Narrateur : Nécronion

J’avais peut-être un peu forcé sur la bouteille, mais un dieu peut bien se permettre ce genre d’excès. J’étais avachi sur mon trône couvant mon vin, je repensai à cette entrevue avec Théodore. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi j’étais allé le voir surtout ivre mort. En plus, pour pleurnicher sur mon sort comme un minable… Quelle humiliation !

Et puis d’abords, non, ça ne me posait pas problème d’être omis de tous, d’être le concept même d’abhorrer. Alors, pourquoi est-ce que mes yeux versaient des larmes ? J’attrapai ma bouteille au pied de mon trône, avec difficulté, je fis sauter le bouchon et j’essayai de boire le contenu, mais le cœur n’y était pas. Je soupirais comme un soupirant qui pense à son aimée, en songeant à ma vie. J’entendis alors des pas résonner contre la pierre.

Je lançai en colère, « J’avais dit que je ne souhaitais être dérangé par personne !

- Allons, on n’a pas de temps pour sa mère. », dit l’intruse d’une façon si impérieuse.

Je me paralysais à l’entente de cette voix, la déesse de la vie, ma mère était juste là. J’avais dû mal à la regarder en face.

J’articulai, « Vi, que me veux-tu ?

- Vi, c’est donc ça le nom que tu me donnes, maintenant. (Je pouvais sentir son sourire mesquin.) Je viens pour punir ton insolent comportement, fils indigne.

- Et toi, alors ?! Tu es une mère indigne ! Tu m’as abandonné, car je n’étais pas un dieu du domaine que tu espérais. »

Je fis par mégarde l’erreur de ne pas la regarder par dédain, et elle me planta une dague dans la poitrine, du sang perlait sur mes lèvres. Je fus surpris par ça.

Elle articula, « Tu es indigne d’être un dieu, il est temps d’en finir. »

Je sentis alors que mes pouvoirs avaient disparu que je n’étais plus qu’un simple mortel. Je craignais ma propre mort, moi qui avais régné sur ce concept en maître pendant des millénaires, comme c’était ironique. La plus humaine de toutes les peurs, était la première qui s’offrait à moi, le moment même où je devenais l’un des leurs. Un autre pas plus lourd se fit alors entendre, je tournai ma tête et je crus distingué Horacétius de mon regard flou qui mourrait avec la perte d’un sang si vitale.

Il déclara, « Vitae, tu prends donc la divinité de ton fils !? (Il me regardait avec un mélange de mépris et de pitié.) Un filicide1 n’est pas digne de toi ! Laisse-moi porter le coup fatal. »

Elle eut l’air de réfléchir un peu puis elle eut un sourire qui me fit frissonner.

Elle dit en jubilant, « Vas-y Horacétius ! Après tout, il t’a infligé bien des horreurs avec son châtiment, tu mérites toi aussi ta vengeance. »

Elle disparut, elle lui faisait sûrement confiance ou alors elle n’estimait pas que j’étais assez digne de son attention pour qu’elle se donne la peine de rester. Je m’inquiétai un peu de ce qu’avait en tête ce vil magicien. Il s’approcha de moi, il saisit la poignée de la lame, je crus qu’il allait l’enfoncer encore plus profonds pour m’achever. Il retira l’épée et je crus qu’il voulut me voir m’étouffer dans mon propre sang, par sadisme pour se venger de son châtiment. Il posa sa main sur ma plaie, psalmodia quelques mots. Je ne sentis alors plus la douleur, ni même la blessure. En voulant, me remettre droit, je me mis cracher du sang.

Horacétius avait un air dédaigneux en disant, « De rien. Ne crois pas que je te sauve par sympathie Nécronion, j’ai besoin de toi.

- Merci. », articulais-je confus, mais sincère.

Je défaillis avant de pouvoir en dire plus, l’alcool, le choc, tout ça avait affecté mon pauvre corps de mortel désormais. Je ne sus pas ce qui s’était passé ensuite, mais je me réveillais entouré par des esprits de la forêt. J’étais empli de confusion et je me demandai bien, comment en était-on arrivé là ?

Un des esprits avec une poitrine bien trop généreuse et bien trop découverte qui me mettait mal à l’aise, eut la présence d’esprit de m’expliquer ceci, « Horacétius, nous a dit de te surveiller jusqu’à ce qu’il revienne. »

Prétentieux que j’étais, je répondis, « Ou sinon ? Que peuvent bien me faire des esprits sylvestres ? Vous êtes si frêles et fragiles.

