Narrateur : Horacétius

Après ce qui s’était produit au village, je décidai de me rendre auprès de Nécronion. Je bouillais de colère, il fallait que j’obtienne des explications. Autrefois, avant qu’il ne s’oppose aux autres dieux on lui rendait un culte. Les adeptes pensaient qu’en priant le dieu de la mort, leur vie serait plus longue. Cependant, cela était faux, il était rigoureux, quand la fin était là, elle venait qu’on lui vouait un culte ou pas. Ainsi, on l’avait abandonné, on avait abattu tous ces temples, de nos jours, il ne lui en restait plus qu’un, il était à l’abandon, mais je savais que je pourrais lui parler là-bas. Ne serait-ce que donner de l’attention, à son autel, le surprendrait assez pour le faire venir.

L’endroit ressemblait plus à l’intérieur d’une salle du trône qu’à un lieu de culte. Il était cependant envahi de toile d’araignée et de poussière. Il n’y avait aucune statue contrairement aux habitudes et aux usages. Je ne saurais pas dire, si c’était parce qu’il n’y avait jamais eu ou parce qu’elles avaient entièrement été brisées ou volées. Il y avait cependant quelques vieilles tapisseries qui représentaient Nécronion sous diverses formes, son horrible apparence de dragon nécrosé qu’il ne montrait que quand il s’agit d’effrayer ses ennemis, et la seconde celle avec des yeux verts dignes des écailles d’un serpent, décidément, il tenait plus du reptile que de l’homme. Je m’approchai de l’autel, il était fendu et j’espérai que cela fonctionnerait malgré tout. Pour prier un dieu, il fallait qu’il soit en parfait état ou au moins que sa structure principale soit intacte. Peut-être bien que ne serait-ce que m’entendre prier son nom lui suffirait à venir.

Les ténèbres qui m’entouraient et qui étaient miennes vibraient au rythme de mon cœur. L’inquiétude me saisissait de façon poignante. La présence de mortifère de Nécronion se faisait sentir dans mon dos.

Il me demanda ennuyé, « Que me veux-tu Horacétius ?

- Nécronion… (Les mots me restaient en travers de la gorge.) Pourquoi as-tu demandé à tes démons de faire le mal ?

- Je leur ai dit de faire ce qu’ils voulaient, ils ont fait leurs choix. La mort est au-dessus du bien et du mal, elle saisit tout le monde à égalité, nul ne lui échappe dans le royaume des mortels. »

Je me tournai vers lui, il était assis sur une pierre taillée comme un trône. On aurait dit un enfant roi, ou alors les enfants que l’on pensait être l’incarnation d’un dieu. Nécronion se tenait nonchalamment, il me contemplait avec ses pupilles toutes reptiliennes. Il ne montrait que rarement ses traits plus draconiques quand il apparaissait sous la forme d’un enfant innocent. Cela me montrait qu’il était en colère et qu’il aurait pu apparaître sous sa forme de saurien1 nécrosé rien que pour m’effrayer. Il voulait me mettre mal à l’aise à l’évidence, c’est pour cela qu’il avait choisi cette incarnation.

Je posais cette question qui me tourmentait depuis longtemps, « De quel côté es-tu ?

- Et toi alors ? Parfois, tu œuvres à réaliser le plan des autres dieux parfois le mien. Alors, il est temps de faire ton choix. (Il avait un sourire mesquin et désagréable.) Je ne te le demanderais qu’une seule fois.

- Je te l’ai déjà dit, je suis du côté de l’humanité. (Je le toisai avec grande conviction.)

- C’est drôle… (Il gloussait en réponse à ma question.) C’est le mensonge que tu te donnes, pour te leurrer avec des buts nobles, mais la vérité est là, les ténèbres qui t’entourent ne révèlent que la noirceur de ton cœur. Tu n’œuvres qu’à ton meilleur intérêt. (Il sonnait comme un sermon, comme une vile prêche qu’il donnait sur ma nature, je n’appréciais pas cela et pourtant j’avais une impression tenace de vérité.)

- Tu mens… Tu mens toujours… Tu manipules… Tu triches avec la réalité… Quel est ton plan Nécronion ? », j’articulais ces propos terrorisés par sa puissance écrasante.

J’étais perturbé, il me regardait furieux, ses dents étaient celles d’un dragon, sa peau commençait à se nécroser. Il ressemblait plus à démon qu’à un enfant. Je tremblai de peur malgré moi.

Il me répondit dédaigneux, « Rien que tu ne puisses empêcher. Je crois que j’ai déjà trouvé mon élu. (Il souffla et me regarda avec malice et cruauté.) Cependant, il est temps pour toi de montrer ton vrai visage au monde entier.

- Que veux-tu dire ? »

J’étais paralysé par la terreur, je savais que quelque chose de mauvais aller se produire. C’était bien la première fois que je me retrouvais dans cet état. Nécronion me plaqua au sol avant même que je n’eusse le temps de faire quoique ce soit.

Il me lança, « J’ose espérer que mes invités pointeront le bout de leurs nez. Cela serait vraiment offensant, s’il ne venait pas. »

Une voix connue s’éleva alors, « Que veux-tu donc me montrer Nécronion ?

- Ludie… » articulais-je surpris en essayant de me tourner vers elle.

Il m’explosa la tête contre le sol en pierre en criant, « Tais-toi donc insolent ! Tu parleras quand on te le demandera. »

Mon nez s’était brisé, le sang se déversait dans ma bouche et je manquai de m’étouffer moi-même. La déesse avait un regard réprobateur à l’égard de son confrère. Je ne pouvais pas voir le visage de Nécronion, mais je supposais qu’il devait avoir un grand sourire.

