Narrateur : Ali
Je venais de voir quelque chose d’étrange, Théodore qui se mutilait… Comment peut-on en arriver là ? Je me demandai bien quels genres de sombres secrets, il cachait encore. Le tout avait un air bien sinistre pour moi. J’errai dans les rues de la ville protégée par les murailles du château, je laissai mes pieds me guidaient, car mes pensées étaient occupées avec ce que j’avais vu. Je percutai donc un homme avec une capuche, je remarquai alors qu’il ressemblait à Théodore, mais avec les cheveux plus longs et les yeux plus foncés. Je crois bien que c’était son frère, son nom m’échappait.
Je m’exclamai, « Tu es le frère de Théodore ! (Je vis à son expression que j’avais marqué un point.)
- Non… (Il s’apprêta à partir.)
- Je ne le dirais pas à ton frère. (Je lui attrapai le bras.) C’est un démon, voilà tout, il verse son propre sang hors de ses veines.
- Oui… C’est moi… Antonin. Suis-moi… », dit-il mystérieux et résolu.
Je le suivis en silence dans une ruelle. Réflexion faite, c’était peut-être un peu menaçant. Allais-je mourir par ma crédulité un peu trop importante ? Il y avait un cheval dans la petite rue, cela devait être le sien, car il se mit à côté de lui. Il releva sa capuche, je pus remarquer la fatigue qui était marquée sur son visage. Après tout, il avait passé un mois en prison, ça n’avait pas dû être facile. Il paraissait plus vieux qu’avant, c’est incroyable comment avoir été emprisonné, pouvait changer un homme.
Il me demanda, « Peux-tu m’aider à sortir de la ville ?
- Bien sûr, j’en ai l’autorité, on ne me questionnera pas si je dis que tu es mon accompagnant. (Il eut un sourire satisfait.) Au fait, quel est ton nom ?
- Antonin… J’ai oublié le tiens d’ailleurs… (Il avait l’air d’avoir envie de pleurer.)
- Ali. Qu’as-tu l’intention de faire, ensuite ? (J’ai cru qu’il allait défaillir à l’entente de ma question.)
-Retrouver Argine et puis nous verrons ensuite.
- Je viens avec toi. Si Théodore se mutile c’est qu’il a quelque chose qui cloche, il se reproche un truc grave. Je ne peux pas soutenir ça. Je ne peux pas soutenir un tyran en devenir.
-Mon frère, j’aimerais l’aider… (Il était abattu.) Oui, il a de quoi se reprocher des choses, il m’a jeté du haut des murailles quand j’ai compris qu’il avait tué Léandre, puis il m’a fait enfermer, tu connais la suite.
- C’est devenu un monstre sordide… (C’était la seule chose que j’avais réussi à dire, tant son comportement me paraissait abject. Je voulais bien le croire, le regard de l’homme en question me terrifiait parfois.) Rien que de parler de ça avec toi ça m’énerve. Je vais chercher mon cheval et on s’échappera tous les deux d’ici. », dis-je en posant mes bras sur ses frêles épaules.
Il acquiesça avec tristesse. Il me semblait tourmenté par la situation. Ses yeux marron foncé semblaient ternis, son visage paraissait plus sévère aussi. Son état préoccupait mon esprit pendant que je détachais Lune, ma jument à la robe blanche argentée. Il ne me restait plus qu’à le rejoindre. Les gens parlaient du futur mariage de Théodore, ils semblaient ravis à l’idée de faire la fête pendant un jour entier en l’honneur du souverain. Au moins, ils ne me paraissaient pas souffrir de la moindre déconvenue à cause de lui, ça me mettait au moins de bonnes humeurs. Il y avait pourtant bien plus de gardes en ville, il devait sûrement se préparer quelque chose, car ce n’était pas le seul changement. Tout le système défensif et offensif avait été réhabilité et renforcé pour un royaume en paix, c’était un peu étrange. C’était comme s’il se sentait menacé.
Je rejoignis Antonin, il griffonnait des mots avec ce qu’il avait trouvé dans la rue et utilisait la magie pour les envoyer à quelqu’un. Il fut content de me revoir avec mon cheval en main, il avait dû penser que je le trahirais.
Je lui demandai, « Qu’envoyais-tu ?
- Des lettres à ma femme. », répondit-il.