- Tu ne veux pas savoir… »

Elle lui avait donné un tel accent de menace que je songeai qu’il ne valait mieux pas les contrarier. Les autres esprits partirent peut-être pour vaquer à leurs occupations, il ne me restait plus que celle qui m’avait parlé. Comme tous les esprits sylvestres, elle avait le visage fin, pour le reste elle avait des longs cheveux bruns tressés de fleurs, elle portait une couronne faite de végétaux. Les lèvres rouge pâle, les yeux marron comme les feuilles d’automnes, elle portait un généreux décolleté, couleur violette, un pantalon noir avec une mini-jupe à volant couleurs feuilles. Elle me dévorait des yeux et cela me gênait, je décidai malgré ça de l’interroger plus longuement sur la raison pour laquelle Horacétius souhaitait me parler.

Je lui demandai, « Pour quelle raison il souhaite me retenir ici ? »

Elle fit la moue, « Vous n’êtes pas retenu ici, vous pouvez sortir quand vous voulez seulement vous ne pouvez pas quitter la forêt… Tout du moins, jusqu’à son retour.

- Mais pourquoi ? (Je m’inquiétai de ses intentions, je veux dire, je lui avais fait du mal, il devait me détester.)

- Vous lui demanderez quand il reviendra. (Elle tourna sa tête vers la sortie.) Désolée, mais j’ai des choses à faire, je vous laisse.

Elle quitta la pièce. Je tournais mon regard de tous côtés, mais je ne vis rien d’intéressant pour me distraire. Je repensai donc à ce qui s’était produit précédemment. Je n’étais plus qu’un simple mortel, maintenant, cela était un sacré changement. Cependant, Vi ne peut pas laisser le titre de dieu de la mort vacant, elle va sûrement chercher à me trouver un remplaçant. Elle n’appréciait pas grand monde… Je ne voyais donc pas qui elle pourrait bien sélectionner pour me remplacer. Cependant, j’en étais persuadé, elle avait pris mes pouvoirs, car elle a senti que je pouvais menacer sa pseudo-utopie.

Je sortis, les esprits vivaient dans des habitations faites avec ce qu’il trouvait dans la forêt, des arbres, des champignons géants ou des grottes. Je sentais les essences des arbres de la forêt, une bonne odeur boisée et cela me mettait tout de suite de bonne humeur.

Les esprits de la forêt sont des créatures plutôt pacifiques, je savais que j’étais en sécurité, ici, ils ne feront pas de mal sauf si je me montrais hostile. Je n’en avais pas l’intention, j’étais cruel, mais pas injuste. Il y avait de jeunes esprits qui m’observaient, probablement que j’étais le premier humain qu’il voyait. L’un d’eux vint me voir et me posa un millier de questions. Cela m’amusait alors j’y répondis du mieux que je pouvais. Ils voulurent que je leur parle du monde des Hommes. Il n’y avait pas grand-chose de beau dans les affaires humaines, et je ne connaissais pas beaucoup de légendes ou de contes qui pourraient les intéresser, mais je songeais alors que des histoires sur les divinités pourraient leur faire plaisir.

Je commençai mon récit ainsi, « Avez-vous déjà entendu parler de la naissance du dieu de la mort ? (Les jeunes secouèrent la tête en signe négatif.) Ce dieu est le fils de la déesse de la vie, Vitae et du dieu du temps, Minutem, cependant ce n’était pas exactement l’enfant qu’ils espéraient. Ils eurent rapidement en horreur, leur progéniture et ses pouvoirs, alors, il se retrouva bannis et rejeté par tous les dieux. Son cœur fut brisé par pareil évènement, alors, il jura de se venger. Ce n’est que justice ! Ce n’est que… »

Une voix m’interrompit alors, « Ne cherche pas à te mettre en valeur, Nécronion en te faisant passer pour une victime.

- Horacétius, j’ai entendu dire que tu voulais me parler… (Je le regardai, il avait repris son apparence première, tiens.)

- Bien sûr, mais faisons-le en privé d’accord.

- Oui, toujours aussi secret… (Je le dévisageai avec mépris, lui me toisait comme s’il se croyait meilleur que moi et cela m’énervait.) Tu as changé d’apparence à ce que je vois.

