Narrateur : Léandre

J’avais reçu une lettre provenant tout droit des Terres Du Sud, je ne savais guère quoi répondre. Ali De Sahra, écrivait pour se plaindre d’Alexandre. Pourtant celui-ci était d’un âge certain, il frisait les soixante-dix ans maintenant, il devait si connaître, son refus devait être justifié. Tss… Je pouvais cependant comprendre, les impressions de ce jeune homme, j’étais dans une situation délicate. Il me fallait envoyer une lettre à mon émissaire, mais que dire, je suppose qu’il me fallait lui demander des explications, les raisons pour lesquels, il ne voulait pas le recruter, quelques choses dans ce genre-là. Je n’arrivais pas à formuler les mots sur le papier, donc je décidai d’aller promener afin d’avoir les idées claires.

J’avais réussi à m’éclipser dehors, en échappant à mes gardes, je gambadai donc sur les routes et à travers champs, autour du château. Cela me rappelait le passé, quand je vivais encore dans mon village de bûcheron, parfois Horacétius me laissait courir jusqu’aux champs, du village, qui se trouvait à moins d’un kilomètre. C’était le bon temps, un temps avec moins d’obligations, un temps où je pouvais être seul, et errer librement. Les blés blonds qui levaient leur tête vers le soleil avec grande insolence, montrant leurs épis à la face du monde, défiant avec fierté la mort, avec l’air de crier à celle-ci, Nous sommes vivants ! Nous grandissons ! Cela m’emplissait de nostalgie, je touchai ces céréales du bout de mes doigts en promenant, parfois, j’étais en retard pour mes leçons, alors Horacétius venait me chercher et me sermonnait à propos de ma mauvaise conduite et l’importance de la ponctualité. Alors, il me ramenait à la maison, en m’expliquant, comment pousser ces petites plantes si nourrissantes, leurs importances et l’art de leur plantation.

Sur un des petits chemins qui reliaient les champs entre eux, je croisai un petit garçon à l’air angélique, je n’y prêtais guère attention, cela devait être un enfant d’un de ses paysans qui travaillait non loin du château et qui avait échappé à la surveillance de ses parents.

Il me demanda, « Que fait de beau le grand roi, l’élu, en une si belle journée ?

- Je songe à l’avenir. », répondis-je interpellé.

Comment pouvait-il savoir cela ? Certes, je ne devais pas être un illustre inconnu, mais à part la noblesse et les autres souverains peu pouvaient se vanter de connaître mon visage.

« J’espère que vous songez à la grandeur du royaume, roi Léandre. »

Il y avait quelque chose qui clochait avec cet enfant, il ne me semblait pas être ce qu’il prétendait être.

Je lançai une question, « Je me demande bien ce qui fait la grandeur d’un royaume ?

- Sa capacité à accumuler des richesses, du pouvoir et du prestige. (Non, rien de tout ça, ce n’était que des vanités.)

- Non, je ne pense pas à quoi bon… Si c’est pour que ses habitants soient malheureux. Je préfère voir le sourire des gens plutôt que l’or dérobé à mes ennemis. (Je n’avais même pas dit ces mots avec des grands airs, je les pensais sérieusement.) Mais je suppose que vous qui n’êtes pas un enfant, ni même un humain, vous le comprenez bien, n’est-ce pas ? »

L’enfant sourit affichant un côté moqueur, il était guilleret. Il avait un beau regard sur ce visage qui me paraissait si innocent, mais l’était-il vraiment ?

Il me répondit, « En effet… Ce discours, je l’ai déjà beaucoup trop entendu pour le croire. Sais-tu à qui tu parles l’humain ?

- Non, mais je sens que vous allez bientôt me le dire. (Il ricana, et ses yeux verts, me parurent similaire à ceux d’un reptile.)

-Je peux même vous le montrer. », dit-il avec fierté.

Une aura de ténèbres familière l’entourait alors qu’il montrait ses yeux de dragons qui me faisait face. 

J’articulai, « Nécronion…

- Lui-même pour vous servir. (Les mots étaient sortis avec tendresse, il n’y avait aucune intention malicieuse derrière.)

- Que me veux-tu ?

- Discutez avec toi, mais tu m’as déjà dit ce que je voulais savoir. Si tu tiens vraiment au bonheur de ton peuple alors écoute-moi. »

Je ne savais pas s’il était bien sage de suivre son ordre, mais il avait dit quelque chose qui m’intéressait. Je sentais le poids de ses yeux verts qui attendaient une réponse et mon approbation. Je lui accordais d’un signe de tête.