On se mit tous deux à dos de nos chevaux et on s’approcha de la porte nord.
Les gardes nous arrêtèrent en ces mots, « Haltes aux grabuges ! Euh… Aux passages ! »
Je demandai, « N’avons-nous pas le droit de passer ?
- Non ! Vous devez décliner la raison pour laquelle vous voulez sortir. », lança celui qui semblait être le chef.
Les autres nous regardaient de façon menaçante.
« Eh bien, nous allons nous promener. Il n’y a pas besoin d’autorisation pour cela, non ?
- Non, en effet. (Ils regardèrent Antonin qui était derrière moi.) Et lui, il a l’air suspect avec sa capuche sur le visage. (Ledit nommé la releva et montra sa tête.) Très bien, allez-y. », s’exclama le garde.
Nous quittâmes les lieux sans demander notre reste. Enfin, il faut dire qu’on avait eu de la chance, ils auraient pu le reconnaître. D’ailleurs, en parlant de ça, lorsque nous fûmes suffisamment éloignés du château, je lui rappelais le risque qu’il avait pris.
Il me répondit, « Ils ne nous auraient pas laissé passer autrement… Ils voulaient nous arrêter pour ça, si j’avais refusé de retirer ma capuche, ils auraient pensé que j’étais suspect.
- C’est vrai, mais… S’ils t’avaient reconnu… Ils auraient… N’y pensons plus, nous eut de la chance. (J’étais troublé, pitié, que cette histoire sordide s’achève rapidement.)
- Oui, cachons-nous, maintenant… J’ai envoyé aussi des messages à Argine pour lui dire que nous nous étions échappés et qu’elle devrait nous rejoindre.
- Très bien… (Je tournai la tête et je vis un bosquet.) On pourrait se cacher là. (Je lui montrai du doigt.)
- Oui. », répondit-il comme s’il était distrait.
On laissa nos chevaux pâturer, après tout, on ne savait pas pour combien de temps nous en avions. Antonin se tenait appuyé contre un arbre, il réfléchissait… Moi, de mon côté, je m’assis par terre et je pensais à la situation. Léandre… Léandre… Ce nom hantait mon esprit. Pourquoi fallait-il que tu meurs ? Rien, ne pouvait-il aller bien pour une fois ? Théodore ne rend pas ce royaume similaire à l’état de ton esprit, je t’en prie. Tous ces soldats, pourquoi faire ? Je songeais alors, qu’il avait fait le ménage dans les alliés de notre ancien roi y compris son frère… Peut-être voulait-il aussi écraser leurs royaumes ? La paix éternelle n’arrivera donc jamais, qui plus est, il est soutenu par les dieux. La paix par la conquête et non par l’harmonie, Pax belli, enfaite. J’étais fou, ça me le faisait devenir en tout cas, pour Antonin ça devait être plus difficile, c’était son frère dont il était question.
Je lui lançai, « Une fois que tout cela sera fini, que feras-tu ?
- Je serais un meilleur père que mon père », me répondit-il.
« Je te le souhaite. (Il eut un sourire amer.) Tu seras là pour lui ou pour elle, je le jure ! Si c’est ce qui t’inquiètes.
- Quel âge as-tu ? Je veux dire, on se connaît à peine.
- Vingt-sept ans !
- Et moi trente ans, non, trente et un maintenant, c’est mon anniversaire aujourd’hui.
- Joyeux anniversaire ! J’aurais aimé que ce soit dans de meilleures conditions. (Il avait l’air content, pourtant.) Tu auras un beau cadeau, la liberté ! Je te le garantis.
- Ah Ah, oui, je l’espère, je la veux. Voir ma femme me suffirait, en fait. (Je lui saisis la main.)
- Je te comprends, moi aussi, je veux voir la mienne. »
Sur ce Argine apparut, je ne lui avais jamais trop parlé, mais elle me parut extrêmement élégante désormais. Elle retenait ses cheveux avec des broches papillons dont leurs ailes brillaient grâce à des pierres précieuses de toutes les couleurs. Oui, on peut dire que ses couleurs étaient vibrantes comme celle d’un papillon, elle avait l’air gracieuse et radieuse. Elle parut ravie de revoir Antonin, voilà au moins quelque chose de positif.
