Narrateur : Grégoire

Il me parut évident que je me trouvais dans une affaire bien étrange. Le genre d’histoires que racontaient les troubadours et autres saltimbanques qui parcouraient les routes. Cela me faisait songer que dans ces contes, la princesse tombait amoureuse du preux chevalier. J’espérais au fond que cela était faux, je ne venais pas pour ça, pas pour des amourettes sans avenir. De toute manière, je n’étais ni un chevalier errant, ni de haute extraction alors, je n’avais aucune chance. J’aurais peut-être dû me taire…

Je dois admettre qu’avec mes manières mal dégrossies, ils se demandèrent bien pourquoi ils avaient envoyé un rustre pareil. Ah, Logos, dieu de la sagesse éclaire-moi de tes lumières, car je crains que je vinsse à nouveau de faire sensation par mégarde, malgré tout, le roi Augustin semblait avoir confiance en moi pour régler la situation. Ce n’était pourtant pas gagné, la princesse Clotilde avait une personnalité, euh… Colorée aussi haute en couleur que ses robes roses. Aussi haute que sa coiffure de noble dame, et bien plus haute que ses manières prétentieuses. Il y avait pourtant des choses basses chez elle, premièrement elle était petite comme une petite souris au nez mignon. Elle me prenait de haut en ayant le regard bas, elle refusait toujours de me regarder dans les yeux, et la seule fois où cela s’est produits, je crois bien qu’elle avait rougi. Je n’arrivai pas à la convaincre d’épouser son bonhomme-là, enfin faut dire que j’étais franchement manche aussi et que je n’y connaissais rien en princesse ou même en mariage tout simplement. Je n’étais pas mariable selon mes parents, tant j’étais idiot.


Un jour, je la croisai dans le jardin et je lui demandai un peu gauchement, « Pourquoi refusez-vous ce mariage ? Je veux dire… C’est… Un peu le lot quotidien de tous, enfin voilà quoi.

- C’est parce qu’il est encore plus rustre que vous et je n’aime que les hommes avec de bonnes manières. (Elle agita son éventail de façon à me montrer son dégoût. Quelle garce !)

- Si je puis me permettre, je ne suis pas une mauvaise personne quitte à continuer la comparaison. (J’étais gêné, je voulais être partout sauf ici.)

- Certes, vous êtes naïf, alors cela vous donne un côté mignon et maladroit, mais lui ne l’est pas, cela lui donne des airs de brutes malveillantes.

- Je ne suis pas naïf… Vous me voyez donc comme un simplet. Comme les membres de ma famille ? (J’étais blessé par ça, j’avais l’impression que seul Charles me considérait, parfois.)

- Bien sûr, le roi des simplets, mais mon idiot à moi. (Clotilde ne me regardait pas en disant ça.)

- Eh, vous pourtant princesse altière1, vous regardez bas quand vous me parlez. Auriez-vous peur de croiser mon regard ? (Je la dévisageai avec respect.)

- Peut-être pas si stupide finalement. (Si on pouvait dévorer quelqu’un par la vue, elle l’aurait sûrement fait. Aha aha, et merde…)

- On n’a rien à faire ensemble, on ne devrait pas. (N’entretenons pas de faux espoir, ça serait mal, n’est-ce pas ?)

- Qu’est-ce que tu appelles « faire ensemble » ? »

Clotilde me toisait d’une manière qui me faisait rougir. Je balbutiai et je n’arrivai pas à m’expliquer. Ma conviction précédente, ne semblait pas vouloir tenir, c’était donc cela que ma force d’esprit. Je m’écœurais moi-même. Elle s’approcha plus près de moi, et je ne savais pas quoi faire. Elle rapprocha ses lèvres des miennes et j’acceptais le baiser en ne reculant pas devant son approche. Malheureusement, un messager nous interrompit avant le baiser fatidique. Ouf, sauvé avant la catastrophe…

Il nous annonça la venue prochaine du fiancé de ma seule et unique princesse Clotilde. Voilà quelque chose qui promettait un lot d’évènement intéressant. Elle avait l’air contrarié par la situation et elle renvoya le messager d’un geste de la main. Je le savais, si je voyais son promis, alors, je saurais pourquoi elle le rejetait ou au moins, je pourrais m’en faire une idée.