- C’est une promesse que j’ai faite… Cette histoire n’est pas de leur fait, je ne fais aucun secret. »

Je le suivis donc dans un coin à l’abri dans un lieu sombre. J’étais plutôt content qu’il ait abandonné son apparence de vieux sages ça ne lui allait pas, il lui manquait la sagesse pour ça. De toute manière, ce n’est pas comme si son apparence véritable était hideuse. Il était brun et avec son don pour les secrets, cela lui donnait un petit côté mystérieux qui pourrait plaire à plus d’une ou à plus d’un.

Il me lança, « Arrête, de me regarder comme ça, c’est gênant.

- Je suis seulement étonné par ce changement soudain de physique. Tu te transformes en beau gosse pour séduire ou bien ? C’est l’arrivée du printemps, tu fais comme les cerfs, tu laisses pousser les bois ? », je me moquais de lui, il rougissait terriblement gêné.

« J’ai fait une promesse, je dois toujours garder cette apparence.

- Tu as renoué avec Ludie, avoue. (J’étais tout à fait enthousiasmé par ça.)

- Peut-être bien. (Il détournait le regard fâché.)

- Que voulais-tu me dire ? (Je voyais bien que je le dérangeai.)

- Je crois bien que tu es la seule personne qui puisse porter les pouvoirs du dieu de la mort sans devenir fou.

- Il faut dire que je suis le porteur original et qui te dit que je ne suis pas déjà fou ? (C’était là une question véritable que je posais.)

- Ta folie est déjà plus agréable que n’importe laquelle que pourrait acquérir l’humain qu’Argine choisirait.

- Je suis d’accord avec toi… Tu veux la convaincre de me rendre mes pouvoirs, n’est-ce pas ? (Il sembla gêné.)

- J’ai essayé… Il va falloir les reprendre à la personne qui les aura acceptés. Enfin, si Argine trouve quelqu’un qu’elle estime de confiance.

- Hum…Je… Peut-être qu’être simple humain n’est pas une mauvaise chose, après tout, tout le monde me haïssait, Nécronion le dieu de la mort, voilà comment il prononçait mon nom avec mépris ! (Horacétius semblait confus et haineux.) Mes propres parents ont pensé que j’étais un monstre avant que je n’eusse le temps de faire quoique ce soit. (Si j’avais été ivre comme la dernière fois, j’aurais sûrement éclaté en sanglot.) C’est à cause de mes pouvoirs tout ça, je n’en veux plus.

- Arrête ! », Horacétius était en colère.

Je ne prononçais plus mots, mais lui continua de parler, « Écoute, je sais que Vi n’est pas tendre et d’après ce que j’ai eu l’occasion d’entendre, elle ne t’a jamais aimé. Cependant, de toi-même tu t’es attiré les foudres des autres. Je veux dire ton châtiment à mon égard est plutôt cruel. (C’est la vérité, au moins sur la punition.) Tu sais quoi même Vi était jalouse de ça quand elle a voulu me punir pour ne pas t’avoir tué. (Je me sentais mal pour lui, elle pouvait se montrer extrêmement cruel parfois.) Passons…

- Non, ne passons pas ! Mère, peut-être mauvaise parfois ! Que… T’a-t-elle fait ? (Je lui pris les mains, et je le dévisageai soucieux.)

- Rien… (Il retira ses mains avec dégoût.) Elle a fait ce qu’elle fait habituellement aux traîtres. Elle m’a marqué du sceau de l’infamie et comme tu as déjà transformé mon immortelle vie en longue agonie, elle ne put rien faire de plus.

- Je suis désolé… Très bien, j’assumerais à nouveau mon ancienne position… Et je… Après ça, je lèverais ma punition sur toi… », articulais-je plein de regret.

Horacétius sembla satisfait, mais je le sentais fébrile et je savais qu’il ne m’avait pas tout dis sur ce que lui avait fait Vi. Il voulut partir, mais il manqua de s’effondrer à terre, je le rattrapai. Je crus l’entendre murmurer un merci. Il avait le souffle un peu rauque et je me fis la réflexion qu’il avait prononcée chacun de ses mots de façon pénible et que j’étais un sot de ne pas m’en être aperçu avant. J’essayai de le faire parler sur ce que Vi lui avait fait, mais il se montra évasif. Il n’admit qu’à demi-mot qu’elle l’avait torturé pour lui faire avouer qu’il m’avait épargné. Horacétius quoique tu aies en tête, tu es un martyre. Je serais meilleur à l’avenir et une fois mes pouvoirs retrouvés, je ferais en sorte que ce monde soit plus beau.

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 27 Nov 2025 à 08h27

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