Narrateur : Théodore
Pour une raison que j’ignorais la présence d’Argine me rassurait. J’avais comme l’impression que des ténèbres m’entouraient comme une aura de malfaisance qui cherchait à me dévorer. J’espérais au fond de moi que la présence lumineuse d’un esprit puisse les chasser. Était-ce un songe vain ? S’ajoutait à cela mon inquiétude de retrouver ma famille, mon père ne m’aimait pas, ce n’était pas une surprise, mais j’avais peur de sa réaction en me voyant. Je ne voulais pas ruiner les projets de Léandre.
Je m’étais confié à Argine et je l’admets cela m’avait fait du bien. Le chevalier que mon père avait choisi de nous confier était mon frère, plus précisément celui du milieu. Il se nommait Antonin, il avait toujours été distant avec moi. Cela étant, c’était mieux que le mépris flagrant de mon ainé, Bohort. Il ne m’avait jamais aimé et toujours considéré comme inutile. Cela le rendait similaire à notre père Aster. Je l’admets volontiers, ils ne m’avaient jamais manqué. La seule chose que je lui devais, c’était de savoir nager… Hum… Peut-être que je me trompai à son sujet, enfin de compte.
Lorsque nous arrivâmes devant mon père Aster, je m’aperçus alors qu’il n’avait guère changé. Ses cheveux blonds similaire aux miens avaient légèrement grisonnés, ses yeux marron avaient un peu terni. Les ans l’avaient affecté comme nous tous mais d’une façon si légère. À ses côtés se tenaient Bohort, physiquement il avait pris de notre mère, les cheveux bruns et les yeux marron clair et un regard bien trop sévère pour un homme de trente-cinq ans.
Mon frère, Antonin se tenait là, il était blond lui aussi, il avait beau friser la trentaine et être plus vieux que moi, il avait encore l’air d’être un gamin. Je décidai de le considérer comme tel. Il me regardait étrangement comme s’il suspectait quelque chose. Je crains qu’il m’eût reconnu. N’importe, cela me prouvait au moins que tous ne m’avaient pas oublié et que celui qui m’avait reconnu était le moins terrible du lot.
Aster me regarda puis m’ignora avant de parler à Argine, « Je suis ravi de vous parler plutôt qu’à mon misérable de fils. »
Elle répondit, « Je trouve le ton plutôt déplacé si vous voulez mon avis. (Je voyais bien sa colère à son expression, cependant, moi, j’en avais eu l’habitude plus jeune et je ne savais toujours pas m’en énerver.) Je pense que je ne suis pas la personne qui doit donner son aval. On ne m’a pas confié cette mission. Théodore cependant en est le dépositaire. »
Elle disparut sur ces mots. Me voilà donc face à mon père, seul.
Il me regarda avec du mépris et me lança, « Très bien, je te laisse discuter avec ton frère, Antonin. J’ai des affaires plus importantes à régler que de me préoccuper de mes deux fils ratés. »
Nous quittâmes la pièce avec mes frères. Bohort passa son chemin avec une expression illisible, mais l’autre me serra dans ses bras au point de m’étrangler. Il répétait sans cesse à quel point je lui avais manqué. Je finis par le repousser délicatement gêné.
Je lui demandai, « Quel miracle s’est produit pour que tu m’apprécies autant ?
- Crois-le ou non, mais je ne t’ai jamais détesté, simplement, je pensais que tu étais bien trop occupé par tes études1.Je suis désolé que tu aies cru ça… »
Il baissait le regard honteux, il semblerait que je m’étais trompé sur son compte. Il ne m’avait jamais détesté et il ne m’avait jamais non plus ignoré par mépris. Quel idiot je fus !
Je lui lançai en souriant, « Non, tout va bien. Je suis content de l’apprendre ! Tu n’es pas comme Bohort ou notre père. (Il parut embêté par la mention du nom de mon autre frère.)