Il lui répondit, « Patience Ludie, attendons les autres invités. »

Printemps, divinité dont le nom est éponyme à sa fonction apparue. C’était un renard roux dont les pattes étaient couvertes de fleurs des champs qui ne naissaient qu’aux printemps. C’était une entité dont j’appréciais la compagnie. Elle était délicate comme le printemps, elle jonchait tous les chemins où elle passait de fleurs printanières si jolies qu’elles ne pouvaient que rendre heureux.

Elle s’exclama, « Mon pauvre Horacétius !!! »

L’Hiver qui était un renard polaire apparu lui aussi, il était un peu plus froid qu’elle, il avait un pelage blanc couvert de flocons de neige, il se montrait distant et froid, mais quand on le connaissait bien, il était doux et amical, j’aimais souvent parler avec lui de sujets philosophiques. Il couvrait le sol d’une délicate surface de givre partout où il posait ses pattes.

Il demanda, « Pourquoi Horacétius est plaqué au sol ? »

Automne était là aussi. Il était un cervidé avec des feuilles de vignes dans les bois. Du quatuor des divinités des saisons, il était assurément le plus grand et aussi le plus mystérieux. Il avait un pelage de la même couleur que les feuilles marron mordorés qui tombaient des arbres, une fois venue la saison où tout se préparait au rude hiver. Il était calme et posé, parfois il me prenait de promener avec lui dans les forêts où il m’apprenait à écouter la nature et les animaux.

Il lui répondit, « Hiver, je me demande surtout pourquoi Nécronion s’en prend à notre ami ? »

Été, lui était une cigale qui parlait avec ses ailes, je ne savais comment elle pouvait réussi à émettre des sons humains, ainsi, je suppose que c’est ce que l’on appelle le mystère de la divinité. C’était assurément celle qui avait l’apparence la plus banale et la plus extravagante à la fois, c’était le seul insecte parmi les quatre. Il était aussi le plus chaleureux de tous, partout où il passait, il faisait entendre son chant et il avait grande joie à me donner des concertos privés à chacune de mes visites.

Il lança, « Il a peut-être bien quelques secrets. »

Mes amis, les divinités des saisons étaient donc venues pour assister à ma chute, et comme de bons amis, ils se souciaient de mon sort. J’étais heureux d’avoir une pareille preuve d’amitié, mais j’aurais aimé l’avoir dans d’autres circonstances.

Nécronion demanda surpris, « Est-ce là dont tous les dieux qui se soucient d’Horacétius ? »

Ludie répondit, « Nul ne l’aimait… Il n’est guère qu’ami avec ces quatre-là. (Pourtant, toi aussi, tu es venu. Parfois, je me demande si tu te rappelles notre passé ensemble.)

- En même temps, qui aime les traitres ? (Il me regardait dédaigneux et en ricanant.) Non, crois-moi, il ne travaillait pas pour moi, pas plus qu’il ne travaillait pour toi. Il ne se bat que pour lui !

- Je me bats pour l’humanité ! », répondis-je courroucé par ces accusations frauduleuses.

« Menteur !!! », hurla Nécronion.

Il me compressa tellement la gorge que je ne pouvais guère plus respirer. Les ténèbres qui étaient miennes profitèrent de cet instant de faiblesse pour me consumer. C’était comme un millier d’agonies, une chose qui étouffait toute la lumière d’un être, sa raison même de vivre, c’était comme devenir une coquille vide. J’étais comme les enfants, j’avais peur de l’obscurité. J’en pleurais, je voulais crier et supplier Nécronion, mais je ne pouvais pas. Le sang qui coulait dans ma gorge m’empêchait de parler et m’étouffait. Cette souffrance me sembla être éternelle comme l’était ma vie.

Ludie s’exclama, « Arrête Nécronion ! »

Il me laissa reprendre mon souffle, c’était comme si j’essayais de manger après une période de jeûne prolongé. C’était précipité et chaotique.

Nécronion lança à l’assemblée, « Vous l’avez tous vu ! Son cœur est noirci par l’obscurité, c’est la preuve de la duplicité de sa nature. Il est temps qu’il reçoive son juste châtiment. N’êtes-vous pas d’accord ? »

Un lourd silence s’abattit sur les autres. Tous semblaient afficher une expression de dépit ou de dégout sauf Été, mais lire les expressions d’une cigale semblait complexe. Ils ne savaient pas quoi dire et cela ne me semblait pas être bon signe. J’avais l’impression qu’il réfléchissait à un cruel châtiment.

Nécronion constata alors, « Il semblerait que nul ne soit prêt à le châtier. Très bien, alors je le ferais moi-même. (Il fit apparaître des chaînes et me lia les poignets, il les fit tendre de telle sorte à m’écarteler.) Horacétius, je te condamne à la corruption de ton corps pour l’éternité, chaque fois que tu utiliseras ta magie cela sera comme mourir. Chaque fois, que tu proféreras un mensonge cela sera pour toi comme souffrir le martyr. Tu porteras à jamais ces souffrances pour témoigner de la duplicité de ton âme. Nul plus jamais ne sera dupé par ton hypocrisie et tes dissimulations. »

Nécronion me lâchait et il arborait un sourire mauvais. Je l’ignorais cependant je me remettais debout et je chancelais un peu. Je repris mon souffle, dévisagea toute l’assemblée qui était choquée par les derniers évènements. Cependant, malgré tout, je ne pris pas en compte ses avertissements. J’utilisais un sort pour guérir mon nez brisé. Il n’avait pas menti, c’était comme mourir. À cause des épreuves subit et cette dernière souffrance, j’en perdis connaissance.

Fin de la partie 3

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 22 Nov 2025 à 08h49
Fin de la partie 3

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