Narrateur : Alexandre

Un jour où Gwendoline était partie battre la campagne à cheval avec ses gardes, j’appris la grande nouvelle que le souverain légendaire de Paxiam avait enfin était trouvé. Je fus tellement ravie que je lui envoyais un prompt message, assurant toute mon amitié et mon soutien à son entreprise, ainsi que mon intention de lui présenter ma fille quand bien même, elle avait vingt-cinq ans déjà. C’était bien sûr pour un mariage futur, ces vingt ans d’attentes n’avaient pas réduit mes espoirs, mais les avaient au contraire renforcés. Je n’avais qu’une hâte rencontrer ce jeune homme, il devait être un saint, si les dieux l’avaient choisi. Que sa lumière nous guide comme le ferait Ludie, la créatrice de la lueur qui nous éclaire.
Je finis par recevoir une réponse qui confirmait ses intentions de rencontrer mon enfant, probablement dans le courant du mois de novembre. Trois petits mois d’attentes, ce n’était pas grand-chose et cela me permettrait de préparer son arrivée. Il me faudrait désormais expliquer la situation à Gwendoline, en espérant qu’elle le prenne bien. J’avais toujours été bien trop gentil avec elle, c’est normal, je l’aimais, c’était ma petite fille, enfin, une grande petite fille maintenant. Je devenais gâteux, déjà. À mes soixante-dix ans… La vieillesse se rappelait à moi.
Quand je lui eus tout expliqué, Gwendoline fut surprise par la vitesse à laquelle cette rencontre avait été organisée. 
Elle me dit tout étonnée, « Donc, je vais rencontrer le nouveau souverain de Resregis, Léandre, c’est cela ? J’espère que ce n’est pas un vieux croulant. »
Je répondis mi-amusé, mi-fâché, « Allons donc Gwendoline… Il n’a pas plus de vingt-cinq ans, vous êtes dans la même tranche d’âge.
- Très bien. Quand viendra-t-il ? (Elle paraissait offensée, vexée, plein de mots de frustrations en somme.)
- Dans le courant du mois de novembre. (Son expression me montrait qu’elle n’avait pas spécialement envie de le rencontrer.)
- Soit ! Je tâcherai d’être prête d’ici là. »
Ce fameux temps finit par bientôt arriver, je me promenais à cheval, le jour où cette rencontre était prévue. J’avais besoin de me détendre et de réfléchir seul, et pour cela rien de mieux que lancer sa monture dans des champs remplis de perce-neige et de fleurs de givres, le nuit était gelé et le matin frais et éclaircis par de maigre rayon de lumières tendres, le soleil timide propre à l’hiver. Ah, la vieillesse me rendait mièvre. J’avais laissé ma fille seule pour lui laisser le temps de s’habiller et de réfléchir à cette rencontre. Cependant je m’inquiétais un peu, ce jeune homme qui venait de devenir roi, réussirait-il à porter le poids d’une pareille couronne ? Il n’était pas, disons un être ayant grandi dans ce genre de sphère. Les rumeurs sur les origines de sa naissance, m’était arrivé aux oreilles. C’était sans importances, si les dieux avaient confiance en lui, alors, moi aussi je lui accorderais. Je ferais de mon mieux en tant que seigneur de guerre pour l’aider et le conseiller dans ce domaine dont je maitrisais l’art à la lettre.
Malgré tous ces sujets d’inquiétudes, je fus ravi de voir le mois de novembre, lui qui s’était paré de tous ses atours, les belles grâces de l’hiver. Je m’étais installé dans les jardins qui était dans la cour intérieure du péristyle. Quel bon lieu pour attendre, une visite si importante. La neige commençait à tomber en douce cascade dans les jardins sur mes bras, voilà quelque chose qui me semblait être un régal offert par une divinité ou un esprit hivernal. Elle aiguillait les fleurs hivernales, ces petits êtres vaillants qui naissaient de l’âpre et de la difficulté. Un messager me rejoint m’informant que le souverain était arrivé, je me précipitai à l’entrée pour l’accueillir, brisant le calme apparent d’une saison où la nature semble se reposer.
Sa majesté se tenait là, il avait l’air d’être quelqu’un de tellement humble ce qui n’était pas pour me déplaire. Il était beau comme un dieu, des yeux vert émeraude, d’une douceur qui ferait rougir de honte un nuage. Un port de tête altier, qui paraissait plus fier qu’orgueilleux, mais humble à la fois, une taille moyenne, qui ne venait en rien réduire la grandeur de son âme qui transperçait dans son regard. Je me pris d’une grande affection pour ce jeune homme qui me sembla être quelqu’un de bien.
Il me salua en ces termes, « Votre seigneurie, j’ai… Je suis ravie du soutien que vous apportez à mon royaume. Je suis fière d’avoir l’honneur de pouvoir rencontrer votre fille. »
J’étais quelque peu décontenancé par une telle phrase, c’était nous qui devrions être honorés de sa présence en tant qu’élu des dieux et non l’inverse. J’avais presque l’impression qu’il ne se rendait pas compte de son statut. Était-ce de l’humilité ? Était-ce de l’ignorance ? Les deux ?
Je lui répondis troublé, « Non, votre majesté, c’est moi qui suis honoré devant une telle présence. »
Il eut l’air lassé avant de répliquer, « Avons-nous fini avec les formalités ? (Il était un peu agacé.) Il me tarde de discuter de projet de paix et de fédérations avec vous. »
Les derniers mots qu’ils avaient prononcés, il l’avait fait avec un si grand sourire, un telle tendresse dans la voie. Oui, définitivement, il voulait bien paix et fédération. Je le fis donc rentrer rassuré pour sûr au moins il savait ce qu’il voulait.

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 12 Nov 2025 à 18h54
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