée de Théodore, la déesse de la vie, Vitae qui était venu ici. Comment un type qui avait essayé de tuer deux personnes de sang-froid pouvait bien l’avoir séduite ? Ça restait un mystère pour moi. Cependant, elle avait des yeux que j’avais toujours trouvés effrayant, un petit regard bien cruel qui semblait réfléchir toujours à comment obtenir les plus vils amusements. J’avais presque du mal à la regarder dans les yeux, mais je refusais que l’on m’appelât lâche et malpoli.

Elle me lança, « Ne voulez-vous vraiment pas lire quelque chose de plus joyeux ?

- Recommandez-moi, alors ! (J’esquivai son regard qui répandait la crainte dans mon cœur. J’étais donc en train de fixer la bibliothèque qui était derrière elle.)

- Le voyage du lion, la légende l’attribue aussi à l’esprit Corvus. Je pense qu’il vous conviendra, vous m’avez l’air d’être un lion vous-même.

- Un lion vieillissant, plutôt… (J’avais un air terne.)

- Mourant, vous voulez dire ? (Je savais que c’était vrai, mais ça me faisait mal d’y penser.) Vous le savez, hein ? Le cancer, vous dévore, vous l’avez senti. Cependant, soixante-dix ans d’âge, ce n’est pas trop mal pour un humain.

- Vous venez me toiser et vous moquer ? (Je la dévisageai agacé.) Les immortels face aux mortels, ils ont une éternité qui les attends. Vous ne pouvez pas comprendre. (Elle sembla plus tendre.)

- Non, je ne le peux. Mais, lisez ce livre, il vous sera utile. », répondit-elle sur un ton impérieux.

Vitae me le remit et disparut. Elle devait avoir une idée derrière la tête, si elle l’avait déjà en main avant même que je lui demandasse de me conseiller en termes de lecture. Elle voulait donc que je le lise à tout prix. Je regardai la couverture, elle représentait un lion qui promenait avec coffres, valises et une couronne sur la tête, c’était enfantin. Cependant, cela m’attirait bien, après tout, cela serait au moins distrayant voire amusant. J’eus à peine le temps d’ouvrir le livre que Merlin vint me voir. Il se saisit de l’ouvrage et eut l’air courroucé par ma lecture.

Je lui demandai, « Y a-t-il un problème ? (Il faisait la moue.)

- Non… (Il me rendit mon manuscrit.)

- C’est parce qu’il est écrit par Corvus, c’est ça. (Son expression me révéla la vérité.)

- Tu m’ennuies, tu ne devrais pas le lire, Corvus est un fol44 ! Il ne dit que des sottises. »

Il se retransforma en corbeau et fila en volant, bien que j’eusse essayé de le retenir. Merlin reviendrait quand il se calmera. Je m’installai dans ma chambre, mon livre à la main. Il y avait tout au plus une centaine de pages, cela serait vite lu. C’était une drôle d’histoire, la vie d’un lion qui voyage et à la fin, il accepte sa mort solitaire et triste, abandonnez de tous. Pourtant, malgré tout, il se réincarne avec tous les souvenirs de sa vie passée. J’étais un peu étonné, quand en relevant la tête, je remarquai qu’il était tard. Merlin n’était pas toujours pas revenu et cela m’angoissait.

Je le cherchai dans toutes les pièces du château, mais je ne le trouvai pas. Peut-être était-il en train de bouder dehors ? Je vis alors une des servantes racontaient à une de ses amies qu’un corbeau parlant errait dans la tour Est qui était désaffectée. Tiens, tiens, voilà quelque chose d’intéressant, cependant peut-être racontait-elle des histoires, car son amie semblait sceptique.

La première protestait, « Je ne mens pas ! Je le jure !

- Cesse de raconter des bêtises, Lyse. (Elle continuait de se défendre.) Vous, monsieur, dites-lui, s’il vous plait.

- Qu’avez-vous vu ? », demandais-je.

Son visage s’illumina à l’entente de ma question que son amie n’appréciait pas vraiment.

« Tu vois Marie, on me croit, je suis très honnête. », elle trépignait de joie.

« Avant toute chose, répondez à la question. (Je la regardai avec bienveillance, mais d’une façon pourtant sévère.)

- La vieille tour abandonnée est réputée hantée, alors j’ai voulu voir des fantômes. (Marie semblait agacée, moi-même, je ne comprenais pas bien ses goûts très originaux.) J’y suis allée et j’y ai vu un corbeau, je ne me suis pas alarmée, mais en m’approchant, il m’a demandé ce que je faisais là. C’est là que je me suis aperçue qu’il parlait. J’ai eu peur et je me suis enfuie, puis je me suis dit qu’il fallait que je t’en parle Marie.

- Montrez-moi, où vous l’avez trouvé.

- Monsieur, ne lui donnez pas d’attention ! (Lyse fit la moue en entendant cela, et moi, qui plus est je recevais des ordres.) Pardonnez mon insolence Monsieur, je ne veux pas que vous perdiez votre temps avec ces sornettes.

- J’ai tout le temps du monde.

- Alors, allons-y ! », s’exclama la jeune servante menteuse.

Après avoir dit cela, Lyse me saisit par le bras et me tira à travers les couloirs. Elle m’essouffla un peu, mes poumons ne tenaient pas, je n’arrivais même pas à lui dire de ralentir. Son amie l’arrêta dans sa course, et me montra du doigt. Lyse se confondit en excuse, la pauvre fille, elle était gentille, mais un peu insouciante. Je ne pouvais pas lui en vouloir, elle semblait ignorante du mal qu’elle avait fait, et en éprouver un sincère repentir. Je lui accordais mon pardon sans problème.

Elle alla bien plus lentement ensuite, ce qui me permit de suivre le rythme. La pauvre enfant eut du mal à ouvrir la porte. Je faillis moi-même casser la poignée. En insistant un peu, on réussit enfin à ouvrir la porte, enfin, on sortit plutôt la porte de ses gonds. N’importe ce n’est pas comme si les gens y allaient souvent de toutes façons, on ne le remarquera pas.

Je continuai de la suivre, en arrivant au premier étage, elle pointa du doigt un coin en s’exclamant, « C’est là que je l’avais vu.

- Lyse, petite menteuse ! », s’exclama son amie.

« Mais, je dis vrai ! (Elle était à deux doigts de pleurer.)

- Je t’ai déjà dit d’arrêter de mentir !! »

Une voix bien connue lança, « Je suis là ! Que me veux-tu Alexandre ? (Il se cachait.)

- Tu vois, j’mentais pas Marie !

- Oui, je vois, pour une fois. (Elle semblait s’être réconciliée.)

- Je veux te parler en privé. », répondis-je à Merlin.

« Alors, monte au second Alexandre. »

Je suivis cet ordre, pourtant, je ne le vis pas là-haut. Je pouvais malgré tout entendre des pleurs distants, je voulais le serrer dans mes bras pour le réconforter. Il y avait quelque chose qui lui faisait mal, et je voulais savoir ce que c’était pour l’aider.

Merlin me cria, « Parle ! Qu’est-ce que t’attend ?

- Je suis désolé, si je t’ai vexé, tu sais. Tu avais raison en plus… Ce n’était pas très bon comme livre. (Je le confessais en riant.)

- Oui, Corvus est un idiot ! Un sot, il n’a rien compris !

- Pourquoi le hais-tu autant ? Je sais que tu m’as raconté ce qui s’est passé avec Argine, mais tout de même. Tu ne me dis pas tout…

- Pff… Je pourrais m’envoler de nouveau ! Pourquoi suis-je encore mêlé à ses bêtises ?

- Non, ne le fais pas ! Parle-moi, explique-moi ou au moins pardonne-moi et n’en parlons plus si cela t’ennuie tant de le faire. (J’étais désespéré de le comprendre, c’était mon ami, je ne voulais pas qu’il souffre.)

- Très bien, je te pardonne. », dit-il résigné et je n’aimais pas beaucoup ça.

Il reparut devant moi sous sa forme humaine il avait l’air d’avoir beaucoup pleuré. J’aurais aimé en connaître la raison, mais il ne voulait rien me dire. Merlin prévoyait de le cacher, il devait avoir honte. Je lui fis un tendre sourire, il me le rendit avec quelques larmes.

Il se cachait une partie du visage avec ses mains, avant de dire, « J’ai quelque chose à te dire.

- Et c’est compliqué, je suppose. (Il acquiesça.)

- Corvus, c’est moi… Enfin, en partie, disons qu’il a décidé de disparaître, alors, il est devenu Merlin et comme il aimait les corbeaux, il a fini par le devenir en partie, tout du moins. Il est un idiot, enfin, était, de penser que la guerre entre Nécronion et les autres étaient arrêtables, ou qu’il pourrait la fuir.

- Comme si c’était facile pour moi, mais tu sais on a tous ce rêve un peu naïf et idiot que tout ira bien, qu’un jour plutôt que d’avoir des guerres, les gens régleront leurs problèmes en communiquant. Pourtant, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? C’est sûrement comme ça qu’on a été fait.

- Sota, La déesse de la guerre serait fâchée d’entendre qu’on veut le mettre à la retraite. », s’exclama une voix de femme.

« Vitae ? », s’étonna Merlin.

« Oui, c’est elle-même pour vous servir ! Et surtout toi, petit traître de Corvus. (Je n’avais jamais vu un visage aussi dérangeant.) Je me rappelle tes jolis commentaires, enfin, cet ouvrage ridicule que tu as osé intituler de la sorte, dans lequel petit hérétique que tu es, tu oses faire passer mon fils pour une victime. Même les esprits qui travaillent pour lui n’ont pas osé cette insolence.

- C’est pourtant la vérité, tu la fais rejeter de tous. Alors, puisque l’amour ne voulait pas de lui, il a pris la haine pour maîtresse de son cœur. Pourtant, il semblerait qu’il ait décidé de changer, contre tout ce que les prédictions pouvaient t’attendre. (Il la toisait, et je songeai qu’il n’avait vraiment peur de rien.)

- Rassure-toi, il est le prochain sur la liste. À toi, Corvus, je ne peux pas te faire de mal, enfin, te tuer surtout, alors. (Je m’effondrai au sol, le souffle court.) Savais-tu que les cellules sont des êtres vivants ? Je peux donc les affecter comme il me plaît, il a un cancer, alors j’accélère sa mort en multipliant sa vitesse d’extension. Pourquoi pleures-tu ? Tu ne pouvais pas l’ignorer, tu savais que ce n’était qu’une question de temps. », disait-elle avec une cruauté qui m’écœurait.

Je crachai du sang et je sentais que je n’en avais plus pour longtemps. Merlin hurlait de désespoir et moi, je me demandai comment la déesse de la vie, pouvait-elle être aussi méchante ? Elle était en soi comme Théodore si ce n’est pire, ils s’étaient bien trouvés. J’entendis Vitae glapir, je réussis à relever la tête et je remarquai que c’était Merlin qui utilisait sa magie contre elle.

Elle lui cria, « Crois-tu pouvoir gagner ?! Tu n’as aucune chance !

- Je m’en moque, ce n’est pas comme si je pouvais mourir de toute façon. Alors, je vais pouvoir t’affronter, c’est la fin de ma passivité, il est temps de résister.