Elle s’excusa, « Je suis désolée pour mon retard, il me fallait avoir des conversations avec de vieux amis. Je suis venue dès que j’ai vu les messages.
- Tu n’as pas à t’excuser. Nous ne sommes pas pressés. », répondit Antonin avec un sourire.
« Je suis ravie de voir que tu as pu t’échapper. Toi et ton ami, on devrait en parler chez moi. Je vous en dispense même le voyage. », dit-elle avec enthousiasme.
Aussitôt dit aussitôt fait, c’était efficace. Je m’assis sur la première chaise qui passa à porter de ma main, c’était un trouble sens qu’était cette téléportation. Argine porta enfin son regard sur moi, elle s’inquiétait probablement parce que j’avais beaucoup pâli.
Elle me demanda, « Tout va bien, euh… ?
- Ali, et oui, je vais bien. », disais-je en étant blême.
« Magnifique ! (Elle s’assit sur une chaise.) Nécronion, viens voir, je viens de te trouver de nouveaux alliés contre Théodore. », s’exclama-t-elle avec un grand sourire.
Une petite tête émergea de la porte, puis un corps entier, voilà donc un jeune homme qui se présentait à nous. Il avait un air qui ferait presque jouer des requiem à mes oreilles, il avait dû avoir une mauvaise nouvelle peu de temps auparavant. Il s’assit à côté d’Argine en face de moi. Nécronion… Ce n’était pas le dieu de la mort ? Enfin, l’ancien désormais… L’histoire se complexifiait terriblement, je voulais en savoir plus.
Nécronion dit sinistre, « Argine… (Il regarda Antonin.) Tu es le frère de Théodore, non ?
- Oui, redonne ta version des faits. Pourquoi devrions-nous te faire confiance ? », demanda Antonin.
- Que veux-tu savoir ? Que Léandre vit encore et vit sa meilleure vie avec la déesse de l’amour. Que nous menons une révolte de pacotille avec Horacétius, et certains anciens alliés de Léandre. Non, définitivement, je ne vois pas ce qui pourrait vous convaincre de me faire confiance. (Ce n’était pas faux.)
- Il faut vaincre Théodore avant qu’il ne déclare la guerre et mettent les pays à feu et à sang. Alors, on t’aidera, on n’a pas le choix. (Il me donnait un sourire timide.) On vaincra, j’en suis sûr ! », répondis-je encourageant.
« Merci, vous êtes mes amis, maintenant. (Il avait les yeux mouillés. Je trouvai qu’il allait un peu vite en besogne, tout de même.) Je suis entouré des bonnes personnes cette fois. Quelle ironie ! Vi, tu avais tort, c’est toi la mesquine !
- Tu dis et révèles des secrets de polichinelles1, Nécronion. », lança Argine lassée.
« Vi ? Tu veux dire Vitae ? La déesse de la vie… Ta propre mère. (Il acquiesçait à chacune des propositions d’Antonin.) Ta mère est comme notre père alors, une démone.
- Alors, Théodore n’est pas la seule victime de son parent ? Il n’a que peu d’excuse.
- Oui, il n’a pas beaucoup passé de temps avec lui, mais il est devenu lui ! Oh ce démon, pourtant, je suis le seul qui est son physique. », dit haineux Antonin.
Quelqu’un sortit de la pièce d’où venait Nécronion tout à l’heure sur ces mots.
Il s’exclama, « Antonin ! »
Ledit nommé lui répondit, « Merlin ! »
Je m’éloignai de ses réunions touchantes, lassé par celles-ci. Une fois dehors, je me saisis de mon épée et je m’entrainais contre les arbres. La situation m’énervait, rien n’avançait, vaincre Théodore, ce fut impossible, non, il fallait essayer quand même. On le rendra possible, j’y croirais, nous gagnerons. Pour passer ma colère, je détruisais tout le matériel qui trainait dans le coin en guise d’entrainement, enfin, tout ce qui n’était pas important. Pauvres arbres, ils donnaient de leurs corps, ils étaient des adversaires solides, mais peu mobile et franchement peu agressif. Dans le fond, ils me servaient qu’à abimer ma lame contre leurs troncs. Quelqu’un coupa mon cimeterre dans son élan, c’était Nécronion, il tenait une lance, enfin un bâton qu’il avait vaguement doté d’une pointe.
