Narrateur : Léandre

De ce voyage, j’étais plutôt ravie. Cela faisait du bien d’avoir l’occasion de visiter un peu les autres terres. Mon royaume, et celui de Tolma, une petite terre, un peu rocailleuse, mais en allant pour visiter le château, je vis que les paysans étaient résilients et avaient réussi à tirer de leur champ, blés, orges et grains de toutes sortes. Leurs bêtes mangeaient la luzerne des jachères, les grains me parurent déterminés en fonction de ce qui poussait le mieux dans ce sol, de sorte qu’ils arrivaient toujours à avoir de bonnes récoltes.

Le château de ce souverain était dur, castral, prêts pour se défendre en cas de guerre, on voyait bien que c’était un seigneur guerrier, que les batailles étaient communes entre ce royaume et les autres. Je pouvais parfaitement concevoir, que leur roi, s’il était une bonne âme, puisse vouloir rejoindre notre alliance qui n’aspirait qu’à la paix entre tous.

Mon hôte le seigneur Alexandre me paraissait être une noble âme, il connaissait les codes du bout des doigts, j’ai eu l’occasion de le voir, lors de notre premier échange, malgré le fait qu’il était un chef de guerre. Il semblerait que l’habit ne fasse pas le moine, ou tout du moins que sa réputation était certainement largement exagérée. Il était de grande stature, un air noble, le vieux lion au crépuscule de sa vie, s’apprêtant à donner le pouvoir à un plus jeune lion. Il s’était montré très poli avec moi, il devait tenir à ce que ce mariage est lieu.

Au détour d’un couloir, je croisai une jeune fille tout à fait charmante. Pas tout à fait mon style, mais enfin, c’est arrangé, c’est ainsi. Peut-être bien que nos personnalités seraient plus compatibles ? Il fallait l’espérer.

Alexandre lui lança alors, « Allons donc Gwendoline, tu ne viens pas dire bonjour à notre invité ?! »

La fameuse Gwendoline répondit, « Je suis désolé père… Je ne savais pas que cette personne était le souverain Léandre. »

Je répondis gentiment, « Je suis ravie de faire votre rencontre Gwen… »

Elle eut l’air vexé par le surnom que je lui avais donné. Je m’excusai promptement auprès de cette charmante jeune femme aux belles boucles blondes. Elle méritait mieux que quelqu’un qui ne saurait pas l’aimer comme il se doit.

Elle me railla, « Vous vous tenez comme un valet, vous n’avez guère de prestance dans vos manières. »

Son père s’apprêta à la réprimander pour son comportement désagréable.

Je le retins et lança à Gwendoline, « Je ne fais peut-être pas preuve de noblesse d’apparat, mais je serais assurément faire preuve de noblesse de cœur. Si vous acceptez bien entendu ce genre de noblesse, Gwen.

- Gwen ? (Elle était en colère, elle ferait honte aux furies.) Personne n’avait encore jamais osé m’appeler comme ça ! Vous ferez bien d’améliorer vos manières si vous voulez mon cœur ! »

Elle partit l’air de me lancer un défi. Au fait avec ses critiques sur ma tenue on croirait entendre Horacétius, d’ailleurs en mon absence, il régentait le royaume. Cela ne serait pas des noces de tout repos, songeais-je. En attendant le banquet du soir, je pouvais me reposer dans ma chambre. Le voyage avait été long pour le moins, et on s’était pressé comme des citrons, et j’étais complètement vidé de toute énergie maintenant.

Argine m’apparut alors, elle me dit l’air agacé, « J’ai vu ce qui s’est passé avec cette femme tout à l’heure. Je crains que vous ayez fait forte impression. »

Je répondis, « Je suis désolé, Argine… Je n’aurais pas dû la surnommer, Gwen.

- Si vous écoutez mes conseils, je pense que je peux vous aider à arranger la situation. (Elle s’assit sur une chaise, et me toisait comme une grande dame.)

- Vous n’arrangerez rien… Je crains que cette jeune femme et moi ne formerons un couple qui ne sera pas des plus joyeux. Cela serait certainement mieux, si nous nous connaissions depuis plusieurs années. Je ne veux pas la forcer à ce mariage. (J’étais abattu et je contemplais le plafond depuis mon lit.)

- Quel noble cœur Léandre ! Mais vous devez donner un héritier à la couronne ! (Aille, voilà une vérité qui blesse.)

- Ne me rappelez pas mon devoir, Argine ! Je donnerais un héritier à cette maudite couronne ! », criais-je énervé.

Gwendoline rentra dans la chambre à ce moment-là, peut-être que son père l’avait envoyé s’excuser, ça me faisait une belle jambe tiens. Elle s’agenouilla devant l’esprit qu’elle nommait la noble Argine dès qu’elle l’a vu, quant à moi, je n’eus pas le droit à ce privilège. Elle me tendit une boite en me disant que son père lui avait dit de me l’offrir pour se faire pardonner. Gwen voulut partir, mais je la retins pour lui offrir une broche que Horacétius m’avait donné enfant, il m’avait toujours dit qu’il l’avait enchanté pour me protéger. J’avais décidé de tenter quelques choses après tout, fortes fortuna juvat1.