- Voilà quelque chose d’inattendue. (Vitae avait un sourire de démone.) Si tu crois pouvoir me toucher, vas-y, essaie, je ne t’arrêterais pas ! »

Corvus esquiva quelque chose que je n’arrivais pas à distinguer, il répliqua avec une boule de feu géante. Vitae s’en protégea aisément, ce n’était pas surprenant. Il espérait bien trop, faut-il dire. Par contre, elle, ne le rata pas, pourtant, malgré ça, il se releva avec un air fier et fringuant. Je ne savais pas comment il faisait. Il avait pris un sacré coup ! Une partie de ses cheveux avaient même brulé, il avait les lèvres tachées de sang, le corps couvert de bleues, il avait du courage sans aucun doute.

Il continuait de combattre, malgré les coups et la souffrance. J’aurais aimé l’aider, mais je n’arrivais pas à me relever. Il réussit à prendre Vitae par surprise et à la toucher avec une de ses boules de feu. Elle avait un air de furie, une démone au visage de femme, voilà qu’elle montrait enfin son fond véritable. Merlin, fuis, je t’en prie. Abandonne-moi, la mort va bientôt me saisir de toute manière.

Je réunissais les forces qui me restaient afin de dire, « Merlin, va-t’en… Elle va te le faire payer. »

Il me fit non de la tête, mais il ne répliqua rien. Il savait que j’avais raison, cependant, il avait ses résolutions et je respectai ça. Il se transforma en corbeau pour esquiver une de ses attaques, il était agile, il la toucha encore. Merlin était habile comme une ballerine, il passait d’une forme à l’autre, comme une danseuse passait de l’entrechat à la pointe. C’était admirable, il avait atteint le sommet de son art ! Je sentis une main chaleureuse me saisir et m’emmener au loin de cette scène.

Je tournai la tête vers cette personne, c’était Argine. Elle avait l’air soucieuse, elle avait un sourire triste pour moi. Elle était un esprit, elle devait sûrement savoir pour mon état.

Je demandai, « J’en ai pour combien de temps ?

- Pas beaucoup… Peut-être un jour, maximum deux.

- Corvus, enfin, Merlin, j’espère qu’il s’en sortira.

- Il trouvera une échappatoire, il est fort et rusé. », dit-elle se voulant rassurante, mais je sentais bien son inquiétude à sa voix.

J’essayais de me relever avec grande peine, elle m’aida en m’apportant une chaise. Je respirai bien mieux en étant ainsi. La mort était proche et elle me terrifiait. J’avais froid, j’étais transpirant et je craignais que je fusse fiévreux. Merlin, que fabriques-tu ? Reviens-moi entier, cela me contenterait plus qu’une vengeance inutile. Je veux pouvoir te dire adieux avant de mourir, loin de ma famille.

Argine me ramena un verre d’eau, je lui en savais gré, je ne me croyais plus en capacité de marcher. J’étais profondément affligé par la situation, je l’étais par moi-même aussi. Elle s’assit en face de moi, elle rabattit ses cheveux longs à l’arrière de sa tête.

Elle s’exclama, « Corvus, enfin, Merlin, nous donne beaucoup de soucis à tout deux. Espérons, que cette fois-là, il ne trouve pas l’idée de se faire passer pour mort, drôle.

- C’était quelqu’un d’important pour toi…

- Bien sûr ! (Elle avait un sourire amer.) C’était mon meilleur ami, le seul, le plus important ! Enfin, on aurait pu être plus, bien plus, mais c’est… Disons qu’il n’a jamais compris le message, puis il a disparu après la sécession de Nécronion.

- Il a changé avec toutes ses années, je le crains, en mieux ou en pire, je ne pourrais pas répondre. Je ne l’ai pas connu avant. Rien ne reste inchangé, après tout. Je sais de quoi je parle.

- Je me demande… (Argine semblait chercher comment formuler sa question.) As-tu des regrets ?

- Comme tout le monde, mais je suppose que ce n’était pas vraiment la question. Si j’ai des remords et bien… Nous aurions dû voir que Théodore était jaloux, le coup qu’il préparait… Ou même encore, nous aurions dû être là pour Léandre, nous forgions les alliances, mais lui les entretenait et ce n’est jamais simple. Nous avions un registre de missions et de rapports sur celles-ci, pour construire l’histoire de la fondation de l’alliance de paix éternelle, la toute première chronique du royaume de Paxiam. Il y avait toujours inscrit des choses heureuses, mais… Je le crains, ce n’était pas la vérité… Il était marié à ma fille, mais ils ne l’ont jamais été dans leurs actes. (Je me sentais mal de ne pas avoir soutenu mon suzerain.) Nous avons échoué, nous étions trop désunis. Ce n’était que des alliances de surfaces, ça ne pouvait pas tenir, nous étions condamnées à l’échec.

- Alexandre ! (Je me redressai à l’entente de mon nom dit si impérieusement.) Vous, tous les membres vous aviez vous-même, vos propres sujets d’angoisses. Il aurait dû vous en parler… Le problème venait de votre absence de communication, non pas d’un quelconque égoïsme.

- Maintenant, il est trop tard… (J’étais résigné, abattu et vautré sur la table.)

- Non ! Horacétius m’a envoyé un message, Léandre vit encore, lui et Nécronion l’ont sauvé. Enfin, il leur a échappé à nouveau et il vit désormais une idylle avec la déesse de l’amour.

- Content pour lui. Je suis sincère, s’il est plus heureux ainsi. »

À son expression, je voyais bien qu’elle voulait me contredire, mais elle n’osait rien dire. J’étais épuisé, Vitae avait beau avoir arrêté d’empirer la situation grave dans laquelle j’étais déjà, je souffrais toujours autant. Je me couchais sur la table encore plus en conséquence, c’était elle qui me portait plus que moi qui me soutenais. Je fermai les yeux, voir toutes ces couleurs me rendaient malade. Tout me paraissait insipides ! La seule chose qui ne l’était pas, c’était la souffrance. Quelle longue agonie ! C’était un déchirement pour mon âme, elle qui était guerrière comme moi, elle luttait pour ne pas se rendre. La seule mort digne serait par le combat. Pitié, que l’on m’achève ! La douleur est pire que la mort.















Chapitre 5 : « Argine »
L’amour a ses raisons que tous ignorent !
Narratrice : Argine

J’étais fâchée contre Merlin, il m’avait menti. Il osait se faire passer pour quelqu’un qui ne me connaissait pas. Quel malotru ! Alexandre, ce pauvre homme, si près de la mort, il s’était endormi… La nuit était tombée. Merlin, diable, que fais-tu ?! Ton ami s’inquiète. La porte s’ouvrit d’un coup, il était revenu avec un sourire niais sur le visage, je me jetais dans ses bras.

Il se dégagea habilement avant de dire, « Je vais bien… Désolé, j’ai dû me cacher de Vi.

- Je n’aurais jamais cru ça de toi. Défier une déesse si éminente, pour un pacifique, c’est un exploit. Tu as toujours fait dans le sensas, Corvus. (Il souffla agacé.)

- J’y fus contraint par la force des choses. Nécronion aurait dû renverser cette garce, il y a longtemps.

- Tu as changé ! Je n’aurais jamais cru t’entendre dire de pareilles vulgarités. (Je me calmai un peu.) Nécronion n’était pas si ambitieux de toutes manières.

- Il ne manque pas de panaches ! (Il avait un grand sourire en disant ça.) Enfin, il obsède toujours cette femme qui le hait alors qu’elle est sa mère. Si cela ne concernait qu’eux tant pis après tout, mais cela implique tout le monde. C’est donc notre affaire que de régler ces problèmes.

- Pff… Tout cela est compliqué. Aide d’abord ton ami et moi… J’irais voir Léandre, chez Aimée. (Il me retint par le bras.)

- Attends ! Il faudra qu’on parle ensuite. J’ai des excuses à te présenter.

- Oui, en effet… » dis-je courroucée.

Je partis en sachant que quelqu’un pouvait veiller sur Alexandre. Je me demandai dans quel état, j’allais retrouver Léandre, cela faisait un mois après tout. Heureusement, Aimée n’était pas la déesse la plus discrète, elle avait vite révélé ses aventures, ainsi Horacétius et les autres ne s’étaient pas inquiétés longtemps. Il avait refusé de leur parler ou même de leur envoyer un quelconque message. Quelque chose n’allait pas c’était certains, voilà la raison de mon inquiétude.

Aimée voulut bien me recevoir, c’était une bonne fille.

Elle jouait avec les boucles de ses cheveux quand elle me demanda, « Que me veux-tu Argine ?

- Je veux parler avec Léandre.

- Il ne veut voir personne… (Elle faisait la moue.) Demande-lui toi-même, tiens, s’il veut te parler ou non ? Je ne suis pas son répondeur…

- Très bien… Où puis-je le trouver ? (Je la regardai soucieuse.)

- Suis-moi et tu verras… », répondit-elle mystérieuse.

Elle ouvrit une porte qui menait à un salon, Léandre était là, assit sur le canapé avec un air fier et noble. Ses yeux vert émeraude étaient éclaircis par la lumière du bonheur, c’était la première fois que je le voyais ainsi depuis longtemps. Dès qu’il me vit son regard s’assombrit, je venais de percer sa bulle de joie, je me sentais mal d’avoir fait ça, même si c’était un accident. Il se redressa avant de se mettre debout pour me faire face.

Je lui demandai, « Léandre… Pourquoi nous as-tu abandonnés sans rien dire ?

- Tu me poses des questions qui fâchent Argine. », dit-il, je voyais bien à son regard que c’était la vérité.

« Pourtant, il nous faut en parler ! (Je n’allais pas me laisser démonter.) Je ne t’obligerai pas à revenir, si c’est ce qui t’inquiètes. Je veux seulement des réponses.

- J’ai décidé de reprendre ma vie en main, voilà ta réponse. J’ai toujours été l’esclave d’autrui ! J’ai été choisi, je n’ai pas choisi. Je mène ma vie comme je l’entends maintenant.

- Ah oui ! Comme si tu étais venu de ton plein gré. (Il se rassit comme s’il me prenait de haut.)

- Peut-être pas, mais j’y suis resté de mon propre chef. Mes amours sont les miens, j’ai fait mon choix. Je ne veux pas être à nouveau le roi, c’est trop de malheur pour moi.

- Nous aurions dû être là, nous aurions dû te soutenir. Quels mauvais amis, nous avons été ! (Il avait les yeux mouillés de larmes.)

- Je vous pardonne… C’est un peu ma faute aussi, j’aurais dû en parler avant. Sachez que je ne vous en veux pas. C’est seulement que j’ai décidé de couper les ponts avec mon ancienne vie. »

Je pouvais le comprendre, il avait fait ses choix maintenant et je les respectai. Je ne savais pas quoi faire désormais, il n’allait pas revenir, il n’allait pas nous aider, il n’allait nulle part, il n’allait rien. En effet, il avait trouvé son bonheur dans l’immobilisme. Aimée était chanceuse qu’il l’ait choisi, il aurait pu en avoir bien d’autre s’il l’avait voulu.

Elle s’assit à côté de lui et lui dit, « Je crois que ton amie est soucieuse. Propose-lui donc de rester un peu.

- Si tu le veux bien, c’est chez toi après tout…

- Puisque je te le demande andouille. (Il fit la moue.)

- Très bien, moi ça me convient. », dit-il lassé.

Aimée partit afin de nous laisser discuter seuls. Je m’assis sur une chaise dont les accoudoirs ressemblaient à des cœurs, la table-basse en face était en verre et avait la forme d’une rose. Léandre était toujours sur son canapé qui avait aussi la forme d’un cœur. Aimée avait un drôle de goût en termes de décoration. Je ne savais pas quoi dire et lui aussi semblait gêné.

Léandre finit par me demander, « Ai-je été un bon roi ?

- Tu as fait de ton mieux, tu as toujours fait passer les autres avant toi… Tu avais vraiment le cœur d’un héroïque souverain.

