Narrateur : Théodore

Après le départ d’Ali, le roi se rassit, mais la frustration pouvait se lire sur son visage. Delila était restée a contrario de son époux, elle avait seulement pris la place d’Ali et essayait de se faire discrète. Omar, (Il m’avait dit son nom quand Ali était allé chercher ses vêtements de cérémonie.) s’était tourné vers moi et essayait de paraître impassible.

Il me dit inquiet, « Es-tu prêt à nous aider ? Léandre, ton suzerain nous soutiendra, n’est-ce pas ?

- Je suis là pour analyser la situation, je ne peux pas parler au nom du roi. (Il parut troublé. Il devait sûrement compter sur moi, maintenant que son fils lui avait assuré qu’il ne participait aux guerres d’une façon si légère.) Cependant, je peux intercéder en votre faveur au regard de la situation. Je ne suis qu’un observateur extérieur après tout. »

Il sembla moins offensé par mes propos modérés que ceux d’Ali. Il vida son verre d’une façon qui ne sied guère à un roi. J’hésitai à boire le breuvage même si je ne voulais pas paraître impoli.

Delila me murmura, « C’est de l’alcool, il est un peu fort pour ceux qui n’y sont pas habitués, mais ce n’est pas mauvais. »

Elle joignit la parole au geste, et je l’imitai. Elle avait raison, je fus choqué par le goût, je bus donc plus lentement. Je n’avais pas envie de me brûler de nouveau la gorge. C’était bien trop fort pour moi, si je voulais tenir tout le dîner, il me fallait arrêter immédiatement. Je ne bus donc pas plus d’un verre. Je ne mangeais pas beaucoup, je n’avais pas faim, le repas n’était pas joyeux, Ali n’était toujours pas reparu. Son père n’était pas d’humeur à bavarder. Les autres non plus d’ailleurs. C’était parfaitement sinistre.

Delila me murmura à nouveau, « En vérité, il prend un prétexte fallacieux pour nous attaquer et conquérir nos terres. Pour une histoire de division de territoire, une toute petite oasis dans le désert. C’est anecdotique, pas besoin d’une guerre pour résoudre ce problème. 

- Vile femme, tais-toi ! », ordonna le roi qui semblait dans un état second.

« Si tu m’as entendu, tu sais que ce que je dis est la vérité. Vous ne pouvez pas le nier.

- Je ne te permets pas de me tutoy... »

Il tomba à terre en voulant se relever de sa chaise. Delila chassa les autres invités d’un geste de la main. Ils obéirent bien trop respectueux de l’épouse de l’héritier de la couronne. Je l’aidai à le relever.

Il l’invectiva pourtant, « Laisse-moi ! Je me débrouille tout seul. »

Le roi manqua de retomber en se débattant.

Il lança plus pour lui que pour nous, « Je n’aurais peut-être pas dû boire autant. (Il fit une courte pause.) Delila, merci d’avoir fait partir les invités, la situation m’aurait ridiculisé. (On passait d’un extrême à l’autre dis donc.)

- De rien… Cela étant, vous devriez présenter vos excuses à votre fils, le plus rapidement possible. (Il avait une expression difficilement lisible.)

- Nous verrons plus tard, c’est une affaire entre-nous. (Omar fit une mine encore plus indéchiffrable.) Delila fait ordonner aux servantes de montrer sa chambre à notre hôte de marque. Quant à toi, Théo, c’est ça ? (Je décidai de passer l’éponge sur le raccourci sur mon prénom. Je ne pouvais pas me résoudre à blâmer un homme ivre.) Les servantes te regardent comme un mets rare, fais-toi plaisir avec la première qui te fait des avances. »

Il s’évanouit sur ces derniers mots et moi, j’étais rouge pivoine devant ces propos déplacés. Delila et moi, nous le transportâmes à sa chambre, ensuite une des servantes me conduisit à la mienne. Je m’enfermai rapidement à l’intérieur, je me couchai sur le lit pour réfléchir. Si je résumai la situation, l’origine de la guerre venait d’un conflit pour une oasis, je ne savais pas si cela était un prétexte ou une affaire sérieuse. Il me faudrait questionner plus en détails les concernés, consulter des cartes pour savoir où exactement cela se trouvait, afin de savoir si c’était un point stratégique ou non. Je songeai encore à mon tourment, l’erreur que j’avais faite d’accepter la puissance de Nécronion pour vaincre des marauds.

