Narrateur : Léandre

Aimée m’avait apporté une nouvelle qui me mettait mal à l’aise. En effet, nous étions conviés au mariage de Théodore et de Vitae. Je n’avais rien contre la femme, mais son futur mari, non, je ne pouvais pas oublier qu’il m’avait poignardé et presque tué. Elle remarqua mon trouble et elle me rassura.

Je lui lançai, « Non, tout va bien… Nous irons s’il le faut.

- Il ne faut rien… Si tu le hais, nous n’irons pas. Tu sais, je comprends vu ce qu’il t’a fait. (Elle eut un petit sourire.) Quand nous nous marierons, nous n’inviterons personne tiens.

- Faisons-le maintenant ! (Aimée me regarda étrangement.) Oui, pourquoi pas, non ? Je sais, j’ai l’air fou. (Je lui pris la main.) Enfin, c’est si tu le veux cependant.

- Bien sûr que je le veux, mais Vi-Vi je la connais, elle n’apprécierait pas notre sens de la concordance.

- Je vois… Alors, nous irons, ça sera un spectacle intéressant pour le moins.

- Pour le plus, j’espère ! Vi-Vi serait fâchée d’entendre que tu considères que l’intérêt est bien le minimum pour son mariage. »

Pour le moins ou pour le plus, c’était sans importances pour moi. Théodore, voilà le seul être qui me tourmentait par l’intérêt et la colère. Définitivement, cela m’ôtait toute paix de l’âme d’autant plus que je le revoyais maintenant. Enfin, je m’étais mis au fond de la salle, j’esquivais son regard et je ne le regardai pas non plus. Tout me sembla à peu près beau, c’était blanc et blanc, un blanc pour des âmes si noires, c’était comme si la lumière occultait les ténèbres. Une couverture, un masque cachant la vérité et les abîmes de leurs êtres desquels parfois seul la surface paraissait. C’était insondable qui sait où s’arrêtaient leurs âmes entachées par leurs crimes, qui sait où était la fin de leur noirceur.

Une fois, le mariage fait, dans la salle du banquet je me mis en bout de tables, caché, en écoutant à peine ce qui se disait. Aimée me parlait de ce qu’elle aimerait pour notre mariage et je l’écoutai n’ayant rien à opposer à ses suggestions. Après cela vint le temps de danser, mais je n’étais pas d’humeur alors je m’assis sur une chaise, laissant ma chérie se divertir avec qui elle le voulait bien. J’avais son cœur, c’était tout ce qu’il me fallait.

Théodore s’approcha de moi, s’assit juste à côté de moi, et me lança, « Léandre, alors, tu laisses ta fiancée te filer entre les doigts ?

- Non, libre à elle de faire ce qui lui plait. », répondis-je ferme.

« L’épouseras-tu ? (Il me dévisagea.) Je me demande, si elle décide de partager un peu de son essence divine avec toi, quel genre de dieu seras-tu ?

- La joie ! Ou l’espoir ! Quelque chose de positif. (J’avais un grand sourire, Théodore se moquait de moi en réponse.)

- Le fantasme… Tu serais probablement quelque chose d’insignifiant.

- Peut-être, mais ça me changerait. »

Il ne sembla pas comprendre, mais je voulais seulement un peu de simplicité, c’est tout rien de plus, rien de moins. Je n’ai jamais aspiré à la gloire ou à une quelconque responsabilité, alors quelque chose d’anecdotique me convenait bien. Théodore m’abandonna là, il avait un air d’âme en peine, ironique pour son mariage. De voir ça, me mit un peu de baume au cœur, et je rejoignis alors Aimée. Cela avait égayé ma soirée, j’étais heureux et ça me faisait presque bizarre.

Le lendemain, je m’occupais à la lecture d’ouvrages, enfin, plutôt je cherchais de quoi lire. La déesse qui aimait un mortel, de Corvus ne me tentait pas, pas plus que Le roi malheureux du même auteur. Aimée vint me trouver, pendant ma tâche. Elle s’assit sur un fauteuil et elle me regardait avec tendresse.

Je lui demandai, « Qu’as-tu ? Pourquoi me regarder ainsi ?

- Ce que tu as dit, hier… Que tu voulais m’épouser… C’était sincère ?

- Bien sûr. (Elle était rouge pivoine.) Tu pensais que je plaisantais ? (Je riais de vive voix.) Non, non, je t’aime vraiment.

- Je sais, ton cœur n’a aucun secret pour moi. Je ne veux pas que tu le regrettes seulement. (Je la regardais maintenant et je m’assis sur le fauteuil en face d’elle.)

- Nous attendrons alors. (Je lui pris la main.) J’ai toute ma vie pour ça.

- Toute ton existence pour moi ? (Elle rit aux éclats aussi.) Très bien, faisons des folies, marions-nous ! »

Un baiser, voilà, la plus sobre expression de notre amour, et ce fut-là aussi celle de notre mariage. Nous n’avions que nous deux pour ce faire et en témoins notre propre parole. En effet, pour que je ne la quitte jamais elle fit de moi un dieu. Je ne compris pas d’abord qu’elle était mon pouvoir ou qu’elle était ma fonction. Cependant, en donnant quelques regards aux autres, je pouvais sentir si leurs désirs étaient guerriers ou non. Je n’avais toute ma vie aspirée qu’à la paix, alors j’en serais le dieu et je la répandrais partout. Telle est ma volonté.

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 08 Déc 2025 à 09h18

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