- Merci, j’espère que Théodore règne aussi dignement.

- Eh bien, il a essayé de tuer son frère, c’est déjà bien, ah oui et il le séquestre quelque part, s’il ne l’a pas achevé dans un élan de cruauté. (Il avait l’air horrifié…)

- Tu veux dire Antonin ? J’aurais dû le voir venir… J’aurais dû savoir qu’il me jalousait.

- Il cachait bien son jeu, ne t’en veux pas…

- Oui, c’est lui qui m’a conduit ici, en cadeau pour la remercier de l’avoir béni en lui permettant de connaître l’amour. Aimée est une douce personne, j’ai eu de la chance. (Il eut un sourire rêveur en prononçant cette dernière phrase.) Je suis désolé, si au moins j’avais eu un fils, on aurait pu me remplacer avec lui, mais même ça je n’ai pas pu.

- Ne t’en veux pas, tu n’as peut-être aucun enfant pour le moment, mais qui sait ça pourrait venir un jour.

- Un demi-dieu ou une demi-déesse ? C’est de la folie ! (Il riait aux éclats, j’étais heureuse pour lui.)

- Non, si Aimée t’aime, elle refusera que la mort vous sépare. Je dis ça, je dis rien.

- Moi, un dieu… ? (Cela semblait amuser grandement Léandre. J’étais pourtant tout à fait sérieuse moi.)

- Le dieu de la paix, cela te correspondait bien… Il n’y en a aucun d’ailleurs, cela serait le parfait Saint-Patron pour Paxiam.

- Oui, peut-être bien… Je me demande si Nécronion ne ferait pas un meilleur souverain que moi, enfin, tout du moins, il ferait mieux que Théodore. Tu devrais retourner l’aider, moi, j’ai une vie de couple à mener.

- J’ai moi-même des problèmes de cœur à régler. (Je le regardai avec sympathie.) Ça m’a fait plaisir de te revoir. », dis-je en lui donnant un grand sourire.

Je le serrai dans mes bras, j’étais tellement ravie de le revoir à nouveau. Je ne l’avais jamais vu avec une expression si heureuse, j’étais tellement contente pour lui. On en avait parcouru du chemin depuis notre première rencontre, je ne regrettais pas de l’avoir choisi et même si nos routes se séparaient maintenant, je n’oublierais pas tout ce que nous avions vécu ensemble.

Lorsque je rentrai, je retrouvai Merlin assit comme si le poids du monde pesait sur ses épaules, un triste Atlas qui s’apprêtait à lâcher la voute céleste et laissait les cieux écraser la terre. Je me mis sur une chaise à côté de lui, il releva à peine la tête avant de ce prostré à nouveau. Tout n’allait pas si bien finalement, je me demandai ce qui le préoccupait autant. Je le questionnai, mais il m’ignora, il ne répondait à rien, il était plongé dans une sorte d’apathie qui me terrifiait. Je décidai moi-même de chercher la cause de ce trouble, afin de pouvoir l’aider.

En passant dans la pièce suivante, je remarquai qu’il avait couché Alexandre sur un lit, s’il passait la nuit, ce serait un miracle. Voilà, donc le nœud de ces maux… Il faudrait pourtant qu’il se résignât, la mort est injuste quand elle saisit, mais elle est la suprême égalité, nul ne lui échappe, jamais parmi les Hommes. Il est temps qu’il accepte qu’Alexandre va mourir.

Pour me sortir de mes méditations contemplatives, j’entendis une voix que je connaissais bien dans la pièce d’à côté. C’était Nécronion, je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Merlin rentra avec celui-ci saisit par le bras dans la chambre. J’étais d’autant plus surprise.

Corvus lui lança, « Toi, Nécronion en tant que dieu de la mort, tu devrais pouvoir faire quelque chose pour lui.

- Je ne le suis plus… », répondit-il abattu.

« N’importe… Tu es le fils de Vitae ! (Nécronion trembla en oyant45 le nom de sa mère.) Tu devrais savoir comment modifier et réparer ce qu’as fait ta mère ! »

Il se releva, s’approcha d’Alexandre. Il était extrêmement soucieux, il m’appelait à l’aide du regard. Je voulais le sauver, mais je ne savais pas comment. Il avait compris la même chose que moi, il craignait le courroux entrainé par la tristesse de Corvus. Je le rassurai d’un geste de la tête.

Nécronion dit las, « Je ne peux rien faire, c’est trop tard pour lui… »

Merlin le contempla d’une façon si dérangeante que c’en était ineffable. Il était retourné à son apathie terrifiante, je le savais, je l’ai toujours su, il n’avait jamais pu supporter la mort de qui que ce soit. Nécronion ouvrit le placard dans lequel je rangeais tout le nécessaire pour administrer des soins. Il ramassa dedans deux-trois choses à l’intérieur.

Je lui demandai, « Que fais-tu ?

- Je ne peux peut-être pas sauver son ami, mais je peux au moins le soulager un peu.

- Tu as des compétences que j’ignorais.

- S’il n’y avait que ça qu’on l’ignorait. », répondit-il sinistre.

Je me tus, car je ne faisais qu’aggraver la situation. Je regardai ce qu’il faisait, il était plus tendre que je ne le pensais. Je fis assoir Merlin sur une chaise, je n’avais pas réussi à le faire bouger dans la pièce d’à côté. Son regard vide me terrifiait, je ne savais pas quoi faire pour l’aider.

Nécronion posa sa main sur mon épaule et dit tendrement, « Je vais t’aider… (Il serrait les pots de remèdes dans ses mains.) Tu sais ce qu’il faut faire…

- Non, on ne va pas faire ça. Je sais, c’est le fait qu’il est désespéré. (Je le regardai alarmée.)

- Oui, et tu as de la chance… Il pourrait faire pire, quelque chose de regrettable, il m’a effrayé quand il est venu me chercher et m’a ramené de force ici. Il faut s’assurer qu’il ne trouve pas une nouvelle idée terrible dans cet état-là.

- Oui, fais-le… Tu es vraiment courageux… (Il se montra rassurant.)

- Non, c’est toi qui l’es… Tout ce pourquoi tu as œuvré a été perdu. (Il avait l’air de vouloir s’excuser.) J’aiderai ton ami, pour réparer mes fautes. (Je le pris dans mes bras.)

- Tu n’es pas responsable des choix de Théodore. Tu as changé… »

Il administra à Merlin de quoi le mettre hors-d ’état de nuire, voire hors-d ‘état de quoi que ce soit. Il y avait une couche dans la pièce principale, on le déposa là. Ensuite, on s’assit à la table. Nécronion était soucieux, il avait beau avoir perdu son statut divin, on pouvait pourtant toujours voir à son regard son ancienne forme de dragons. Il avait définitivement des yeux dignes d’un lézard. Dans le fond, je me demandai si comme Corvus, le dragon n’était qu’une forme qu’il avait faite sienne. Si tel était le cas, pour moi, il voulait seulement se donner un air terrifiant pour ne plus être la victime des autres divinités.

Il fallait réfléchir à ce que nous ferons ensuite, je l’aiderai pour sûr, mais il fallait d’abord que nous sachions qui remplacerait Léandre. Sur tous les candidats possibles, je m’en retenais que trois : Charles avait bon cœur comme Léandre, Horacétius avait des convictions certaines et Nécronion un peu des deux. J’étais certaine que le magicien refuserait le titre, l’ami de Léandre probablement et le dieu déchu je ne saurais pas dire. Je voulais lui poser la question, mais je n’osais pas, ce n’était pas poli ou correct à demander au regard de la situation actuelle.

Nécronion me demanda, « Que comptes-tu faire, Argine ?

- Après tout ça, tu veux dire ? (Il acquiesça.) Je ne sais pas, si Corvus enfin Merlin avait daigné m’aimer, on aurait pu faire notre vie ensemble, mais il va falloir trouver autre chose, je crois. Et toi, que comptes-tu faire ?

- Retrouver la déesse monde… La seule lumière de mon existence.

- Dis Nécronion… Ne voudrais-tu pas remplacer Léandre jusqu’à ce que l’on trouve un nouveau souverain ?

- Oui, si tu ne trouves personnes d’autres. Je me dévouerais, je n’aurais jamais cru un jour servir le but des autres dieux, mais c’est la meilleure chose à faire. »

Il me maudissait à l’intérieur de lui, je le voyais bien. La déesse monde, Nécronion deviendrais-tu fou ? C’est un fantasme que tu poursuis… Il va te détruire…

J’entendis alors une voix crier, « Argine, pardonne-moi ! J’ai menti. »

Je me retournai vers celles-ci c’était Corvus, il était encore inconscient, mais il déblatérait des excuses. Il finit par se taire, Nécronion était allé le voir et il l’avait calmé. Je repensai à comment Merlin s’était retrouvé dans cet état, et je pensai qu’il me fallait agir aussi. Je me battrai de même, Vitae tu es finie, ta tyrannie s’achève. Théodore, si tu n’arrives pas à voir la lumière et bien… Tu ne nous laisseras pas le choix, pardonne-nous. Nécronion, je n’aurais jamais cru à avoir à me battre à tes côtés un jour. Tout a changé tellement vite.























Chapitre 8 : « Théodore »
Spirale infernale
Narrateur : Théodore

Vitae avait des lèvres si douces, et elle m’aimait autant que moi je l’aimais. Tout était parfait, même mon bras nécrosé s’était arrangé, Vi était la déesse de la vie après tout. Nous étions mariés maintenant, enfin, dans quelques jours, mais c’était déjà consommé depuis longtemps. Preuve, nous sommes déjà tous deux dans un lit. Je la serrai tout fort contre moi, je l’écrasai de mes baisers. Elle repoussa délicatement ma bouche.

Je lui demandai, « M’aimes-tu assez pour supporter la lente organisation de notre mariage ?

- Bien sûr… (Elle pensait à quelque chose de toutes évidences.) Ton frère, il est retenu dans des geôles depuis un mois, et sa femme le réclame. Fait quelque chose à ce sujet.

- Je le libère, ma douce. Je ne veux pas d’une guerre. (Je rapprochais mes lèvres des siennes, mais elle me repoussa.)

- Non ! Tu veux qu’il ébruite que tu as tué Léandre ?

- Comme s’il était mort, je parie qu’il s’amuse avec Aimée, comme moi avec toi. (Vi rit devant mon ironie.) Pourtant, je ne veux pas la guerre, Antonin est marié, sa femme pourrait se fâcher, son royaume est ridicule, on l’écraserait, mais… (Je susurrais avec tendresse à son oreille.) Elle pourrait faire des émules, en s’alliant à d’autres royaumes. Mon père ne raterait pas une occasion pareille pour m’humilier.

- C’est toi qui refuses de le laisser mourir ! (Elle me jugeait du regard.)

- Je veux qu’il souffre pour ce qu’il a fait… Il devrait abdiquer pour laisser la place à mon frère ainé.

-C’est vrai, mais il ne le fera pas à moins que tu ne lui forces la main.

- Alors, allons-y. », dis-je avec délicatesse.

Voilà, ma décision était arrêtée. Je me préparai à régler cette affaire, j’avais abandonné ce que je faisais avant. Il me fallait réfléchir en vérité, je ne savais pas quoi faire. Je pouvais le menacer, mais de quoi ? Je veux dire, il voulait mourir, ce n’était plus une menace. Il n’avait plus rien à perdre. Il était f… Je, oui, le laissais mourir était une option, une fois fait, je pourrais bien tuer Antonin. Oh, tiens voilà une idée ! Aster, très cher père, il sera temps pour toi de choisir. C’était un grand moment, alors je m’étais bien vêtu. J’ai toujours été sobre en termes de vêtements, alors je ne pris que peu de couleurs. Un bleu nuit comme chemises, un pantalon noir comme l’onyx, voilà quelque chose qui me satisfaisait.

