Narrateur : Grégoire

J’appris que mon ami allait se marier à la sœur de ce Hasting, voilà une situation inattendue. Qu’il soit heureux ! Je l’avais vu quelques fois, pendant qu’ils préparaient tous deux la cérémonie. Elle était gentille avec moi, et ça me paraissait une bonne nouvelle pour lui. Pour le peu de fois que l’on s’était vu, elle s’était intéressée à moi, enfin, surtout pour me demander des choses au sujet de Charles, mais j’appréciais le fait qu’elle m’écoutait parler sans jamais m’interrompre au milieu d’une phrase, et qu’elle ne semblait pas me juger. Elle était un peu comme lui, sur ce point-là et je songeais alors que ma famille n’avait décidément aucune patience pour moi. Cependant, je ne pouvais pas voir ces deux noces, enfin, plutôt, je ne voulais pas les voir surtout celle de la fille que j’aimais. Je m’apprêtais à partir lorsque le fiancé de ma dame me saisit par le bras.

Il me demanda impérieux, « Où vas-tu donc ? »

Je répondis sarcastique, « Je vois bien que ma présence n’est pas requise, messire. Je prends donc congés.

- Qui t’en a donné le droit ?! Quoiqu’après tout, tu te croies bien tout permis ! (Il me barrait la route.) Tu oses faire l’amour à ma future femme et partir sans même t’en excuser ! Tu n’es pas qu’un sale insolent ! (J’étais courroucé.)

- Tu veux me tuer, c’est ça ?! Charles m’a prévenu ! Vas-y fait le ! », hurlais-je fou et peut-être un peu remplie de bravade.

Hasting semblait rire de mes déclarations enflammées. Il me plaqua contre le mur d’un des couloirs. Je n’en menais pas large.

Il répondit à mes vanteries, « C’est mignon… Mais tu es bien naïf dis-moi. Tu n’es qu’une passade pour elle. (Il avait l’air de m’apitoyer sincèrement, ça m’énervait encore plus.) Elle ne vaut pas que tu te ruines dans une passion destructrice. Tu risquerais de devoir te battre pour elle, mais on ne se bat que pour quelque chose qui en vaut la peine.

- Je suis prêt à me battre contre toi, s’il le faut, car elle vaut ma vie.

- Quoi ? As-tu au moins écouté ce que je t’ai dit ? (Il souffla agacé.) Soit, je t’affronterais dans une heure ou deux. Prépare-toi bien ! »

Il partit l’air déçu, je me sentais un peu idiot maintenant. Voilà, quelque chose qui aurait pu être évité si je mettais montré moins belliqueux. Il me fallait travailler sur cela, mon but était de garantir la paix et non pas la guerre. Enfin, se guérir de l’impulsivité, c’est comme la mort, c’est incurable. Je songeais que je savais à peine me battre, et que j’allais mourir bêtement. Je n’osais même pas aller voir Charles pour lui dire qu’il avait raison, je n’osais même pas aller voir Clotilde pour m’expliquer. J’étais paralysé par le stress, je ne savais plus quoi faire. Les dernières heures avant le duel étaient pensées comme des secondes. Il était temps de rencontrer ma destinée, mourir ou survivre, perdre ou gagner, ça me troublait. Je m’interrogeais bien trop sur les conséquences de mon action. Pourtant, rien ne pourrait plus les éviter, alors à quoi bon…

Je me rendis donc sur le terrain d’entrainement, dans un état second. Hasting m’attendait là, il eut un regard inquiet pour moi. Il vit la façon dont je tenais mon épée, et il affichait un air méprisant.

Il me demanda avec dédain, « Tu es sûr que tout va bien ?

- Oui, bien sûr… Tu te dégonfles ? », je n’arrivais pas à faire sonner mes mots menaçant.

« Non… Seulement, je me sentirais insulté que de vaincre un adversaire aussi aisément. Tu n’y connais rien avoue-le ! (Il me toisait, comme un paon qui s’apprêtait à faire la roue.)

- C’est vrai ! Mais ça ne m’empêchera pas de me battre ! », répliquai-je avec détermination.

Hasting pointa sa lame vers moi avec une expression menaçante, mais je voyais bien qu’il ne souhaitait pas m’attaquer. Je ne savais pas quoi faire, j’essayais de le charger avec mon épée, il m’esquiva habilement et me mit un coup derrière la tête avec le plat de la sienne. J’étais sonné, je réalisais alors qu’il aurait pu me tuer s’il l’avait voulu. Je n’allais pas gâcher la seconde chance qu’il me donnait.

Cela m’obligeait à réfléchir à un autre plan, je ne pouvais pas l’attaquer de front où il me tuera aisément. J’essayais de l’affronter en me tenant éloigné de lui. Seulement, il me désarma en quelques secondes, je ne compris pas comment, il avait réussi à m’arracher l’arme des mains, en déviant ma lame et en me saisissant le bras ensuite. J’étais dans une situation délicate, il voulait me donner le coup de grâce, mais je l’esquivai en une roulade. Je ramassais ma lame au moment opportun pour bloquer son coup. Hasting fut impressionné par ça. Je détournai son épée en l’emportant par mon agilité. De la pointe de ma lame, je lui piquai le poignet, l’obligeant à lâcher son arme.

Il avait un sourire comme un soleil, j’en fus déstabilisé. Pourquoi était-il heureux ? Il venait de perdre son moyen de défense. Je me disais qu’il fallait que je l’oblige à se rendre, je ne pouvais tout de même pas le tuer, on refuserait de faire la paix avec Resregis après ça. Il esquiva habilement mon assaut et me colla son poing dans la face. Le sang coulait de mon nez. Il m’avait surpris, j’étais sonné et il me mit au tapis.

