Narrateur : Ali

Je m’acclimatai plutôt bien à ma vie ici, ma femme Delila me manquait tellement que je songeai à la faire venir. La pauvre devait aussi s’ennuyer loin de moi. Je trempai ma plume dans l’encrier et je m’apprêtais à lui écrire un message, lui demandant de me rejoindre, si elle le souhaitait. Je levais la tête pour demander l’inspiration au nécessaire au ciel et aux divinités, quand je vis un pigeon voyageur à ma fenêtre, il avait une lettre à sa patte. Je la récupérai, il y avait dessus le sceau de mon père.

J’ouvris le message en cassant le cachet1avec un couteau.

Les premiers mots étaient, « Mon cher fils, j’ai besoin de ton aide. »

A ce moment-là, j’avais presque déjà envie de jeter le message, je connaissais mon père et il trouvait toujours le moyen de m’attirer dans des problèmes et surtout les siens. Cela étant, je décidai malgré tout de continuer ma lecture. C’était peut-être une bonne nouvelle qui sait ?

« En effet, nos chers voisins, malgré ton mariage avec leur princesse semblent vouloir nous rester hostiles. Tu es un des éléments les plus importants du royaume, alors rejoins-moi et prouves que tu es le digne héritier du trône.

Ton cher père, Omar. »

J’étais un peu perturbé par ça, je me demandai si ce n’était pas une machination de sa part pour les envahir. Il en était tout à fait capable. Je ne savais pas, si je devais répondre à sa demande. Cependant, si telle était son intention, il pourrait demander à un de mes frères et me déshériter ensuite. Enfin, je n’étais pas non plus assoiffé de pouvoir, mais quand même. Qui plus est, si j’étais déshérité, Léandre devrait recommencer à nouveau des démarches auprès d’eux pour produire une nouvelle alliance pour le projet divin. Quelle histoire complexe !

Je reçus alors un autre message transporté par un corbeau, c’était le signe que c’était Delila qui me l’envoyait. Il était fermé par son sceau qui représentait un corbeau qui déployait ses ailes. Je le fis sauter avec un couteau en essayant de ne pas l’abimer. Je voulais le conserver pour me rappeler sa présence même si elle était si loin de moi.

J’ouvris enfin la lettre, elle commençait, ainsi « Ali, mon bien aimé. Ton père souhaite conquérir, Xernes, mon royaume de naissance pour satisfaire ses ambitions ridicules. Pitié, ne le laisse pas faire. Rejoins-moi, je t’en prie.

Signée, Delila. »

J’étais choqué par ça, il se passait bien quelque chose d’étrange. Je commençai à rassembler des affaires pour mon départ précipité. Il fallait que je retourne là-bas pour éclaircir cette histoire. N’importe, si je filais comme un malpoli, la situation était trop urgente pour que je me fende en politesse inutile. J’avais un sac et je me précipitai à travers les couloirs afin de rejoindre les écuries quand je croisai Théodore avec son visage sinistre, je le trouvais effrayant ainsi.

Il me saisit le poignet et me demanda, « Où vas-tu ?

- J’ai une affaire à régler… », répondis-je avec fermeté et une faible envie de discuter.

Il ne semblait pas décider à me laisser partir, il continua son interrogatoire, « Ali, c’est ça ? Quel genre d’affaire peut-on avoir à régler à minuit ? (Il rougit gêné et je crus comprendre ce qu’il avait cru avoir sous-entendu.) Enfin, je veux dire avec des bagages en mains.

- Je peux te retourner la question. (Je décidai de jouer à fond sur son trouble.) À moins que tu fasses ce genre d’affaire que l’on peut régler à minuit. (Il était rouge pivoine.)

- Non du tout, simple insomnie. (C’est vrai qu’il avait l’air fatigué, il avait beaucoup de cernes.) Il semblerait pourtant que je pourrais peut-être te venir en aide. Tu me parais préoccupé.

- Tout t’expliquer risquerait d’être long. (Je réfléchissais encore à sa proposition, je lui tendis alors les deux messages.) Lis-les et tu comprendras tout. »

Il grimaça à la lecture de la lettre de mon père, il semblait comprendre que la situation était urgente. Il eut un petit sourire quand il lut la lettre de ma femme. J’avais un petit sourire gêné moi aussi. Pourtant, je n’avais pas à rougir de mon amour.