Maintenant, il me fallait aller voir mon père, et peut-être avant ça, mon frère Antonin. Il était en prison, je lui avais laissé le minimum de confort, pourtant, mon frère avait arrêté de se couper les cheveux, sa chevelure blonde touchée ses épaules maintenant, un peu plus bas même, il avait aussi laissé pousser sa barbe. Elle le faisait ressembler à mon père plus jeune, cela me faisait trembler. Il me regarda avec un tel jugement dans les yeux, que j’en rougis malgré moi.

Antonin dit résigné, « Que me veux-tu ? Rien de bien avec cette expression de honte que tu as.

-Non… Je… Oui, je viens te dire quelque chose. Je vais te libérer, mais je vais laisser la décision à notre père. (Son regard s’assombrit.)

-Autant me tuer tout de suite. », dit-il résigné.

« Ne perds pas espoir… Tu reverras ta femme et elle t’attend avec une bonne nouvelle. Tu dois vivre pour ça, ne désespère pas.

- De quoi parles-tu ? (Il se rapprocha des barreaux.)

- Je… (Je vins plus proche, là où il pourrait entendre mes murmures.) Ne fais pas un orphelin, enfin, c’est moi qui le ferais en soi.

-Théodore, tu me désespères. (Il me prit la main.) Tu fais toujours les mauvais choix. Tu es un mauvais frère, tu es un mauvais roi et tu as un mauvais fond, même si tu fais semblant d’en avoir un bon. Alors, fais le bon choix pour une fois. »

Je le téléportai à l’extérieur devant sa jument, Eclipse s’il échappe tant mieux sinon tant pis. Maintenant, il était temps de jouer avec mon père. Je jubilai de le voir dans cet état, il s’était résigné à souffrir. Je pris une chaise, et m’assit en face de lui. Il me regarda à peine avant de retourner à la contemplation du vide.

Ça me plaisait de le voir dans cet état, peut-être qu’Antonin n’avait pas tort finalement, j’avais mauvais fond. Cependant, le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre, alors oui, il est probable que je sois comme mon père.

Je lui adressai ces mots, « On doit parler, j’ai un dilemme à te soumettre qui pourrait t’intéresser. (Il n’eut aucune réaction.) Tu pourrais avoir une seconde jeunesse.

-Formule-le. », sa voix rocailleuse et brisée me fit trembler.

« Très bien, si tu pouvais obtenir une seconde jeunesse, sacrifierais-tu, disons à tout hasard ton fils, Antonin ?

- Ça te surprendra peut-être, mais non. (Il me parut sincère et cela me troubla. Ne le détestait-il pas avec toute son âme ?)

- Pourtant, ne le hais-tu pas ? (Je croisai les jambes face à cette interrogation.)

- Certes, j’ai fait mon temps, pourtant… (Il me dévisagea d’une façon qui me fit sentir honteux.) Il est le plus malin de tous mes fils. Toi, tu as sombré dans les mêmes turpitudes que moi et tu plonges dans des abîmes encore plus profonds.

- Alors, tu renonces à une nouvelle vie… (J’étais surpris.) Tu as changé.

- C’est la vieillesse qui fait ça et la proximité de la mort. », répondit-il résigné.

Ça me faisait étrange, décidément les gens agissent de façon surprenante devant leur fin. Désormais, je ne savais plus quoi faire, me marier et ensuite ? Être heureux ? Et après ? Non, définitivement, ça ne me satisfaisait pas, tout du moins plus. J’étais quelqu’un de vide que rien ne saurait remplir. Je n’étais même pas en colère, j’aurais dû pourtant. Je me demandai comment les autres faisaient pour se sentir complet. Peut-être eux-mêmes ne l’étaient-ils pas ? C’était donc ça la fatalité de l’être ! Non, je la refuse ! D’abord, il me fallait me débarrasser de l’origine de mes maux, le parricide était simple quand le père était plus un géniteur qu’un père. Je n’avais commis aucune ignominie, ce n’était que rendre la justice pour avoir fait de moi un monstre. Quant à Myriam celle qui m’avait élevé, je lui devais ma bonne éducation, alors je ne lui tiendrais aucune rigueur pour ces horribles paroles.

Je partis donc retrouver ma chère Vitae après cet odieux crime, il était temps que ce mariage est lieu ! Un mois d’attente ? C’est trop long ! Cependant, il fallait pourtant que ce soit beau, c’était la seule chose qui pourrait faire valoir l’attente. Il y avait un autre problème cependant, tous les alliés de Léandre m’avaient abandonné, Grégoire, Charles, Alexandre… Il me fallait en trouver d’autres, c’est tellement simple dit comme ça. Je ne suis pas Léandre, en effet, je n’avais pas besoin de l’imiter, d’ailleurs. Je suis moi, JE SUIS MOI ! Alors, je ferais comme MOI. Moi… Moi… Moi… Si petit moi, non, ce n’était pas ça…

Je tachais de sang, tout ce que j’écrivais ces derniers temps, bah, il faut dire que je me saignais souvent par dégoût de soi. Le sang perlait le long de mon bras, le long de mes doigts et il tachait tout, le papier, le sol, mon âme ! Tout était teinté de rouge, celui que je versais avec mon cœur, avec mes veines, il transformait l’immaculé en entaché. Pourtant, il me fallait nettoyer mon papier, les destinataires n’apprécieraient pas les lettres ou messages tachés de sang. Je relevai la tête et je remarquai alors dans le miroir, qui reflétait l’entrebâillement de la porte que quelqu’un m’avait vu. Je n’arrivai pas à l’identifier, car il s’aperçut que je l’avais remarqué et il s’était enfui. Ça n’avait aucune importance… Il n’oserait pas parler, il aurait trop peur d’une punition.







Chapitre 4 : « Ali »
Les secrets
Narrateur : Ali

Je venais de voir quelque chose d’étrange, Théodore qui se mutilait… Comment peut-on en arriver là ? Je me demandai bien quels genres de sombres secrets, il cachait encore. Le tout avait un air bien sinistre pour moi. J’errai dans les rues de la ville protégée par les murailles du château, je laissai mes pieds me guidaient, car mes pensées étaient occupées avec ce que j’avais vu. Je percutai donc un homme avec une capuche, je remarquai alors qu’il ressemblait à Théodore, mais avec les cheveux plus longs et les yeux plus foncés. Je crois bien que c’était son frère, son nom m’échappait.

Je m’exclamai, « Tu es le frère de Théodore ! (Je vis à son expression que j’avais marqué un point.)

- Non… (Il s’apprêta à partir.)

- Je ne le dirais pas à ton frère. (Je lui attrapai le bras.) C’est un démon, voilà tout, il verse son propre sang hors de ses veines.

- Oui… C’est moi… Antonin. Suis-moi… », dit-il mystérieux et résolu.

Je le suivis en silence dans une ruelle. Réflexion faite, c’était peut-être un peu menaçant. Allais-je mourir par ma crédulité un peu trop importante ? Il y avait un cheval dans la petite rue, cela devait être le sien, car il se mit à côté de lui. Il releva sa capuche, je pus remarquer la fatigue qui était marquée sur son visage. Après tout, il avait passé un mois en prison, ça n’avait pas dû être facile. Il paraissait plus vieux qu’avant, c’est incroyable comment avoir été emprisonné, pouvait changer un homme.

Il me demanda, « Peux-tu m’aider à sortir de la ville ?

- Bien sûr, j’en ai l’autorité, on ne me questionnera pas si je dis que tu es mon accompagnant. (Il eut un sourire satisfait.) Au fait, quel est ton nom ?

- Antonin… J’ai oublié le tiens d’ailleurs… (Il avait l’air d’avoir envie de pleurer.)

- Ali. Qu’as-tu l’intention de faire, ensuite ? (J’ai cru qu’il allait défaillir à l’entente de ma question.)

-Retrouver Argine et puis nous verrons ensuite.

- Je viens avec toi. Si Théodore se mutile c’est qu’il a quelque chose qui cloche, il se reproche un truc grave. Je ne peux pas soutenir ça. Je ne peux pas soutenir un tyran en devenir.

-Mon frère, j’aimerais l’aider… (Il était abattu.) Oui, il a de quoi se reprocher des choses, il m’a jeté du haut des murailles quand j’ai compris qu’il avait tué Léandre, puis il m’a fait enfermer, tu connais la suite.

- C’est devenu un monstre sordide… (C’était la seule chose que j’avais réussi à dire, tant son comportement me paraissait abject. Je voulais bien le croire, le regard de l’homme en question me terrifiait parfois.) Rien que de parler de ça avec toi ça m’énerve. Je vais chercher mon cheval et on s’échappera tous les deux d’ici. », dis-je en posant mes bras sur ses frêles épaules.

Il acquiesça avec tristesse. Il me semblait tourmenté par la situation. Ses yeux marron foncé semblaient ternis, son visage paraissait plus sévère aussi. Son état préoccupait mon esprit pendant que je détachais Lune, ma jument à la robe blanche argentée. Il ne me restait plus qu’à le rejoindre. Les gens parlaient du futur mariage de Théodore, ils semblaient ravis à l’idée de faire la fête pendant un jour entier en l’honneur du souverain. Au moins, ils ne me paraissaient pas souffrir de la moindre déconvenue à cause de lui, ça me mettait au moins de bonnes humeurs. Il y avait pourtant bien plus de gardes en ville, il devait sûrement se préparer quelque chose, car ce n’était pas le seul changement. Tout le système défensif et offensif avait été réhabilité et renforcé pour un royaume en paix, c’était un peu étrange. C’était comme s’il se sentait menacé.

Je rejoignis Antonin, il griffonnait des mots avec ce qu’il avait trouvé dans la rue et utilisait la magie pour les envoyer à quelqu’un. Il fut content de me revoir avec mon cheval en main, il avait dû penser que je le trahirais.

Je lui demandai, « Qu’envoyais-tu ?

- Des lettres à ma femme. », répondit-il.

On se mit tous deux à dos de nos chevaux et on s’approcha de la porte nord.

Les gardes nous arrêtèrent en ces mots, « Haltes aux grabuges ! Euh… Aux passages ! »

Je demandai, « N’avons-nous pas le droit de passer ?

- Non ! Vous devez décliner la raison pour laquelle vous voulez sortir. », lança celui qui semblait être le chef.

Les autres nous regardaient de façon menaçante.

« Eh bien, nous allons nous promener. Il n’y a pas besoin d’autorisation pour cela, non ?

- Non, en effet. (Ils regardèrent Antonin qui était derrière moi.) Et lui, il a l’air suspect avec sa capuche sur le visage. (Ledit nommé la releva et montra sa tête.) Très bien, allez-y. », s’exclama le garde.

Nous quittâmes les lieux sans demander notre reste. Enfin, il faut dire qu’on avait eu de la chance, ils auraient pu le reconnaître. D’ailleurs, en parlant de ça, lorsque nous fûmes suffisamment éloignés du château, je lui rappelais le risque qu’il avait pris.

Il me répondit, « Ils ne nous auraient pas laissé passer autrement… Ils voulaient nous arrêter pour ça, si j’avais refusé de retirer ma capuche, ils auraient pensé que j’étais suspect.

- C’est vrai, mais… S’ils t’avaient reconnu… Ils auraient… N’y pensons plus, nous eut de la chance. (J’étais troublé, pitié, que cette histoire sordide s’achève rapidement.)