Il me lança, « Je veux apprendre à me battre. Pouvons-nous, nous entrainer ensemble ?
- Très bien, allons-y. », répondis-je, ravis d’avoir trouvé un adversaire.
Il avait grand mal à parer mes attaques ou les esquiver d’ailleurs et quand il s’agissait de porter des coups, ce n’était guère mieux. Cela se voyait qu’il ne s’était jamais vraiment battu, et ça ne se rattrapera pas en quelques jours. D’ailleurs, après quelques échanges, son arme de pacotilles finit par se briser. Il avait un regard qui était un brasier, il m’effrayait. Oui, en effet, il se battrait, je voulais bien le croire, devant la mort même, il ne tremblerait pas. Il fallait seulement qu’il se trouve une meilleure arme. Une arme divine… Quelque chose qui ne pourra pas être brisé comme sa volonté. Le forgeron des dieux, c’est cette légende qui lui serait utile, maintenant.
Nécronion jeta son bout d’arme au loin, en s’exclamant, « Être un dieu, c’était bien plus simple ! (Il croisait les bras de frustration.) Théodore s’amuse bien sûrement, désormais.
- Oh, tu sais, je l’ai vu tourner sa lame contre lui-même… Tu n’as pas à l’envier. (Il soufflait agacé, enfin, je crois que c’était pour ça.) Il te faut trouver une arme plus solide, c’est tout.
- Très bien ! », s’exclama-t-il mi-enthousiaste, mi-agacé.
Je rangeai mon arme, je songeai à ma fameuse légende, les Hommes étaient des êtres talentueux, ils savaient créer des tas de choses, cependant, malgré leurs talents, cela n’était pas digne des dieux. Or, un jour naquit un être si doué dans ces domaines, que tous le pensaient être un dieu. Il n’était pourtant qu’un mortel, seulement les divinités elles-mêmes prenaient ce qu’il fabriquait, alors celui que l’on surnommait, « doigt d’or » fut changé en dieu. Ainsi, naquit le dieu des arts et des savoirs faire. Seulement, un jour, il se lassa et il disparut. Voilà, les pensées qui occupaient ma pause, je voyais aussi Nécronion se refabriquait des armes de bric et de broc, qu’il brisait vite en s’exerçant avec. Il était pugnace, cet apprenti lancier dit donc. Il irait loin, car il n’abandonnait pas aux premiers échecs.
Je rentrai dans la maison pour récupérer une carafe d’eau, dans un coin, je vis Antonin avoir une conversation animée avec Merlin, mais je n’arrivais pas à entendre le sujet du débat. Après avoir récupéré mon eau, je m’assis sur un banc, enfin, plutôt un tronc d’arbre qui avait cette utilité. Je pensai à ma femme, la pauvre se ferait un sang d’encre, en apprenant que j’avais trahis Théodore, elle penserait qu’il me soit arrivé malheur, alors que tout allait bien et que je bullais gentiment en bordure de forêt.
Delila, j’aimerais pouvoir te rassurer.
Argine vint s’assoir à côté de moi, puis elle dit, « Il est plutôt pugnace, n’est-ce pas ?
Je remarquai qu’elle regardait Nécronion s’échiner à se battre avec ses armes pourries.
Je répondis, « Il fait de son mieux… Le dieu des forgerons ne peut plus lui forger une arme…
-Oui, en effet, vos légendes ont raison, il est parti… (Je repensai subitement à une rumeur.)
- Une rumeur dit que dans son village d’origine, on cultive la connaissance de ses techniques. Nécronion et moi, pourrions y aller, c’est dans mon royaume. », proposai-je avec légèreté.
Nécronion vint tout transpirant, il se saisit de la carafe et la vida entière. Il m’avait pris ce qui m’était destiné. Il s’affala entre moi et Argine. Il haletait, il posa son regard vert transperçant sur moi, je tremblai malgré moi, il avait des yeux couleurs lézards, et ça me faisait peur. Était-il serpent ? Était-il un orvet inoffensif ?
Il dit entre deux bouchés d’air, « Tu veux que l’on parte me trouver une arme ?
- Oui, es-tu d’accord ? (Il acquiesça.)
- Quand partons-nous ? (Il était complètement essoufflé.)
- Quand tu auras repris ton souffle, que tu seras en état et que j’aurais préparé le cheval et les affaires. », répondis-je à son impatience.