Il me les rendit et répondit, « En tant que personne extérieure à ce conflit, je pense pouvoir apporter une autre vision de la situation. (Il avait raison, et puis un peu d’aide ne ferait pas mal.) Si bien sûr, tu souhaites mon soutien. »

La proposition me semblait intéressante, en effet, une aide extérieure ne serait-ce pas de refus. Il fut ravi de m’accompagner quand je donnai mon accord d’un signe de tête. Je pensais que c’était un homme sinistre, mais je ne pouvais pas me tromper plus. Il avait une lumière qui éclairait son cœur et parfois elle faisait surface comme en ce moment-là.

Nous prîmes nos chevaux à l’écurie, je donnais quelques coups de brosses à ma jument, avant de la seller. J’avais toujours l’esprit soucieux, ma femme, mon père qui croire… Voilà, le nœud de mes tourments et cela ne risquait pas de s’arranger de sitôt. Ne pouvaient-ils donc pas se tenir tranquille ces deux-là ? Surtout mon géniteur.

Sur le trajet, il me lança, « Nous n’avons pas été proprement présentés ! Je suis Théodore, et toi ? »

Je répondis ironiquement, « Tu connais déjà mon nom et tu ne t’épargnes pas les familiarités à ce que je vois. 

- Je suis désolé, si je vous ai offensés. », dit-il avec modestie.

Il semblait embarrassé maintenant et cela me faisait sourire. J’avais assez à me préoccuper pour m’éviter une conversation avec un homme aussi trivial.

On put à peine faire dix pas qu’il me demanda, « Peux-tu m’expliquer plus en détails la situation ?

- Ça risquerait d’être un peu long. (Il me semblait lui avoir déjà dit ça. Au moins, il s’intéressait à sa mission, je ne pouvais pas lui reprocher.) Disons que les Terres Du Sud sont divisées en deux royaumes distincts, le mien et celui de Delila. Ils ont été longtemps en guerre pour la domination du territoire, le nôtre est actuellement le plus vaste, cependant je pensais que mon mariage avec une de leurs princesses allait instaurer une paix durable. (Je pensai à ma tendre épouse que j’aimais tellement.) Il semblerait que je me sois trompé. »

J’avais fait court, mais comment résumer de façon compréhensible, un conflit millénaire. Je pensai avoir malgré tout fait quelque chose de bien. Enfin, quelque chose qui lui donnait un aperçu de la situation actuelle. Théodore avait un air si sinistre et je voyais bien qu’il ne savait pas quoi dire. Je songeais alors à détourner le fil de la conversation. Cela me ferait du bien aussi.

Je lui demandai, « Au fait, comment vas-tu depuis ta convalescence ? (Je pensais maintenant que c’était une question osée.)

- Bien… (Menteur ! Menteur ! Voilà ce que je pensais.) Ce n’est pas l’épreuve la plus difficile que j’ai eue à traverser là-bas.

- Que s’est-il passé ? (Son regard était affligé et son esprit semblait ailleurs.) Tu n’es pas obligé de répondre si c’est trop indiscret…

- Mon père et moi… Il ne m’a jamais aimé… C’est compliqué… J’étais le fils en trop, celui dont on ne sait pas quoi faire… On ne devrait pas parler de ça, parlons de choses plus heureuses. (J’étais curieux, mais plutôt d’accord. Je ne voulais pas l’embêter avec une curiosité déplacée.)

- Tu verras quand nous arriverons aux Terres Du Sud, tu seras surpris par la beauté du lieu.

- J’espère bien ! 

-Si tu veux, je peux te conter quelques légendes locales, il n’y en a des marrantes, intéressantes ou les deux.

-Je veux bien les entendre. »

Il était tout sourire et cela me réjouissait. Je pensai lui raconter la légende de l’homme qui avait sauvé un dragon, c’était quelque chose de léger, une petite fable, avec une morale, qui disait que même si on pouvait se trouver insignifiant par rapport aux autres, cela ne voulait pas dire que l’on ne pouvait pas être utile un jour. Cela sembla l’amuser un peu, pourtant j’étais un piètre conteur, si vous voulez mon opinion. N’importe cela m’occuper aussi un peu l’esprit, alors, je voulais bien lui en conter d’autres.