- Oui, cachons-nous, maintenant… J’ai envoyé aussi des messages à Argine pour lui dire que nous nous étions échappés et qu’elle devrait nous rejoindre.

- Très bien… (Je tournai la tête et je vis un bosquet.) On pourrait se cacher là. (Je lui montrai du doigt.)

- Oui. », répondit-il comme s’il était distrait.

On laissa nos chevaux pâturer, après tout, on ne savait pas pour combien de temps nous en avions. Antonin se tenait appuyé contre un arbre, il réfléchissait… Moi, de mon côté, je m’assis par terre et je pensais à la situation. Léandre… Léandre… Ce nom hantait mon esprit. Pourquoi fallait-il que tu meurs ? Rien, ne pouvait-il aller bien pour une fois ? Théodore ne rend pas ce royaume similaire à l’état de ton esprit, je t’en prie. Tous ces soldats, pourquoi faire ? Je songeais alors, qu’il avait fait le ménage dans les alliés de notre ancien roi y compris son frère… Peut-être voulait-il aussi écraser leurs royaumes ? La paix éternelle n’arrivera donc jamais, qui plus est, il est soutenu par les dieux. La paix par la conquête et non par l’harmonie, Pax belli, enfaite. J’étais fou, ça me le faisait devenir en tout cas, pour Antonin ça devait être plus difficile, c’était son frère dont il était question.

Je lui lançai, « Une fois que tout cela sera fini, que feras-tu ?

- Je serais un meilleur père que mon père », me répondit-il.

« Je te le souhaite. (Il eut un sourire amer.) Tu seras là pour lui ou pour elle, je le jure ! Si c’est ce qui t’inquiètes.

- Quel âge as-tu ? Je veux dire, on se connaît à peine.

- Vingt-sept ans !

- Et moi trente ans, non, trente et un maintenant, c’est mon anniversaire aujourd’hui.

- Joyeux anniversaire ! J’aurais aimé que ce soit dans de meilleures conditions. (Il avait l’air content, pourtant.) Tu auras un beau cadeau, la liberté ! Je te le garantis.

- Ah Ah, oui, je l’espère, je la veux. Voir ma femme me suffirait, en fait. (Je lui saisis la main.)

- Je te comprends, moi aussi, je veux voir la mienne. »

Sur ce Argine apparut, je ne lui avais jamais trop parlé, mais elle me parut extrêmement élégante désormais. Elle retenait ses cheveux avec des broches papillons dont leurs ailes brillaient grâce à des pierres précieuses de toutes les couleurs. Oui, on peut dire que ses couleurs étaient vibrantes comme celle d’un papillon, elle avait l’air gracieuse et radieuse. Elle parut ravie de revoir Antonin, voilà au moins quelque chose de positif.

Elle s’excusa, « Je suis désolée pour mon retard, il me fallait avoir des conversations avec de vieux amis. Je suis venue dès que j’ai vu les messages.

- Tu n’as pas à t’excuser. Nous ne sommes pas pressés. », répondit Antonin avec un sourire.

« Je suis ravie de voir que tu as pu t’échapper. Toi et ton ami, on devrait en parler chez moi. Je vous en dispense même le voyage. », dit-elle avec enthousiasme.

Aussitôt dit aussitôt fait, c’était efficace. Je m’assis sur la première chaise qui passa à porter de ma main, c’était un trouble sens qu’était cette téléportation. Argine porta enfin son regard sur moi, elle s’inquiétait probablement parce que j’avais beaucoup pâli.

Elle me demanda, « Tout va bien, euh… ?

- Ali, et oui, je vais bien. », disais-je en étant blême.

« Magnifique ! (Elle s’assit sur une chaise.) Nécronion, viens voir, je viens de te trouver de nouveaux alliés contre Théodore. », s’exclama-t-elle avec un grand sourire.

Une petite tête émergea de la porte, puis un corps entier, voilà donc un jeune homme qui se présentait à nous. Il avait un air qui ferait presque jouer des requiem à mes oreilles, il avait dû avoir une mauvaise nouvelle peu de temps auparavant. Il s’assit à côté d’Argine en face de moi. Nécronion… Ce n’était pas le dieu de la mort ? Enfin, l’ancien désormais… L’histoire se complexifiait terriblement, je voulais en savoir plus.

Nécronion dit sinistre, « Argine… (Il regarda Antonin.) Tu es le frère de Théodore, non ?

- Oui, redonne ta version des faits. Pourquoi devrions-nous te faire confiance ? », demanda Antonin.

- Que veux-tu savoir ? Que Léandre vit encore et vit sa meilleure vie avec la déesse de l’amour. Que nous menons une révolte de pacotille avec Horacétius, et certains anciens alliés de Léandre. Non, définitivement, je ne vois pas ce qui pourrait vous convaincre de me faire confiance. (Ce n’était pas faux.)

- Il faut vaincre Théodore avant qu’il ne déclare la guerre et mettent les pays à feu et à sang. Alors, on t’aidera, on n’a pas le choix. (Il me donnait un sourire timide.) On vaincra, j’en suis sûr ! », répondis-je encourageant.

« Merci, vous êtes mes amis, maintenant. (Il avait les yeux mouillés. Je trouvai qu’il allait un peu vite en besogne, tout de même.) Je suis entouré des bonnes personnes cette fois. Quelle ironie ! Vi, tu avais tort, c’est toi la mesquine !

- Tu dis et révèles des secrets de polichinelles46, Nécronion. », lança Argine lassée.

« Vi ? Tu veux dire Vitae ? La déesse de la vie… Ta propre mère. (Il acquiesçait à chacune des propositions d’Antonin.) Ta mère est comme notre père alors, une démone.

- Alors, Théodore n’est pas la seule victime de son parent ? Il n’a que peu d’excuse.

- Oui, il n’a pas beaucoup passé de temps avec lui, mais il est devenu lui ! Oh ce démon, pourtant, je suis le seul qui est son physique. », dit haineux Antonin.

Quelqu’un sortit de la pièce d’où venait Nécronion tout à l’heure sur ces mots.

Il s’exclama, « Antonin ! »

Ledit nommé lui répondit, « Merlin ! »

Je m’éloignai de ses réunions touchantes, lassé par celles-ci. Une fois dehors, je me saisis de mon épée et je m’entrainais contre les arbres. La situation m’énervait, rien n’avançait, vaincre Théodore, ce fut impossible, non, il fallait essayer quand même. On le rendra possible, j’y croirais, nous gagnerons. Pour passer ma colère, je détruisais tout le matériel qui trainait dans le coin en guise d’entrainement, enfin, tout ce qui n’était pas important. Pauvres arbres, ils donnaient de leurs corps, ils étaient des adversaires solides, mais peu mobile et franchement peu agressif. Dans le fond, ils me servaient qu’à abimer ma lame contre leurs troncs. Quelqu’un coupa mon cimeterre dans son élan, c’était Nécronion, il tenait une lance, enfin un bâton qu’il avait vaguement doté d’une pointe.

Il me lança, « Je veux apprendre à me battre. Pouvons-nous, nous entrainer ensemble ?

- Très bien, allons-y. », répondis-je, ravis d’avoir trouvé un adversaire.

Il avait grand mal à parer mes attaques ou les esquiver d’ailleurs et quand il s’agissait de porter des coups, ce n’était guère mieux. Cela se voyait qu’il ne s’était jamais vraiment battu, et ça ne se rattrapera pas en quelques jours. D’ailleurs, après quelques échanges, son arme de pacotilles finit par se briser. Il avait un regard qui était un brasier, il m’effrayait. Oui, en effet, il se battrait, je voulais bien le croire, devant la mort même, il ne tremblerait pas. Il fallait seulement qu’il se trouve une meilleure arme. Une arme divine… Quelque chose qui ne pourra pas être brisé comme sa volonté. Le forgeron des dieux, c’est cette légende qui lui serait utile, maintenant.

Nécronion jeta son bout d’arme au loin, en s’exclamant, « Être un dieu, c’était bien plus simple ! (Il croisait les bras de frustration.) Théodore s’amuse bien sûrement, désormais.

- Oh, tu sais, je l’ai vu tourner sa lame contre lui-même… Tu n’as pas à l’envier. (Il soufflait agacé, enfin, je crois que c’était pour ça.) Il te faut trouver une arme plus solide, c’est tout.

- Très bien ! », s’exclama-t-il mi-enthousiaste, mi-agacé.

Je rangeai mon arme, je songeai à ma fameuse légende, les Hommes étaient des êtres talentueux, ils savaient créer des tas de choses, cependant, malgré leurs talents, cela n’était pas digne des dieux. Or, un jour naquit un être si doué dans ces domaines, que tous le pensaient être un dieu. Il n’était pourtant qu’un mortel, seulement les divinités elles-mêmes prenaient ce qu’il fabriquait, alors celui que l’on surnommait, « doigt d’or » fut changé en dieu. Ainsi, naquit le dieu des arts et des savoirs faire. Seulement, un jour, il se lassa et il disparut. Voilà, les pensées qui occupaient ma pause, je voyais aussi Nécronion se refabriquait des armes de bric et de broc, qu’il brisait vite en s’exerçant avec. Il était pugnace, cet apprenti lancier dit donc. Il irait loin, car il n’abandonnait pas aux premiers échecs.

Je rentrai dans la maison pour récupérer une carafe d’eau, dans un coin, je vis Antonin avoir une conversation animée avec Merlin, mais je n’arrivais pas à entendre le sujet du débat. Après avoir récupéré mon eau, je m’assis sur un banc, enfin, plutôt un tronc d’arbre qui avait cette utilité. Je pensai à ma femme, la pauvre se ferait un sang d’encre, en apprenant que j’avais trahis Théodore, elle penserait qu’il me soit arrivé malheur, alors que tout allait bien et que je bullais gentiment en bordure de forêt.

Delila, j’aimerais pouvoir te rassurer.

Argine vint s’assoir à côté de moi, puis elle dit, « Il est plutôt pugnace, n’est-ce pas ?

Je remarquai qu’elle regardait Nécronion s’échiner à se battre avec ses armes pourries.

Je répondis, « Il fait de son mieux… Le dieu des forgerons ne peut plus lui forger une arme…

-Oui, en effet, vos légendes ont raison, il est parti… (Je repensai subitement à une rumeur.)

- Une rumeur dit que dans son village d’origine, on cultive la connaissance de ses techniques. Nécronion et moi, pourrions y aller, c’est dans mon royaume. », proposai-je avec légèreté.

Nécronion vint tout transpirant, il se saisit de la carafe et la vida entière. Il m’avait pris ce qui m’était destiné. Il s’affala entre moi et Argine. Il haletait, il posa son regard vert transperçant sur moi, je tremblai malgré moi, il avait des yeux couleurs lézards, et ça me faisait peur. Était-il serpent ? Était-il un orvet inoffensif ?

Il dit entre deux bouchés d’air, « Tu veux que l’on parte me trouver une arme ?

- Oui, es-tu d’accord ? (Il acquiesça.)

- Quand partons-nous ? (Il était complètement essoufflé.)

- Quand tu auras repris ton souffle, que tu seras en état et que j’aurais préparé le cheval et les affaires. », répondis-je à son impatience.

Il avait un air à vouloir protester, alors, je partis avant qu’il n’eût le temps de le faire. Lune et la jument d’Antonin avaient été téléportées avec nous, semblerait-il ? Je bichonnai ma monture, elle aurait un long trajet à accomplir, il lui faudra un bon moment avant qu’elle puisse retrouver une bonne écurie et surtout un agréable près. Nécronion était si pressé de partir et cela m’étonnait un peu. Cela m’agaçait tellement que je brossais frénétiquement la crinière de Lune, elle finit par hennir, et je m’arrêtais immédiatement. Je m’excusais auprès de ma jument.