J’entendis alors une voix trop connue, « Alors, comment ça va ? Quoi de beau, Théodore ?!

- Nécronion... », dis-je plein de mépris.

Il fit une moue l’air déçu.

« Pourquoi à chaque fois que je parle ou que je pose une question, on me répond en répétant seulement mon prénom ?! Et puis, pas même sur un ton de surprise, non sur un ton déçu et méprisant. Comme si j’étais une sorte de vermine indésirable. (Il avait l’air d’être dans un état second, comme s’il était ivre. Un dieu, peut-il être ivre ?)

- Tu as bu ?! (Je le dévisageai en me relevant.)

- Oui ! Et alors ça t’ennuie ! De toute manière, personne ne m’aime. Il faut bien que je trouve du réconfort quelque part. (Il versait quelques larmes en disant ça.)

- Ne joue pas les victimes, tu es en partie responsable. (Je sentais le piège.)

- C’est vrai, tu as raison… Buvons à ta gloire future ! (Il fit apparaître une bouteille et nous servit à tous deux un verre.)

- Comme tu veux… (Je tenais la boisson ne sachant quoi faire. Lui par contre l’avait avalé sans la savourer.)

- Si tu n’en veux pas, je la prends. (Je lui tendis la coupe dont il engloutit le contenu.)

- Tout va bien ? (J’étais sincèrement inquiet. Cela me paraissait trop vrai pour être simulé.)

- Oui, bien sûr, je suis un monstre indésirable, c’est tout ce que je voulais tout va bien. (Il était dans un tel état déplorable que je ne pus m’empêcher de le prendre dans mes bras.)

- C’est sûrement un piège, mais tant pis. (Il me serrait, pourtant très fort comme s’il avait peur que je l'abandonne.) Que s’est-il passé ?

- Rien… Rien qui ne concerne les mortelles. Je ne sais même pas pourquoi, je suis venu te voir. Allez, un dernier verre pour la route. »

Il se dégagea de mon étreinte et but tout un pichet sous mon regard ébahi. Il partit ensuite. J’étais un peu perturbé par ce qu’il venait de se passer. Je ne comprenais pas bien la situation. Pour ne rien améliorer, je ne savais guère comment ma soupirante faisait, mais elle trouvait toujours un moyen de m’envoyer des messages. Elle était même un peu agaçante à la longue cette Isabelle. Son prénom finissait en – belle, et elle ne l’avait pas usurpé, mais je n’éprouvais rien pour elle. Cela me chagrinait un peu pour cette pauvre fille, je n’arrivais pourtant pas à lui dire que ce n’était pas réciproque. J’ouvris la lettre, elle me parlait de sa vie de tous les jours. Ça me donnait le sourire, moi qui étais dans une situation si délicate, voir que d’autres gens avaient des problèmes plus banals, me faisaient relativiser.

À la fin, elle me suppliait d’enfin lui répondre. C’est vrai que j’avais songé qu’en ne lui répondent pas, elle se lasserait. Je me sentais un peu comme un goujat maintenant. J’essayai de réfléchir à quelle réponse lui apporter. Je n’arrivai toujours pas à lui dire que je ne l’aimais pas, mais je me décidais malgré tout d’enfin lui écrire quelque chose. Je lui racontai donc tout ce que j’avais fait depuis mon départ du château de Léandre jusqu’à cette soirée étrange. J’eus à peine le temps d’envoyer la lettre avec le pigeon qui me l’avait apporté que quelqu’un toqua à ma porte.