Tout se déroula bien, pendant le trajet, on mit à peu près trois, quatre jours en se précipitant pour rejoindre mon père, à son château. Je le vis de loin, une belle citadelle à flanc de montagne, pierre taillé et pierre naturel se fondaient l’une dans l’autre, le but avait toujours été de montrer notre technè et notre art aux autres nations. Sans pour autant dire que nous nous considérions comme les meilleurs, et se donner une image de gens emplis d’orgueils et d’hubris. Lorsque nous arrivâmes au palais, mon père nous accueillit avec un grand sourire. Je lui expliquai donc la présence de Théodore à mes côtés. Il sembla contrarier que j’amène un étranger dans nos affaires, mais il ne paraissait pas lui en tenir rigueur, par contre, c’est à moi qui l’en voulais pour avoir commis cette erreur. Pourtant pour mon retour après plusieurs mois d’absences, il décida d’organiser une fête pour célébrer ma venue.

Avant la célébration, j’avais fauché compagnie à mon père qui discutait avec Théodore pour rejoindre Delila. Elle me prit dans ses bras, car elle était tellement heureuse de me revoir. Un grand sourire avait conquis mes lèvres. Cela faisait plusieurs mois que l’on ne s’était vu et une abondante correspondance n’aurait jamais pu combler son absence.

Toute fébrile, elle me dit, « Je suis heureuse de te retrouver… La situation pourrait enfin être arrangée. J’ose espérer que ton père entendra raison et renoncera à ses projets de conquêtes.

- Tu le connais, il sera complexe de le faire fléchir, en particulier si ton royaume témoigne une réelle hostilité envers le nôtre. (Elle sembla fâchée.) Non, pas que je les accuse de quoi que ce soit.

- Tu fais bien de considérer toutes les hypothèses et tu verras bien de tes propres yeux. (Elle eut un sourire tendre.) Maintenant, il est temps de te préparer pour la fête. »

J’avais revêtu mon costume blanc serti de dorure légère qui formaient des fleurs de lotus sur les manches et sur la chemise des bébés panthères. Je me sentais ridicule accoutrés de la sorte, ce n’était pas pour moi, je préférais des tenues plus légères. Pour un surplus d’élégance, je portais à ma taille mon arme, un cimeterre. Delila quant à elle était revêtue d’une robe noire cousu de filament d’argent qui formaient autant d’étoiles brillantes qu’avait le ciel. Elle me ravit le regard à défaut du cœur qu’elle avait déjà.

Mon père avait fait revêtir quelque chose de plus à propos pour la fête à Théodore, il était simplement tout de blanc revêtu. Mon paternel quant à lui portait une chemise blanche richement décorée de fils d’or qui formaient des panthères et de fils d’argent qui représentaient les tâches de l’animal. Il portait même une peau de cet animal sur ses épaules. Il faisait montre de toute sa richesse et il montrait aux yeux de tous pourquoi on l'appelait la Panthère Du Désert.

Le pauvre Théodore semblait un peu perdu au milieu de ces festivités. Il ne devait pas avoir l’habitude, je m’assis à côté de lui pour le guider, ou au moins le rassurer. Lorsque tout le monde fut enfin attablé, mon père se leva un verre à la main.

Il commença un discours maladroit, « A mon cher fils qui est enfin de retours parmi nous. Lui qui est notre héros, il repoussera nos ennemis et nous couvrira de gloire. (Je trouvai le ton bien hostile, il ne semblait pas vouloir négocier avec eux.) Notre allié, le seigneur Léandre nous a même envoyé un représentant pour nous soutenir, nous prévaudrons. (Théodore avait l’air fière, mais il avait aussi le rouge aux joues, il voulait l’attention malgré une certaine timidité. La dualité d’un homme.) Je lève mon verre aux succès de cette entreprise et de nos projets. »

Je contre-argumentais, « Avant de songer à vaincre songeant à la diplomatie. Nulle offense n’est irréparable et je ne sais de quoi on les accuse. »

Toute l’assemblée auparavant joyeuse bascula dans un silence inquiétant. Mes paroles avaient plus à Delila. Celles-ci au contraire semblaient avoir offensé mon père.

Il argua2, « Tu fais donc cela pour les beaux yeux de ta femme, nous savons tous deux où va vraiment ton cœur et ta raison.

- Oui, à la justice. », m’écriais-je solennel.

Je quittai la table en entendant mon père crier ne t’érige pas en parangon3 de la justice. Très bien, la division entre nous deux était désormais actée et qui sait ce qu’elle amènerait.

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 26 Nov 2025 à 08h29

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