Antonin vint me voir avec un air sinistre, il avait dû se passer quelque chose de grave. J’aurais aimé avoir tort. Il ne m’expliqua rien, mais il me dit que ma présence était requise. Une fois arrivée, je réalisais pourquoi on avait besoin de moi, Alexandre était mort, enfin, il venait plutôt de mourir. On m’expliqua tout ce que j’avais manqué. Ça me rendait furieux, ses jours avaient été abrégés par Vitae, la future femme de Théodore… Elle ne méritait pas son titre de déesse de la vie, elle aussi devrait être punie. J’avais hâte d’obtenir le moyen de me venger. J’aidai Antonin et Merlin à creuser la tombe, pendant ce temps Argine et Nécronion étaient partis trouver un linceul ou tout du moins quelque chose qui pourrait servir comme tel. J’alarmai mes deux compagnons tant je creusais avec une certaine fureur, je passai ma colère dans cela. Une fois, que la tombe fut creusée, on rejoignit les deux autres, ils avaient déjà installé Alexandre sur le linceul. Il était blanc immaculé, avec un air de rideau, on avait fait avec ce que l’on pouvait, ce n’était pas indigne.

On ne savait pas trop quoi dire, il fallait sûrement dire un petit mot, un éloge funèbre au moins. Je ne le connaissais pas assez pour en faire une et je pensais que c’était le cas aussi pour les autres. Nécronion finit par rompre le silence.

Il se lança dans un discours, « Je ne le connaissais pas assez pour dire quoique ce soit à son sujet… Pourtant, je suis sûr qu’il ne méritait pas ce que lui a fait Vi. Je suis désolé, on en est là par ma faute, j’ai tout ruiné. Je refuse, malgré tout de fuir mes responsabilités… Nous nous battrons… Nous vaincrons… Nous nous assurerons qu’il n’est pas mort en vain. »

Il s’arrêta là, il était fébrile, je voyais sa sincérité. Argine posa sa main sur son épaule pour le rassurer. Merlin et Antonin cachèrent le corps avec chaque côté du linceul. Il ne restait plus qu’à le mettre en terre, on n’avait pas de cercueil, alors ce tissu sera son seul lit. On le porta tous jusqu’à son dernier lieu de repos. Il fallut ensuite reboucher le trou, après avoir fait tout cela, le crépuscule commençait à poindre.

J’étais couvert de terre, alors je tirai de l’eau du puit pour me nettoyer. Je noircissais l’eau, lui donnant la couleur de la boue. Je me mis d’autres vêtements que Merlin et Argine avaient créé en utilisant la magie. Je nettoyai mes anciens habits avec un autre seau d’eau, il fallait que tout soit prêts pour demain. Nécronion vint me rejoindre et il se mit contre le puit avec un livre, je me demandai bien comment il pouvait lire dans cette semi-obscurité. Je vis qu’il lisait une histoire sur un chevalier, je crus discerné le titre, c’était quelque chose comme, Henri, chevalier aux dragons. Je connaissais cette légende, c’était un homme qui se battait pour protéger les dragons des Hommes qui les craignaient énormément. Il voulait montrer aux yeux du monde, qu’ils n’étaient pas ce qu’ils pensaient. La fin n’était pas très heureuse, il mourrait, tué par un monde qui l’avait rejeté.

Il y avait plus heureux à lire en cette période de deuil. Peut-être qu’il n’avait pas que les yeux d’un lézard, peut-être qu’il en avait aussi le sang-froid. Je me demandai cependant ce qu’il venait faire là.

Je lui lançai, « Tu arrives à lire dans cette pénombre ?!

- Oui, je suis un vrai oiseau de nuit.

- Un lézard de nuit plutôt, un petit gecko. (Il me regarda étrangement.) Je veux dire tes yeux, ils ont la couleur des reptiles.

- Ce n’est pas pour rien que lorsque j’étais un dieu, j’apparaissais sous la forme d’un dragon. (Il s’assit à côté de moi.) Nous irons demain, pour aller me quérir une arme. Bonne nuit à toi. »

Il partit en ayant l’air si fière, qu’il me redonna le sourire, je ne renoncerais pas à ma vengeance contre Vitae pourtant. La situation me rendait si fébrile que je n’arrivais pas à dormir, les derniers évènements me hantaient, j’aimerais pouvoir parler à quelqu’un à ma femme par exemple.

Je trouvais un bout de papier, un porte-plume, une plume, un encrier et une petite chandelle. J’écrivis une lettre à Delila même si je ne savais pas comment lui envoyer.

Antonin me surprit à la tâche en me demandant, « Que fais-tu ?

- J’écris une lettre que j’aimerai envoyer à ma femme. C’est pathétique. (Il fit non de la tête.)

- Je peux l’envoyer pour toi avec ma magie. Elle sera ravie de recevoir de tes nouvelles.

- Merci... », articulai-je si heureux.

Si heureux de savoir que ma femme allait recevoir de mes nouvelles m’apaisaient. Je pus enfin dormir tranquille. Le lendemain, on partit, Nécronion, ne savait pas monter à cheval, alors il devait monter avec moi. Le premier temps du voyage se passa bien, seulement dès qu’on arriva sur place, nous ne fûmes pas les bienvenus. Seul un jeune homme voulut bien nous parler et nous accueillir chez lui.

Une fois en sa demeure plutôt similaire à un atelier, il nous dit, « Que nous voulez-vous, Ô noble prince ?

- Faire forger une arme, rien de complexe. (Il fit mine de m’ignorer.) Je sais que vous êtes des pacifistes, cependant c’est exceptionnel.

- Allez à Nécronion ! Que la mort vous saisisse ! »

Ledit nommé le dévisagea et lui lança, « N’invoque pas le nom d’un dieu pour rien, tu pourrais t’attirer leur fureur. (Il trembla sous le regard inquisiteur de mon compagnon.)

- N’importe quoi ! Qui es-tu d’abord ?

- Tu ne me connais pas, pourtant tu appelles mon nom… Qui es-tu insolent jeune homme ? », demanda-t-il en le toisant.

- Tu mens, tu mens, tu mens ! (Il avait peur, au fond il sentait qu’il disait la vérité.) Je suis Esmène, nah, le menteur.

- Esmène ? Fais honneur à ton nom, au dieu des forgerons. Fabrique-moi une lance.

- Très bien… » dit-il résigné.

Que craignait-il, bon sang ? Ce jeune homme tremblait en présence de Nécronion et il fuyait son regard. Il se mit pourtant au travail sous le regard de mon compagnon de routes. Cela semblait le déstabiliser d’ailleurs. Je ne pouvais plus voir ce spectacle navrant et je sortis dans la rue. À ce moment-là, les habitants voulurent me parler et ils m’expliquèrent qu’ils craignaient mon « ami » selon leurs mots. Pourtant, je n’arrivais pas à leur faire avouer pourquoi. Moi, je craignais une chose ce qu’il pourrait lui faire par peur… Il fallait quitter cet endroit vite.

Cependant, Esmène avait quelque chose à cacher lui aussi, je pensai. Il nous a accueilli, alors que tous craignent Nécronion, il doit y avoir une raison derrière. Je me méfiais de lui, tant que je n’aurais pas la preuve que ce n’était pas que de la sympathie à notre égard. J’avais besoin de réunir le plus d’informations possible sur lui. Je pensais que parler aux habitants m’apprendraient des choses à son sujet pour alimenter mes réflexions.















Chapitre 8 : « Léandre »
Dieu de la paix
Narrateur : Léandre

Aimée m’avait apporté une nouvelle qui me mettait mal à l’aise. En effet, nous étions conviés au mariage de Théodore et de Vitae. Je n’avais rien contre la femme, mais son futur mari, non, je ne pouvais pas oublier qu’il m’avait poignardé et presque tué. Elle remarqua mon trouble et elle me rassura.

Je lui lançai, « Non, tout va bien… Nous irons s’il le faut.

- Il ne faut rien… Si tu le hais, nous n’irons pas. Tu sais, je comprends vu ce qu’il t’a fait. (Elle eut un petit sourire.) Quand nous nous marierons, nous n’inviterons personne tiens.

- Faisons-le maintenant ! (Aimée me regarda étrangement.) Oui, pourquoi pas, non ? Je sais, j’ai l’air fou. (Je lui pris la main.) Enfin, c’est si tu le veux cependant.

- Bien sûr que je le veux, mais Vi-Vi je la connais, elle n’apprécierait pas notre sens de la concordance.

- Je vois… Alors, nous irons, ça sera un spectacle intéressant pour le moins.

- Pour le plus, j’espère ! Vi-Vi serait fâchée d’entendre que tu considères que l’intérêt est bien le minimum pour son mariage. »

Pour le moins ou pour le plus, c’était sans importances pour moi. Théodore, voilà le seul être qui me tourmentait par l’intérêt et la colère. Définitivement, cela m’ôtait toute paix de l’âme d’autant plus que je le revoyais maintenant. Enfin, je m’étais mis au fond de la salle, j’esquivais son regard et je ne le regardai pas non plus. Tout me sembla à peu près beau, c’était blanc et blanc, un blanc pour des âmes si noires, c’était comme si la lumière occultait les ténèbres. Une couverture, un masque cachant la vérité et les abîmes de leurs êtres desquels parfois seul la surface paraissait. C’était insondable qui sait où s’arrêtaient leurs âmes entachées par leurs crimes, qui sait où était la fin de leur noirceur.

Une fois, le mariage fait, dans la salle du banquet je me mis en bout de tables, caché, en écoutant à peine ce qui se disait. Aimée me parlait de ce qu’elle aimerait pour notre mariage et je l’écoutai n’ayant rien à opposer à ses suggestions. Après cela vint le temps de danser, mais je n’étais pas d’humeur alors je m’assis sur une chaise, laissant ma chérie se divertir avec qui elle le voulait bien. J’avais son cœur, c’était tout ce qu’il me fallait.

Théodore s’approcha de moi, s’assit juste à côté de moi, et me lança, « Léandre, alors, tu laisses ta fiancée te filer entre les doigts ?

- Non, libre à elle de faire ce qui lui plait. », répondis-je ferme.

« L’épouseras-tu ? (Il me dévisagea.) Je me demande, si elle décide de partager un peu de son essence divine avec toi, quel genre de dieu seras-tu ?

- La joie ! Ou l’espoir ! Quelque chose de positif. (J’avais un grand sourire, Théodore se moquait de moi en réponse.)

- Le fantasme… Tu serais probablement quelque chose d’insignifiant.

- Peut-être, mais ça me changerait. »

Il ne sembla pas comprendre, mais je voulais seulement un peu de simplicité, c’est tout rien de plus, rien de moins. Je n’ai jamais aspiré à la gloire ou à une quelconque responsabilité, alors quelque chose d’anecdotique me convenait bien. Théodore m’abandonna là, il avait un air d’âme en peine, ironique pour son mariage. De voir ça, me mit un peu de baume au cœur, et je rejoignis alors Aimée. Cela avait égayé ma soirée, j’étais heureux et ça me faisait presque bizarre.

Le lendemain, je m’occupais à la lecture d’ouvrages, enfin, plutôt je cherchais de quoi lire. La déesse qui aimait un mortel, de Corvus ne me tentait pas, pas plus que Le roi malheureux du même auteur. Aimée vint me trouver, pendant ma tâche. Elle s’assit sur un fauteuil et elle me regardait avec tendresse.