C’était Ali, il voulait s’excuser pour ce qui s’était passé tout à l’heure. Je n’en faisais pas vraiment cas, la situation semblait exceptionnelle au vu de son caractère. La seule chose que cet évènement m’avait appris était qu’il se souciait de la situation. D’ailleurs, c’était plutôt son père qui était offensé et non pas moi, je n’eus aucune difficulté à accepter son pardon.

Je n’eus pas le courage nécessaire pour le questionner plus en détails sur le fameux casus belli. Il partit afin de me laisser me reposer. Je m’endormis, la nuit était remplie de rêve éthéré. Cela faisait bien longtemps, que je ne m’étais pas aussi bien reposé.

Je pus enfin apprendre le nom du royaume de Delila, c’était Xernes, enfin, réflexion faite, je crois que cela était écrit dans une des lettres que m’avait donné mon ami. Elle avait réussi avec l’aide d’Ali à convaincre le roi de recevoir des diplomates pour régler cette histoire. Le père fusillait du regard le fils et le fils l’ignorait en retour, il semblerait que nuls ne se soient encore excusés ou même réconciliés.

Celui qui paraissait diriger la délégation était un des frères de Delila. Il avait des cheveux longs qu’ils retenaient par des tresses, et une peau noir mat. Si sa sœur avait fort caractères, lui était pire, on pouvait lire dans son regard qu’il était encore plus pugnace. Il nous dévisagea tous avec un regard noir.

Le roi fit tout aussi bien que lui avant de dire, « Parle, Ecthi ! Tout du moins, si tu as quelque chose à dire. (L’interpellé avait un sourire tout à fait désagréable.)

- Tu as déjà eu ma sœur en épousailles pour ton fils, et cela ne satisfait pas ton orgueil et ton ambition démesurée que tu te sens obligé de vouloir conquérir nos terres.

- Vous êtes vous-mêmes l’instigateur de ce conflit. Vous semblez l’avoir oublié. Surtout toi maudit, Prince ! »

Ils s’échangèrent des regards mortels, peut-être bien que le gagnant serait celui qui aura le regard le plus terrible.

Ali demanda alors, « Quelle est l’origine du conflit, Ecthi ?

- L’oasis de Kefnou, ce vil traître essaye de nous piquer notre part ! (Le roi sembla furieux de ces accusations.)

- C’est vous qui essayer de vous en emparer, cessez de vous moquer ! », hurla Omar.

Ils continuèrent ce duel de regard opiniâtrement. Ali ne savait pas bien quoi ajouter à ça et moi-même, je n’osais rien dire de peur d’aggraver la situation.

L’homme qui se tenait à gauche du roi s’exclama alors, « Nulle offrande ne saura réconcilier nos deux peuples, seule une guerre pourrait permettre un partage égal du territoire autour de l’oasis. N’êtes-vous pas d’accord ? (Ecthi et Omar semblaient avoir trouvé un point d’entente pour une fois.)

- Altous ! Cesse de répandre la discorde ! Je désapprouve ton idée, la guerre ne contribuera qu’à amplifier nos différends… Nulle équité ne saurait sortir de là ! », répliqua le fils du roi.

Le susnommé semblait agacé par l’intervention du prince, quelque chose me disait qu’il tramait deux trois idées ambitieuses.

Il essaya de reprendre une expression neutre avant de s’adresser au roi, « Mais bien-sûr jeune prince, la décision revient à votre père, notre grand souverain seul capable de faire un si noble choix. »

Le grand souverain semblait ennuyer par la situation et ne savait pas bien quoi faire. Il décida de prendre à part Ecthi, Ali et Delila. Ce fameux Altous me conduisit dans un endroit à l’abri des regards indiscrets une fois sortie de la salle, j’en profitai pour le regarder plus en détail. Il avait des cheveux, un peu blanchis par l’âge, mais point encore gris. Il avait un regard de vieux singe auquel on n’apprend pas à faire la grimace, des yeux bleu sombre qui donnaient de la profondeur à son visage creux. Peut-être avait-il dû être beau dans ses plus jeunes années ? Il avait un sourire qui m’inspirait pourtant une certaine confiance. Il voulait me parler au sujet de cette fameuse réunion.