Elle me murmura ensuite à l’oreille, « Si tu veux me montrer ce que tu appelles « faire ensemble », passe plus tard dans ma chambre. »

Elle partit ma dame, mais elle me laissait le fard aux joues et le cœur battant. Je l’aimais, je le crois bien et j’étais prêt à prendre son invitation. Cela me rappelait mon adolescence, les filles appréciaient les simplets dans mon genre, cela déniaisait un peu d’ailleurs. Mon cœur battait pareil quand ce temps-là. Je rêvassai comme un sot, me disais-je. Voilà qu’avec cette remontrance à moi-même, je commençais à devenir comme Charles toujours sérieux et droits. Il semblerait que j’ai passé trop de temps en sa compagnie et qu’il ait déteint sur moi.

J’avais hâte de rencontrer le fiancé de ma dame, d’après ce que j’en savais il se nommait Hasting. Charles m’avait donné des explications sur la politique et les relations entre les deux royaumes avant mon départ. Je n’avais pas toujours tout compris, mais je savais qu’il devait avoir lieu pour garantir la paix entre Harmonija et Voima. Je me disais que je devais faire en sorte que ce mariage ait lieu, je ne pouvais pas échouer. Alors, les voir ensembles devraient sûrement m’aider à comprendre la nature de leur problème.

Je me promenai dans les jardins fleuris, cela me faisait bizarre, mais ce n’était pas déplaisant. J’avais l’impression qu’ils avaient été dessinés pour Clotilde, que de fleurs roses, des beaux iris rosées, des roses, roses pétantes, des jeunes orchidées qui montraient leurs pétales un peu rosis et qui ressemblait à des bouches. Je me laissais mener au hasard et à l’instinct dans cette petite féerie de douceur et de parfum délicat. J’aboutis ainsi dans les couloirs du château par le plus grand heur2.La princesse ouvrit une des portes, me saisis par le bras et me fit entrer dans sa chambre. J’avais l’impression que je n’aurais pas dû être là. J’avais été surpris, si on puit dire, mais la suite serait mon choix. Le lit était assez grand pour nous deux, une fenêtre aux volets clos, une ambiance tamisée, elle avait tout préparé, pour cela.

Elle s’exclama, « Alors, tu es venue finalement ! Amusons-nous un peu ! »

Je ne compris pas bien où elle voulait en venir sur le moment. J’étais un peu crétin, sur ce coup-là. Elle me prit donc les mains et les mit sur ses seins. Voilà, quelque chose qui sonnait déjà amusant. Après la jouissance, les réjouissances et puis la réflexion. Le regret, ensuite, enfin plutôt à cause du fait que nous avons tous deux failli nous faire prendre à l’acte et que j’ai dû me cacher sous le lit, et elle se rhabiller en quatrième vitesse. Tout cela faisait réfléchir, seulement le mal était fait cela m’avait donné le goût du risque.

J’avais appris à écrire plutôt rapidement, j’étais intelligent, enfin, je crois, alors j’envoyai un message à Charles qui parlait de mon amourette. J’avais profité du fait qu’il tenait à savoir, si j’arrivais à m’en sortir seul. En ces quelques jours que j’avais passé ici, il m’avait déjà envoyé au moins deux lettres, pendant ce laps de temps. Je n’avais jamais été aussi heureux de ma vie, voilà tout ce que j’avais à lui dire et je tenais à lui partager ça. C’était mon ami, après tout, il serait heureux pour moi, n’est-ce pas ?

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 23 Nov 2025 à 16h13
Pauvre Grégoire.

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