-Ça te surprendra peut-être, mais notre frère a beaucoup pleuré ta mort supposée. Je l’admets Aster, enfin je veux dire notre père, en a été ravi. (Cela se voyait à son visage, il avait honte du comportement de notre géniteur.)
- Tu ne l’aimes pas non plus à ce que je vois… Toi aussi alors… »
Il m’interrompit, « Aucun de nous trois ne l’apprécie, je le crois. Notre père finira seul je le crains. (Il haussait les épaules, cela ne semblait pas le toucher.) Tu devrais parler à Bohort cependant. Il joue les durs, mais il est ravi de te revoir. »
Il partit avec un sourire au coin des lèvres. Je n’allai pas tout de suite voir mon frère aîné. Je me rendis dans ma chambre afin de déposer mes affaires. Je pestai contre moi-même, mon père était un démon, il nous avait montés les uns contre les autres. Vous savez quoi, je n’avais même pas envie de parler à mon ainé ! Je n’avais rien à lui dire, je n’avais qu’une hâte m’en aller ! L’aura de ténèbres avait triplé en taille, mais je m’en foutais. Qu’est-ce que ça pouvait me faire ? Qu’elles m’engloutissent ! Au moins, j’étais désiré par quelque chose, même si c’était par le mal !
J’entendis alors une voix qui disait, « Prince Théodore, il semblerait que nuls ne reconnaissent ton talent.
- Tu mens qui que tu sois ! Argine, Léandre eux le voient ! », répondis-je avec assurance et colère.
« Tu crois qu’ils sont honnêtes avec toi ? Je veux dire tu es en tel manque d’affection que pour le peu qu’on te fasse un compliment, tu es prêt à aider. Admets-le ils pourraient tout à fait t’exploiter. (Je me pinçai les lèvres, la voix invisible n’avait pas tort.)
- Et toi, tu pourrais me mentir aussi ? Pourquoi serais-tu différent des autres ? Et qui es-tu d’abord ?
- Je suis Nécronion, le dieu de la mort ou le dieu des morts c’est comme tu veux. (Il prit la forme d’un enfant, gueule d’ange, mais esprit malicieux, il se trouvait sur mon lit.) C’est plutôt confortable ici. Oh, ne me regarde pas comme ça ! Je suis un dieu, je n’ai pas peur du ridicule.
- C’est sans importances… (Je haussais les épaules pour lui montrer mon manque d’attention quant à ce fait.) Que me veux-tu ?
- Je veux t’aider. (Il me donnait un sourire sincère, mais ces yeux de sauriens2, me dérangeait.) Tu n’es peut-être pas l’élu de ces dieux-là, mais tu pourrais être le mien ! Crois-moi ils ne sont pas comme tu le crois. Cependant moi aussi, j’ai besoin d’un représentant pour fédérer les gens à ma cause. »
Je m’apprêtais à lui répondre qu’il ferait bien d’aller se chercher un autre pigeon. Il me dit cependant que je pouvais ne pas donner mon refus ou mon accord tout de suite et qu’il me laissait le temps de réfléchir. Je trouvais cela étrange, pourtant je songeais malgré tout sérieusement à cette proposition. Après, tout peut-être que cela était ma voie ?