« Qu’avez-vous en tête après cette réunion, chevalier Théodore ? », me demanda-t-il.

Je répondis prudent, « Je pense que la situation est plus complexe que prévu. Il semblerait que nul ne soit d’accord sur qui a démarré le conflit. Cela rend les négociations plus tendues si personne ne met de l’eau dans son vin. (Je ne voyais cependant pas comment y arriver.) Peut-être bien que quelqu’un d’extérieur pourrait adoucir la situation.

-Ah, on voit bien en vous l’esprit de paix mise en avant par votre souverain. (Il reprit un air plus sérieux.) Cependant, je crains que le prince Ali, puisse aggraver le conflit avec son attitude. Le roi ne fera que se braquer face à ce fils insolent.

- Vous n’avez pas tort… J’essayerais de lui en parler à la première occasion. »

Il avait l’air enchanté par la situation et il me fit la révérence en espérant que mon suzerain leur apporterait tout son soutien. Pourtant, ses propos au cours de la réunion m’indiquaient qu’il souhaitait cette guerre. Voilà, qu’il était tantôt Jean qui rit et tantôt Jean qui pleure, il avait donc un projet en tête, qui lui requerrait de jouer le double jeu des hypocrites. Cela me paraissait être une mauvaise chose.

Je décidai alors d’aller m’entrainer, il ne me restait plus que ça à faire de toute façon. Je n’avais pourtant que des mannequins pour ce faire et ça ne me distrayait pas plus que ça. Ils se brisaient d’un coup de lame et cela m’agaçait tout autant. Ali finit par venir ici et il avait l’air fou de rage, je lui proposai un combat amical qu’il accepta.

Il utilisait un cimeterre, heureusement que j’utilisai une épée à deux mains, car il l’aurait sûrement brisé autrement, tant il cognait avec force. Il se battait avec fougue. J’esquivai un coup qui aurait pu me décapiter. Je commençai à me demander ce qu’il n’avait pas compris dans la locution combat amical. Je bloquai sa lame de justesse avec la mienne. Ali se donnait à fond cela se voyait, il suait à grosse goutte. Il ne gagnerait pas un combat d’endurance. Je me battais avec un peu plus de retenu, je ne voulais ni le tuer, ni le blesser. Il faillit briser mon épée, j’étais un peu déstabilisé, il continuait de cogner.

Je m’exclamai, « Arrête, je ne suis pas ton ennemi !

- Pardon ! (Il s’arrêta.) J’avais besoin de me défouler.

- Je suppose que tout ne s’est pas passé comme prévu ? (Il se pinça les lèvres et je compris que j’avais marqué juste.)

- Oui, mon père et Ecthi sont des têtes de mules ! La guerre est quasiment certaine, ils refusent toute négociation. »

J’eus de la chance de ne pas avoir relâché mon attention, car dans un accès de colère, il manqua de me décapiter avec un mouvement irréfléchi du bras. Ali s’excusa et rangea son cimeterre. S’il m’avait décapité, m’aurait-il fait de pareil excuse ? Je m’éloignai malgré tout de lui de quelques pas. Je ne voulais pas prendre un coup involontaire en suite.

Il continua ses propos, « Je ne souhaite pas participer à ce massacre. Je… Ne me battrait pas. »

Il partit avant même que je n’eus le temps d’objecter quoique ce soit. Je le sentais une catastrophe se préparait… Cependant, en tant que héraut de la paix, et ayant juré d’œuvrer comme le model d’un chevalier blanc. Je ne pouvais que me permettre de combattre du bon côté. Le problème était lequel était-ce ?

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 26 Nov 2025 à 12h20

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