Je lui demandai, « Qu’as-tu ? Pourquoi me regarder ainsi ?

- Ce que tu as dit, hier… Que tu voulais m’épouser… C’était sincère ?

- Bien sûr. (Elle était rouge pivoine.) Tu pensais que je plaisantais ? (Je riais de vive voix.) Non, non, je t’aime vraiment.

- Je sais, ton cœur n’a aucun secret pour moi. Je ne veux pas que tu le regrettes seulement. (Je la regardais maintenant et je m’assis sur le fauteuil en face d’elle.)

- Nous attendrons alors. (Je lui pris la main.) J’ai toute ma vie pour ça.

- Toute ton existence pour moi ? (Elle rit aux éclats aussi.) Très bien, faisons des folies, marions-nous ! »

Un baiser, voilà, la plus sobre expression de notre amour, et ce fut-là aussi celle de notre mariage. Nous n’avions que nous deux pour ce faire et en témoins notre propre parole. En effet, pour que je ne la quitte jamais elle fit de moi un dieu. Je ne compris pas d’abord qu’elle était mon pouvoir ou qu’elle était ma fonction. Cependant, en donnant quelques regards aux autres, je pouvais sentir si leurs désirs étaient guerriers ou non. Je n’avais toute ma vie aspirée qu’à la paix, alors j’en serais le dieu et je la répandrais partout. Telle est ma volonté.



























Chapitre 5 : « Nécronion »
Le monde, mon seul amour
Narrateur : Nécronion

Je regardai Esmène forgeait mon arme, cependant je voyais bien que je le dérangeais. Il fuyait mon regard depuis quelques jours déjà. Je ne comprenais pas pourquoi, j’effrayais autant ce jeune homme. Il avait une physionomie petite, c’était le seul mot qui me venait. Je n’étais pas bien grand, mais lui était plus petit que moi. Il avait des cheveux bruns qui lui masquaient le visage, enfin, les yeux surtout, parfois il passait sa main dedans pour se dégager la vue. Il avait les yeux violets couleurs améthystes, c’était une couleur unique. Il avait ses mains basanées qui étaient caleuses comme un ouvrier qui avait travaillé toute sa vie, pourtant son visage semblait m’indiquer qu’il était jeune, probablement moins de trente-ans, enfin, cela était toute une vie pour certains.

Il trembla que je le contemplais avec autant d’insistance. Je me concentrai alors plutôt sur l’arme qu’il forgeait, mais cela le dérangea aussi. Je finis par reprendre le livre que je lisais la dernière fois. Cela finit par me lasser, surtout que je sentais bien qu’Esmène était encore effrayé.

Je finis par lui demander, « De quoi as-tu si peur ?

- Moi ? », répondit-il étonné.

« Allons, qui d’autres ?

- Rien, je n’ai peur de rien ! (Son regard me disait autre chose pourtant.)

- C’est moi, hein ? Esmène, ça ne sert à rien de mentir. Je n’énerverais pas, je le jure.

- C’est ça, oui ! Foutu, dieu de la mort. (Là, c’est moi qui eus peur de sa haine dans son regard.)

- Je ne le suis plus… J’ai tout perdu… Tu pourrais me tuer si facilement si tu le voulais, Esmène.

- Ce serait une bénédiction pour le monde », dit-il avec fermeté.

Il me saisit à la gorge, je n’aurais pas dû être aussi proche de lui. Esmène me relâcha ensuite, je repris mon souffle et je remarquai dans le reflet qui se présentait dans le seau d’eau que j’avais des marques bleues autour du cou. Ali allait s’inquiéter s’il le découvrait ou s’il les voyait d’ailleurs, il fallait que je les cache. Je ne trouvais pas grand-chose pour se faire. N’importe, il l’apprendra s’il le faut.

Je demandai à Esmène, « Tu n’aurais pas quelque chose pour m’entrainer ?

- A quoi faire ? », répondit-il méprisant.

« A me battre, bien sûr !

- Pourquoi faire ? (Il me regardait méfiant.)

- Pour ce monde, juste ce monde. La déesse monde est mon seul amour.

- Tu m’amuses… Je te forgerai la meilleure arme que la terre n’ait jamais porté ! (Le feu de la passion brûlait dans ses yeux.)

- Pourquoi avoir essayé de me… (Je passai ma main sur ma gorge.) Pourquoi ?

- Je pensais… (Il souffla de dépits.) Il n’y a rien à penser, je l’ai fait c’est tout. C’est injustifiable. (Il me regarda tristement.) Je croyais que tu venais au nom des autres pour me ramener.

- Pardonne-moi, j’aurais dû penser au fait que tu ne voulais plus nous voir. (Je détournai le regard honteux.) Ils ont ruiné ta vie, c’est ça ?

- Oh, tu peux le dire Néc, ils ont fait de moi un immortel seulement pour pouvoir exploiter mes talents.

- Je… Esmène, si je le pouvais et si j’avais l’arme sordide qu’à créer Vi pour retirer le statut de divinité, je l’utiliserais sur toi avant de la détruire.

- Ah, tu me soûles ! T’as trop bon cœur, tu me fais encore plus regretter ce que j’ai fait. (Il s’ébouriffait les cheveux de gêne.)

- Je ne suis pas… Je ne suis pas quelqu’un de bien. J’ai juste l’honnêteté intellectuelle d’admettre mes torts. »

Il me regarda comme s’il ne me croyait pas. Il se mit à travailler avec d’autant plus d’ardeurs pour créer ma lance. J’eus le droit de tester une première version, peu de temps après cette conversation. Je dirais quelques heures. Il voulait vérifier la solidité et voir s’il y avait des ajustements à faire pour mon confort. Je donnais quelques coups contre un mannequin, le métal émettait un son cristallin et l’arme me tenait parfaitement en main. C’était tellement agréable à utiliser, j’avais l’impression que mes coups étaient bien plus agiles et habiles. Lorsque j’eus fini ma performance, j’entendis des applaudissements dans mon dos. Je fus surpris de découvrir que cela fût Ali.

Il me complimenta, « Tu t’améliores ! Ton arme et manier avec plus d’élégances et d’agilité !

- Merci… Mais, je pense qu’il faut remercier, Esmène ! C’est lui qui a créé une arme si adaptée à ma main. (Il eut l’air gêné.)

- Néc… Tu es trop gentil, ce n’est que mon travail. Qui plus est, il faut encore faire les derniers ajustements, les décorations et la polir. C’est loin d’être un objet d’art. », répondit humblement celui-ci.

« Tu te sous-estimes. Si ça c’est la version inachevée alors j’ai du mal à imaginer la splendeur de la version finale. », le complimenta Ali.

Esmène était rouge cramoisie, il me reprit la lance des mains et se remit au travail en silence. Ali ne me fit pas tant de questions au sujet des marques sur mon cou. Il m’invita cependant à ne pas me promener seul dans le village, en effet, les habitants pensaient que je ressemblais à un démon et ils pourraient me faire du mal. Décidément, j’étais tombé en territoire hostile. J’envoyais un message à Horacétius et Argine en utilisant le service de poste local, en espérant que les pigeons arrivent à bon port.

J’étais ennuyé de devoir toujours sortir soit avec Ali, soit avec Esmène. Les regards aussi étaient pesants. Ils étaient devenus d’autant plus lourds après qu’un enfant ait disparu. On devait sûrement penser que c’était ma faute. Un jour, je sortis de nuit, on devait repartir le lendemain, mais j’avais envie de promener seul. J’avais mon arme attachée dans le dos au cas où, on viendrait à m’attaquer.

J’entendis un craquement suspect, j’allais voir de ce côté-là. Rien n’aurait pu me préparer à ce que j’allais découvrir dans cette ruelle. Des chats égorgés et un enfant qui buvait leurs sangs. Au regard de son apparence, je crois bien que c’était l’enfant qui avait disparu, il y a deux jours. Je ne savais pas ce qui lui était arrivé, mais c’était un monstre maintenant. Il se jeta sur moi, me renversa et je le bloquai avec le manche de ma lance. La créature essayait de le briser avec ses dents et de m’atteindre, moi, j’essayai de la repousser, mais elle était trop forte.

Une voix cria, « Arrête ! Ils vont te tuer ! (C’était une femme, je le crois bien, peut-être sa mère.) Vous, jeune homme, ne le tuez pas, je vous en prie ! »

Je voulus me dégager de la situation, cependant la bête lâcha d’un coup, mon arme suivit mon mouvement vers le haut et le monstre put me saisir à la nuque. Allais-je finir comme ces pauvres chats ? Non, je refusai ça ! Je le poussais avec la force du désir de survivre. La petite chose vola dans un coin, je me relevais avec promptitude. La femme reprit son enfant dans ses bras et il me parut être redevenu normal. Mon sang coulait sur le sable encore chaud de la journée, je passais ma main au niveau de la blessure, il était partout. C’était une plaie méchante et sale. La femme me saisit par le bras et m’emmena chez elle. Elle prit une vieille serviette qu’elle trempa dans un peu d’eau afin de nettoyer tout le sang de ma nuque et des vêtements.

Pendant cela je lui demandai, « Qu’est-ce que cet enfant ?

- Le mien…

- Il est dangereux, vous le savez. (Elle pleurait.) C’est lui le fameux démon que tout le monde craint tant.

- Oui… Je… Ça doit être une punition divine. (Je la consolais.)

- Pourquoi donc mériteriez-vous un châtiment ? », demandai-je en la dévisageant curieux.

« Je n’ai pas de mari, je suis une fille-mère ! Je suis une pécheresse !

- Je ne pense pas que cela soit une punition divine. Ce n’est pas leur genre de se soucier de choses aussi insignifiantes. (J’étais par contre perdu sur la raison de cette malédiction.) Qui était le père ? Enfin, cela devait sûrement être quelqu’un de banal.

- C’était quelqu’un du village, il a disparu peu de temps après la naissance de l’enfant… Oh, vous ne pensez pas qu’il aurait pu…

- Le sang frais apaise votre enfant, hein ? (Quelle horreur !) Je crains que, vous n’ayez pas eu un enfant avec un être humain. (Elle eut l’air horrifié.) Une âme qui s’est échappée du royaume des morts. (L’enfant avait trois voire quatre mois, peut-être moins. Cela remontait à peu près au moment où Théodore avait pris le pouvoir.)

- Comment est-ce possible ? Nécronion est un dieu efficace pour retenir les âmes. (Vous me comprenez en voyant les monstruosités qu’elles engendrent.)

- C’est un temps de troubles. (Théodore, mais que fais-tu ?) Je peux le guérir, c’est tout simple. »

Je pris le mouchoir et le lavai. Je trouvais quelque chose pour faire une marque, un peu de terre et d’eau feraient de la boue et cela tacherait le tissu. Je fis une marque, un symbole celui des vivants puis je le mis dans un collier et le donna à l’enfant.

La mère me remercia à genoux, cela me mettait mal à l’aise, c’était bien le minimum que je puisse faire. J’étais en colère en retournant chez Esmène, des âmes de damnées qui errent parmi les vivants ça ne serait jamais arrivé sous mon règne. Ils ont profité des désordres récents pour s’échapper et Théodore n’a pas l’air de vouloir leur donner la chasse. Il est trop occupé à batifoler avec Vitae.

Il était temps de l’arrêter et nous avons des alliés dans notre révolte à tous les niveaux. Ali m’avait ramené à la forêt de Naturae grâce à mes indications et je fus ravi de les retrouver, enfin, les anciens alliés de Léandre s’étaient réunis dans un coin et discutaient du bon vieux temps. Naturae et Isabelle semblaient être devenues de bonnes amies et elles parlaient seule à seule. Argine et Merlin avaient assurément réglés leurs affaires de cœurs. Horacétius et Ludie se joignirent à moi, ils voulaient me parler.