Il continua ses propos, « Tu ne penses tout de même pas que les dieux sont pétris de bonnes intentions à l’égard des humains. (Je n’affirmai ni n’infirmai cette proposition.) Leurs temples n’ont pas été désertés pour rien, par le passé… Puis, ils ont eu l’idée de cette petite prophétie… Dont tu es l’élu, l’effet fut immédiat, les fidèles revinrent. (Si Horacétius avait été là, je lui aurais demandé, s’il avait été témoin de ce temps-là.) Cependant, crois-moi, si après que tu as accompli ton rôle, ils se détournent d’eux, alors…

- Alors, les dieux pourraient faire du tort à ce monde… », répondis-je inerte.

« Oui, malheureusement… », ses mots avaient été prononcés avec tant de gravité.

Il disparut, me laissant en proie à une intense réflexion. Je ne savais pas s’il mentait ou s’il disait la vérité. Cherchait-il à m’éloigner des dieux dont j’étais l’élu ? Cela serait à son avantage. N’importe, je décidai d’ignorer ses paroles, elles étaient sûrement pernicieuses. Je vis alors, Théodore s’entrainer en contre-bas dans une plaine couverte de coquelicot, belle petite fleur rouge, aux pétales délicats. Il n’était pas encore parti, car le voyage était long et il requérait beaucoup de préparation. Je suppose que cela était une des pauses qu’il s’accordait au milieu de ses préparatifs. Je voulus le rejoindre, car me défouler dans un duel amical, me permettrait de ne plus penser à tous ses problèmes qui me tombaient dessus récemment, cependant je remarquai une fille qui l’observait cachée dans un buisson, ce qui m’interrompit dans mon élan. Je me rapprochais alors, afin de voir de quoi il en retournait.

Elle dut me remarquer, car elle sortit de sa cachette, je m’aperçus alors que c’était une jeune femme. Elle avait la taille fine, les yeux marron comme le chocolat, les cheveux roux en bataille. Elle se tenait d’une manière qui semblait indiquer qu’elle ne venait pas d’une famille noble, mais plutôt de la paysannerie, mais au regard de sa tenue, d’une famille, un peu plus aisée que les autres.

Elle me demanda, « Je vais être puni, c’est ça ?

- Pourquoi ? (Elle se sentait coupable de quelque chose à l’évidence.) Enfin, je veux dire que faisiez-vous ?

- J’espionnais l’entrainement de messire Théodore… C’est ma seule occasion de pouvoir admirer un homme si formidable. (Elle rougissait en prononçant ces mots, quelque chose me disait que ce n’était pas que de l’admiration pieuse.)

- Allez lui parler, je suis sûr qu’il sera ravi. (En tout cas, bien plus que de se faire espionner de la sorte.)

- Mais une paysanne et un chevalier qui converse de façon… (Elle rougissait, oui bonjour l’esprit mal placé d’ailleurs.) Disons que ça ne se fait pas.

- Espionner les gens depuis un buisson non plus. (La jeune fille parut dérangée.)

- C’est vrai, mais… Je suis timide.

- Je peux peut-être vous aider. (Je voulais régler cette histoire, c’était ma bouée de sauvetage, pour échapper à mes problèmes au moins temporairement.)

- C’est-à-dire ? (Elle me dévisageait avec inquiétude, elle devait se méfier de moi.)

- Je vous présente à Théodore et je lui demande de venir vous parler. C’est simple non ? 

- Très bien, faisons ça ! », cria-t-elle enthousiaste.

J’interrompis son entrainement, ce qui sembla l’agacer. Je lui parlais donc de la jeune fille qui l’espionnait. Il grogna comme un chien énervé et ne me répondit point, cependant il se dirigea malgré tout vers la femme. La situation ne semblait pas être à son goût, mais il se débrouillera bien comme un grand. S’il ne voulait pas la voir, si les sentiments n’étaient pas réciproques, il lui dirait, n’est-ce pas ?

J’entendais leur petite discussion depuis en bas, et elle semblait essayer de le faire rire, en lui racontant sa vie et l’absurdité de la situation. Je pensai qu’ils formeraient un couple plutôt mignon, je voulais bien jouer le dieu de l’amour pour eux, où plutôt le messager d’Aimée, la déesse de l’amour.

Enfin, assez batifolé, il me fallait maintenant, donnez une réponse à la lettre d’Ali, après tout, cela faisait trois jours voire plus qu’il attendait ma réaction à ce message.

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 18 Nov 2025 à 18h41
Donc un chapitre en plus, pour me faire pardonner !

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