Je me réveillais confus sur le terrain d’entrainement. Hasting affichait un visage inquiet, le sang avait coagulé sur mon visage.

Il me demanda préoccupé, « Ça va ? Tu m’as fait peur tu sais… (Il m’aida à me relever.) Je n’avais pas prévu de t’assommer aussi violement, désolé, je ne contrôle pas ma force. »

Je répondis songeur, « Tout va bien, il n’y a rien à craindre, la seule chose effrayante et le fais que vous me tutoyez.

- Je ne vous tutoie pas. (Il afficha un air de gêne.) Tu… (Je le regardai avec un sourire et il se reprit.) Vous m’avez impressionné, vous êtes plutôt pugnaces, j’ai hâte de voir ce que vous allez devenir.

- Oh… C’est facile toujours un pauvre paysan, fidèle à lui-même. (Il rit.) Toujours malheureux en amour, car toujours amoureux de la mauvaise dame. (Il me mit une petite claque derrière la tête.)

- Ne sois pas idiot ! L’amour courtois, c’est pour les troubadours et leurs ballades ! (Hasting croisa les bras et il me jaugeait du regard.) Tu es un beau garçon, un peu naïf, certes, mais tu trouveras bien quelqu’un pour t’aimer à ta juste valeur. Enfin, si tu ne cours pas après l’impossible. »

Je n’étais pas convaincu par cela, mais sa façon de se moquer de l’amour courtois m’avais amusé. Cela me faisait doucement sourire et espérer qu’il n’avait pas tort. Peu de temps après cela, vint la cérémonie pour les deux mariages, ils n’avaient décidément pas le temps pour des cérémonies individuelles.

Ce jour-là, je me tenais au fond du temple dédié à Aimée, la noble déesse de l’amour et souveraine de ce genre de célébrations. Je me cachais aux derniers bancs, cela m’aidait à supporter de voir la femme que j’aimais en épouser un autre. Ils avaient mis quelques jolies fleurs en décorations, les armoiries des trois royaumes en présence et ils ne s’étaient guère embarrassés de plus. C’était simple, sans plus, ni laid, ni beau, cela était convenable. Cependant, peut-être était-ce parce que je n’y connaissais rien en mariage royal, j’avais dû m’enflammer l’esprit à ce sujet. En regardant un peu qui était à côté de moi, je remarquai qu’il y avait aussi une autre dame qui semblait contrariée par ces unions. Elle ne me paraissait pas venir ni du royaume de mon aimé, Harmonija, ni de celui D’Hasting et Éveline, Voima, ni même de celui de Charles, Cyaneus. En effet, elle portait une robe dans un style différent des autres, elle avait aussi un éventail qui représentait des montagnes enneigées, cela me rappelait un peu les montagnes que l’on pouvait trouver dans Les Terres Du Nords… Elle et ses yeux gris m’attirait le regard. Ses cheveux d’une couleur incertaine aux nuances de châtains, dénotaient parmi les autres convives. Elle était élégante et sûrement une grande dame. Alors que faisait-elle au fond ?

Elle me lança, « Pourquoi me dévisagez-vous ainsi ?

- Désolé, vous avez attiré mon regard, vous vous habilliez différemment des autres. (Elle parut blessée.)

- Ce n’est pas ma beauté qui a captivé vos petits yeux… (Elle faisait la moue.) Puis-je connaître le nom de notre insensible ?

-Grégoire, Madame. Et le vôtre ? (Je prenais l’air le plus polis que je pouvais.)

- Nives...Jeune homme qui est fasciné par le vêtement et non pas par la beauté, vous devez être sûrement de « bonne » extraction, ou alors une pie. (Je rougis honteux.)

- Ça se voit tant que ça… (Charles tu n’arriveras pas à me policer1, décidément.)

- L’utilisation du ça à la place de cela me le montre. Votre fascination pour l’habillement aussi. Votre façon de vous tenir aussi. (J’étais rouge de honte même les coquelicots ou le sang n’étaient pas aussi rouges que moi en ce moment.) Je ne sais pas qui est votre suzerain, mais il a dû vous piocher parmi la petite noblesse campagnarde.

- Vous n’avez pas idée… Je suis sûr que vous pourrez m’aider à rattraper ces mauvaises manières quoiqu’une grande dame comme vous ne devrait-elle pas être devant ? À moins que vous aussi vous soyez de basse extraction. (Elle me regarda courroucée et piquée au vif.)

- Non, je suis une princesse figurez-vous ! Seulement, je ne suis pas invitée à ce mariage. (Je la dévisageai intrigué.) Ce foutu Hasting, m’a abandonné alors que je l’aimais.

- Clotilde a fait de même à mon égard, je comprends votre souffrance. (J’avais un regard dépité.)

- J’étais venue pour ruiner la cérémonie, mais je crois avoir une meilleure idée. (Elle me regardait d’une façon que je n’appréciais pas.) Vous avez déjà fréquenté de très près une princesse, n’est-ce pas ?

- Oui, et cela m’a appris que mieux valait ne pas en fréquenter d’autres. »

Je me tus et alors elle fit de même en détournant le regard. Elle ne pouvait pourtant pas s’empêcher de poser ses yeux sur moi de temps et temps. Cela m’amusait un peu et je pourrais me laisser tenter, mais je repensais aux avertissements d’Hasting. Je devrais sûrement me contenter d’une affaire moins sordide. Enfin, rien que d’avoir osé penser que cela se tentait me montrer que j’avais le goût du risque. Un mauvais goût, si vous voulez mon avis.

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 25 Nov 2025 à 08h27
Fin de cette affaire !

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