Narrateur : Léandre

Voilà une chose utile, Nécronion avait obtenu de nouvelles capacités grâce à son geste héroïque. Ces monstres que cette gamine contrôlait possédaient une puissance phénoménale. Ils me seront utiles pour reprendre mon trône. Enfin, je ne le voulais pas, mais je me le devais. Théodore était dangereux, il ne pouvait pas régner, il mettait tout le monde en danger. Ce pauvre dieu déchu tirait une drôle d’expression sûrement parce que l’enfant avait disparu. Je finis par réaliser qu’en fait c’était moi qu’il regardait avec tant d’inquiétude.

Je lançai à tout hasard, « Nous devrions rentrer au village, les autres vont s’inquiéter. Tu ne crois pas ?

- Oui…Oui… », il avait l’air presque absent.

« Quelque chose ne va pas ? (Je lui donnai un beau sourire.)

- Les derniers évènements m’ont remué…

- Il t’en faut peu… (Il tremblait comme une feuille.)

-Nier les sentiments ne les font pas disparaître.

- Certes… (Je le dévisageai.) Je vais donc reformuler, pourquoi me regardes-tu ainsi ?

- Rien… Je peux ressentir le désespoir en toutes choses, il me faut m’y habituer. (Pitié, ne me regarde pas ainsi. Je sais que je souffre, mais je dois être fort pour vous.)

- Je vais bien… Théodore et ses actes m’agaçaient et me fatiguaient. (Je revoyais ce moment où il m’avait poignardé et ça arrivait souvent.)

- Nous vaincrons, si tu as besoin de te confier n’hésite pas. », il avait un sourire un peu idiot en disant ça.

Cela me rappelait moi quand j’avais rencontré Théodore et que je l’avais accueilli sans aucune once de haine alors qu’il avait déjà essayé de me tuer. Je m’en fâchais, non pas contre lui, mais contre moi et ma naïveté passée. En retournant au village, on s’aperçut que nos amis n’avaient pas remarqué notre absence et c’était pour le mieux, en tout cas en mon opinion. Il aurait été dommage de ruiner la fête.

Je portais mon regard sur tous les gens présents, Horacétius était avec cette femme blonde, Ludie, je crois que c’était le nom qu’il m’avait donné. Ils parlaient amoureusement, enfin, je ne les entendais pas, je le supposais à leur regard presque licencieux à mon goût. Charles et Grégoire faisaient la conversation avec les esprits de la forêt, cela semblait être animé, je n’osais pas les rejoindre. J’avais peur de casser l’ambiance. Nécronion s’enivrait seul dans un coin, tiens je n’étais donc pas le seul malheureux. Isabelle discutait avec notre hôtesse, la grande déesse Naturae, cela semblait être calme et délicat.

Je le savais si je voulais la paix, il me fallait enterrer le passé et je connaissais ce que Théodore voulait en dehors de ma tête, c’était celle de Nécronion, son prédécesseur au titre du dieu de la mort. Après tout, il semblait plus amène de le contester que de moi réclamer mon trône. Je le sacrifierai lui pour que l’usurpateur ne m’ennuie plus. Rien de plus simple, il ne ferait pas de grande résistance, ce Nécronion, il était ivre mort dans un coin désormais. En même temps à boire et à boire en quelques minutes on s’assomme. Je m’approchai donc de lui, quand il me vit, il eut un sourire tendre.

Il me lança, « Tu sais, je t’envie Léandre ! (Pourquoi ? Je me le demandai bien.) Tu es tellement courageux, tout ce qui s’est passé et pourtant tu es toujours debout. Je me morfonds moi, tu vois.

- Que veux-tu faire d’autre minable créature ? (Je regrettai ces mots instantanément.)

- N’importe, se lamenter c’est tout ce que je peux faire en sachant que ma mère me haïssait et que je n’ai personne pour qui me battre, et faire ce que je dois faire. (L’âge des larmes en somme.)

- Pff… Tu… Tu ne vaux pas même les qualificatifs de ton comportement, mêmes-eux auraient honte. Tu veux te rendre utile pour une fois dans ta vie. Très bien, j’ai quelque chose pour toi. (Je le dévisageai avec une haine dans le regard qui m’écœurait moi-même.)