Il avait un air à vouloir protester, alors, je partis avant qu’il n’eût le temps de le faire. Lune et la jument d’Antonin avaient été téléportées avec nous, semblerait-il ? Je bichonnai ma monture, elle aurait un long trajet à accomplir, il lui faudra un bon moment avant qu’elle puisse retrouver une bonne écurie et surtout un agréable près. Nécronion était si pressé de partir et cela m’étonnait un peu. Cela m’agaçait tellement que je brossais frénétiquement la crinière de Lune, elle finit par hennir, et je m’arrêtais immédiatement. Je m’excusais auprès de ma jument.
Antonin vint me voir avec un air sinistre, il avait dû se passer quelque chose de grave. J’aurais aimé avoir tort. Il ne m’expliqua rien, mais il me dit que ma présence était requise. Une fois arrivée, je réalisais pourquoi on avait besoin de moi, Alexandre était mort, enfin, il venait plutôt de mourir. On m’expliqua tout ce que j’avais manqué. Ça me rendait furieux, ses jours avaient été abrégés par Vitae, la future femme de Théodore… Elle ne méritait pas son titre de déesse de la vie, elle aussi devrait être punie. J’avais hâte d’obtenir le moyen de me venger. J’aidai Antonin et Merlin à creuser la tombe, pendant ce temps Argine et Nécronion étaient partis trouver un linceul ou tout du moins quelque chose qui pourrait servir comme tel. J’alarmai mes deux compagnons tant je creusais avec une certaine fureur, je passai ma colère dans cela. Une fois, que la tombe fut creusée, on rejoignit les deux autres, ils avaient déjà installé Alexandre sur le linceul. Il était blanc immaculé, avec un air de rideau, on avait fait avec ce que l’on pouvait, ce n’était pas indigne.
On ne savait pas trop quoi dire, il fallait sûrement dire un petit mot, un éloge funèbre au moins. Je ne le connaissais pas assez pour en faire une et je pensais que c’était le cas aussi pour les autres. Nécronion finit par rompre le silence.
Il se lança dans un discours, « Je ne le connaissais pas assez pour dire quoique ce soit à son sujet… Pourtant, je suis sûr qu’il ne méritait pas ce que lui a fait Vi. Je suis désolé, on en est là par ma faute, j’ai tout ruiné. Je refuse, malgré tout de fuir mes responsabilités… Nous nous battrons… Nous vaincrons… Nous nous assurerons qu’il n’est pas mort en vain. »
Il s’arrêta là, il était fébrile, je voyais sa sincérité. Argine posa sa main sur son épaule pour le rassurer. Merlin et Antonin cachèrent le corps avec chaque côté du linceul. Il ne restait plus qu’à le mettre en terre, on n’avait pas de cercueil, alors ce tissu sera son seul lit. On le porta tous jusqu’à son dernier lieu de repos. Il fallut ensuite reboucher le trou, après avoir fait tout cela, le crépuscule commençait à poindre.
J’étais couvert de terre, alors je tirai de l’eau du puit pour me nettoyer. Je noircissais l’eau, lui donnant la couleur de la boue. Je me mis d’autres vêtements que Merlin et Argine avaient créé en utilisant la magie. Je nettoyai mes anciens habits avec un autre seau d’eau, il fallait que tout soit prêts pour demain. Nécronion vint me rejoindre et il se mit contre le puit avec un livre, je me demandai bien comment il pouvait lire dans cette semi-obscurité. Je vis qu’il lisait une histoire sur un chevalier, je crus discerné le titre, c’était quelque chose comme, Henri, chevalier aux dragons. Je connaissais cette légende, c’était un homme qui se battait pour protéger les dragons des Hommes qui les craignaient énormément. Il voulait montrer aux yeux du monde, qu’ils n’étaient pas ce qu’ils pensaient. La fin n’était pas très heureuse, il mourrait, tué par un monde qui l’avait rejeté.
Il y avait plus heureux à lire en cette période de deuil. Peut-être qu’il n’avait pas que les yeux d’un lézard, peut-être qu’il en avait aussi le sang-froid. Je me demandai cependant ce qu’il venait faire là.
Je lui lançai, « Tu arrives à lire dans cette pénombre ?!
- Oui, je suis un vrai oiseau de nuit.