Ludie dit gênée, « On a quelque chose d’important à te dire.

- C’est délicat, je suppose. », répondis-je inquiet.

« Oui, ta mère a épousé Théodore… Je pensais que tu devrais le savoir. (Ça ne m’étonnait même pas, ce n’était qu’une question de temps.)

- Vitae, sois maudite ! Tu t’en débarrasseras quand il ne te sera plus utile comme moi ! »

Une main glaciale me saisit dans le dos, je craignis d’avoir compris surtout lorsque Ludie et Horacétius crièrent. Je me retrouvais dans une pièce sombre, celle d’un château. En face de moi se tenait ma mère. Je tremblais de peur, à son regard, je voyais bien qu’elle voulait me tuer.

Elle m’invectiva, « Espèce de petite vermine ! Tu oses m’insulter. Fort bien, tu vas payer.

- Pitié ! Je t’en supplie ! Ne me tue pas ! », la suppliais-je en pleurant.

« Qui a dit que j’allais le faire moi-même ? »

Elle quitta la pièce, je pleurais, je craignais le pire. Je plantais ma tête dans mes genoux et j’attendais ma fin. La porte s’ouvrit sur Théodore et Vi, je ne compris que trop bien son intention.

Vitae lui ordonna, « Tue-le, il m’a insulté !

- Très bien, avec joie, mon amour. », répondit-il indifférent à mon sort.

« Non, pitié ! Tu n’es pas son pantin, n’est-ce pas ?! », m’exclamais-je terrifié.

« Que veux-tu dire ? (Il me pointa de son épée.)

- Elle t’utilise pour me tuer et te faire porter le poids du crime sur tes épaules. Et par tous les dieux, une mère qui veut tuer son fils ce n’est pas être un monstre pour toi. (Je n’arrivais pas à l’ébranler et ça me donne envie de lui mettre une claque. Ne voyait-il donc pas qu’il avait épousé une femme qui faisait à son enfant ce que son père lui avait fait ?)

- Vitae, ma douce, peux-tu sortir ? Je veux t’épargner la vision de ce meurtre. »

Elle eut un sourire mesquin en quittant la pièce. Je sentais la lame de Théodore contre ma gorge. J’attendais le coup fatal, mais il ne vint pas sa main tremblée.

Il s’agenouilla et me lança, « Je ne peux pas… Je ne le peux juste pas ! Misère, je suis un lâche.

- Laisse-moi partir… (Il rit franchement.)

- Ne me prends pas pour un con ! (Je fus choqué par ce langage.) Excuse-moi le vocabulaire, mais c’est vrai. (Mes chances de survies s’étiolaient peu à peu.) Tu mènes ta petite rébellion pour me renverser, je ne vais pas te laisser faire.

- Ils n’ont pas besoin de moi, ils viendront tout de même. (Je le pensai vraiment.)

- Tu serviras d’exemples pour les traîtres. »

Il me perça de son épée en pleins dans le ventre. Théodore resta interdit, il contemplait mon sang qui tachait sa lame. Je m’écroulai à terre, les lèvres tachaient de rouges. Qu’ils vengent ma mort ! Je perçus une main, celle de mon aimée, je m’en saisis. Je me retrouvais dans son monde, je lui souris avec tendresse. Elle me prit dans ses bras.

Elle me dit, « Nécronion, tu es définitivement maladroit. Tu as un talent pour trouver ta propre mort.

- Ce n’est pas ma faute. Au moins, je suis avec toi maintenant. Mon seul amour.

- Pas encore… Dieu de l’humanité.

- Dieu de l’humanité ? Tu m’avais déjà dit ça, la dernière fois. Qu’est-ce ?

- Un dieu qui représente l’humanité ! Comme les humains, tu n’as rien de spécial. (C’est fort aimable, pour ces pauvres êtres.) Je suis ravie de voir cependant que tu as acquis le contrôle sur les dévoreurs de désespoirs, ils te protégeront.

- Je suis immortel, alors… (Elle m’embrassa sur le front.)

- Non, tu es comme le phénix, tu renaitras toujours de tes cendres. »

Je n’étais pas mort… Je suppose que je connaitrais cette sensation souvent. Je n’avais pas envie de la quitter, il fallait pourtant. Elle me mit mon arme dans les mains au moment où je repris conscience dans la pièce. J’entendis des gens qui se battaient à l’extérieur, en regardant par la fenêtre, je vis que c’étaient Ludie et Naturae qui affrontaient les gardes de Théodore. Afin de laisser le temps aux autres de pouvoir rentrer en distrayants les soldats.

Je sortis dans le couloir… Il n’y avait personne. Je me faufilais en essayant de ne pas tomber sur des serviteurs qui pourraient me questionner. Je vis passer Horacétius et Vi, ils semblaient décider à se battre. Il devait chercher vengeance pour ce qu’elle lui avait fait. J’attendis un peu pour passer afin de ne pas être pris entre deux feux. Je me rendais dans la salle du trône, Théodore y était, j’en étais sûr.

La grand-porte était fermée, en insistant un peu, je réussis à me glisser dans la salle. Théodore était là, assis sur un trône, on aurait dit un démon-roi. Ses yeux avaient l’air si mauvais, il était donc bien mort le jeune chevalier qui combattait pour la justice, son cœur s’est laissé dévorer par sa propre noirceur. Il eut l’air à peine surpris de me voir.

Il m’accueillit avec un sourire mesquin en disant, « Viens-tu enfin, te battre ? Plutôt que de laisser les autres le faire pour toi.

- Théodore, tu es allé trop loin. Tu ne m’as pas laissé le choix. », répondis-je en sortant mon arme.

Il se jeta sur moi et je parais de justesse son épée. Il voulut m’attaquer à nouveau de pareille façon et je réussis à l'effleurer de la pointe de ma lance. Théodore grogna et bondit en arrière.

Il s’exclama, « Je n’aurais pas dû te sous-estimer ! Tu es plutôt fort. »

Il me pointa de sa lame, et il essaya de briser ma garde avec des coups habiles. Il était si rapide que j’étais dans l’impossibilité de contre-attaquer. Je décidai d’esquiver plutôt que de parer, l’épée de Théodore passa juste à côté de ma tête. Je réussis à lui coller un coup de poing, je crus pouvoir l’empaler de ma lance, mais sa lame s’interposa de justesse. Je tombai à terre, repoussé par son épée que pouvais-je après tout contre la force d’un dieu ?

Il m’écrasa la poitrine m’empêchant de me relever.

Lassé, il parla ainsi, « Tu m’ennuies, tu sais. Tu ne peux pas mourir… Il me faudrait trouver le moyen de t’enfermer quelque part pour tu ne puisses plus jamais me nuire.

- N’importe, Horacétius, Ludie, Argine, Corvus et autant d’autres s’opposeront à ton régime. Surtout, si tu continues à commettre des crimes aussi atroces.

- Tss… J’ai peut-être usurpé mon trône, mais Léandre ne veut pas le reprendre ! Quel est le problème ?

- Je suis de retour Théodore et j’ai lu en ton cœur et il était empli du désir de la guerre. », Léandre s’interrompit lorsque Théodore le dévisagea, il reprit ensuite ses propos, « Tu ne me laisses plus le choix. »

« Le grand Léandre se sent pompeux ? Maintenant, qu’il est un dieu ! (Théodore rit.) On t’offre tout sur un plateau d’argent, moi, j’ai dû prendre ce que l’on me refusait.

- Je suis désolé… J’aurais dû t’aider… » dit-il avec un sourire tendre.

Théodore se jeta sur lui, il voulait le détruire. Léandre était si habile qu’il paraît chacune de ses attaques, je ne savais pas comment il faisait. Il avait un regard si doux pour son adversaire, il avait le cœur si pur. Théodore à force d’insister finit par briser sa garde, je lui plantais ma lance dans le ventre avant qu’il ne puisse faire du mal à mon ami.

Léandre le toisa, « Au nom de ce monde ! Je te condamne à vivre piéger à jamais dans le royaume des morts, là, enfin, tu y accompliras ta tâche.

- Va mourir Léandre ! »

Ce furent ses derniers mots avant l’exécution de sa sentence. Les autres se précipitèrent dans la salle, ensuite, ils entourèrent Léandre afin de lui demander ce qui s’était passé. Moi, je m’éclipsai discrètement, j’avais d’autres missions à accomplir. Je voulais retrouver le seul amour de ma vie la déesse monde et puis le fait qu’une âme damnée ait pu s’échapper, me donnait envie de réparer la situation dont j’étais en partie responsable. Cela serait définitivement une longue quête, mais j’avais pris goût à l’aventure. Qui plus est, peut-être que Théodore ferait quelque chose à ce sujet aussi, c’était la seule chose qu’il pouvait faire. Vi, ma mère s’en était tirée et il me refusait au panthéon des dieux, mais je m’en foutais honnêtement. Seul l’avis de la déesse monde et le mien m’importaient.

J’envoyais mon passé et mon avenir au loin, pour qu’ils soient emportés par le vent frais qui démarrait à l’aube naissant. C’est mon commencement…






Épilogue :
Le roi Léandre et ses amis firent régner la paix depuis la chute de Théodore. Léandre régna encore longtemps avant de laisser la place à un nouveau souverain tout aussi bon. La guerre ne revint plus jamais grâce à la bénédiction du dieu de la paix.

Nécronion fut connu comme le sauveur inopiné des cas désespérés. Il devint un véritable saint pour tout le monde et il supplanta Vitae dans les prières pour sauver des vies.

Théodore pleurait dans son royaume de ténèbres et de solitude, parfois qui tendait bien l’oreille pouvait l’entendre.

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 20 Jul 2025 à 19h44
Résumé :Nos chevaliers ont pour bute d'unir tous les royaumes selon la volonté des dieux afin de garantir la paix éternelle... Sauf qu'un de ces fameux dieux n'est pas d'accord avec le projet de ses confrères et va essayer de nous empêcher de réaliser cette noble quête… Cependant, peut-être bien qu'il ne fût pas la plus grande menace que nous devrons affronter... Les divergences d'opinions et les jalousies sont tous autant d'ennemies auquel nous feront face pour triompher et probablement réussiront nous... Dans l'adversité ou dans les larmes.

Je ne suis pas certaine d'avoir compris le fonctionnement, mais peu importe, je vous partage tout le livre, je crois qu'on ne l'a jamais lu entier. Je ne sais pas si c'est parce qu'il est mauvais ou trop étrange, mais je le montre ici, pour qu'il est un peu d'amour.

Il y a un test de personnalité aussi si vous voulez connaître lequel des personnages principaux vous êtes //www.quotev.com/quiz/16616535/Quels-personnages-êtes-vous-Edition-légendes-dune-fondation

Commentaires (2)

Avatar de Zukki
VIP depuis le 14/03/2020
Zukki le 22 Jul 2025 à 19h08
Hello ! Si tu veux tu as moyen de "chapitrer", quand tu postes ton écrit tu crées un livre
Et après tu peux nommer ton post "prologue" par exemple, puis dans un second post "chapitre 1". En les mettant tous dans le même livre virtuel on aurait un accès plus facile à ton travail. ^^ Parce que là, ça fait pas mal de texte à lire sur une seule page :'))
Avatar de Galaad Night
Galaad Night le 23 Jul 2025 à 11h11
Merci, je comprends mieux comment ça marche maintenant.

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