- Je t’écoute. (Il avait un air tout à fait sérieux, qui me faisait presque regretter ce que je m’apprêtais à dire.)

- Suis-moi, je ne peux pas t’expliquer cela, ici.

- Hum… Tu as une idée derrière la tête que je ne vais pas apprécier. (C’était perspicace.) Et ton expression me donne raison. Joins-toi à la fête plutôt que de penser à mal. Va voir Horacétius, on a toujours du temps pour ses enfants, si tu crains de l’ennuyer. », dit-il avec un sourire tendre.

J’y courus porté par ses paroles. Oui, il y avait mieux à penser qu’à mal. Vendre Nécronion pour ma vie, c’était me rabaisser à être comme Théodore. Être comme celui qui m’avait assassiné, enfin, essayé, il n’y avait pas pire infamie. Je deviendrai indigne du jour et même la nuit ne saurait être mon hôtesse, révoltée par la bassesse de mon être.

J’arrivai près de Horacétius, il avait les lèvres si proches de celles de Ludie. J’avais l’impression d’ennuyer. Il me sourit pourtant et sa compagne aussi.

Il s’exclama, « Te voilà enfin ! J’ai quelqu’un à te présenter. (Je le pris dans mes bras et je le serrais si fort, car il m’avait tant manqué.) Toi aussi, tu m’as manqué.

- Ton fils est charmant, mon Horacétius. », conclut Ludie.

« Oui, ma douce. (Il la regardait comme le plus tendre des amants.) Léandre, je me demande, tu crois que je pourrais me marier un jour.

- Non, c’est impossible ! », répondis-je troublé.

« Oh, tu vois Horacétius, je te l’avais dit on ne croira pas à notre mariage. », dit Ludie amusée.

« Tu exagères ! Si nous demandons à Nécronion, je suis sûr qu’il y croirait. (J’avais un peu l’impression d’être un figurant dans cette conversation.)

- Nécronion est-il comme notre enfant ? (J’espérais qu’il allait répondre non.)

- D’une certaine manière, je l’ai plus materné que sa propre mère. »

J’explosai, je n’y tenais plus, je lançai furieux, « Après tout ce qu’il a fait ! Tu plaisantes, j’espère ! Je préfère encore m’allier à Théodore !

- Je comprends ta colère, seulement il essaie de s’améliorer, alors je veux bien lui donner une autre chance, mais c’est un choix personnel et je comprendrais que tu ne le fasses pas.

- Ah ah, j’ai compris il est plus docile ou tout du moins, il prétend l’être ! Il te convient plus, hein ?! Tu pourras l’utiliser plus facilement pour tes projets ! Quels qu’ils soient ? Ah ah, c’est trop drôle. »

Je partis en courant, sans même qu’il eût le temps de me répondre. Je mettais éloigné, très loin, trop loin de ce maudit village. Je n’étais qu’un poids, Nécronion m’avait déjà remplacé pour eux, il était utile, car lui donnait un semblant d’affection suffisait pour tirer ce que l’on voulait de lui. J’étais désœuvré, sans aucun rôle, une simple ombre et il n’y a rien de plus éphémère qu’une ombre. Théodore ce que tu as commencé, je l’achèverais. Je m’apprêtai à me transpercer de part en part de ma propre lame quand une main m’arrêta. Je relevai la tête pour en voir le propriétaire, c’était Théodore. Je ne pus articuler mots.

Lui par contre fut bavard, il dit solennellement, « Laisse-moi donc faire ça pour toi. (Je dégageai ma main de la poignée de ma lame pour lui permettre de s’en saisir mieux.) C’est gênant, quand tu étais le roi, c’était tellement plus simple de te haïr… Je voulais ta place et je sais que tu es une menace pour mon pouvoir, mais… (Il avait l’air soucieux.) Je te jalouse moins, il est plus dur de te tuer.

- Si tu n’as pas l’intention de le faire ! Je le ferai ! (Il me colla une claque et m’arracha mon épée des mains.)