- Un lézard de nuit plutôt, un petit gecko. (Il me regarda étrangement.) Je veux dire tes yeux, ils ont la couleur des reptiles.
- Ce n’est pas pour rien que lorsque j’étais un dieu, j’apparaissais sous la forme d’un dragon. (Il s’assit à côté de moi.) Nous irons demain, pour aller me quérir une arme. Bonne nuit à toi. »
Il partit en ayant l’air si fière, qu’il me redonna le sourire, je ne renoncerais pas à ma vengeance contre Vitae pourtant. La situation me rendait si fébrile que je n’arrivais pas à dormir, les derniers évènements me hantaient, j’aimerais pouvoir parler à quelqu’un à ma femme par exemple.
Je trouvais un bout de papier, un porte-plume, une plume, un encrier et une petite chandelle. J’écrivis une lettre à Delila même si je ne savais pas comment lui envoyer.
Antonin me surprit à la tâche en me demandant, « Que fais-tu ?
- J’écris une lettre que j’aimerai envoyer à ma femme. C’est pathétique. (Il fit non de la tête.)
- Je peux l’envoyer pour toi avec ma magie. Elle sera ravie de recevoir de tes nouvelles.
- Merci... », articulai-je si heureux.
Si heureux de savoir que ma femme allait recevoir de mes nouvelles m’apaisaient. Je pus enfin dormir tranquille. Le lendemain, on partit, Nécronion, ne savait pas monter à cheval, alors il devait monter avec moi. Le premier temps du voyage se passa bien, seulement dès qu’on arriva sur place, nous ne fûmes pas les bienvenus. Seul un jeune homme voulut bien nous parler et nous accueillir chez lui.
Une fois en sa demeure plutôt similaire à un atelier, il nous dit, « Que nous voulez-vous, Ô noble prince ?
- Faire forger une arme, rien de complexe. (Il fit mine de m’ignorer.) Je sais que vous êtes des pacifistes, cependant c’est exceptionnel.
- Allez à Nécronion ! Que la mort vous saisisse ! »
Ledit nommé le dévisagea et lui lança, « N’invoque pas le nom d’un dieu pour rien, tu pourrais t’attirer leur fureur. (Il trembla sous le regard inquisiteur de mon compagnon.)
- N’importe quoi ! Qui es-tu d’abord ?
- Tu ne me connais pas, pourtant tu appelles mon nom… Qui es-tu insolent jeune homme ? », demanda-t-il en le toisant.
- Tu mens, tu mens, tu mens ! (Il avait peur, au fond il sentait qu’il disait la vérité.) Je suis Esmène, nah, le menteur.
- Esmène ? Fais honneur à ton nom, au dieu des forgerons. Fabrique-moi une lance.
- Très bien… » dit-il résigné.
Que craignait-il, bon sang ? Ce jeune homme tremblait en présence de Nécronion et il fuyait son regard. Il se mit pourtant au travail sous le regard de mon compagnon de routes. Cela semblait le déstabiliser d’ailleurs. Je ne pouvais plus voir ce spectacle navrant et je sortis dans la rue. À ce moment-là, les habitants voulurent me parler et ils m’expliquèrent qu’ils craignaient mon « ami » selon leurs mots. Pourtant, je n’arrivais pas à leur faire avouer pourquoi. Moi, je craignais une chose ce qu’il pourrait lui faire par peur… Il fallait quitter cet endroit vite.
Cependant, Esmène avait quelque chose à cacher lui aussi, je pensai. Il nous a accueilli, alors que tous craignent Nécronion, il doit y avoir une raison derrière. Je me méfiais de lui, tant que je n’aurais pas la preuve que ce n’était pas que de la sympathie à notre égard. J’avais besoin de réunir le plus d’informations possible sur lui. Je pensais que parler aux habitants m’apprendraient des choses à son sujet pour alimenter mes réflexions.