Elle accepta ce cadeau avec plaisir. J’eus l’impression que quelque chose de mauvais m’espionnait, là, tapis dans l’ombre. Argine sembla le sentir aussi, elle eut l’air inquiète. Il y avait un mauvais évènement qui s’apprêtait à se produire. Je défaillis alors, assailli par des forces obscures qui essayaient de me dévorer. Mon âme semblait tout droit se détacher de mon corps et se rendre au royaume des morts.

J’entendis Argine crier à Gwen, « La broche redonne le lui ! Elle le protège de Nécronion ! »

Gwendoline répondit, « A vos ordres, grande Argine ! »

Dès que la broche retrouva sa place originale, c’est-à-dire sur ma poitrine du côté du cœur, la présence maléfique disparue… Si j’avais bien entendu celle-ci se nommait Nécronion. Mon père et ma conseillère m’avaient caché bien des secrets à mon égard, il me faudra les interroger à mon retour.

Je me relevai en ouvrant les yeux, je vis que Argine et Gwen étaient penchées sur moi. J’avais dû leur faire peur, si je m’en référais à leur expression.

Je demandai à l’esprit, « Que s’est-il passé ? »

Elle eut l’air d’hésiter avant de dire, « Nécronion a essayé de dévorer ton âme… Ton ami magicien Horacétius a pris de bien noble et sage précautions à ton égard, Léandre. »

Gwendoline s’exclama, « Qui pourrait bien vouloir s’opposer à la volonté des dieux ?!

- Le dieu des morts, bien sûr. La guerre entre les différents royaumes lui permet d’accroitre ses légions plus rapidement. Les esprits qui ont suivi ses volontés déviantes sont devenues des démons… Enfin, c’est ainsi qu’on les appelle, ils ne sont pas d’une autre nature, seulement à un autre service. », expliqua-t-elle en ayant une expression résignée.

Je m’exclamai emporté par la rage, « Donc ce fameux Nécronion et ses hordes de démons sont à ma poursuite ! Personne n’a trouvé bon de me prévenir ! Ni vous Argine qui êtes censés m’épauler, ni Horacétius mon père adoptif ! »

Je quittai ma chambre précipitamment. Je n’avais pour l’instant franchement pas envie de les voir. Comment osaient-ils me cacher des informations si capitales !? J’arrivais sur la muraille du château, je me mis sur un créneau, mes jambes se balançant dans le vide, je me demandais bien que faire pour affronter un dieu. J’aurais dû rester dans le village, envoyer paître Horacétius… C’est bien trop de responsabilité pour moi.

Alexandre me demanda, « N’avez-vous pas peur de tomber ? »

Je répondis à peine surpris, « Non… (C’était la vérité.) Est-ce que vous avez déjà eu l’impression de vous battre pour rien contre un ennemi invincible ? »

Il sauta pour s’assoir sur un des créneaux à mes côtés, avant de répliquer, « Oui, ça m’arrive souvent, cependant si je n’avais pas su faire face, je ne serais pas le souverain guerrier si redouté que je suis aujourd’hui. (Il était définitivement une bonne personne, je ne m’étais pas trompé.)

- Comme votre fille Gwen l’a si bien dit, je ne suis qu’un valet dans mon comportement, je ne suis pas digne d’être roi… (Je le pensais sincèrement.)

- Si les dieux vous ont choisi, c’est pour une bonne raison ! (Il était agacé par mon découragement.) Qu’importe ce que peut dire Gwendoline ! (Il reprit un air plus doux.) D’ailleurs je trouve ça marrant que vous l’appelez Gwen même enfant, je n’ai jamais pu l’appeler ainsi, elle se vexait toujours… (Je retins un petit rire.)

- Pour sûr, elle a du caractère ! »

Gwendoline finit par arriver et poser ses bras sur un des créneaux. Quel étrange réunion !

Elle me dit après avoir fait cela « Vous êtes là, Léandre ! En train de faire la conversation à mon père… »

Je répondis profondément désolé, « Oui, je crains de m’être légèrement emporté tout à l’heure.

- Non, vous avez eu raison de vous mettre en colère contre Argine et Horacétius. Ils auraient dû vous prévenir au sujet de Nécronion, votre vie est en jeu. (Elle me parut être pleine de probité.)

- Merci de votre compréhension, Gwendoline.

- Plus de Gwen ? Ça va presque me manquer. »

La situation était meilleure désormais entre moi et ma future femme les liens d’une solide amitié c’était dès à présent tisser, peut-être que dans le fond, je commençais à l’apprécier de plus en tant qu’amie ? Si j’avais su que deux semaines plus tard nous serions mariés. L’amour viendrait plus tard ? Ou peut-être jamais ? Pour la légende fondatrice, un beau mariage d’amour serait bien plus beau. Faisons, comme si c’était le cas. UN BEAU MARIAGE D’AMOUR, rentre-toi ça dans le crâne.

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 13 Nov 2025 à 13h02
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