- C’est donc ça l’élu des dieux… (Il était méprisant en me regardant et je me sentais d’autant plus minable.) Je venais non pas par pitié à ton égard, mais parce que Aimée, déesse de l’amour de son état, te trouver charmant, mais te savais marié, alors elle avait renoncé à te courtiser. Et, tu sais comme j’ai trouvé l’amour, je voulais la remercier, tu ferais un bon cadeau, je pense.

- Allons-y alors, puisque ma vie amoureuse est toujours dictée par autrui. (Il eut l’air parfaitement exaspéré.)

- Elle est jolie ! Enfin, je suis le champion des mariages arrangés Nécronion puis toi maintenant.

- Mais, je suis déjà marié !

- Euh… C’est vrai, mais les dieux se moquent bien des règles des mortels. (Il me cachait quelque chose, c’était évidant.)

-Est-elle gentille ?

- Qu’en sais-je moi ? », dit-il agacé.

Il haussa les épaules, lassé, je n’eus pas le temps de lui poser ne serait-ce qu’une question de plus qu’il nous téléporta. Je regardai un peu partout et je remarquai alors une femme. Elle était sublime, mais le beau n’est bon que d’apparence et pas de nature. Elle avait un être que tous pourraient qualifier de beau, c’était donc indescriptible, il n’y a qu’une seule idée de beauté, mais elle s’exprime différemment en tout être. Comment décrire l’Idée1 de beau elle-même ? Je ne peux pas y répondre.

La sublime me regarda puis Théodore et lui demanda, « Que me ramènes-tu là, mon chou ?

- Un cadeau, tu voulais l’élu, non ?

- Moui, pourquoi es-tu si gentil ? », demanda-t-elle étonnée.

- Je vais me marier par amour, alors, il faut récompenser la douce déesse de l’amour qui m’a honoré. (Elle rougit.)

- Tu es trop mignon ! Vi-Vi en a de la chance ! (Il eut un petit sourire en coin.) Je t’adore vraiment beaucoup.

- Dis plutôt ça au nouvel objet de tes désirs. »

Théodore disparut, elle se tourna ensuite vers moi. Je n’osais pas lui dire quoique ce soit, dans le fond, je n’avais rien à dire. Je m’étais résigné à être son esclave, que puis-je faire face à une déesse ?

Elle m’appuya sur le nez et s’exclama, « Boup ! Qu’est-ce que cette tête d’enterrer ? (J’étais étonné.) Les humains sont tellement compliqués… (Elle avait l’air soucieuse.) Au fait, je suis malpolie, quel est ton nom déjà ? Moi, c’est Aimée !

- Léandre… », répondis-je circonspect.

« De quoi as-tu besoin, mon petit chat ?

- De liberté… De quelqu’un à aimer…

- Je peux te dire une chose, l’amour c’est compliqué, parfois il dure, parfois il s’efface. Il peut vite devenir obsession destructrice ou passion dévorante. Tu sais dans le fond, il n’y a qu’à trouver la personne qui pourra aimer nos petits défauts mignons qui essayera de nous comprendre et de nous soutenir et à laquelle on pourra rendre la pareille, bien sûr. Ce n’est rien de compliqué, les gens veulent toujours faire des montagnes avec des collines, et recherchaient l’impossible.

- C’est beau… Ne pourriez-vous pas m’aider, cependant ?

- Les dieux t’ont offert bien des choses et tu n’as pas su les prendre. (Elle me fit relever et installer dans le canapé.) Enfin, c’est Vi-Vi qui décide, c’est elle la cheffe.

- Alors, laisse-moi prendre ma vie en main, tu voulais l’élu et tu vas l’avoir. (Aimée eut un sourire moqueur, quand je me reprochai d’elle afin de m’offrir à elle.)

- Entreprenant, hein ? Cependant, nous verrons ça plus tard, ce n’est qu’un acte désespéré pour échapper à la fatalité, n’est-ce pas ? N’importe qui pourrait faire l’affaire. Moi, je veux quelqu’un qui me désire pour qui je suis. Cependant, tu peux rester ici, si tu en ressens le besoin. »

À ce moment-là, elle gagna mon respect et je me sentis satisfait de ma situation. Tout n’allait pas si mal finalement.

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 05 Déc 2025 à 08h28

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