Fondation d'un Royaume
- 1 - Légende d'une fondation
- 1 - Prologue
- 2 - Chapitre 1 : Théodore Naissance d’un chevalier « Blanc »
- 3 - Chapitre 1 : « Alexandre » La sagesse du souverain guerrier
- 4 - Chapitre 1 : « Charles » Naissance d’un souverain au cœur de « pierre »
- 5 - Chapitre 1 : Léandre, Devenir un noble souverain
- 6 - Chapitre 2 : « Alexandre » Organiser un mariage royal
- 7 - Chapitre 2 : « Léandre » Rencontrer la femme de sa vie
- 8 - Chapitre 2 « Charles » Noble souverain inquiet de l’avenir
- 9 - Chapitre 2 : « Théodore » Trouver sa place
- 10 - Chapitre 3 : « Léandre » Réunir une élite de chevalier
- 11 - Chapitre 3 : « Charles » Celui que l’on nommera le chevalier du peuple
- 12 - Chapitre 1 : « Argine » Nécronion, dieu de la mort
- 13 - Chapitre 1 : « Grégoire » Prouver sa valeur
- 14 - Chapitre 4 : « Charles » Affronter le dragon et la fureur des chevaliers
- 15 - Chapitre 1 : « Horacétius » « Corrompu » par les ténèbres
- 16 - Chapitre 3 : « Alexandre » Au passé, au présent et à l’avenir
- 17 - Chapitre 1 : « Ali » Colère infortunée
- 18 - Chapitre 4 : « Léandre » À la croisée des chemins
- 19 - Chapitre 4 : « Alexandre » La femme araignée
- 20 - Chapitre 2 : « Argine » Les malheurs de Théodore
- 21 - Chapitre 3 : « Théodore » La voie du cœur
- 22 - Chapitre 2 : « Horacétius » Les démons de Nécronion
- 23 - Chapitre 1 : « Antonin » La nouvelle mission
- 24 - Chapitre 4 : « Théodore » Le chevalier blanc au cœur noir
- 25 - Chapitre 3 : « Horacétius » Le cœur de Nécronion
- 26 - Chapitre 1 : « Nécronion » Le début de la corruption
- 27 - Chapitre 5 : « Léandre » Accomplir sa destinée à tout prix
- 28 - Chapitre 2 : « Grégoire » Jeux de cour, jeux du cœur
- 29 - Chapitre 4 : « Horacétius » La descente aux enfers
- 30 - Chapitre 5 : « Charles » Jeux de dupes
- 31 - Chapitre 3 : « Grégoire » La menace du cœur
- 32 - Chapitre 3 : « Argine » Inquiétude
- 33 - Chapitre 2 : « Ali » Feu de la passion belliqueuse
- 34 - Chapitre 5 : « Théodore » Parangon des chevaliers blancs
- 35 - Chapitre 2 : « Nécronion » Un dieu doit tomber pour qu’un autre puisse s’élever
- 36 - Chapitre 3 : « Ali » Obscurité et complot
- 37 - Chapitre 4 : « Argine » Choisir le remplaçant de Nécronion
- 38 - Chapitre 6 : « Léandre » Le conseil des trois
- 39 - Chapitre 2 : « Antonin » L’art de la diplomatie
- 40 - Chapitre 4 : « Horacétius » Le nouveau dieu de la mort
- 41 - Chapitre 5 : « Alexandre » Le repas de dupes
- 42 - Chapitre 6 : « Théodore » Problème Paternel
- 43 - Chapitre 3 : « Antonin » Les alliances
- 44 - Chapitre 3 : « Nécronion » Duel de conviction
- 45 - Chapitre 7 : « Léandre » La trahison
- 46 - Chapitre 5 : « Horacétius » Le démon au visage d’ange
- 47 - Chapitre 6 : « Charles » La dispute
- 48 - Chapitre 4 : « Grégoire » Suspicion et doute
- 49 - Chapitre 7 : « Théodore » Jalousie et descente en enfer
- 50 - Chapitre 4 : « Antonin » Ce qu’il aurait pu être…
- 51 - Chapitre 4 : « Nécronion » Affronter sa destinée
- 52 - Chapitre 7 : « Léandre » Le cœur de la vengeance
- 53 - Chapitre 6 : « Alexandre » De mal en pis
- 54 - Chapitre 5 : « Argine » L’amour a ses raisons que tous ignorent !
- 55 - Chapitre 8 : « Théodore » Spirale infernale
- 56 - Chapitre 4 : « Ali » Les secrets
- 57 - Chapitre 8 : « Léandre » Dieu de la paix
- 58 - Chapitre 5 : « Nécronion » Le monde, mon seul amour
- 59 - Épilogue :
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