Fondation d'un Royaume
- 1 - Légende d'une fondation
- 1 - Prologue
- 2 - Chapitre 1 : Théodore Naissance d’un chevalier « Blanc »
- 3 - Chapitre 1 : « Alexandre » La sagesse du souverain guerrier
- 4 - Chapitre 1 : « Charles » Naissance d’un souverain au cœur de « pierre »
- 5 - Chapitre 1 : Léandre, Devenir un noble souverain
- 6 - Chapitre 2 : « Alexandre » Organiser un mariage royal
- 7 - Chapitre 2 : « Léandre » Rencontrer la femme de sa vie
- 8 - Chapitre 2 « Charles » Noble souverain inquiet de l’avenir
- 9 - Chapitre 2 : « Théodore » Trouver sa place
- 10 - Chapitre 3 : « Léandre » Réunir une élite de chevalier
- 11 - Chapitre 3 : « Charles » Celui que l’on nommera le chevalier du peuple
- 12 - Chapitre 1 : « Argine » Nécronion, dieu de la mort
- 13 - Chapitre 1 : « Grégoire » Prouver sa valeur
- 14 - Chapitre 4 : « Charles » Affronter le dragon et la fureur des chevaliers
- 15 - Chapitre 1 : « Horacétius » « Corrompu » par les ténèbres
- 16 - Chapitre 3 : « Alexandre » Au passé, au présent et à l’avenir
- 17 - Chapitre 1 : « Ali » Colère infortunée
- 18 - Chapitre 4 : « Léandre » À la croisée des chemins
- 19 - Chapitre 4 : « Alexandre » La femme araignée
- 20 - Chapitre 2 : « Argine » Les malheurs de Théodore
- 21 - Chapitre 3 : « Théodore » La voie du cœur
- 22 - Chapitre 2 : « Horacétius » Les démons de Nécronion
- 23 - Chapitre 1 : « Antonin » La nouvelle mission
- 24 - Chapitre 4 : « Théodore » Le chevalier blanc au cœur noir
- 25 - Chapitre 3 : « Horacétius » Le cœur de Nécronion
- 26 - Chapitre 1 : « Nécronion » Le début de la corruption
- 27 - Chapitre 5 : « Léandre » Accomplir sa destinée à tout prix
- 28 - Chapitre 2 : « Grégoire » Jeux de cour, jeux du cœur
- 29 - Chapitre 4 : « Horacétius » La descente aux enfers
- 30 - Chapitre 5 : « Charles » Jeux de dupes
- 31 - Chapitre 3 : « Grégoire » La menace du cœur
- 32 - Chapitre 3 : « Argine » Inquiétude
- 33 - Chapitre 2 : « Ali » Feu de la passion belliqueuse
- 34 - Chapitre 5 : « Théodore » Parangon des chevaliers blancs
- 35 - Chapitre 2 : « Nécronion » Un dieu doit tomber pour qu’un autre puisse s’élever
- 36 - Chapitre 3 : « Ali » Obscurité et complot
- 37 - Chapitre 4 : « Argine » Choisir le remplaçant de Nécronion
- 38 - Chapitre 6 : « Léandre » Le conseil des trois
- 39 - Chapitre 2 : « Antonin » L’art de la diplomatie
- 40 - Chapitre 4 : « Horacétius » Le nouveau dieu de la mort
- 41 - Chapitre 5 : « Alexandre » Le repas de dupes
- 42 - Chapitre 6 : « Théodore » Problème Paternel
- 43 - Chapitre 3 : « Antonin » Les alliances
- 44 - Chapitre 3 : « Nécronion » Duel de conviction
- 45 - Chapitre 7 : « Léandre » La trahison
- 46 - Chapitre 5 : « Horacétius » Le démon au visage d’ange
- 47 - Chapitre 6 : « Charles » La dispute
- 48 - Chapitre 4 : « Grégoire » Suspicion et doute
- 49 - Chapitre 7 : « Théodore » Jalousie et descente en enfer
- 50 - Chapitre 4 : « Antonin » Ce qu’il aurait pu être…
- 51 - Chapitre 4 : « Nécronion » Affronter sa destinée
- 52 - Chapitre 7 : « Léandre » Le cœur de la vengeance
- 53 - Chapitre 6 : « Alexandre » De mal en pis
- 54 - Chapitre 5 : « Argine » L’amour a ses raisons que tous ignorent !
- 55 - Chapitre 8 : « Théodore » Spirale infernale
- 56 - Chapitre 4 : « Ali » Les secrets
- 57 - Chapitre 8 : « Léandre » Dieu de la paix
- 58 - Chapitre 5 : « Nécronion » Le monde, mon seul amour
- 59 - Épilogue :
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